Asturias (œuvre musicale)

Asturias
Leyenda
Chants d’Espagne op. 232
Suite espagnole op. 47
Prélude
Deux premières mesures de la partition pour piano.
Incipit d’Asturias.

Genre prélude pour piano
Musique Isaac Albéniz
Durée approximative 6 minutes
Dates de composition vers 1890

Asturias, sous-titrée Leyenda, d’abord simplement intitulée Prélude, est une œuvre musicale du compositeur espagnol Isaac Albéniz, écrite à l’origine pour le piano. Sans relation, malgré son titre, avec la musique traditionnelle des Asturies, elle est en revanche fortement inspirée de la tradition andalouse du flamenco. Objet de nombreuses adaptations, elle a notamment acquis une place de premier plan dans le répertoire de guitare classique.

Histoire

Couverture de la partition des Chants d'Espagne (1897).

Cette œuvre pour piano a été écrite au début des années 1890, époque à laquelle Albéniz résidait à Londres[1]. Le compositeur tirait alors son inspiration, selon le guitariste Stanley Yates (en), de la nostalgie qu’il éprouvait pour son Espagne natale, associée dans son esprit à la mémoire de l’Andalousie maure[2].

Le morceau a été publié pour la première fois en 1892, à Barcelone, par l’éditeur Juan Bautista Pujol, en tant que Prélude d’une suite de trois mouvements intitulée Chants d'Espagne. Il occupe la même place et porte le même titre dans l’édition augmentée de cette suite, portée à cinq mouvements, publiée en 1897 à Madrid par l’Union Musical Española[1],[3],[4].

En 1911, deux ans après la mort d’Albéniz, l’éditeur Hofmeister l’insère en tant que cinquième mouvement dans son édition de la Suite espagnole. Initialement, seuls quatre des huit mouvements annoncés 25 années plus tôt par le compositeur avaient été publiés : pour compléter l’ensemble, quatre morceaux déjà parus ailleurs y ont été ajoutés, sous les noms disponibles de la liste originale d’Albéniz. C’est ainsi que le Prélude a reçu pour titre Asturias, auquel Hofmeister a ajouté en sous-titre Leyenda. En 1918, l’Union Musical Española publie à son tour la Suite en reprenant cette composition[3],[5],[6],[7].

En dépit du titre retenu, l’œuvre, fortement inspirée du flamenco andalou, n’entretient aucun rapport avec la tradition musicale des Asturies[7],[8],[9],[10].

Structure et analyse

Schéma de la première partie.

L'œuvre suit une structure en da capo habituelle chez Albéniz[4]. Les première et dernière parties, très empreintes de réminiscences du flamenco, encadrent une copla centrale où peuvent s’entendre des sonorités arabo-andalouses[9] ou arabes[11].

La première partie, fondée sur la répétition du thème principal, imite les techniques de la guitare flamenca : corde à vide jouée à l’index tandis que le pouce exécute une mélodie plus grave, accords frappés du rasgueado[12],[13]. La partie médiane débute par une phrase d’ouverture qui évoque le cante jondo avant d’adopter un rythme plus dansant, sur lequel soli et accords d’accompagnement se succèdent dans une alternance typique du flamenco[11],[14]. La coda passe par une suite d’accords aux allures d’hymne religieux et se clôt, après une dernière reprise du thème principal, sur des harmonies ambigües[15],[16].

Par rapport aux premières éditions de la partition, parues en 1892 et 1897, celle de 1911 introduit plusieurs différences : le tempo initial, notamment, n’est plus allegro ma non troppo mais allegro, tandis que la partie médiane est explicitement marquée più lento ; dans cette même partie, des ornements sont bécarrisés, ce qui remplace la seconde augmentée typique du cante jondo par une seconde majeure plus attendue[9],[17].

Adaptation pour la guitare

L’imitation que l’œuvre fait du jeu de la guitare incite à l’interpréter sur cet instrument[4]. Cependant, la partition pour piano présente des caractéristiques — tonalité de sol mineur, doubles octaves, accords, ambitus, long crescendo continu — qui la rendent impossible à jouer telle quelle à la guitare[18].

Les premières transcriptions pour guitare d’œuvres pour piano d’Albéniz ont été faites du vivant même du compositeur, notamment par Francisco Tárrega et son élève Miguel Llobet ; s’agissant d’Asturias, le premier arrangement est probablement dû, selon Stanley Yates, à Severino García Fortea[18].

