Bataille de La Cornuaille
| Date | |
|---|---|
| Lieu | La Cornuaille |
| Issue | Victoire des républicains |
| • Georges Monet • Jean-Pierre Malher |
• Pierre Louis Godet de Châtillon • Louis de Bourmont • Mathurin Ménard • Guillaume Plouzin |
| 800 hommes[1] 2 canons[2] |
1 500 à 3 000 hommes[2],[3] |
| 10 à 30 morts ou blessés[4],[1],[5] | 30 à 40 morts[1],[6] 150 à 200 blessés[4],[5] |
Batailles
- Liffré
- La Ville-Mario
- 1re Argentré
- Expédition de Quiberon
- (Landévant et Mendon
- Plouharnel
- Quiberon)
- Segré
- 1er Rocher de La Piochais
- La Ceriseraie
- La Cornuaille
- 1re La Croix-Avranchin
- La Vieuville
- Boucéel
- 1re Saint-James
- 2e Rocher de La Piochais
- 2e La Croix-Avranchin
- Auverné
- Andigné
- Croix-Couverte
- Tinchebray
- L'Auberge-neuve
- Locminé
- Saint-Hilaire-des-Landes
- Val de Préaux
- Le Grand-Celland
- 2e Argentré
- Noyant-la-Gravoyère
- La Hennerie
- Saint-Aubin-du-Cormier
- Le Mans
- Nantes
- Saint-Brieuc
- Le Lorey
- Mont-Guéhenno
- La Tour d'Elven
- 2e Saint-James
- Les Tombettes
- Pont du Loc'h
| Coordonnées | 47° 30′ 22″ nord, 0° 56′ 51″ ouest | |
|---|---|---|
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La bataille de La Cornuaille, ou bataille de Pontron, se déroule le , pendant la Chouannerie. Elles s'achèvent par la victoire des républicains qui repoussent deux attaques des chouans près du bourg de La Cornuaille et protègent la rentrée d'un convoi de grains vers Angers.
Sources
Côté républicain, le déroulement du combat est principalement décrit dans deux rapports : l'un rédigé par les administrateurs d'Angers[Note 1], l'autre par le représentant en mission Louis-Alexandre Jard-Panvillier pour le Comité de salut public[Note 2]. Le représentant Bodin fait également une brève mention de l'affrontement dans une lettre au Comité de salut public[Note 3].
Côté royaliste, deux récits ont également été laissés : l'un par l'abbé Fouché[Note 4], l'autre venant d'un cahier rédigé par un prêtre anonyme au début du XIXe siècle et publié en 1898 par l'historien Arthur du Chêne[Note 5].
Forces en présence
Les forces républicaines prenant part au combat sont commandées par le général de brigade Georges Monet et l'adjudant-général Jean-Pierre Malher[4]. Elles sont constituées de fantassins de la 30e demi-brigade[4], de chasseurs d'Évreux et de cavaliers du 6e régiment de hussards[3], accompagnés de deux canons[2]. Selon l'abbé Fouché, elles alignent 3 000 hommes lors du combat[2]. Cependant, pour le représentant Jard-Panvillier, les chouans sont « trois fois plus fort en nombre » que les républicains[4]. Selon le représentant Bodin, le général Bonnaud, commandant en chef de la garnison d'Angers, commande une colonne de 800 hommes[1].
Le nombre des chouans est de 1 500 selon l'abbé Fouché[2] et de 3 000 selon les administrateurs d'Angers et le représentant Bodin[3],[1]. Ceux-ci sont divisés en deux forces : la première, commandée par Louis de Bourmont, est constituée de Bretons de la division de Varades dirigée par Guillaume Plouzin, dit Le Lion[2] ; la deuxième, menée par Pierre Louis Godet de Châtillon, est formée par les Angevins de la division de Segré, commandée par Mathurin Ménard dit Sans-Peur[2],[6].
Déroulement
Le 22 fructidor an III (), la garnison d'Angers, commandée par le général Bonnaud, sort de la ville pour protéger une rentrée de grains destinée à l'approvisionnement de ses troupes[4]. Quatre autres colonnes républicaines commandées par le général Monet se réunissent également aux landes d'Asnières, à Bécon-les-Granits et campent pendant la nuit du 21 au 22 fructidor sur autre lande située entre le château de la Prévôterie et le bourg du Louroux-Béconnais[3]. À sept heures du matin, le général Monet fait lever le camp et se porte sur l'abbaye de Pontron, entre La Cornuaille et Le Louroux-Béconnais, après avoir été informé de la présence de troupes chouannes dans les communes de Saint-Herblon, Maumusson, Belligné et La Cornuaille, près de la ville d'Ancenis[3].
