Bahar Kimyongür

Bahar Kimyongür
En 2020.
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Université libre de Bruxelles (en)
Activités

Bahar Kimyongür, né le à Berchem-Sainte-Agathe, est un journaliste belge issu d'une famille arabe originaire de Turquie et aux racines syriennes. Y En 2011, il publie le livre Syriana, la conquête continue aux éditions Investig'Action — site de réinformation dont il est collaborateur — et Couleur Livres. Entre 2013 et 2018, il collabore avec plusieurs ONG basées à Genève dans le cadre du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Opposant de longue date au gouvernement turc, il est recherché par le régime de Recep Tayyip Erdoğan, qui l'ajoute en sur sa liste de « terroristes les plus recherchés ».

Bahar Kimyongür est accusé par de nombreux observateurs de défendre le régime de Bachar el-Assad en Syrie.

Biographie

Né à Bruxelles en 1974, Bahar Kimyongur est issu d'une famille de la minorité arabe alaouite de Turquie, originaire d'Antakya et aux racines syriennes[1]. Son père est né à Samandağ (province du Hatay)[2]. Il s'est établi en Belgique en 1963 pour travailler comme mineur dans les charbonnages de Houdeng à La Louvière. Sa mère était une travailleuse saisonnière des plantations de coton de la plaine de Çukurova. Bahar Kimyongür est diplômé depuis 1996 en histoire de l'art et archéologie à l'Université libre de Bruxelles (ULB)[3].

Aux élections régionales bruxelloises de juin 1995, il figure en 4e position sur la liste du Parti du travail de Belgique, une organisation marxiste-léniniste. Aux élections régionales bruxelloises de juin 1999, il est à nouveau candidat sur cette liste, en 69e position.

À partir de 1999[4], Bahar Kimyongür est propulsé à l'avant-scène médiatique à la suite des poursuites judiciaires dont il fait l'objet, étant l'un des premiers justiciables poursuivis en vertu de la législation anti-terroriste. Il a en effet été inculpé pour terrorisme après avoir traduit du turc vers le français un communiqué publié par le DHKP-C, un groupe armé classé comme terroriste par l’État turc et par l'Union européenne[3].

Militantisme

Opposant au gouvernement turc

Militant des droits de l'homme et d'une double culture turque et francophone[5], Bahar Kimyongür utilise régulièrement les réseaux sociaux pour médiatiser en français les dérives autoritaires du gouvernement turc, et les cas de plusieurs prisonniers politiques, notamment :

En , l'écrivain Valérie Manteau publie une tribune dans laquelle elle rend hommage aux grévistes de la faim morts dans les geôles turques Helin Bölek, Ibrahim Gökçek et Ebru Timtik, et remercie Bahar Kimyongür pour son travail d’information[10].

Droits humains

Lors de son adolescence, Bahar Kimyongür s'engage auprès d'Amnesty International[3].

Originaire de la province turque de Hatay, frontalière de la Syrie, Bahar Kimyongür, qui connaît bien la région, a apporté son aide à plusieurs familles dont les enfants étaient partis faire le djihad en Syrie pendant la guerre civile[11].

Il joue un rôle actif dans la libération en 2015 d'Assia, une fillette française de trois ans que le père radicalisé avait emmené en Syrie rejoindre le Front Al-Nosra[12]. La mère de l'enfant lui rend hommage dans son livre « Assia, Mama est là » parue en , dans lequel elle décrit son rôle de conseil et d'intermédiaire avec les autorités, pour aller chercher sa fille dans le sud de la Turquie[13].

En , il est victime d'une attaque au couteau par un pro-Erdogan, alors qu'il accompagnait Cahit Zoral, un autre activiste d'origine turque en sit-in devant le Conseil du Contentieux des Étrangers à Schaerbeek pour demander sa régularisation[14]. Selon le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA)[Note 1] ainsi que 141 cosignataires d'un texte publié par Le Soir, Bahar Kimyongür a dénoncé pendant des années « la situation effroyable qui règne en Turquie – la violation répétée des droits de l’Homme, la justice « aux ordres » et la répression accablant ce pays. Sans scrupule aucun, violant les libertés constitutionnelles propres à tout État civilisé, le régime d’Ankara a ainsi continûment exercé des pressions sur les autorités belges pour qu’elles obligent ce militant des droits humains à faire profil bas, à se taire, à renoncer »[15].

En , il travaille comme traducteur pour le journaliste turc Can Dündar, dont il traduit le livre Lucienne et le poète ottoman narrant une romance à Bruxelles à la veille de la Première Guerre mondiale[16].

