Attentat de la rue Berthe

Attentat de la rue Berthe
Image illustrative de l’article Attentat de la rue Berthe
Couverture du dossier de police sur l'attentat (Archives de la préfecture de police de Paris - BA 138) (courtoisie d'Archives Anarchistes).

Localisation Paris, France
Cible Magasin de M. Viguier
Coordonnées 48° 53′ 10″ nord, 2° 20′ 19″ est
Date 6 juillet 1887
Morts 0
Blessés 0
Auteurs présumés Paolo Chiericotti (?)
Vittorio Pini (?)
Organisations Intransigeants (?)
Mouvance Anarchisme
Partie de Propagande par le fait

L'attentat de la rue Berthe est une attaque à la bombe menée à Paris dans la nuit du 5 au par des anarchistes visant le magasin d'un propriétaire, au 46 rue Berthe. L'explosion détruit la devanture de son magasin vers trois heures du matin, provoque un mouvement de panique chez les rares passants de la rue et ne cause pas de victimes. Il s'agit vraisemblablement d'un acte de vengeance visant un propriétaire en conflit avec différents anarchistes italiens.

Bien que les responsables précis de l'attentat ne soient jamais retrouvés, le fait que la personne visée, Viguier, ait eu des démêlés quelques mois plus tôt avec trois anarchistes italiens parmi ses locataires, dont l'un est condamné quelques jours plus tôt pour coups et blessures sur Viguier, pousse les autorités à suspecter les trois anarchistes italiens, Figeri, Pogni et Paolo Chiericotti. La police découvre chez eux des traces de poudre, sans avoir suffisamment d'éléments pour les impliquer, et ils sont libérés.

Plus tard, les autorités commencent à suspecter Vittorio Pini, proche de Chiericotti et membre du groupe des Intransigeants. Il quitte le territoire français en et se réfugie en Belgique. Un des proches de Pini, Placide Schouppe, est le principal suspect pour la campagne d'attentats anarchistes de 1888-1889, l'année suivante, une campagne d'attentats visant aussi des devantures d'édifices au milieu de la nuit.

Histoire

Contexte

Au XIXe siècle, l'anarchisme naît et se constitue en Europe avant de se propager[1]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, parmi lesquelles on trouve la domination économique, avec le développement du capitalisme[1]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'institution permettant d'entériner un bon nombre de ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[2].

À la fin des années 1870, les anarchistes développent la stratégie de la propagande par le fait, visant à transmettre les idées anarchistes par l'action directement, sans passer par le discours, et entraîner la Révolution par des actions incitant le peuple à se révolter[3]. Des figures de l'anarchisme développent cette stratégie amplement, comme Pierre Kropotkine, Errico Malatesta, Andrea Costa, Carlo Cafiero et surtout Johann Most[4]. En 1879, elle est adoptée par le congrès de la Fédération jurassienne de La Chaux-de-Fonds, adoptée par le premier congrès exclusivement anarchiste en France, le congrès de Paris, en [3]. Elle reçoit une nouvelle centralité au Congrès international de Londres, en [3].

En 1881, le premier attentat de telle nature en France, l'attentat de Saint-Germain-en-Laye, échoue à détruire la statue d'Adolphe Thiers qu'il visait[5]. Dans les années qui suivent, la pratique se généralise dans les milieux anarchistes en France - en particulier alors que la répression de l'État français s'accentue sur eux, ce qui crée des dynamiques de vengeance de la part des anarchistes[6].

Au XIXe siècle, en recherche de perspectives économiques, un certain nombre d'Italiens émigre en France pour y trouver un emploi, en particulier en région parisienne, et un certain nombre d'entre eux souscrit à l'anarchisme[7],[8].

Prémices

Au début de l'année 1887, trois cordonniers anarchistes italiens décident de cesser de payer le propriétaire de leur logement[9],[10]. Ils se nomment Pierre Figeri, Paolo Chiericotti et un certain Pogni[11],[12],[13]. Lorsque le propriétaire, nommé Viguier, cherche à les expulser — ou qu'ils cherchent à faire un déménagement à la cloche de bois, c'est-à-dire essaient de quitter le logement sans le prévenir et le payer, il est frappé violemment au visage[9],[10]. Les anarchistes auraient proféré des menaces de mort contre lui et il porte plainte contre eux[9].

Quelques mois plus tard, Pogni est condamné à quatre mois de prison des suites de la plainte de Viguier[10].

Attentat de la rue Berthe

Police française suspectant Vittorio Pini pour l'attentat (Archives de la préfecture de police de Paris - BA 138) (courtoisie d'Archives Anarchistes).