À cette période, l'abbaye de Pontron est utilisée comme quartier-général par l'Armée catholique et royale du Maine, d'Anjou et de la Haute-Bretagne[2]. Les chouans de la division de Varades, menés par Bourmont et Plouzin, prennent alors position entre le bourg de La Cornuaille et l'étang de la Clémencière, à l'ouest de l'abbaye[2]. Les premiers combats s'engagent dans la matinée[2], peu de temps après l'arrivée de l'avant-garde républicaine à Pontron[3].
L'adjudant-général Malher prend la tête des chasseurs d'Évreux, de quelques compagnies de grenadiers et des hussards du 6e régiment, puis il se porte à rencontre les chouans[3]. Les hussards tombent sur leurs postes avancés et sabrent quelques hommes avant d'aller rendre compte à Malher[3]. Celui-ci constate alors que le chouans sont en train de se déployer sur sa droite et décide d'attaquer en force sur son aile gauche avant de les laisser s'étendre[3]. Formés en tirailleurs, les grenadiers et les chasseurs franchissent rapidement les haies et les fossés, puis enfoncent l'aile droite des chouans, qui prend la fuite, poursuivie par les hussards[3].
Le général Monet rejoint alors le combat à droite de Malher et prend l'aile gauche des chouans de flanc[3]. Bourmont tente alors d'effectuer une manœuvre semblable à celle de Malher en essayant d'enfoncer l'aile droite républicaine, tout en essayant néanmoins de s'étendre sur la gauche[3]. Cependant les forces de Monet attaquent en bon ordre, au pas de charge et mettent les chouans en déroute[3]. Ceux-ci sont vivement poursuivis jusqu'aux landes de Boulairie, au nord-ouest du bourg de La Cornuaille, où Bourmont manque de peu d'être pris[2].
Monet fait ensuite battre le rappel et poursuit sa marche au nord de La Cornuaille, sur la route de Candé[3]. Cependant, dans l'après-midi[2], les chouans de la division de Segré, menés par Châtillon et Ménard, font à leur tour leur apparition et attaquent les républicains près de l'étang de la Burelière en poussant de grandes « vociférations »[3]. Les hussards s'élancent à nouveau, mais ils essuient cette fois une décharge qui les forcent à se replier[3]. L'infanterie avance alors au pas de charge[3], tandis que l'artillerie tire à la mitraille[2]. Selon le rapport des administrateurs d'Angers, les chouans commencent à flancher et un « un coup de canon tiré à propos » achève de les mettre en fuite[3]. De même selon l'abbé Foucher, malgré la présence parmi les chouans de « vieux Vendéens », l'artillerie républicaine provoque la panique « des jeunes gens du pays qui n'avaient jamais entendu d'autre bruit que celui du fusil et qui se crurent perdus à la première détonation de l'airain »[2],[6]. Les chouans battent alors en retraite après un combat d'une demi-heure[2]. Selon les notes de l'abbé anonyme ils ne sont pas poursuivis[2], mais le rapport des administrateurs d'Angers indique le contraire[3].
Pertes
D'après les sources républicaines, les chouans ont subi de lourdes pertes. Les administrateurs d'Angers font état d'un « très grand nombre de tués et de blessés » pour les chouans et de « quelques blessés » côté républicain[3]. Selon le représentant Jard-Panvillier, les chouans ont perdu plus de 200 hommes, tant tués que blessés, tandis que les républicains n'ont que deux morts, dont un capitaine de la 30e demi-brigade, et huit blessés[4],[7]. Un journal patriote, Le Courrier de l'Egalité, fait état d'une perte de 260 hommes pour les chouans, contre une trentaine d'hommes, tant tués que blessés, du côté des républicains[5],[Note 6]. Le représentant Bodin évoque une perte de 30 hommes pour les chouans, contre 20 volontaires blessés[1].
L'abbé anonyme cité par Arthur du Chêne fait quant à lui mention de plusieurs morts côté républicain, dont 15 grenadiers tués par un de leurs propres canons[2]. Du côté des chouans, il fait état de la perte de huit ou dix hommes pour la division angevine, mais indique que la division bretonne « fit vraisemblablement une perte plus considérable »[2]. En 2009, l'auteur Tanneguy Lehideux estime que les chouans ont probablement 40 hommes de tués[6].
Parmi les morts figure notamment un émigré, le chevalier de Damoiseau, chevalier de Saint-Louis, ancien officier de la légion Mirabeau et vétéran du siège de Lyon et de la bataille de Wissembourg[4],[3],[2]. Selon le représentant Jard-Panvillier, celui-ci est tué dans un combat au corps à corps par un grenadier du 3e bataillon de la Charente Inférieure nommé Pierre Faure, qui « ayant été manqué à bout touchant par Damoiseau, et se voyant menacé de deux coups de pistolet que celui-ci se disposait à tirer, se précipita sur lui, et, après une lutte de plusieurs minutes, il parvint à le désarmer et en purgea le sol de la liberté au moment où ses camarades venaient à son secours »[4]. Selon le récit de l'abbé anonyme, le chevalier de Damoiseau « ne périt qu'après avoir tué deux républicains et ce fut lorsqu'il luttait contre un troisième qu'un autre ennemi le perça de sa baïonnette »[2].