Positionnement sur la guerre civile en Syrie

Controverse et soutien au régime Assad

Les prises de position de Bahar Kimyongür lui valent d'être accusé de soutenir le régime de Bachar el-Assad[17],[18].

Selon la journaliste indépendante Laura-Maï Gaveriaux, Bahar Kimyongür « fait montre d'une expression publique soutenue ressemblant fort à de la propagande pro-Assad, pro-chiiteetc. », il a un « tropisme iranien tendance gardiens de la révolution », et un « passé lié à un groupuscule terroriste d'extrême gauche ». Elle affirme que l'intérêt de ce « genre de profils » est « de laisser s'installer l'idée que la Turquie non seulement est liée à Daech, mais qu'elle le commandite »[19].

Politis reproche en particulier à Bahar Kimyongür de mettre dos à dos le régime et l'opposition dans l'emploi de la violence à Deraa en 2011 en mettant en doute l'origine démocratique et pacifique du soulèvement, d'oublier les aspirations démocratiques du peuple syrien, de ne pas évoquer la nature du régime, d'occulter toute la masse de la population syrienne, et d'affirmer que, pour se rendre compte de la « réalité », « il suffirait de regarder la télévision gouvernementale syrienne »[20].

Pour l'association Souria Houria, « groupe de soutien à la révolution du peuple syrien »[21], Bahar Kimyongür est un « shabbiha médiatique » faisant partie de la « collabosphère propagandiste », soutien d'Assad[22].

Relais de théories du complot

Bahar Kimyongür est collaborateur au site de réinformation de Michel Collon[20], Investig’Action, qui préface et co-édite l’un de ses livres sur la Syrie[23]. Selon Politis, Investig'Action et InfoSyrie.com, « déversent en continu un discours de soutien au régime de Bachar el-Assad » et reprennent les théories du complot du régime[20].

Selon Conspiracy Watch, après les bombardements de Barzé et de Him Shinshar en 2018, commis en représailles de l'attaque chimique de Douma, il abreuve les réseaux sociaux de documents censés prouver que les frappes occidentales en Syrie n’auraient pas ciblé des sites liés aux armes chimiques illégales détenues par le régime syrien. Conspiracy Watch affirme qu'un tweet de Bahar Kimyongür déforme les propos d'un reportage de CBS News et détourne les conclusions d'un rapport de l'OIAC. Par ailleurs, depuis plusieurs années, Bahar Kimyongür promeut la thèse selon laquelle la Syrie et son dirigeant Bachar el-Assad sont victimes d’un complot international[23].

Condamnation des interventions occidentales

Bahar Kimyongür est porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS). En , le CIS organise une manifestation devant l'ambassade d’Israël à Bruxelles pour protester contre deux bombardements israéliens sur les forces militaires du régime syrien près de Damas. À cette occasion, Bahar Kimyongür déclare qu'ils s'opposent à « l'ingérence militaire d'Israël en Syrie » mais qu'ils reprochent également « aux dirigeants européens de vouloir armer les rebelles et de contribuer ainsi à l'intensification de la guerre » en Syrie. Selon la Rtbf, la semaine précédant cette manifestation, l'Union européenne a levé son embargo, « autorisant ainsi chacun des pays membres, selon leur appréciation souveraine » à fournir les rebelles syriens en armes[24]. Il est opposé à la « politique d'hostilité [de la Turquie] à l'égard de la Syrie de Bachar al-Assad »[1],[20] et en 2013, selon Le Vif, il a manifesté contre la « mansuétude » d'Ankara à l'égard des Belges partis combattre en Syrie[1].

Condamnation des interventions turques en 2018

En , Bahar Kimyongür condamne l'intervention militaire turque dans le nord de la Syrie dirigée contre les milices kurdes, et l'entente de Washington et Ankara au détriment des kurdes en pointe dans la lutte contre l'État islamique[25].

Procès

Arrestation et jugement

En 2006, le régime d'Ankara dont Bahar Kimyongür est opposant, lance un mandat d'arrêt international à son encontre pour avoir interpellé en 2000 le ministre turc des Affaires étrangères, alors en audition au Parlement européen, sur une grève de la faim dans les prisons turques qui fera 119 morts.

En 2006, Bahar Kimyongür est arrêté aux Pays-Bas, accusé d'appartenir au groupe marxiste turc « DHKP-C » (ce qu'il nie), après qu'il a traduit un communiqué de l'organisation classée comme terroriste[26]. Cette traduction lui vaut d'être condamné en première instance en à Bruges et en appel en à Gand, puis d'être acquitté en appel en 2007 à Anvers et en 2009 à Bruxelles à la suite des arrêts de cassation anéantissant les jugements précédents[4],[3]. Lors de son troisième procès en appel, où il est acquitté, les juges refusent de qualifier le DHKP-C de groupe terroriste et organisation criminelle[3].