Dans la nuit du 5 au , vers trois heures du matin, soit deux jours après la condamnation de l'anarchiste, une explosion détruit la devanture du magasin de Viguier, au 46 rue Berthe[14]. L'explosion fait éclater des vitres dans la rue et celles du bâtiment visé jusqu'au troisième étage - les quelques passants à cette heure s'enfuient alors que les riverains sont réveillés par la force de l'explosion et se rendent dans la rue pour aller constater les dommages[14].

Les habitants du bâtiment visé tentent pendant ce temps de s'en extraire et de mettre leurs biens à l'abri, ayant peur qu'elle ne s'effondre - avant d'être rassurés en voyant les effets de l'explosion - qui n'a causé des dégâts importants qu'à la façade de l'épicerie de Viguier[14].

Suites et soupçons sur Vittorio Pini

Étant donné que les trois cordonniers en contentieux avec Viguier sont des suspects centraux ; ils sont arrêtés et perquisitionnés[14],[15]. La police trouve des traces de poudre chez eux, comme chez Chiericotti, mais ne dispose pas d'assez de preuves pour les impliquer décisivement ou les faire condamner en procès[15]. Ils sont donc replacés en liberté provisoire[15].

La police française suspecte Vittorio Pini, proche de Chiericotti et membre central du groupe des Intransigeants, un groupe anarchiste illégaliste rassemblant un certain nombre d'Italiens[16]. Celui-ci quitte le territoire français en octobre et se rend en Belgique, où il trouve refuge[16].

L'année suivante, Placide Schouppe, un autre proche de Pini lié aux Intransigeants, est le principal suspect pour la campagne d'attentats anarchistes de 1888-1889, sans que sa culpabilité ne soit démontrée[17]. Cette campagne vise aussi, au milieu de la nuit, des devantures de bâtiment, ici des bureaux de placement[18].

Références

  1. Jourdain 2013, p. 13-15.
  2. Ward 2004, p. 26-33.
  3. Eisenzweig 2001, p. 72-75.
  4. Merriman 2016, p. 70-80.
  5. N., « L'affaire de Saint-Germain », Le Figaro,‎
  6. Bouhey 2008, p. 190-215.
  7. Dornel 2019, p. 1-14.
  8. Bouhey 2008, p. 27-35.
  9. Guillaume Davranche et Dominique Petit, « Chiericotti Paul [Pierre, Paul, Jacques, dit ; aussi Chericotti, Ricotti, Paul Laurent] [Dictionnaire des anarchistes] – Maitron » (consulté le )
  10. « L'explosion de la rue Berthe », sur Gallica, Le Figaro, (consulté le )
  11. « L'explosion de la rue Berthe », Paris,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  12. « CHIERICOTTI Paul [Pierre, Paul, Jacques, dit ; aussi Chericotti, Ricotti, Paul LAURENT]. », sur Archives anarchistes, (consulté le )
  13. « L'explosion de la rue Berthe », sur Gallica, Le Figaro, (consulté le )
  14. « Dynamite et pétards », La Lanterne,‎ , p. 1
  15. Guillaume Davranche et Dominique Petit, « Chiericotti Paul [Pierre, Paul, Jacques, dit ; aussi Chericotti, Ricotti, Paul Laurent] [Dictionnaire des anarchistes] – Maitron » (consulté le )
  16. « PINI, Vittorio, Achillo », sur Dictionnaire international des militants anarchistes (consulté le )
  17. Patrick Samzun et Dominique Petit, « SCHOUPPE, Placide », sur Dictionnaire international des militants anarchistes (consulté le )
  18. Bouhey 2008, p. 250-260.

Bibliographie

  • Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République, 1880 à 1914 : contribution à l'histoire des réseaux sous la Troisième République (Mémoire, Thèse), Rennes, Presses universitaires de Rennes (PUR), , 491 p. (ISBN 978-2-753-50727-2, EAN 9782753507272, OCLC 470715071)
  • Laurent Dornel, L’anti-italianisme est-il un racisme ? (France, Années 1880-1900), PUBP, (lire en ligne)
  • Uri Eisenzweig, Fictions de l'anarchisme, France, C. Bourgois, (ISBN 2-267-01570-6)
  • Édouard Jourdain, L'anarchisme, Paris, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-9091-8)
  • (en) John M. Merriman, The dynamite club: how a bombing in fin-de-siècle Paris ignited the age of modern terror, Yale, Yale University Press (YUP), (ISBN 978-0-300-21792-6)
  • (en) Colin Ward, Anarchism: A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press (OUP),
  • icône décorative Portail de l’anarchisme
  • icône décorative Portail du terrorisme
  • icône décorative Portail de Paris
  • icône décorative Portail des années 1880
  • icône décorative Portail de la politique française
  • icône décorative Portail de la société
  • icône décorative Portail de l’histoire
  • icône décorative Portail de la police
  • icône décorative Portail de la France
  • icône décorative Portail de l’Italie