Athénée Populaire

Ateneu Enciclopèdic Popular, à Barcelone

L'athénée populaire ou athénée ouvrier est un type d'association culturelle issu de la tradition du mouvement républicain en Espagne, qui s'est développé aussi dans d'autres pays de langue hispanique. "Surgit alors [dans les dernières décennies du XIXe siècle] tout un réseau d'associations spécifiquement culturelles (athénées, centres d'études, etc.) de diverses tendances idéologiques, mais unies par un même propos: l'éducation et la culture des classes populaires"[1]. On y renforce la culture populaire, et "Lorsque nous parlons de culture populaire, nous parlons d'une culture qui vient du peuple et retourne au peuple, sans être monopolisée par une classe sociale." (traduit du catalan)[2].

La prolifération des athénées populaires, conçus à l'origine comme des associations culturelles, spécialement entre les années 1880 et la Seconde République Espagnole, est due en grande partie au manque d'infrastructures éducatives officielles pour la classe travailleuse. Ces athénées populaires avaient souvent leurs propres locaux, ou utilisaient les infrastructures des syndicats ou d'associations communales.Certains ont été politiquement alignés sur la pensée républicaine et de gauche et liés à des organisations militantes, et étaient le point de rencontre pour la diffusion de leurs idées.

Les activités des athénées populaires allaient de l'édition de bulletins d'information, de livres et de pamphlets, à des excursions à la campagne, conférences, théâtre, récitals poétiques, débats, cours d'espéranto, ou bibliothèques en libre accès; généralement ces activités étaient autofinancées par les utilisateurs. Certains de ces athénées, sous l'influence anarcho-syndicaliste, entretenaient des écoles rationalistes dans lesquelles étaient scolarisés des enfants d'ouvriers dans un environnement laïque et progressiste.

Un exemple d'athénée populaire historique est l'Athénée Encyclopédique Populaire, qui tout au long de l'histoire est passé par différentes administrations et qui existe encore aujourd'hui.

Histoire

Étymologiquement, le mot «athénée» vient de la déesse grecque de la sagesse Athéna. Selon ce terme, les athénées sont des centres dans lesquels se diffuse la culture. En Espagne, à partir de la moitié du XIXe siècle, aussi bien la bourgeoisie (comme pour l'Athénée de Madrid, ou l'Athénée de Barcelone) que la classe ouvrière créent leurs propres athénées, où ont lieu des activités culturelles en accord avec leurs besoins. Leur devise principale était "la culture comme moyen d'émancipation du peuple".

Dans le cas des athénées gérés par les classes populaires, ceux-ci recevaient différents noms suivant les gens qui les géraient ou la perspective qu'on souhaitait leur donner. Ainsi ils étaient appelés: athénées libertaires, ouvriers, populaires, anarchistes, éclectiques, syndicalistes, neutres, rationalistes, de vulgarisation sociale, maisons du peuple, universités populaires, etc.

Nombre de ces centres culturels sont dès le début fortement liés à l'anarcho-syndicalisme et peuvent être considérés comme sa branche culturelle. Dans le cas des athénées libertaires, l'un des fondateurs de la CNT, Anselmo Lorenzo, estimait que la première chose que devaient faire les syndicats de chaque localité était de créer un Athénée libertaire.

Tout au long des quatre premières décennies du XXe siècle, les athénées de caractère libertaire et populaire se sont multipliés, ainsi que les personnes qui y participaient. Dans beaucoup d'entre eux ont été créées des écoles pour les enfants d'ouvriers qui employaient des méthodes de pédagogie avancée, basée sur les propositions de Francisco Ferrer Guardia. Certaines, pour leur qualité et leur nombre de participants constants, sont passées à l'histoire de l'éducation, comme l'École Nature du Clot à Barcelone, qui a fonctionné jusqu'à la fin de la guerre civile espagnole[3].

On peut dire que les athénées populaires ou libertaires ont été une véritable université populaire pour la classe ouvrière de tous les âges, où celle-ci a pu acquérir la formation culturelle qui lui avait été refusée par sa condition sociale. L'impulsion rationaliste de libération par la culture lui donne une force et une légitimité suffisante face à la classe ouvrière, qui traitait les athénées et les bibliothèques populaires avec révérence. Ils servent aussi de lieu de rencontre entre les personnes du quartier, où les gens débattent, font connaissance, créent des liens et posent leurs problèmes aux autres.