Il est de nouveau arrêté en Espagne ()[27] et en Italie ()[28] (à la demande des autorités turques), puis, face à la vacuité de son dossier pénal, Interpol décide le de radier le nom de Bahar Kimyongür de son fichier. Acquitté par les justices belge, néerlandaise, espagnole et italienne, il reste cependant recherché par la Turquie[26].

Recherche par les autorités turques

En , Bahar Kimyongür est ajouté par le régime de Recep Tayyip Erdoğan sur sa liste de « terroristes les plus recherchés ». Une récompense d'un million de livres turques est promise pour sa capture. Il réagit en portant plainte pour menaces contre le gouvernement turc[29]. En le gouvernement turc double la prime promise pour sa capture et le porte à deux millions de livres[30].

Soutiens en Belgique et à l'international

En réponse aux menaces qui pesaient sur lui, Bahar Kimyongür a reçu le soutien d'Amnesty International[31] et de la Ligue des droits humains[32]. Il est également soutenu par plusieurs députés et sénateurs belges comme Josy Dubié, militant écologiste et ancien grand-reporter à la RTBF, et Marie Arena, membre du Parti socialiste[26], ainsi que par le Premier ministre belge, Charles Michel[33].

Le , à la suite de menaces de morts reçues par Bahar Kimyongür de la part d'un proche du ministre de l'Intérieur turc Süleyman Soylu, une lettre signée par une quarantaine de députés européens est adressée à Charles Michel, devenu président du Conseil européen en , et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour dénoncer cette traque du gouvernement envers ses opposants en Europe[34].

Voir aussi

Article connexe

Ouvrages

  • Turquie, terre de diaspora et d'exil. Histoire des migrations politiques de Turquie, Éditions Couleur livres, 2008, (ISBN 978-2-87003-509-2)
  • (traduction), Le Livre noir de la « démocratie » militariste en Turquie, Info-Türk, 2010, (ISBN 978-2-9601014-0-9)
  • Syriana. La conquête continue, Éditions Couleur livres (Coédition Investig'Action), 2011, (ISBN 978-2-87003-590-0)
  • (Postface) Assia Mama est là, Meriam Rhaiem, Édition Michel Lafon, 2015, (ISBN 2749925584)
  • Fehriye Erdal, tête de Turque, Now Future Éditions, 2018
  • Percligia, Dissidence théologique et révolte sociale dans l'empire ottoman du XVe siècle, Éditions Les Indes savantes, Paris, 2021 (ISBN 978-2-84654-573-0)
  • Bahar Kimyongür, La nécropole des gens heureux : Souvenir d'Antioche, Poussière de Lune,

Traductions du turc en français

  • Lucienne et le poète ottoman, Can Dündar, 2023
  • Une rebelle dans l’encre d’exil, Dogan Özgüden, 2024

Filmographie

Le film Résister n'est pas un crime est consacré à l'affaire DHKP-C et au cas Kimyongür, un documentaire de Marie-France Collard, F. Bellali et J. Laffont qui a remporté le prix spécial du jury au Festival international du film des droits de l'homme de Paris en 2009.

Le documentaire Interpol: Red Alert! d'Al Jazeera, diffusé le et qui montre comment certains États utilisent Interpol pour traquer des opposants politiques, traite notamment du cas de Kimyongür[35].

Notes

  1. La CLEA a été fondée par les familles et amis de membres du DHKP-C, organisation marxiste turque accusée de terrorisme et dont Bahar Kimyongür était un porte-parole en Belgique. Le Comité a été ensuite rejoint par des universitaires, des syndicalistes et des militants d’associations de défense des droits de l’homme[3].

