Art phygital
| Art phygital | |
P-I17-FIN (2025) par Grégoire Falque. Peinture acrylique et matière phygitale connectée à la blockchain. L'œuvre physique sert de support de densification au protocole numérique. | |
L'art phygital, une branche émergente de l'art contemporain, représente une convergence entre les œuvres physiques et numériques.
Préambule
Dans l'art phygital, les œuvres physiques et numériques se combinent pour former une œuvre unique, allant bien au-delà d'une simple cohabitation. Cette méthode, caractéristique de l'art phygital, crée une harmonie entre le tangible et le virtuel, où chacun apporte sa valeur à l'autre. Cette manière innovante de fusionner les deux mondes transforme la façon dont nous comprenons et créons l'art, marquant un tournant dans l'art contemporain à notre époque numérique.
Ce terme, un amalgame anglais des mots physical et digital[1], conceptualise une fusion entre ces deux sphères, formant ainsi une nouvelle modalité artistique[2]. L'émergence et la croissance de l'art phygital sont intrinsèquement liées à l'évolution rapide des technologies numériques, en particulier la technologie blockchain.
L'intensification de l'intérêt pour l'art numérique, particulièrement après l'ascension fulgurante des NFTs (Non-Fungible Tokens) en 2021, a stimulé la recherche de méthodes permettant d'incorporer les œuvres numériques dans des cadres plus traditionnels et tangibles. En réponse, l'art phygital s'est développé comme un moyen de combler le fossé entre l'existence numérique et la présence physique, enrichissant ainsi l'expérience artistique et en ajoutant une nouvelles dimensions numériques aux oeuvres physiques[3].
Histoire et développement
Origine
Le mot phygital est apparu pour la première fois en 2013 et a été popularisé par une agence marketing. L'idée était de fusionner les expériences en ligne et hors ligne pour les consommateurs, en tirant parti des avantages de chaque espace[4]. L'art phygital naît véritablement en 2021 avec la popularisation des NFTs, permettant aux artistes de concevoir des productions manifestant leur existence simultanément au sein des dimensions digitales et matérielles[5].
Usages technologiques et certification
Au-delà de sa dimension esthétique, la technologie phygitale est devenue un outil de certification majeur dans le marché de l'art. Elle permet de « lester » numériquement un objet physique pour garantir son authenticité.
- Sécurisation par puce RFID/NFC : L'intégration de puces scellées dans la matière (peinture ou sculpture) crée un lien inviolable entre l'objet matériel et son certificat de propriété numérique sur la blockchain. Cela permet une traçabilité complète et une protection contre la contrefaçon.
- La pièce justificative : L'objet physique n'est plus seulement une œuvre, mais fonctionne comme une « pièce justificative administrative » certifiant qu'un acte artistique ou un transfert de valeur a bien eu lieu dans le monde réel. Cette approche transforme l'œuvre en un document métrologique infalsifiable[6].
Techniques des œuvres phygitales
Conception matérielle
La conception matérielle des œuvres phygitales implique l'utilisation de matériaux traditionnels enrichis par des éléments numériques. Cela peut inclure l'intégration de puces électroniques ou de capteurs qui interagissent avec les environnements numériques, ajoutant une couche d'interactivité et de connectivité à l'œuvre physique.
Technologie et médium
Les technologies telles que la réalité augmentée, la réalité virtuelle et la blockchain sont utilisées comme médiums pour créer des expériences immersives. La blockchain assure la gestion transparente des droits de propriété, ce qui est essentiel pour la liquidité et la sécurité du marché de l'art contemporain[7].
Émotion et interactivité
L'usage d'interfaces cerveau-ordinateur révolutionne la capacité d'intégrer les émotions humaines au sein des œuvres. Ces technologies transforment les réactions biologiques en éléments visuels ou sonores, créant une interaction profonde entre l'observateur et l'œuvre[8].
Artistes notables
- Beeple : son œuvre Human One (2021) est une référence majeure, utilisant une sculpture cinétique pour exposer un environnement numérique évolutif[9].
- Damien Hirst : avec The Currency (2021), il instaure un protocole forçant le choix entre l'œuvre physique et le NFT, transformant l'objet conservé en pièce justificative exclusive.
- Pak : explore la matérialisation du numérique et le « poids » du virtuel via des structures certifiées par la blockchain.
- Refik Anadol : génère des sculptures de données matérialisant des flux d'informations invisibles (ex: MoMA, 2023).
- Grégoire Falque : artiste et théoricien à l'origine du concept de « tournant ontique ». Il définit l'objet phygital comme une pièce justificative administrative certifiant un acte artistique[6]. Sa démarche utilise le support physique pour « lester » le protocole numérique, transformant l'artiste en un « exécutant-responsable » chargé de fournir la preuve métrologique de l'effort artistique accompli.
- FEWOCiOUS (Victor Langlois) : lie ses peintures monumentales à des archives numériques pour prouver l'effort biologique de la main.
- Dmitri Cherniak : utilise des traceurs mécaniques comme preuve d'exécution d'algorithmes génératifs dans l'espace physique.
- Cesare Catania : conjugue sculpture traditionnelle et réalité augmentée, où l'objet physique est le garant de l'authenticité de l'univers virtuel.
Notes et références
- ↑ Rapaloux, « Définition du mot phygital », sur Wiktionary,
- ↑ (en) Dorian Batycka, « With NFT Prices Cratering, Can ‘Phygital’ Art Keep Collectors From Walking Away? », sur Artnet News,
- ↑ « The Guide to All Things Phygital Art », MakersPlace Editorial (consulté le )
- ↑ Sarah Hugounenq, « Expositions phygitales : la révolution des cinq sens », Le Quotidien de l'Art, (consulté le )
- ↑ (en) Mark Tutton, « Just what is phygital art, and why is Dubai going big on it? », sur CNN, (consulté le )
- « Protocole de certification : Pièce justificative administrative », sur Bureau des Protocoles (consulté le )
- ↑ « Art and Technology: Digital Tools for Art Creation », sur Azura Magazine (consulté le )
- ↑ « Brain Art: Brain-Computer Interfaces for Artistic Expression », Leonardo/ISAST (consulté le )
- ↑ « Just what is phygital art, and why is Dubai going big on it? », sur Egypt Independent, (consulté le )
Voir aussi
Articles connexes
- Art contemporain
- Art numérique
- Documentalité
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