C'est aussi, pour beaucoup de femmes travailleuses, la première fois où elles trouvent un endroit où elles sont dans des conditions d'égalité avec les hommes, où elles vont pour apprendre, et où elles prennent contact avec l'anarchisme. Le succès des athénées libertaires a été éclatant, créant une culture ouvrière et solidaire, et on peut affirmer qu'ils ont substitué l'État ou les ordres religieux dans le rôle éducatif de leur temps.

Parmi les activités des athénées populaires pouvaient se trouver l'édition de bulletins d'information, de livres et de pamphlets, à des excursions à la campagne, conférences, théâtre, récitals poétiques, débats, cours d'espéranto, ou bibliothèques en libre accès; généralement ces activités étaient autofinancées par les utilisateurs. Certains de ces athénées, sous l'influence anarcho-syndicaliste, entretenaient des écoles rationalistes dans lesquelles étaient scolarisés des enfants d'ouvriers dans un environnement laïque et progressiste. Ils donnaient aussi beaucoup d'importance à l'hygiène comme prévention des maladies, à la connaissance des méthodes contraceptives et de la sexualité.

Les athénées qui avaient une école devaient aussi payer les enseignants. Il y avait généralement des cours d'alphabétisation pour adultes le soir. Et ceux-ci étaient souvent dispensés avec une bibliothèque, qui dans de nombreuses localités était la plus grande de la zone. Ce phénomène de diffusion culturelle était totalement justifié: en 1930 on estime qu'entre un quart et un tiers de la population espagnole était analphabète. Il y avait de grandes variations entre les différents athénées. Ils en étaient conscients et s'aidaient entre eux, promouvant même plusieurs projets de Fédération entre les athénées, qui ne se sont jamais concrétisés.

L'apogée des athénées libertaires a eu lieu avant et aussi au début de la Guerre civile, où des centaines ont fleuri dans tous les quartiers et villages de l'Espagne républicaine. Dans la seule ville de Valence il y en avait une quinzaine. À Madrid ils seraient jusqu'à 30, et dans toute la Catalogne jusqu'à environ 200. Cependant ils ont toujours souffert de faibles moyens, et ont vu comment les jeunes étaient de plus en plus recrutés avec la progression de la guerre, les athénées restant aux mains des femmes et des hommes non combattants. Après la fin de la guerre les athénées ont été dissous. Dans le cas de l'Ateneu Enciclopèdic Popular de Barcelone, qui a eu jusqu'à 26000 membres (c'était probablement la plus grande association de Barcelone), ses livres ont été brûlés sur les Ramblas par les phalangistes[4]. 

Bien que les athénées comme institutions ouvrières aient été fortement liés au mouvement anarchiste en Espagne, les ouvriers socialistes (PSOE, UGT et POUM, principalement) y participaient aussi et organisaient même des athénées dans leurs zones d'influence. C'étaient souvent des organisations ouvertes où pouvaient se côtoyer différentes tendances politiques. Il y avait des athénées liés au Parti Fédéral.

Transition

Après la mort de Franco en 1975, de nombreux athénées populaires sont apparus, surtout en Catalogne, à Valence et à Madrid. Par exemple à Barcelone il y a eu jusqu'à une vingtaine d'athénées. La fonction d'alphabétiser le peuple n'y était plus le principal comme avant la fin de la Guerre Civile, puisque c'était déjà garanti par l'État. La scolarisation enfantine comprenait déjà la plupart de la population. Mais il y avait toujours une série de problèmes sociaux, urbanistiques, ou de travail dans les quartiers qui pouvaient être traités par les assemblées des Athénées, souvent en collaboration avec les associations d'habitants ou avec le syndicat CNT-AIT, dont parfois ils dépendaient. Comme à l'époque antérieure à la Guerre Civile, il y a eu un certain nombre d'athénées populaires liés à d'autres mouvements ouvriers, en particulier, dans les années 70, au mouvement communiste.

