Bande dessinée de science-fiction
La bande dessinée de science-fiction est un genre de bande dessinée mettant en scène des éléments caractéristiques du genre de la science-fiction.
On peut faire remonter la publication de la première bande dessinée de science-fiction à Mr. Skygack, from Mars (en) d'A. D. Condo (en), publiée dans la presse à partir de 1907[1],[2].
Histoire
Comics américains

La première bande dessinée de science-fiction non humoristique est le comics Buck Rogers créé en 1929[3]. Elle porte le nom de son personnage principal d'abord apparu dans le récit Armageddon 2419 de Philip Francis Nowlan publié dans Amazing stories, avant d'être dessiné par Dick Calkins[4]. Peu après, les années trente voient naître d'autres célèbres héros et leur série éponyme : Brick Bradford (Luc Bradefer) de Clarence Gay et William Ritt d'abord en 1933 puis Flash Gordon (Guy l'Éclair) d'Alex Raymond en 1934[5]. Ce personnage sera transposé dans différents médias et servira d'inspiration aux comics books qui lui succèdent. Ils mettent alors souvent en scène les aventures d'un héros viriliste déplacé dans un monde futuriste ou colonisant l'espace[4].

En 1938 apparaît avec Superman de Joe Shuster et Jerry Siegel, publié dans Action comics, un sous-genre des comics de science-fiction centrés sur les super-héros. Ce sous-genre se développe principalement pendant l'après-guerre et la guerre froide. Aux héros de DC Comics (Batman créé en 1939, Wonder Woman créée en 1941, etc.) s'ajoutent ceux de Marvel, notamment les Quatre Fantastiques en 1961[4] et le Surfer d'argent de Stan Lee et Jack Kirby[5]. Les récits s'ancrent alors dans la guerre froide et un discours anticommuniste. C'est aussi Marvel qui édite l'adaptation en bande dessinée de Star Wars en 1977, avant même la sortie en salle du film[4].
S'ensuit alors une troisième vague de récits issus de la contre-culture. Ces nouvelles publications sont davantage influencées par la bande dessinée européenne, avec le magazine Heavy metal traduisant les auteurs francophones du magazine Métal Hurlant[6], puis par la bande dessinée japonaise, notamment Nausicaä de la vallée du vent et Akira. Elles explorent des sous-genres divers, par exemple le space opera avec Starstruck d’Elaine Lee et Michael Kaluta et Distant Soil de Colleen Doran dans les années 80, ou le cyberpunk avec l'univers Marvel 2099 et Transmetropolitan écrit par Warren Ellis et illustré par Darick Robertson dans les années 90. Néanmoins, les bandes dessinées sans super-héros se vendent assez mal[4].
Après les années 2000 se développent des bandes dessinées de science-fiction plus indépendantes, en one-shot ou avec des séries plus courtes. Des récits plus féministes et queers émergent, comme Bitch Planet de Kelly Sue DeConnick et Valentine de Landro publié en 2014, ou Dans un rayon de soleil de Tillie Walden publié en 2018[4]. On peut aussi noter l'histoire familiale Saga parue en 2012[7].
Bande dessinée franco-belge
Les débuts de la bande dessinée de science-fiction francophone dans les années 30 sont largement influencés par la diffusion des comics américains, notamment Luc Bradefer (Brick Bradford) et Guy l'Éclair (Flash Gordon). Des éléments de science-fiction (robots, voyage spatial) sont présents dès 1937 dans Le Rayon mystérieux d'Alain Saint-Ogan[5]. La première bande dessinée appartenant pleinement à ce genre apparaît en 1938 dans le magazine Junior, qui publie des strips américains, à raison d'une demi-page chaque semaine : il s'agit de Futuropolis, écrit par Marial Cendres et René Pellos[8].
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Le genre se développe au cours et à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Edgar P. Jacobs publie entre 1942 et 1944 sa première bande dessinée, Le Rayon U, dans laquelle il invente des explorateurs à la recherche d'un minerai fictif, l'uradium[9]. Il intègre ensuite des éléments de science-fiction dans sa célèbre série Blake et Mortimer. Hergé fait de même avec Tintin dans Objectif Lune et On a marché sur la lune au début des années 50, soit quinze ans avant les premiers pas de l'Homme sur la lune avec la mission Apollo 11 en 1969. Dans les années 60, Jean-Claude Forest crée Barbarella, qui mêle science-fiction et érotisme, et la série les Naufragés du temps.

