Bédouins de Palestine

Les Bédouins de Palestine (بدو فلسطين) sont un peuple pratiquant le pastoralisme nomade qui est devenu une partie du peuple palestinien, singularisé par un mode de vie pastoral et agricole. Venant de la région de Bi’r as-Saba’ (Beersheba) dans le sud de la Palestine, les Bédouins palestiniens sont désormais majoritairement concentrés dans le Sud (Néguev et Gaza) et le Nord de la Palestine (Galilée) ainsi qu’en Cisjordanie. Les Bédouins ont vécu dans le Néguev, nomadisant entre Gaza et la mer Morte depuis au moins le 5e siècle[1]. Les communautés bédouines de Gaza comptent 5000 membres à Om al-Nasr[2]. Fin 2022, le nombre de Bédouins nomades à Gaza était très réduit, la plupart des Bédouins étant désormais sédentarisés[3].
Démographie
| Tribu/Confédération | Localisation | Effectifs |
|---|---|---|
| Azazme | Beersheba | 11 700 |
| Hanajra | sud-ouest du Neguev (Gaza-Tarabin) | 5200 |
| Jarabat | nord de Tayaha | 5850 |
| Tarabin | sud-ouest du Neguev | 22 100 |
| Tayaha | Nord-ouest et est du Neguev | 18 850 |
| Aheiwat | au sud d’Azazme | 650 |
| Said'in | Arava | 650 |
| Total | - | 65 000 |
En 2005, les Bédouins forment environ 10% des Palestiniens d'Israël[5].
En 2013, environ 40 000 Bédouins habitent en Cisjordanie, répartis entre les tribus Jahalin, Ka’abneh, Rashaydeh, Ramadin, ‘Azazme, communautés de Sawarka, Arenat et Amareen[6][7].
Histoire
Période ottomane
L’Empire ottoman commence, à la fin du XIXe siècle, à prendre des mesures visant à sédentariser les Bédouins du Naqab (Néguev), avec notamment la création de la ville de Beer-Sheva en 1900[8].
Période mandataire
Dans la première moitié du XXe siècle, les Bédouins du sud de la Palestine sont appelés « Bédouins de Beer-Sheva » (`arab as-saba`)[8]. Dans le nord-ouest du Néguev, certains Bédouins aisés commencent à se construire des maisons en pierre[8].
Guerre de 1948
En 1946, il y avait entre 57 000 et 95 500 Bédouins du Naqab (Néguev), pratiquant majoritairement l’agriculture. Une partie vivait de l‘élevage semi-nomade ; une fraction était salariés dans des chantiers routiers ou d’autres infrastructures[8].
En 1947, une organisation nationaliste palestinienne se met en place au sein des tribus bédouines afin de s’opposer au sionisme. Dès décembre 1947, les Bédouins attaquent les villages juifs et les convois de ravitaillement, attaques qui se multiplient début 1948. En mars, ils reçoivent des armes d'Égypte, dont des mitrailleuses et des munitions. Des Allemands les forment aux explosifs[4]. De nombreux sabotages ont lieu ; en représailles, les Israéliens détruisent les puits[4]. Dès l’entrée en campagne de l’armée égyptienne, des Bédouins la rejoignent et l’assistent[4]. En septembre, la brigade Yiftah reçoit l’ordre d’expulser les Bédouins. Les 23-25 novembre, l‘opération Lot est menée afin de renforcer le contrôle israélien sur le Néguev et s’emparer de l‘est du désert[4].
