Autel de la Victoire d'Augsbourg
L’Autel de la Victoire d'Augsbourg est un monument datant du IIIe siècle découvert en 1992 à Augsbourg, l’antique Augusta Vindelicorum. Il commémore la victoire de Marcus Simplicinius Genialis sur un envahisseur germanique, les Juthunges. Il est exposé au musée romain d’Augsbourg.

Description
L’autel, haut d’environ un mètre et demi, est un monument taillé sous Alexandre Sévère (222-235), comme en témoigne le début d’une inscription qui lui est dédié, et qui a été réemployé une génération plus tard[1]. L’autel présente sur le côté gauche une Victoire triomphant d’un barbare, et sur le côté droit Mars en armes. Le panneau de face est une longue inscription gravée à la place de celle d’Alexandre Sévère, qui célèbre la victoire remportée par le gouverneur de la province de Rhétie Marcus Simplicinius Genialis. La date de la victoire et celle de la dédicace de l’autel sont indiquées par le nom des consuls Postume et Honoratianus, qui ne sont pas les consuls officiels nommés par Rome, mais ceux de l’empire des Gaules en révolte contre l’empereur Gallien. En raison de cette dissidence, les trois noms Simplicinius Genialis, Postume et Honoratianus ont été martelés, vraisemblablement après la reprise de contrôle des Gaules par Aurélien. Malgré cette dégradation, ces noms ont pu être déchiffrés par les épigraphistes.
Inscription
L’inscription de dédicace en latin a été publiée pour la première fois en 1993 dans la revue L'Année épigraphique[2]. Elle est la suivante :
IN H(onorem) D(omus) D(ivinae)
[[[ IMP]]] SEV[[ER]]I
[[[ALEXANDRI AVG]]]
IN H(onorem) D(omus) D(ivinae)
DEAE SANCTAE VICTORIAE
OB BARBAROS GENTIS SEMNONVM
SIVE IOVTHVNGORVM DIE
VIII ET VII KAL(endarum) MAIAR(um) CAESOS
FVGATOSQVE A MILITIBVS PROV(inciae)
RAETIAE SED ET GERMANICIANIS
ITEMQVE POPVLARIBVS EXCVSSIS
MVLTIS MILIBVS ITALORVM CAPTIVOR(um)
COMPOS VOTORVM SVORVM
[[M SIMPLICINIVS GENIALIS V(ir) P(erfectissimus) A(gens) V(ices) P(raesidis)]]
[[CVM EODEM EXERCITV]]
LIBENS MERITO POSVIT
DEDICATA III IDVS SEPTEMB(res) IMP(eratore) D(omino) N(ostro)
[[POSTVMO AV]]G(usto) ET [[HONORATIANO COS(ulibus)]]
Les noms martelés sont indiqués entre double crochets. Sa traduction :
« En l'honneur de la Maison divine, à l'empereur Sévère Alexandre, Auguste »
« En l'honneur de la Maison divine, à la déesse sainte Victoire, parce que les barbares de la nation des Semnons, ou Jouthunges, ont été taillés en pièces et mis en fuite, le 8 et le 7 des calendes de mai, par les soldats de la province de Rhétie, mais aussi par ceux de Germanie ainsi que par la population, libérant par ce coup des milliers de captifs italiens, Marcus Simplicinus Genialis, perfectissime, faisant fonction de gouverneur, dont les vœux ont été exaucés, avec cette même armée a érigé (ce monument) de bon gré et à bon droit. Dédié le 3 des ides de septembre sous le consulat de notre seigneur Postume Auguste et d'Honoratianus. »
Les dates indiquées correspondent aux dates suivantes :
- pour la bataille, 8 et le 7 des calendes de mai : 24 et
- pour la dédicace : 3 des ides de septembre sous le consulat de Postume et d'Honoratianus :
Intérêt historique

La découverte en 1992 de l'autel de la victoire et de son inscription ont permis aux historiens de reconstituer plus finement différemment éléments ainsi que de tirer de l'oubli une bataille militaire.
En l'an 260, L'empire romain traverse une crise majeure, sur le plan politique et militaire. Cette année-là, l'empereur Valérien lui-même est capturé par les Sassenides, Parallèlement à cela, l'affaiblissement militaire de l'empire est tel qu'il peine à contenir les incursions des peuples germaniques. Politiquement, l'empire est en prise avec une série de coups d'Etats, dont celui de Postume.