L’interprétation la plus fameuse et la plus suivie est celle d'Andrés Segovia, qui la joue en récital dès 1924, l’enregistre sur disque en 1953 et la publie trois ans plus tard[18],[note 1]. Segovia introduit notamment des triolets typiques du jeu de guitare[19], auxquels il peut toutefois être reproché de s’écarter de la continuité rythmique voulue par Albéniz[20].

Au fil du temps, le morceau est devenu une pièce emblématique du répertoire de guitare classique[1],[4],[9].

Dans la culture populaire

L’œuvre a servi d'inspiration à des musiciens de divers genres pour créer leurs propres versions[21]. Tant les adaptations que les interprétations du morceau original ont été intégrées aux bandes sonores de films, de programmes de télévision ou de jeux vidéos[22].

Adaptations

Inclusion dans des bandes sonores

Paratrooper (1982), jeu vidéo pour MS-DOS, démarre sur le thème principal de l’œuvre[27].

Parmi les films dans la bande sonore desquels le morceau est présent figurent aussi bien Les Patriotes d’Éric Rochant (1994) ou Mirrors d’Alexandre Aja et Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (tous deux sortis en 2008) qu’Un château en Italie de Valeria Bruni Tedeschi (2013) ou Anatomie d'une chute de Justine Triet (2023)[22]. Dans ce dernier, l'œuvre est opposée au Prélude no 4 en mi mineur de Frédéric Chopin[28].

Notes et références

Notes

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Asturias (Leyenda) » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ Pour la partition, régulièrement rééditée, voir (es) Isaac Albéniz et Andrés Segovia, Asturias : Leyenda * Preludio, Union Musical, , 8 p. (ISBN 978-0-7119-5532-5, présentation en ligne).

Références

  1. Yates 2000, p. 1.
  2. ↑ Yates 2000, p. 2-3.
  3. Yates 2011, p. 24.
  4. Clark 2002, p. 97.
  5. ↑ Yates 2000, p. 1 et 5.
  6. ↑ Clark 2002, p. 68-69 et 97.
  7. Pajares Alonso 2010, p. 332.
  8. ↑ Yates 2000, p. 2.
  9. Yates 2011, p. 25.
  10. ↑ Clark 2002, p. 69 et 97.
  11. Clark 2002, p. 99.
  12. ↑ Yates 2000, p. 3 et 6.
  13. ↑ Clark 2002, p. 97-99.
  14. ↑ Yates 2000, p. 3-4.
  15. ↑ Yates 2000, p. 4.
  16. ↑ Clark 2002, p. 99-100.
  17. ↑ Yates 2000, p. 5-6.
  18. Yates 2000, p. 7.
  19. ↑ Yates 2000, p. 7-8.
  20. ↑ Clark 2002, p. 97-98.
  21. (en) « Isaac Albéniz - Samples, Covers and Remixes », sur WhoSampled (consulté le ).
  22. « Isaac Albéniz », sur IMDb (consulté le ).
  23. ↑ Clark 2002, p. 180.
  24. ↑ (en) La Sabam, « Iron Maiden's To Tame a Land sample of Isaac Albéniz's Asturias », sur Who Sampled (consulté le ).
  25. ↑ (es) « La furia española, al Elíseo: la mujer de Sarkozy, bisnieta de Albéniz, deja su sello en la Presidencia », sur El Confidencial, .
  26. ↑ (de) « Viola Virtuosa Albéniz, Tárrega, Sor Vier Solo Transkriptionen aus Spanien », sur partitura-verlag.com (consulté le ).
  27. ↑ (en) « Paratrooper 1982 DOS gameplay HD », sur YouTube (consulté le ).
  28. ↑ « Anatomie d’une chute de Justine Triet : Chopin tombe à pic », sur France Musique, (consulté le ).

Bibliographie

  • (en) Walter A. Clark, Isaac Albéniz : Portrait of a Romantic, Oxford University Press, , 321 p. (ISBN 978-0-19-925052-3, lire en ligne).
  • (en) Stanley Yates, Albéniz's Leyenda (Preludio-Asturias), Stanley Yates / Mel Bay Publications, , 20 p. (lire en ligne [PDF]).
  • (en) Stanley Yates, Isaac Albéniz : 26 Pieces Arranged for Guitar, Mel Bay Publications, coll. « Stanley Yates Series », , 192 p. (ISBN 978-1-60974-265-2, lire en ligne).
  • (es) Roberto L. Pajares Alonso, Historia de la música en 6 bloques : Bloque 3, Vision Libros, , 362 p. (ISBN 978-84-9983-808-3, lire en ligne).

Liens externes

  • icône décorative Portail de la musique classique