L’exode des Bédouins commence en mai 1948 : ils cherchent à éviter les zones tenues par les Arabes et se réfugient souvent dans la zone israélienne. Après guerre, ayant quitté leur lieu de résidence habituelle, ils sont considérés comme « absents » au titre de la loi sur la propriété des absents[4]. D‘autres ont été expulsés militairement[8]. En octobre, certaines tribus demandent officiellement à pouvoir rentrer sur leur terres, acceptant la domination israélienne, de rendre les armes, de s‘engager dans l’armée israélienne, et de travailler. Le 2 novembre 1948, a lieu une réunion à Beersheba entre les officiels israéliens et les cheikhs de tribus qui souhaitent retourner sur leurs terres, acceptant la domination israélienne. Une nouvelle rencontre a lieu le 18 novembre. Ben Gourion nomme un comité aux affaires bédouines, dont sont membres Yossef Weiz, Yigaël Yadin, Yigal Allon, le représentant du front sud pour les affaires de District et le le commandant en chef du front sud. Trois tribus, comptant environ 9000 membres, sont autorisées à s‘installer autour de Beersheba. Après le retour d’un dernier groupe de 3000 Bédouins en avril 1949, après la signature de l’armistice avec l’Égypte, les Bédouins de Palestine vivant en Israël sont 17 500[4]. Une autre estimation fait état de 11 000 Bédouins dans le Néguev en 1953[8].
Période israélienne
Les Bédouins sont confinés dans un espace correspondant à 10 % du Néguev et sont soumis à la loi martiale israélienne jusqu’à fin 1966[8]. 90 % des terres sont confisquées par l‘État israélien[8]. Pour subsister, les Bédouins développent entre autres des activités de contrebande avec la Cisjordanie et Gaza. Une partie de la contrebande fut organisée avec Moshe Dayan, approvisionnant l‘armée mais aussi les marchés israéliens[8].
Pour utiliser davantage de terres, Israël décide de sédentariser les Bédouins, en créant les villes de Tel as Saba (1965) et Rahat en 1970[8] (78 000 habitants en 2020). D‘autres villes sont créées dans les années 1980 : Ksîfa et `Ar`ara, Shgîb as-Salâm, Hoûra (en) et Lagiyya, cette fois sans succès, malgré les confiscations de troupeaux, démolitions et destructions de récoltes. Les Bédouins sont sédentaires mais la moitié d’entre eux, vivant dans des villages non-reconnus, ne bénéficient d‘aucun service public : ils doivent être autonomes en eau et en énergie[8]. Dans les années 1990, cette population reste parmi les plus pauvres d’Israël, avec 29 % de chômage pour les hommes et 83 % pour les femmes[8].
À partir de 1966, les Bédouins s’engagent dans une unité de traqueurs du désert formée à l’initiative d’un cheikh bédouin, les gashashim. Mais la minorité bédouine ne participe que faiblement à l’armée israélienne avec 3000 engagements de 1950 à 2001, en comptant les Bédouins du Néguev et les Bédouins de Galilée[8].
En 1973 et en 1977, le cheikh Hammâd Abu Rabî` a présenté une liste bédouine aux élections législatives, alliée au parti travailliste[8]. Progressivement, sous l’influence de la classification ethnique imposée par Israël et des évolutions politiques (Intifada, accords d‘Oslo), les Bédouins du Néguev opèrent un réveil nationaliste : ils se présentent ainsi comme Arabes du Néguev, mais aussi comme des Palestiniens d’Israël[8].
Après 1967, les contacts, qui n’avaient pas vraiment cessé entre Bédouins et Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, reprennent. Des mariages sont conclus, des relations économiques s’installent. Plus difficiles après la seconde Intifada (2000
Notes
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Palestinian Bedouin » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Abu-Sa‘ad et Creamer 2012, p. 21.
- ↑ « Hamas' use of excessive force to displace Bedouins angers Gazans », Al-Monitor: Independent, trusted coverage of the Middle East (consulté le )
- ↑ (en-US) Tarneem Hammad, « The Bedouins of Gaza » [archive du ], sur We Are Not Numbers, (consulté le )
- Ruth Kark, Havatzelet Yahel, « Israel Negev Bedouin during the 1948 War: Departure and Return », Israel Affairs, janvier 2015, Vol. 21, no 1.
- ↑ Abu-Sa‘ad 2005, p. 113–114.
- ↑ UNDP 2013, p. 3–4.
- ↑ Nasasra 2017.
- Cédric Parizot, « Gaza, Beer Sheva, Dahriyya », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, no 9 | 2001, mis en ligne le 25 février 2008, consulté le 16 mai 2026. URL : http://journals.openedition.org/bcrfj/1712.
- Portail de la Palestine