Banquet des châtaignes

Le banquet des Châtaignes (quelquefois dénommé bal des Châtaignes ou bal des 50 courtisanes ) est un souper qui se serait transformé en orgie et qui se serait déroulé au Palais papal de Rome, sous l'égide de l'ancien cardinal Cesare Borgia, fils du pape Alexandre VI, le . La réalité de cet évènement évoqué par Johann Burchard, contemporain de cette époque, a cependant été mise en doute par des historiens.

Le récit de Burchard

Un compte-rendu de ce banquet figure dans le Liber Notarum de Johann Burchard. Ce prélat, originaire de Strasbourg et maître des cérémonies de la cour pontificale, a tenu de 1483 à 1508 un journal très précis, jour par jour, parfois même heure par heure, de tous les événements qui se sont déroulés à la Cour pontificale[1].

Ce journal qui évoque la vie d'Alexandre VI, était conservé dans les Archives secrètes du Vatican ; il est devenu accessible aux chercheurs dès le milieu du XIXe siècle lorsque le pape Léon XIII a ouvert les archives, bien que ce dernier ait exprimé une réticence particulière à autoriser un accès général à un document qui pourrait nuire à la réputation d'Alexandre VI[2].

Appartements de César Borgia

Selon Burchard, le banquet a eu lieu dans les appartements de Cesare Borgia au Palazzo Apostolico. Cinquante prostituées ou courtisanes étaient présentes pour divertir les convives. Burchard décrit la scène comme suit[3].

« Dominica, ultima mensis octobris […] In sero fecerunt cenam cum duce Valentinense in camera sua, in palatio apostolico, quinquaginta meretrices honeste, cortegiane nuncupate, que post cenam coreaverunt cum servitoribus et aliis ibidem existentibus, primo in vestibus suis, deinde nude. Post cenam posita fuerunt candelabra communia mense in candelis ardentibus per terram, et projecta ante candelabra per terram castanee, quas meretrices ipse super manibus et pedibus, nude, candelabra pertranseuntes, colligebant, papa, duce et d[omna] Lucretia sorore sua presentibus et aspicientibus. Tandem exposita dona ultima, diploides de serico, paria caligarum, bireta et alia pro illis qui pluries dictas meretrices carnaliter agnoscerent; que fuerunt ibidem in aula publice carnaliter tractate arbitrio presentium, dona distributa victoribus. »

— Johannes Burckard, [4]

« Le dernier soir d'octobre 1501, Cesare Borgia a organisé une fête dans sa chambre au Vatican avec "cinquante prostituées respectables", que l'on appelle des filles de joie, qui ont dansé après le dîner avec les serviteurs et d'autres présents, d'abord en tenue, puis nues. Après le dîner, les chandeliers avec des bougies allumées ont été retirés de la table et placés sur le sol, et des châtaignes ont été éparpillées partout, les filles de joie nues les ramassant à quatre pattes entre les lustres, tandis que le pape, Cesare et sa sœur Lucrezia regardaient. Enfin, un prix a été annoncé pour ceux qui pouvaient avoir des rapports sexuels le plus souvent avec les filles de joie, comme des robes en soie, des chaussures, des peignes et d'autres objets. »

— [4]

Caractère historique

Les auteurs contemporains et modernes remettent en question la véracité du récit de Burchard. Deux sources contemporaines indépendantes confirment qu'un événement social a pu se dérouler à la date donnée par Burchard, mais ils fournissent moins de détails sur les festivités.

Selon le réalisateur et scénariste Vincent Mottez, auteur d'un documentaire sur Lucrèce Borgia, ils semblent douteux que les évocations de Burchard soit entièrement exactes car Alexandre VI n'aurait pas pris le risque de compromettre sa fille Lucrèce, alors promise en mariage à Alphonse Ier d'Este, veuf d'Anna Sforza et futur duc de Ferrare[5].

Références

(en)/(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Banquet of Chestnuts » (voir la liste des auteurs) et en allemand « Kastanienbankett » (voir la liste des auteurs).
  1. Joseph Turmel (traduction, introduction et notes), Journal de Jean Burchard, évêque et cérémoniaire au Vatican, Paris, éd. Rieder, .
  2. (en) Jennifer Mara DeSilva, The Borgia Family: Rumor and Representation, Routledge, (ISBN 978-0-429-56030-9).
  3. Site gallica.bnf.fr texte (en italien).
  4. (it) Enrico Celani (dir.), Johannis Burckardi Liber notarum, coll. « Rerum Italicarum scriptores, Raccolta degli storici Italiani dal cinquecento al millecinquecento, ordinata da L. A. Muratori 32,1,2 » (no 2) (lire en ligne), (apapru dans plusieurs fascicules, ici : Fasc. 104 / Fasc. 9 du vol. 32,1) Città di Castello: Lapi, 1912, p. 303. – Une édition plus ancienne du texte latin se trouve dans (la) Louis Thuasne (éd.), Johannis Burchardi … Diarium sive rerum urbanarum commentarii, vol. 3 : 1500–1506, Paris, Leroux, , p. 167.
  5. Vincent Mottez, Les Boucs-émissaires de l'Histoire : Pourquoi leur a-t-on fait porter le chapeau ?, EDI 8, (lire en ligne).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) John (Johann) Burchard, Pope Alexander VI and his Court: extracts from the Latin diary of the Papal Master of Ceremonies, 1484–1506 [« Le pape Alexandre VI et sa cour : extraits du journal latin du maître des cérémonies pontificales, 1484–1506 »], New York, éd. FL Glaser,
  • (en) Barbara W. Tuchman, The March of Folly [« La Marche de la Folie »], New York, Knopf, (ISBN 0-394-52777-1), p. 106
  • (en) Burgo Partridge (en), A History of Orgies [« Une histoire des orgies »], Bonanza Books, , p. 106
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