Barge (Rauschenberg)
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1962-1963 |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
208 × 980,5 cm |
| Mouvement | |
| No d’inventaire |
97.4566 ; GBM1997.10 |
| Localisation |
Barge (en français : Péniche) est une peinture à l'huile et encre réalisée entre 1962 et 1963 par l'artiste Robert Rauschenberg. Cette œuvre est actuellement conservée au musée Guggenheim de Bilbao, à Bilbao.
Historique
Durant l'été 1962, Rauschenberg rend visite à l'atelier d'Andy Warhol, qui expérimentait à ce moment-là la sérigraphie. Le jeune artiste est alors influencé par la pratique de Warhol. Rauschenberg va utiliser des photographies personnelles et des images tirés de la publicité. La découverte de cette technique fut une révélation pour l'artiste, qui lui a permis de modifier la taille des images qu'il utilise et de les remployer plus régulièrement[1].
Barge a été exposée la première fois au musée juif de New York pour la première exposition monographique de Rauschenberg, où elle était la plus grande œuvre exposé durant l'exposition. Les critiques étaient diverses et mitigés vis-à-vis de l'œuvre. Premièrement, les Screen-Printed Painting, dont Barge fait partie, ont été mal accueillis. Donald Judd, critique d'art et futur représentant du minimalisme, la qualifiait d'« ennuyeuse ». En effet, la grande taille du tableau et la surabondance des éléments nécessitait une grande concentration pour comprendre la signification du tableau. Guernica de Pablo Picasso, qui se trouvait à ce moment-là au Museum of Modern Art, était moins grand, mais nécessitait également une concentration similaire pour la compréhension. De plus, le fait que les deux œuvres soient composées en grande partie des mêmes couleurs, le gris et le blanc, concevait une lassitude chez les spectateurs, à cause de la fréquentation élevée du tableau de Picasso. Les journalistes accordaient même peu d'importance à Barge, quand bien même elle se situait dans le hall d'entrée du Jewish Museum[2].
Mais malgré ces critiques, des remarques positives ont été décernées. Nombreux sont ceux qui ont impressionné par les dimensions du tableau, et l'œuvre a servi de pièce principale pour documenter la soirée d'ouverture de l'exposition. Henry Geldzahler, dans le magazine Art International, décrit que l'ambiance du tableau comme si on était « assis au premier rang pour regarder un film en noir et blanc sur un écran géant. Les images défilent et nous les relions ; nous nous retrouvons sans histoire, mais avec quelque chose de bien plus précieux : les sauts associatifs et imaginatifs que les œuvres de Rauschenberg nous révèlent. »
L'éloge la plus atypique fut réalisée par le poète Alain Jouffroy qui, dans la revue Quadrum, composa un poème de dix strophes, basé sur son interview de six mois de Rauschenberg. La dernière strophe résume toute l'essence que l'œuvre dégage :
« Pourquoi Barge
Barge n'est pas un tableau, c'est un mouvement
Barge est une peinture faite par un homme qui marche
Barge est la peinture d'un peintre qui n'aime pas peindre et qui peint beaucoup mieux que les peintres qui n'aiment pas peindre
Barge est le début d'un monde où la peinture et le monde sont faits en même temps par un homme qui marche.
Barge est un poème qui se mêle au monde et qui est un poème qui se mêle au monde et oublie qu'il s'agit d'un poème.
Barge est un poème qui se fond dans le monde et oublie qu'il s'agit d'un poème
Barge est le début d'un poème dans le monde et le début du monde dans le monde. »
Après la rétrospective du Jewish Museum, Barge a été accrochée pour d'autres expositions dans les années 1960, avant d'être délaissé. Elle ne sera réexposée qu'à la seconde exposition monographique de Rauschenberg au National Collection of Fine Arts (actuel Smithsonian American Art Museum), à Washington D.C., par Walter Hopps, mais c'est au Whitney American Art Museum, à New York, où Barge est revenu, dans une cadre d'une exposition, organisé en 1990 par Roni Feinstein, de plusieurs sérigraphies. La critique l'a mieux accueilli qu'à la première exposition de Rauschenberg, notamment pour l'incarnation du souvenir sociopolitique de l'époque où l'œuvre a été conçu. Sept ans plus tard, Hopps remet Barge en lumière à la troisième exposition monographique de l'artiste au musée Solomon-R.-Guggenheim. Elle ne fut exposée que 16 jours avant que le tableau ne rejoigne la collection du musée Guggenheim de Bilbao, qui avait ouvert le [2].
Description
Cette peinture constitue la plus grande œuvre de Rauschenberg avec ses dix mètres de long. Les 79 sérigraphies présentes dans l'œuvre sont liées à certains motifs : le vol et l'exploration spatiale est incarné un moustique, un oiseau, des nuages, des réflecteurs paraboliques d'un radar, un satellite artificiel et une comète, le monde de la ville avec le château d'eau et des bâtiments en construction, les transports avec un camion, une autoroute et une fusée, et le monde sportif avec des footballeurs américains et des nageurs. D'autres images ponctuent l'œuvre, comme une clé, un parapluie, des rectangles en perspective cavalière et une reproduction de Vénus à son miroir de Diego Vélasquez (1647-1651). Dans ce désordre perpétré par ces sérigraphies, Rauschenberg conserve, à l'instar de Warhol, sa personnalité artistique n'est pas supprimée en introduisant des sections abstraites dans les zones dans lesquelles les sérigraphies ne sont pas imprimés. En se servant du titre, le tableau peut être comparé à une péniche, un navire à fond plat qui est utilisé pour le transport de marchandises sur des rivières ou des canaux. Le manque de couleur dans le tableau, hormis le gris, le blanc et le noir, permet de rattacher l'œuvre dans la série des Screen-Printed Paintings[1],[2].
Rauschenberg exalte les multiples transformations de la vie quotidienne dans Barge. En partant de petits mouvements - tels que les nageurs ou les moustiques - pour finir sur des mouvements orbitaux - comme la fusée ou le satellite -, l'artiste américain tend à montrer la complexité et la diversité des éléments liés au quotidien des sociétés. Cette exploration peut être tirée de L'Enfer de Dante Alighieri, surtout de la description de la traversée du Styx sur un bateau à fond plat, similaire à une péniche[1],[2].
Références
- « Barge | Musée Guggenheim Bilbao », sur www.guggenheim-bilbao.eus (consulté le ).
- (es) Colección del museo Guggenheim Bilbao, Bilbao, TF. Editores, , 535 p. (ISBN 978-84-92441-83-9), p. 90-95.
Liens externes
- Ressource relative aux beaux-arts :
- « Barge », sur Musée Guggenheim (consulté le ).
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