Ainsi, les athénées resurgissent comme lieu de rencontre, de culture et de lutte sociale. Toutefois vers 1979 beaucoup d'associations de voisins sont cooptées par les partis politiques de gauche, captant certains de leurs militants importants et désactivant les revendications dans les quartiers. La floraison des associations qui a eu lieu dans les années 70 a décliné progressivement jusqu'en 1982. C'est le processus qu'on appellera le "désenchantement". De cette époque survit l'Ateneo Popular de Nou Barris, à Barcelone, qui est né d'un squat militant de voisins[5].

Dans les athénées ont eu lieu des conférences, débats, rencontres. Y ont été soutenues des luttes ouvrières comme celles de Vitoria, Roca, Michelín, ou celle des dockers. Certains membres de ces entreprises en lutte sont passés dans les locaux pour informer de leur situation. Les athénées ont également soutenu la lutte des prisonniers, aussi bien au niveau individuel qu'à travers une coordination de soutien ou en faisant campagne contre les prisons.

Actuellement

Les athénées, après un déclin dans les années 80 et une partie des années 90, ont connu un regain à la fin des années 90 et au XXIe siècle. Pendant les années 80 certains athénées se sont liés avec les nouveaux mouvements juvéniles de l'époque. C'est le cas du punk et des premiers squats militants. Par exemple l'Ateneo Libertario de Sants (Barcelone), est revenu à la vie comme occupation en 1989. D'autres athénées, comme l'Ateneo Libertario de Gracia ou celui de Poble Sec (Barcelone), ont aussi promû l'occupation de logements et d'espaces, ainsi que la confluence de ces premiers squats avec les anarchistes et avec les luttes sociales[6],[7].

Ateneo Popular La Sèquia à Manresa

Dans le cas particulier du Pays Basque, ont fleuri de nombreux "gaztetxes" (maison de jeunes autogérée en squat), qui étaient en fait les athénées de cette région, souvent liés au mouvement nationaliste basque radical, ou pour certains aux mouvements libertaires et de la contraculture (punk) basque[8]. C'est ainsi que s'est créé l'environnement politico-social associé au mouvement okupa.

Gaztetxe de Vitoria

Pendant les années 90, les athénées se sont progressivement liés au mouvement okupa. Un exemple en est l'Ateneo libertario de Cornellà, okupado depuis 1987, ou celui de Sants. Souvent ils se sont transformés en centres sociaux, ce qui était en fait une adaptation des athénées à l'époque. Mais les athénées ont aussi survécu comme établissements indépendants. Le mouvement indépendantiste de gauche catalan a commencé à organiser des Athénées populaires, et ils sont aujourd'hui près de 70. En Galice aussi le mouvement indépendantiste organise ses propres centres sociaux, qui sont maintenant une vingtaine.

Du côté libertaire, en plus des centres sociaux okupados, dont certains s'assimilent à des athénées et d'autres non, il y en a environ 50 directement liés à l'anarchisme (pas nécessairement okupados: beaucoup sont loués et d'autres prêtés par les syndicats). Et 40 autres centres qui ne portent pas ce nom mais sont des centres d'études, fondations, bibliothèques sociales, liés d'une manière ou d'une autres aux idées libertaires[9].

En Italie des athénées libertaires ont été créés à Milan et à Naples, probablement créés avec ce nom en hommage aux athénées libertaires classiques. En Amérique Latine ils s'appelent généralement centres sociaux libertaires, ou centres d'études libertaires.

Fonctionnement

Le fonctionnement des athénées est généralement parlementaire. Il est régi par des assemblées où sont proposés, débattus ou pris les accords. Cette horizontalité démocratique dans le fonctionnement s'oppose à la pratique habituelle de certains athénées ouvriers anciens, et de quelques athénées populaires actuels, où il existait ou existe un comité directeur qui prend les décisions. Il y a également des différences en ce qui concerne l'autonomie économique des athénées. Les plus liés au mouvement anarchiste sont partisans de l'autogestion totale des ressources et pour se financer ils font appel à des activités solidaires et à des cotisations; ils prônent aussi le squat d'espaces pour faire des athénées ou la demande d'espaces au syndicat CNT. Cependant d'autres athénées populaires, liés à des organisations de gauche social-démocrate, acceptent des subventions.