À l’automne/hiver 259, les Juthunges, un peuple compté parmi les Suèves, franchissent le limes, entrent en Italie et se livrent à des pillages . Alors que l’empereur Gallien parvient en 260 à vaincre des envahisseurs germaniques près de Milan, un groupe de Juthunges s’était déjà retiré vers le nord au printemps de la même année, emmenant avec lui des milliers d’Italiques capturés et sans doute un riche butin. L’inscription de l’autel de la victoire indique que ces envahisseurs sont cependant interceptés au Nord des Alpes à proximité de la capitale provinciale de Rhétie par des troupes romaines régulières et par une levée provinciale, puis vaincus et mis en fuite au terme d’une bataille de deux jours (24 et ). Ce fait était inconnu avant la découverte de l’autel, car il n’est mentionné dans aucune autre source.
L’inscription contribue également à éclairer l’étendue et la chronologie de l'Empire des Gaules. Jusqu’alors, aucune source n’indiquait que la province de Rhétie en avait fait partie ; de toute évidence, cette entité politique s’était aussi constituée plus tôt qu’on ne le pensait.
De même, l'inscription permet de préciser à quel moment se place la prise du pouvoir de Postume, déterminée par des raisonnements fondés sur la fin de son règne et sa durée [3]. Lorsque Marcus Simplicinius Genialis bat les Juthinges en , l'empereur Gallien règne seul. Sur cette inscription cependant, c'est déjà Postume qui est mentionné. Le gouverneur de la Rhétie a tourné sa veste et soutient ouvertement l'usurpateur. On pensait auparavant que la prise de pouvoir de Postume n’était intervenue qu’à l’automne 260, mais au vu de cette inscription, les historiens en ont conclu que Postume il devait voir usurpé l’autorité impériale quelque temps avant septembre, probablement en juin ou en .
L'inscription reflète également les bouleversements en cours dans l'empire romain. On note que le Marcus Simplicinius Genialis s'y présente comme commandant de la province de Rhétie (agissant comme vice praeses et non comme légat d'Auguste propréteur) et du rang du dédicataire Simplicius Genialis (chevalier et non sénateur, perfectissime et non classiquement egregius) [4]. Outre cela, La composition des forces romaines engagées dans ce combat traduit l'affaiblissement militaire de l'empire. En effet, dans l'armée commandée par Genialis, aucune unité régulière de l’armée provinciale de Rhétie — notamment pas la legio III Italica, stationnée à Ratisbonne (Castra Regina) depuis environ 170 — n’est mentionnée. On y voit plutôt une levée rassemblée sans doute à la hâte, composée de Germaniciani (membres de diverses unités de l’armée de Germanie supérieure), de milites provinciae Raetiae (sans doute des troupes auxiliaires) et même de populares, terme qui désigne en réalité uniquement des civils armés (peut-être des vétérans). Ces derniers formaient vraisemblablement une sorte de milice citoyenne, recrutée parmi les habitants de la capitale provinciale et de ses environs, et donc particulièrement motivée à repousser les Germains pillards. Faute de pouvoir compter sur les troupes de la légion, il a fallu improviser en rassemblant divers groupes d'hommes en âge de combattre.
Notes et références
- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Augsburger Siegesaltar » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Xavier Loriot et Daniel Nony, La crise de l'Empire romain, 235–285, Paris, Armand Colin, 1997, 304 p. (ISBN 2-200-21677-7), p. 76
- ↑ AE, 1993, 1231
- ↑ Xavier Loriot, Michel Christol, À propos de l'inscription d'Augsbourg : remarques liminaires, 1997
- ↑ Michel Christol, M. Simplicinius Genialis : ses fonctions, Cahiers du Centre Glotz, 8, 1997, p. 231-241
Bibliographie
- L'Année épigraphique : AE 1993, 1231 = AE 1994, 1325 = AE 1995, 1179-1181, AE 1996, 1182-1183 = AE 1997, 1202-1204 = AE 2001, 1561 = AE 2005, 1058
- (de) Lothar Bakker: Der Augsburger Siegesaltar. In: Badisches Landesmuseum Karlsruhe (Hrsg.): Imperium Romanum. Römer, Christen, Alamannen. Die Spätantike am Oberrhein. Theiss, Stuttgart 2005, (ISBN 3-8062-1954-0), p. 96-101.
- Henri Lavagne, Une nouvelle inscription d'Augsbourg et les causes de l'usurpation de Postume, CRAI, 1994, p. 431-446 consultable sur Persée
- Xavier Loriot, Michel Christol, À propos de l'inscription d'Augsbourg : remarques liminaires, Cahiers du centre Gustave Goltz, 1997, volume 8, numéro 8, p. 223-227 consultable sur Persée
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