On voit ensuite éclore des séries d'aventure plus grand public, destinées notamment à la jeunesse, avec les agents spatio-temporels de Valérian et Laureline créée par Pierre Christin, Jean-Claude Mézières et Évelyne Tranlé et publiée dès 1967 dans Pilote, puis l'ingénieure en électronique de Yoko Tsuno créée par Roger Leloup et publiée dans le Journal de Spirou dès 1970[10].
La création de la maison d'édition les Humanoïdes associés en 1974 puis du magazine Métal Hurlant en 1975 par Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Mœbius, partis du magazine Pilote, entraîne une rupture. En effet, Métal Hurlant prend le parti de cibler un public adulte uniquement, de s'ancrer dans la contre-cultre, et de favoriser des expérimentations qui cassent les codes habituels et convenus de la bande dessinée jeunesse de l'époque. Émergent des auteurs majeurs de la bande dessinée francophone, notamment Moebius avec L'Incal, Enki Bilal avec La Trilogie Nikopol, Caza avec Le Monde d'Arkadi[10]. Le magazine a une telle ampleur qu'il est adapté dans une version américaine intitulée Heavy metal[6]. Dans la même veine, Jacques Lob et Jean-Marc Rochette créent Le Transperceneige, publié dès 1982 dans (À suivre)[10].
De la fin des années 80 au début des années 2000, de grands éditeurs de bande dessinée comme Glénat et Dargaud s'emparent du genre, ainsi que de nouvelles maisons d'éditions comme Delcourt et Soleil. Les sous-genre s'étoffent : le space opera et ses voyages interstellaires précédemment popularisé par Star Wars, le cyberpunk d'Akira, le planet opera et sa représentation de nouveaux mondes ou encore l'uchronique steampunk. Les séries de grandes ampleurs se déployant sur plusieurs cycles narratifs se multiplient : on peut citer notamment Aquablue, Sillage, les Mondes d'Aldébaran, Golden City[10].
Ainsi, la science-fiction en bande dessinée sort progressivement du domaine de la contre-culture contestataire et gagne en légitimité[11],[12]. L'essor du roman graphique (auto)biographique gagne le genre, avec des auteurs comme Frederik Peeters qui publie des récits intimistes avec Lupus (2003-2006, Atrabile) puis Aâma (2011-2014, Gallimard)[13], puis Léa Murawiec avec Le Grand vide (2021, éditions 2024) et Lisa Blumen avec ses albums Avant l'oubli (2021, L'Employé·e du Moi) et Astra Nova (2023, L'Employé·e du Moi)[10]. Les enjeux politiques de ce début de siècle, tels que l'écologie ou les conséquences du néolibéralisme, transparaissent dans des albums comme Kanopé (2014-2019, Delcourt) de Louise Joor[14] et Frontier (2023, Rue de Sèvres) de Guillaume Singelin[10]. Le magazine Métal Hurlant renaît en 2021 avec un nouveau format et met en avant les nouveaux noms de la bande dessinée de science-fiction francophone, entre autres Ugo Bienvenu qui signe la couverture du premier numéro, Merwan Chabane, Mathieu Bablet, Fabien Vehlmann[11],[12].
Manga japonais
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Au Japon, le manga moderne et la science-fiction se développent parallèlement, avec l'importante contribution d'Osamu Tezuka dont la majorité des publications appartiennent au genre de la SF, notamment Astroboy[15] publié pour la première fois en . Peu après, on voit apparaître un thème majeur de la science-fiction japonaise, les robots géants ou mecha, avec Tetsujin 28-gô en 1956[16]. La fin des années 50 est marquée par l'influence des super-héros américains, ainsi que la réorganisation du système éditorial autour des revues hebdomadaires pour jeunes garçons (shōnen)[15]. Dans cette époque d'après-guerre, la société japonaise est empreinte de valeurs pacifistes et anti-militaristes, qui transparaissent dans la production des mangas[17]. Ainsi, les robots et extraterrestres apparaissent moins comme des menaces que dans la science-fiction occidentale, mais au contraire deviennent des protecteurs de l'humanité[15],[16].
