Assaut espagnol contre Djerba
| Date | 26 août – 3 septembre 1510 |
|---|---|
| Lieu | Île de Djerba, au large de la Tunisie |
| Issue | Victoire hafside |
| García Álvarez de Toledo Pedro Navarro |
Inconnu |
| 15 000 hommes | Inconnues |
| 2 000–4 000 morts | Inconnues |
L’assaut espagnol sur Djerba est une expédition militaire menée en 1510 par Ferdinand II d'Aragon contre l’île tunisienne de Djerba. L’opération, qui se solde par la mort de plusieurs milliers de soldats, est souvent appelée le « désastre de Djerba » (Desastre de los Gelves).
Contexte
La conquête espagnole d'Oran (1509) suscite un enthousiasme qui pousse la couronne à organiser de nouvelles expéditions. En , une force se rassemble à Ibiza et Formentera sous le commandement de Pedro Navarro, avec pour objectif de prendre plusieurs points de la côte des Barbaresques. Le , vingt navires et entre quatre et cinq mille hommes appareillent vers Béjaïa, qu’ils prennent le 5 en dépit d’une faible résistance[1].
Une bataille aux abords de la ville encourage Alger et Tunis à rendre hommage – au moins nominalement – au roi Ferdinand. Après une épidémie faisant une centaine de morts, les Espagnols se replient sur Favignana pour se réapprovisionner. Le , ils embarquent pour Tripoli. La ville est assaillie et mise à sac : des milliers de défenseurs sont tués et la majorité de la population civile est réduite en esclavage ou prise en captivité[2].
Le désastre de Djerba
Le , Pedro Navarro quitte Tripoli avec quelques bâtiments pour exiger la soumission de Djerba. Face au refus, il revient à Tripoli. García Álvarez de Toledo (es) arrive avec 3 000 hommes et le grade de capitaine général, remplaçant Pedro Navarro à la tête des troupes. Le , l’armée embarque et atteint Djerba le 29.
Le débarquement s’effectue en chaloupes. Les 15 000 hommes n’ayant pas de bêtes de somme, ils doivent tracter eux-mêmes l’artillerie et porter munitions et poudre sur leurs épaules[3],[4]. Les unités se mettent en ordre de marche vers le château de Djerba. La chaleur et le manque d’eau provoquent de fortes souffrances et les soldats quittent progressivement les rangs pour gagner des puits dans une palmeraie[5].
À proximité, des défenseurs à cheval les attendent et écrasent plusieurs centaines d’hommes de l’avant-garde espagnole qui se désaltéraient. Aussitôt, l’infanterie espagnole prend la fuite, entraînant d’autres soldats séparés de leurs unités pour rejoindre les puits, et propageant la panique. Beaucoup abandonnent armes et armures pour courir plus vite. García Álvarez de Toledo y Zúñiga saisit une pique et tente d’organiser la défense, mais il est tué par les assaillants[5].
Les troupes se replient vers le point de débarquement. Les chaloupes ayant été envoyées surveiller l’étroit passage reliant l’île au continent, les autres navires ne peuvent manœuvrer près du rivage. Les soldats se jettent à la mer pour tenter de les atteindre ; leurs capitaines envoient des esquifs pour les récupérer. Beaucoup se noient dans des embarcations surchargées[6],[4].
À la nuit tombée, 3 000 hommes attendent encore l’embarquement. Nombre d’entre eux sont tués ou capturés pendant la nuit, d’autres au matin. Certains capitaines refusent d’embarquer plus d’hommes faute d’eau à bord et mettent le cap sur Naples. Une tempête se lève ensuite : deux caravelles et un galion s’échouent et la plupart des hommes se noient. Quelques survivants s’accrochent aux mâts ; Navarro envoie deux navires les récupérer.
Suites
Le mardi , avec un vent favorable, la flotte appareille mais des vents au large dispersent les bâtiments. On estime que l’expédition a coûté la vie à 2 000 à 4 000 hommes[7],[8]. Le , le gros de ce qui reste de la flotte — 8 000 hommes sur 60 navires — quitte Tripoli vers le nord, mais une nouvelle tempête provoque d’autres pertes. Les survivants se regroupent à Tripoli : 30 navires et 5 000 hommes embarqués partent ensuite pour Lampedusa, où ils hivernent.
