Auloi de Méroé
Les auloi de Méroé sont un groupe de flûtes antiques découvertes dans la tombe de la reine Amanishakheto, une candace du royaume de Méroé. Il s'agit d'un ensemble exceptionnel et bien conservé d'instruments de musique de cette époque.
Histoire de la découverte
Ces objets sont découverts en 1921 par l'égyptologue George Andrew Reisner, lors de fouilles dans la nécropole royale de Méroé, au Soudan, pour le compte du musée des Beaux-Arts de Boston. Ils sont décrits dans les carnets de fouilles de Reisner comme « de nombreux fragments d'au moins quatre (peut-être cinq) instruments de musique ressemblant à des flûtes »[1] tandis que Dows Dunham, qui publie le site dans les années 1950, en compte « au moins neuf et peut-être douze ou plus »[2]. Ils ont été déposés en morceaux, peut-être pour « transférer leur esprit dans l'au-delà »[1].
Le Soudan pratiquant alors le partage de fouilles, au moins une partie des instruments est déposée au musée des Beaux-Arts de Boston. En raison de leur lieu de découverte, ils sont en général datés autour de la fin du Ier siècle av. J.-C. ou du début du Ier siècle[3].
Construction
Il s'agit d'auloi à proprement parler, c'est-à-dire d'instruments à vent antiques à anche. Dans le cas de ceux de Méroé, ils sont composés de tubes en ivoire glissés dans des fourreaux en alliage cuivreux. Ils sont faits de plusieurs sections et mesurent au moins 45 cm de long[1].
Nicholas Bodley les compare à des exemples trouvés à Pompéi en 1867, qu'il décrit comme très similaires, et qualifie la découverte à Méroé de « découverte la plus significative concernant les instruments à vent anciens »[4]. Il s'agit, en l'état, du plus grand groupe de tels instruments découverts ensemble[5].
Si l'état de conservation ne permet pas de reconstituer facilement un exemplaire complet, il est suffisant pour reconstruire, lors de l'étude de 1946, les sons produits, en s'appuyant sur les études de Kathleen Schlesinger[6].
Les auloi sont composés d'un corps à l'extrémité légèrement évasée et percé de trous, d'un bulbe ou hypholmion, d'un logement pour l'anche ou holmos et de l'anche elle-même ou syrinx. Dans le cas des auloi de Méroé, il n'y a pas de holmos mais le tube semble prévu pour un emboîtement. Il est possible que le holmos ait été en bois et ait disparu. Les tubes portent de petites bélières indiquant qu'ils ont pu être décorés de glands ou de pompons[7]. Bodley souligne que l'aspect artisanal de la construction rend l'étude difficile : « The Meroe fragments are delightfully unstandardized. No sooner does one reach a certain conclusion, than some fragment is found to contradict it. » (« Les fragments de Méroé sont d'une hétérogénéité réjouissante. À peine a-t-on tiré une certaine conclusion qu'un fragment vient la contredire. »)[8].
L'un des exemplaires comporte un branchement, avec un trou de jeu à l'extrémité du tube incliné, ce qui le rapproche des plagiauloi bien que ces derniers soient considérés comme devant être joués comme des flûtes traversières[9]. Plusieurs des auloi ont également des clefs[10].
Signification culturelle
Ces auloi ne sont pas un exemple isolé ; John Garstang a découvert d'autres fragments lors de ses fouilles dans la ville de Méroé, ainsi qu'une statue d'aulète (joueur d'aulos)[5]. La présence de ces objets, et le fait que la statue soit de facture locale[11], témoignent de contacts étroits entre le monde grec, l'Égypte, alors romaine, et le royaume de Koush, malgré la distance[12].
Restauration
En 2013, le musée des Beaux-Arts de Boston obtient des fonds pour conduire un programme de restauration. Les fragments sont alors toujours conservés dans les tiroirs en bois dans lesquels ils ont été transportés depuis le Soudan dans les années 1920. Outre les restaurateurs, le programme implique des archéologues spécialisés dans la musique antique[5].
L'analyse des fragments permet de réaliser des copies de plusieurs instruments, et la réalisation d'enregistrements sonores de ces copies[3]. Certains des originaux restaurés sont alors exposés au public pour la première fois en 2019[13].
Notes et références
Notes
- Bodley 1946, p. 217.
- ↑ Dunham 1957, p. 109.
- Auloi fragments.
- ↑ Bodley 1946, p. 217-218.
- Gänsicke et Hagel 2017.
- ↑ Bodley 1946, p. 218-223.
- ↑ Bodley 1946, p. 224.
- ↑ Bodley 1946, p. 229.
- ↑ Bodley 1946, p. 230-233.
- ↑ Bodley 1946, p. 233.
- ↑ Dixon et Wachsmann 1964, p. 120.
- ↑ Dixon et Wachsmann 1964, p. 124.
- ↑ Conservation Project: Auloi of Meroë, October 2019.
Bibliographie
- (en) Suzanne Gänsicke et Stefan Hagel, « The Auloi from Meroë: Preliminary Notes on the Conservation, Technical Examination, and Interpretation of a Cache of Ancient Musical Instruments », dans Jens M. Daehner, Kenneth Lapatin, Ambra Spinelli, Artistry in Bronze The Greeks and Their Legacy XIXth International Congress on Ancient Bronzes, J. Paul Getty Museum, Getty Conservation Institute, (lire en ligne)
- (en) D. M. Dixon et K. P. Wachsmann, « A Sandstone Statue of an Auletes from Meroe », Kush, vol. 12, , p. 119–125
- (en) Dows Dunham, The Royal Cemeteries of Kush: IV. Royal Tombs at Meroë and Barkal, Boston, Museum of Fine Arts, , p. 109
- Nicholas B. Bodley, « The Auloi of Meroë: A Study of the Greek-Egyptian Auloi Found at Meroë, Egypt », American Journal of Archaeology, vol. 50, no 2, (ISSN 0002-9114, DOI 10.2307/499049, lire en ligne, consulté le )
Liens externes
- (en) « Auloi fragments », sur collections.mfa.org (consulté le )
- (en) « Conservation Project: Auloi of Meroë, October 2019 »,
- Conférence en anglais : (en) « Reconstructing Queen Amanishakheto’s Musical Instruments », sur https://hmsc.harvard.edu,
Voir aussi
Articles connexes
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