Enfin, bien que la culture et le loisir soient des traits inhérents à l'Athénée, l'espace transcende généralement le simple divertissement, agissant comme lieu de rencontre et de débat pour la transformation sociale, utilisé fréquemment par les mouvements sociaux et politiques. L'Athénée aspire à atteindre la société.

Références

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Ateneo popular » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ Javier Navarro Navarro, Los ateneos libertarios en España (1931-1939), (ISBN 9788494161445), « La herencia de un modelo. », p. 11-12
  2. ↑ Ferran Aisa, Una història de Barcelona. Ateneu Enciclopèdic Popular (1902-1999), (ISBN 9788488455828[à vérifier : ISBN invalide]), « L'AEP en el marc de la cultura popular », p. 19
  3. ↑ (ca) « Taller d'Historia Clot Camp de l'Arpa » (consulté le )
  4. ↑ (es) « l’Ateneu Enciclopèdic Popular » (consulté le )
  5. ↑ (es) « Quien somos » (consulté le )
  6. ↑ (ca) « Grups, Projectes i altres motivacions » (consulté le )
  7. ↑ (ca) « L'ateneu fa historia » (consulté le )
  8. ↑ « Les gaztexte, l'occupation par les jeunes, "pour la ville" » (consulté le )
  9. ↑ « Directorio de Ateneos Libertarios en el estado español », alasbarricadas.org, 23 de noviembre de 2011 (consulté le )

Bibliographie

  • COCA, Carlos: "Ateneos libertarios. Écoles de quartier" https://web.archive.org/web/20150508230400/http://old.kaosenlared.net/noticia/ateneos-libertarios-escuelas-barrio (article d'opinion).
  • NAVARRO NAVARRO, Javier: "Les ateneos libertarios en Espagne (1931-1939)". La Neurosis ou Les Barricades Ed. Madrid, 2016.
  • CUEVAS NOA, Francisco José: "Anarchisme et éducation". Fondation d'Études Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 2003.
  • Fédération LOCALE DE SÉVILLE DE CNT-AIT: "Anarcosindicalismo basique". Il édite le propre F.L., Séville, 2001.
  • MILLÁN, Pako: "Ateneos Libertarios". Périodique Solidarité Ouvrière, spéciale centenaire CNT.
  • NOJA RUIZ, Higinio: "L'harmonie ou l'école dans le champ (Alginet, 1923)". Éditorial Virus, Barcelone, 1996.
  • PEIRATS, José: "La CNT dans la Révolution Espagnole" (3 vol.). Éditions Mère Terroir, Móstoles, 1988.
  • REBOLLO, Abel: "La Barcelone rebelle" . Éditorial Octaedro, Barcelone, 2003.
  • RIBAS, José: "Les 70 à destajo. Ajoblanco Et liberté". Éditions RBA, Barcelone, 2007.
  • SOLÁ, Pere: "Els Ateneus Obrers et la Culture Populaire à la Catalogne (1909-1939). L'Ateneu Enciclopèdic Populaire". Éditions La Magrana, Barcelone, 1978.
  • SALANOVA, Juan: "L'École rurale: Mesones de Isuela, une expérience en liberté". Éditorial Zero-Zyx, Madrid, 1983.
  • Je tue DÍAZ, ANGE: "Le Ateneo Ouvrier de Gijón (1881-1937)". Collection tu Contrastes, N.º 9. Ateneo Ouvrier de Gijón, Gijón, 2006.
  • MARCÉ I PIERA, Matilde: "Ateneu de Culture Populaire de l'Hospitalet (1932-2007)". Ateneu De Culture Populaire de l'Hospitalet. L´Hospitalet (Barcelone), 2008.
  • TOMASSI, Tina: "Breviario De la pensée éducative libertario". Éditions Mère Terroir, Madrid, 1988.
  • VIERNA, Fernando de: "Ateneo Populaire de Santander". Je centre d'Études Montañeses-Éditoriale Librucos. Santander, 2014.
  • ZAMBRANA, Joan: "L'alternative libertaria. la Catalogne 1976-1979". Éditions Fet à mà, Barcelone, 2000. (Extrait du web www.cedall.org).
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