Héritage
La défaite de 1510 marque profondément la mémoire espagnole et est commémorée par des vers et dictons. Garcilaso de la Vega écrit : « ¡Oh patria lagrimosa, y cómo vuelves los ojos a los Gelves, sospirando!... El arena quemaba, el sol ardía, la gente se caía medio muerta ... » (« Ô patrie en larmes, comme tu tournes les yeux vers Djerba en soupirant… Le sable brûlait, le soleil flamboyait, les hommes tombaient à moitié morts… »)[9]. La campagne est aussi évoquée par Luis de Góngora dans La más bella niña : « En los Gelves nací, el año que os perdisteis en los Gelves, de una berberisca noble y de un turco matasiete. » (« Je suis né à Djerba, l’année où vous fûtes défaits à Djerba, d’une noble Berbère et d’un Turc fanfaron. »)[10].
Le désastre inspire aussi l’expression : Los Gelves, madre, malos son de ganare.[11],[12] et « Lloraba la viuda de los Gelves, tocas blancas en años verdes » (« La veuve de Djerba pleurait, des coiffes blanches en années tendres »)[13],[14].
Le protagoniste du Lazarillo de Tormes est décrit comme le fils d’un homme mort lors de l’action de Djerba. Le débat pour savoir s’il s’agit de l’opération de 1510 ou de celle de 1520 est lié à la question de la datation de l’ouvrage[15].
Voir aussi
Références
- ↑ Laurent-Charles Féraud, Histoire de Bougie, Saint-Denis, Editions Bouchène: Histoire du Maghreb, , 91–114 p. (ISBN 2-912946-28-X)
- ↑ H. J. Kissling, Bertold Spuler, N. Barbour, J. S. Trimingham, H. Braun et H. Hartel, The Last Great Muslim Empires, BRILL, (ISBN 9789004021044, lire en ligne), p. 138
- ↑ Manuel Juan Diana, Capitanes ilustres y revista de libros militares, J.A. Ortigosa, (lire en ligne), p. 34
- Cesáreo Fernández Duro, Armada Española desde la unión de los reinos de Castilla y Aragón. Tomo I, 1476-1559, Madrid, Imprenta Real, (lire en ligne [archive du ])
- Cesâreo Fernández Duro, Estudios Históricos del Reinado de Felipe II, Madrid, Imprenta y Fundición de M. Tello, (lire en ligne [archive du ]), p. 1
- ↑ Prudencio de Sandoval, Historia de la vida y hechos del emperador Carlos V. maximo, fortissimo, rey catholic de España, y de las Indias, islas, y tierra firma del mar oceano, &c, por Geronymo Verdussen [...], (lire en ligne), p. 21
- ↑ Gregorio Sánchez Doncel, Presencia de España en Orán, 1509-1792, I.T. San Ildefonso, (ISBN 978-84-600-7614-8, lire en ligne), p. 168
- ↑ Daniel Garcia Valdés, « El pirata Dragut y la torre de calaveras españolas » [archive du ], sur lasoga.org (consulté le )
- ↑ Alicia Cámara Muñoz (Ed), El dibujante ingeniero al servicio de la monarquía hispánica. Siglos XVI-XVIII, Fundación Juanelo Turriano, (ISBN 978-84-942695-6-1, lire en ligne [archive du ]), p. 226
- ↑ « Poesía de la edad de oro, II » [archive du ], sur cervantesvirtual.com, Bibliotheca Virtual Miguel de Cervantes (consulté le )
- ↑ Manuel Juan Diana, Capitanes ilustres y revista de libros militares, J.A. Ortigosa, (lire en ligne), p. 34
- ↑ Francisco Sánchez de las Brozas, Francisci Sanctii Brocensis, In Inclyta Salmaticensi Academia Emeriti, olim Rhetorices, [et] Primarii Latinae, Graecaeque Linguae Doctoris, Opera Omnia, Una cum Ejusdem Scriptoris Vita; Auctore Gregorio Maiansio Generoso Valentino: Tomus Quartus, Seu Opera Poetica, Apud Fratres de Tournes, (lire en ligne), p. 206
- ↑ « Sayings of Seville » [archive du ], sur elcafedelahistoria.com, El Cafe de la Historia (consulté le )
- ↑ Juan José Álvarez Díaz, « Refranes españoles relativos a batallas (s. VIII – s. XIII) (I) », Paremia, vol. 22, , p. 31–42 (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (es) Anonymous et Francisco Abad Nebot (dir.), La vida de Lazarillo de Tormes: Y de sus fortunas y adversidades, EDAF, (ISBN 978-84-7166-635-2, lire en ligne), « Tractado Primero »
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