Après un ralentissement dans les années 60[15], le genre connaît un regain d'intérêt dans la décennie suivante avec des séries phares aussi diffusée à la télévision au format anime : les robots géants de Gō Nagai en particulier Goldorak en 1975, les voyages spatiaux de Leiji Matsumoto avec Galaxy Express 999 et Capitaine Albator en 1977. La fin des années 80 et le début des années 90 amènent des récits plus adultes et plus sombres, comme le post-apocalyptique Nausicaa de la vallée du vent de Hayao Miyazaki (1982-1994). Cette période soulève notamment des questionnements sur le transhumanisme et les cyborgs apportées par l'essor du mouvement cyberpunk et des œuvres comme Akira de Katsuhiro Ōtomo (1982-1990), Ghost in the shell de Masamune Shirow (1989-1991), Gunnm de Yukito Kishiro (1990-1995). Parmi les publications marquantes du début du XXIe siècle, on peut citer l'univers steampunk de Fullmetal alchemist de Hiromu Arakawa (2001-2010) et Planètes de Makoto Yukimura (1999-2004)[18].
Caractéristique
Notes et références
- ↑ (en) Veach, Michael, « Mr. Skygack, From Mars. », The Filson Historical Society, (consulté le )
- ↑ (en) Holmes!, « MR. SKYGACK: SCI-FI COMICS START HERE! », Barnacle Press, (consulté le )
- ↑ (en) « Buck Rogers », dans Garyn G. Roberts, Ray B. Browne et Pat Browne, The Guide To United States Popular Culture, Bowling Green, Ohio, Bowling Green State University Popular Press, (ISBN 978-0-87972-821-2), p. 120
- Nicolas Labarre, « Parcours de la bande dessinée de science-fiction aux États-Unis », sur Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, (consulté le )
- Bernière 2015, p. 6.
- Bernière 2015, p. 7.
- ↑ Bernière 2015, p. 235.
- ↑ Bernière 2015, p. 25.
- ↑ Bernière 2015, p. 29.
- Aurélie Huz, « La bande dessinée de science-fiction francophone : une histoire générique et médiatique », sur Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, (consulté le )
- Olivier Van Vaerenbergh, « Le futur, c'est aujourd'hui », Le Vif, , p. 44
- Amandine Schmitt, « "Métal" hurlera », L'Obs, , p. 79
- ↑ Bernière 2015, p. 176.
- ↑ Bernière 2015, p. 345.
- Julien Bouvard, « Généalogie des mangas de science-fiction - À propos de « L'histoire du manga de science-fiction d'après-guerre » de Yonezawa Yoshihiro », Galaxies, no 39, (lire en ligne)
- Xavier Guilbert, « science-fiction dans les mangas », sur Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, (consulté le )
- ↑ David Javet, « Manga et science-fiction au Japon », dans Pop Art, mon Amour : L’art de Tadanori Yokoo et du manga, Presses polytechniques et universitaires romandes, , 188 p. (ISBN 9782889151783, lire en ligne), p. 40-65
- ↑ Nicolas Winter, « La Science-Fiction et le Manga », sur Medium, (consulté le )
Annexes
Bibliographie
- « Que dit la science-fiction aujourd'hui ? », Les Cahiers de la bande dessinée, no 6, , p. 118-157.
- (en) Mike Benton, Science Fiction Comics : The Illustrated History, Taylor Publishing, coll. « Taylor History of Comics », , 153 p. (ISBN 0-87833-789-X).
- Pierre Couperie, « 100 000 000 de lieues en ballon : La Science-fiction dans la bande dessinée », Phénix, no 4, , p. 30-40.
- (en) Andrew Edwards, « Science Fiction », dans M. Keith Booker (dir.), Encyclopedia of Comic Books and Graphic Novels, Santa Barbara, Grenwood, , xxii-xix-763 (ISBN 9780313357466), p. 551-558.
- Pierre Strinati, « Bandes Dessinées et Science-Fiction : L'Âge d'or en France (1934-1940) », Fiction, no 92, , p. 121-125.
- Vincent Bernière, Anthologie de la bande dessinée de science-fiction, Huginn & Muninn, , 360 p. (ISBN 978-2-364-80166-0)
Voir aussi
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