Art protocolaire

Art protocolaire
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Acte de densification ontique par Grégoire FALQUE (administrateur du réel). Ce document constitue le certificat de densification prouvant la réalisation du protocole et la densification du réel par l'effort artistique.

L'art protocolaire (ou art des protocoles) désigne une pratique de l'art contemporain s'inscrivant dans le prolongement de l'Instruction Art. Elle définit l'œuvre par un ensemble d'instructions, de règles ou de systèmes de gouvernance administrative (le « protocole ») établis par l'artiste. Si cette démarche a historiquement privilégié la délégation du concept sur l'objet fini[1], le tournant ontique impose désormais une responsabilité de l'exécution. Contrairement à l'instruction classique, l'art protocolaire de densification exige l'effort biologique (E) de l'artiste pour certifier l'existence de l'acte[2]. Cette démarche opère ainsi un lestage du concept par sa confrontation à la réalité matérielle.


Évolution historique et théorique

Racines : De la règle de vision à la partition

L'usage de règles contraignantes pour générer une image remonte à l'invention de la perspective conique. Cependant, c'est avec la musique expérimentale de John Cage et le mouvement Fluxus que le protocole devient une forme artistique autonome sous le nom d'« event score » (partition d'événement).

LeWitt et Weiner : De la machine à la dématérialisation (1960-1970)

Sol LeWitt est le pionnier de la séparation entre conception et exécution : « l'idée devient une machine qui fait l'art ». Cette logique est poussée à son paroxysme par Lawrence Weiner, pour qui le protocole linguistique suffit à l'existence de l'œuvre.

Perspectives contemporaines : Le tournant ontique et l'administration du réel

En réaction à cette dématérialisation, des développements récents identifiés comme le tournant ontique du protocole cherchent à réintroduire une « friction » matérielle.

Théorisé par Grégoire Falque, ce tournant impose que l'artiste soit l'exécutant unique de sa règle, agissant en tant qu'administrateur du réel. Cette pratique est régie par un cadre législatif interne qui définit les responsabilités de l'exécutant.

Le protocole devient une contrainte physique visant un « lestage du réel ». Cette pratique repose sur une certification métrologique de l'acte, où la réalité produite (R) est le résultat de l'effort (E) appliqué à une matière (M) via une friction (F) déterminée :

L'œuvre devient ici la trace de l'effort nécessaire à son accomplissement, certifiée par des documents administratifs et produisant une aura métrologique.

Typologie des protocoles

On distingue généralement quatre modes d'existence du protocole :

  • Le protocole de délégation : L'artiste donne les instructions, des tiers exécutent (LeWitt).
  • Le protocole de dispersion : L'œuvre est soumise à une règle de partage ou de don (Felix Gonzalez-Torres).
  • Le protocole d'endurance : La règle sert à éprouver le corps de l'artiste (Tehching Hsieh).
  • Le protocole de densification : La règle vise à certifier une présence physique du monde (Tournant ontique).

Enjeux institutionnels

  • Le certificat d'authenticité : Il contient le protocole et constitue la seule preuve de propriété de l'œuvre.
  • La gouvernance de l'acte : Le protocole impose un cadre normatif à l'artiste, transformant l'atelier en un espace d'administration métrologique.
  • La réactivation : Exposer l'œuvre consiste à la « réactiver » en suivant les instructions originales.

Artistes représentatifs

Racines historiques (Instruction Art)

  • Sol LeWitt : pionnier de la séparation entre conception et exécution.
  • Lawrence Weiner : théoricien de l'énoncé linguistique comme œuvre d'art autonome.
  • Yoko Ono : pionnière des instructions poétiques et participatives.

Art protocolaire et tournant ontique

Glossaire des concepts ontiques

  • Lestage : Acte de ré-ancrage d'un concept dans la réalité physique. Contrairement à la dématérialisation, le lestage redonne du poids à l'idée par l'application d'un effort biologique.
  • Tournant ontique : Basculement théorique où l'art délaisse la production de signes pour se concentrer sur la certification de l'existence et la densification du réel.
  • Administrateur du réel : Posture de l'artiste qui utilise les outils de la bureaucratie et de la métrologie pour valider des modifications physiques irréversibles.
  • Aura Métrologique : Propriété d'un acte certifié dont la valeur réside dans la précision du document attestant de sa réalisation.
  • Exécutant-responsable : Posture de l'artiste qui assume l'intégralité de la charge physique de l'acte artistique.
  • Friction (F) : Résistance opératoire rencontrée lors de l'exécution d'un protocole, nécessaire pour transformer un énoncé en une réalité dense.
  • Cadre législatif : Ensemble des règles internes au Bureau des Protocoles régissant la validité et la certification des actes.

Notes et références

Bibliographie

Sources théoriques et sociologiques

  • Zygmunt Bauman, Modernité liquide, Paris, Fayard, 2013.
  • Benjamin Buchloh, « L'esthétique de l'administration », 1990.
  • Michel Crozier, Le Phénomène bureaucratique, Paris, Seuil, 1963.
  • Lucy Lippard, Six Years: The Dematerialization of the Art Object, 1973.

Cadre théorique et législatif du Bureau des Protocoles

Voir aussi

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