Références

  1. « Bahar Kimyongur assigné à résidence », sur Le Vif/L'Express, (consulté le ).
  2. Eylem Aydemir, « Interview avec Bahar Kimyongur », Librenews, 26 février 2010.
  3. Benjamin Denis et Denis Duez, « Chapitre 7. La construction de la figure du terroriste et sa contestation dans l’« Affaire du DHKP-C ». Le cas de Bahar Kimyongür », dans Savoirs experts et profanes dans la construction des problèmes publics, Presses de l’Université Saint-Louis, coll. « Travaux et recherches », (ISBN 978-2-8028-0420-8, lire en ligne), p. 193–220.
  4. « DHKP-C : Bahar Kimyongur acquitté », sur Le Soir (consulté le ).
  5. « Erdogan met à prix la tête du Belge Bahar Kimyongur. Que fait l'Europe? (OPINION) », La Libre Belgique, (consulté le ).
  6. « Mort d’Ebru Timtik, avocate turque, après 238 jours de grève de la faim », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
  7. « La chanteuse turque Helin Bölek est « morte en martyre » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
  8. « Ibrahim Gökçek est mort après 323 jours de grève de la faim », sur L'Humanité, (consulté le ).
  9. « Turquie : une opposante meurt de faim en prison », sur France Info, (consulté le ).
  10. Valérie Manteau, « «Ebru Timtik immortelle», malgré tout », Libération, (consulté le ).
  11. « Une petite fille belge de 3 ans est devenue l’otage d’un drame familial en Syrie, sur fond de djihad », La Libre Belgique, (consulté le ).
  12. « L'incroyable histoire de Meriam Rhaiem qui a sauvé sa fille des mains de son mari djihadiste », La Libre Belgique, (consulté le ).
  13. Meriam Rhaiem, Assia, mama est là, Michel Lafond, , p. 116.
  14. « Deux personnes agressées au couteau par un pro-Erdogan », sur Édition digitale de Mouscron, (consulté le ).
  15. « L’ignoble mise à prix de Bahar Kimyongur par la Turquie », sur Le Soir Plus, (consulté le ).
  16. « Lucienne et le poète ottoman - broché - Can Dündar, Bahar Kimyongur, Livre tous les livres à la Fnac », sur fr.fnac.be (consulté le ).
  17. « La Belgique n’autorise pas l’organisation de l’élection syrienne par l’ambassade », L'Avenir (consulté le ).
  18. « Liège : Polémique suite à la venue d’un orateur accusé d’être pro Al-Assad, invité par Attac à l’ULg », sur sudinfo.be (consulté le ).
  19. Laura-Maï Gaveriaux, Sales guerres. De prof de philo à grand reporter : De prof de philo à grand reporter, Humensis, (ISBN 979-10-329-0287-5, lire en ligne).
  20. « Le peuple, ce grand absent », sur Politis.fr, 20130523 08:25 (consulté le ).
  21. Ignace Leverrier, « Syrie. Si tu ne vas pas à Kafranbel, Kafranbel viendra à toi », sur Souria Houria - Syrie Liberté - سوريا حرية,‎ (consulté le ).
  22. « Les soutiens lillois de Bachar el-Assad, et leurs amis du Front de Gauche. », sur Souria Houria - Syrie Liberté - سوريا حرية,‎ (consulté le ).
  23. « Syrie : un « centre pharmaceutique » détruit par les frappes de la coalition… ou une intox complotiste ? », sur Conspiracy Watch, .
  24. « Manifestation à Bruxelles contre les raids israéliens en Syrie », sur RTBF Info, (consulté le ).
  25. « Kurdes : sont-ils victimes des relations turco-américaines? », sur France 24, (consulté le ).
  26. Vladimir de Gmeline, « Bruxelles : Bahar Kimyongür, Belge d'origine turque et opposant au régime d'Erdogan, menacé de mort », Marianne, (consulté le ).
  27. Jean-Claude Matgen, « Nouveaux ennuis judiciaires pour l’activiste Bahar Kimyongur », La Libre Belgique, .
  28. Marc Metdepenningen, "DHKP-C: Bahar Kimyongur arrêté ce matin à Milan", Le Soir, 21 novembre 2013.
  29. Marc Metdepenningen, « La tête du militant belge Bahar Kimyongur mise à prix », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  30. Marc Metdepenningen, « La prime sur la tête du Belge Bahar Kimyongur doublée par la Turquie », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  31. (it) « Bahar Kimyongur, un giornalista in pericolo », sur Corriere delle Migrazioni, (consulté le ).
  32. « Appel à la protection par le gouvernement belge de Bahar Kimyongür », sur Bienvenue sur le site de la Ligue des droits humains, (consulté le ).
  33. François Janne d'Othée, « Charles Michel au secours de l'opposant belgo-turc Bahar Kimyongür », sur Le Vif/L'Express, (consulté le ).
  34. « Letter to Charles Michel and Ursula Von der Leyen for the meeting with Turkish President » [PDF], sur Site web de Marie Arena, (consulté le ).
  35. (en) « Interpol: Red Alert! », sur aljazeera.com, (consulté le ).

Voir aussi

Liens externes

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