Avortement en Chine

L'avortement en Chine désigne l'interruption volontaire ou médicalement indiquée de grossesse sur le territoire de la République populaire de Chine.

Contexte historique

Période antique et médiévale

Période contemporaine

1979 - 2015 : politique de l'enfant unique

De 1980 à 2016, la Chine a imposé la politique de l’enfant unique[1]. Son but était de ralentir la croissance démographique afin de favoriser le développement économique en vue des réformes lancées en 1978. Avec la libéralisation de l’éducation et de la santé, le souhait d’avoir des enfants se confronte à la charge économique croissante pour les familles[2].

Le recours généralisé à l’échographie et aux avortements a fortement réduit le taux de natalité. Cela a aussi déséquilibré le ratio hommes‑femmes, car la préférence pour un héritier masculin poussait à choisir le sexe du fœtus quand c’était possible[3].

2016 - 2021 : légalisation de deux enfants par famille

Depuis la fin de la politique de l’enfant unique en 2016, les autorités ont assoupli les règles démographiques : deux enfants par couple sont désormais autorisés, puis trois depuis 2021. Parallèlement, le gouvernement a publié de nouvelles directives demandant aux médecins de « réduire les avortements non nécessaires sur le plan médical »[4] et de promouvoir les bilans de santé avant le mariage et la grossesse[5].

Ces orientations prolongent des restrictions déjà en place, notamment celles visant à empêcher les avortements pratiqués en fonction du sexe du fœtus. En 2018, les autorités sanitaires ont averti que la répétition d’interruptions volontaires de grossesse pouvait être néfaste pour la santé des femmes et entraîner des risques de stérilité[6].

L’objectif de ces politiques est de freiner le déclin démographique du pays. La Chine connaît une baisse continue de la natalité et un vieillissement rapide de sa population, les personnes âgées pouvant représenter près d’un tiers des habitants d’ici 2050[7].

2021 : promotion de la natalité

En 2021, la Chine a autorisé jusqu’à trois enfants par couple, dans le cadre d’une politique de relance de la natalité. Cette évolution s’accompagne d’un contrôle renforcé de la santé reproductive et d’un discours officiel valorisant les « valeurs familiales »[8].

En 2022, l’agence nationale de planification familiale a annoncé un dispositif prévoyant d’« intervenir » lorsque des femmes non mariées ou des adolescentes demandent à avorter, afin de promouvoir les « valeurs traditionnelles » et la « santé reproductive ». Cette mesure, intégrée à un programme pilote de santé publique, prolonge la politique de relance de la natalité engagée après l’autorisation du troisième enfant en 2021[9].

Statut légal et réglementation

Depuis les années 1950, l’avortement est légal et accessible en Chine, mais son encadrement a évolué au rythme des politiques démographiques successives menées par l’État[10].

Avortement sélectif et interdiction des tests prénataux

En Chine, les autorités tentent de freiner les avortements sélectifs selon le sexe. Depuis 2015, la législation interdit les tests prénataux permettant de connaître le sexe du fœtus, mesure destinée à réduire une pratique longtemps encouragée par la préférence sociale pour les naissances masculines. Malgré cette interdiction, des réseaux contournent la loi en envoyant des échantillons de sang vers Hong Kong, où ces analyses restent possibles. Ce trafic, soutenu par une forte demande, entretient les déséquilibres entre les sexes dans le pays[11].

Statistiques et démographie

En 2021, la Chine a enregistré 10,62 millions de naissances, contre 12 millions en 2020 et 17,86 millions en 2016. Cette baisse continue démontre à la fois le ralentissement de la natalité et le vieillissement de la population[1]. D'après la Commission nationale de la santé, environ 9 millions d’interruptions volontaires de grossesse ont été pratiquées cette année-là, soit presque autant que de naissances. Près de 40 % de ces avortements concernaient des adolescentes[9].

Les politiques natalistes mises en place pour encourager les naissances font l’objet de critiques de la part de femmes chinoises, qui y voient une pression sur leur liberté reproductive. Environ 20 % des interruptions volontaires de grossesse concernent de jeunes femmes non mariées. Pour de nombreux ménages, avoir un enfant demeure un fardeau financier, en raison du coût de l’éducation et des prix élevés du logement[7].

Controverses

Avortements forcés

Pendant la période de la politique de l’enfant unique, de nombreux témoignages ont fait état d’avortements et de stérilisations forcés[12].

En 2012, Feng Jianmei (en) a du interrompre sa grossesse de sept mois faute d’avoir pu payer l’amende exigée pour un second enfant. L’affaire a provoqué une importante réaction en Chine et à l’étranger, amenant les autorités à admettre des abus dans l’application de la politique de planification familiale[12].

Face aux protestations populaires, les autorités ont réagi en expliquant que le planning familial devait se limiter à « persuader » les femmes enceintes d'un second enfant d'avorter. Un slogan officiel de la planification familiale proclamait encore[Quand ?] : « Mieux vaut dix tombes fraîches qu’un enfant de trop »[12].

Le Global Times a précisé[Quand ?] que la législation interdit l’avortement après six mois de grossesse et estimé que les responsables locaux avaient enfreint la loi. L’avocat Zhang Kai a déclaré avoir recueilli plusieurs témoignages similaires dans différentes provinces. En 2005, Chen Guangcheng avait déjà dénoncé des milliers de cas d’avortements et de stérilisations imposés, qualifiés alors de cas isolés par les autorités. Peu après, il avait été condamné à une peine de prison[12].

Références

  1. Frédéric Lemaîtr, « Pour enrayer le déclin démographique, la Chine veut limiter les avortements « non médicaux » », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le )
  2. ↑ Isabelle Attané, « La fin de l’enfant unique en Chine ? », Population & Sociétés, no 535,‎ , p. 1-4 (DOI https://doi.org/10.3917/popsoc.535.0001, lire en ligne Accès libre)
  3. ↑ Renyou Hou, « Les évolutions juridiques de la procréation médicalement assistée en Chine contemporaine : politique, genre et parenté », Droit et cultures. Revue internationale interdisciplinaire, no 82,‎ (ISSN 0247-9788, DOI 10.4000/droitcultures.7399, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ Nina Soyez, « Avortement : dans quels pays l’IVG est-il illégal ? » Accès libre, sur TV5 Monde Info, (consulté le )
  5. ↑ AFP, « La Chine veut réduire les avortements sans raisons médicales » Accès libre, sur Le Figaro, (consulté le )
  6. ↑ Reuters, « La Chine veut réduire le nombre d'IVG n'ayant pas de "motifs médicaux" » Accès libre, sur Challenges, (consulté le )
  7. Rédaction Internationale, « Journée mondiale du droit à l’avortement : le Mexique, la Chine et le Sénégal face à l'accès à l'IVG » Accès libre, sur franceinfo, (consulté le )
  8. ↑ (en) Xinhua, « China releases decision on third-child policy, supporting measures », sur english.www.gov.cn, (consulté le )
  9. Stéphane Lagarde, « Chine: décourager les IVG pour relancer une natalité en berne » Accès libre, sur RFI, (consulté le )
  10. ↑ le matin, « La Chine veut réduire le nombre d’IVG pour booster son taux de natalité », lematin.ch,‎ (ISSN 1018-3736, lire en ligne Accès libre, consulté le )
  11. ↑ Rodrigue Loué, « Chine : fille ou garçon, l'épineux problème des avortements sélectifs » Accès libre, sur Africanews, (consulté le )
  12. Article rédigé parFloriane Louison, « Chine : un avortement forcé à sept mois de grossesse » Accès libre, sur Franceinfo, (consulté le )

Voir aussi

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