Suites
Après le combat, la colonne républicaine gagne Ingrandes avec son convoi et en repart le surlendemain[3]. Le général Bonnaud vient entretemps la rejoindre et reprend le commandement[3]. Craignant une nouvelle attaque, il prend des dispositions défensives, mais les chouans ne se montrent pas et ne perturbent pas les opérations de fourrage[3].
Cinq jours après le combat, le représentant en mission Jard-Panvillier adresse un rapport au Comité de salut public[4]. S'il se félicite de la « bravoure des troupes » républicaines, il indique cependant que « plusieurs soldats » se sont « livrés aux plus grands excès » au cours de la marche[4]. Il dénonce notamment « le vol, le pillage, le meurtre et toutes les atrocités qui augmentent chaque jour le nombre de nos ennemis »[4]. Le général Bonnaud, soutenu par Jard-Panvillier, demande alors l'autorisation de former des commissions militaires pour faire « quelques exemples » afin de rétablir la discipline[4].
À la suite de ce combat, le quartier-général royaliste est transféré de l'abbaye de Pontron au château de Bourmont, dans la commune de Freigné[2].
Notes et références
Notes
- ↑
« En attendant que nous puissions vous donner le récit détaillé et officiel de l'affaire qui a eu lieu à Pontron, entre notre colonne, partie le 22 fructidor, et les chouans, nous croyons, pour calmer l'impatience que ce retard doit vous causer, devoir vous assurer que les chouans, réunis au nombre d'environ 3 000, ont été battus deux fois et fortement repoussés, quoiqu'une partie de notre armée fût employée à couvrir le convoi des grains qu'elle escortait[3]. »
— Rapport de l'administration d'Angers, le 29 fructidor an III ().
« Le 22 fructidor, les troupes républicaines, partagées en quatre colonnes, se réunirent dans les landes d'Asnières (en Bécon), et furent camper dans celle qui est entre la Prévotrie et Le Louroux. Le général Monnet qui commandait la colonne, informé que l'ennemi était rassemblé en grand nombre aux environs d'Ancenis et principalement sur la route d'Angers au Louroux, c'est-à-dire à Herblon, Maumusson, Belligné et La Cornuaille, et désirant se mesurer avec lui, fit lever le camp sur les sept heures du matin et diriger la marche vers Pontron.
A peine la tête de la colonne était-elle arrivée à la hauteur de l'abbaye, que les chouans sortirent de leur embuscade (d'un bois qui est à gauche en allant du Louroux à Pontron — à La Pinellière). Cette embuscade n'était que la gauche de l'ennemi, ses colonnes de droite et du centre n'étaient pas encore ébranlées. L'adjudant-général Malher, instruit de ce qui se passait à la droite de notre colonne, se porta avec quelques hussards du 6e, des chasseurs d'Evreux et quelques compagnies de grenadiers, pour reconnaître la colonne du centre des chouans qui était aux environs du bourg de La Cornuaille. Il était à peine éloigné de 100 toises du convoi, que les hussards rencontrèrent les postes avancés de l'ennemi, qui tirèrent sur eux et les manquèrent. Les hussards tombent sur eux à leur tour, les sabrent et reviennent en informer l'adjudant-général Malher, qu'ils avaient devancé de quelques pas.
Cependant l'ennemi se déployai rapidement sur sa droite; Malher ordonna aux chasseurs d'Evreux et aux grenadiers qui le suivaient, d'appuyer fortement la gauche, afin d'empêcher le développement de l'ennemi et pour dépasser son front de bataille. L'ordre était à peine donné que les chasseurs et les grenadiers franchissent les haies et les fossés avec une ardpur difficile à exprimer. Bientôt toute la colonne fut divisée en tirailleurs ; les hussards poursuivirent les chouans partout où ils purent passer et en expédièrent un bon nombre.
Le général Monnet, après avoir déployé sa colonne sur sa droite, s'avança en bon ordre et au pas de charge, contre l'ennemi, qui, se voyant pris en flanc, voulut faire une manœuvre semblable à la nôtre, en cherchant néanmoins à s'étendre sur notre gauche. Nos troupes l'ayant mis onpiemo déroute, le général fit battre le rappel pour faire revenir les tirailleurs. Ils étaient si acharnés à la poursuite des chouans, qu'il s'écoula plus d'une demi heure avant d'avoir pu rassembler un certain nombre d'hommes.
La colonne s'en retournait au petit pas avec une sorte de sécurité, lorsqu'on aperçut à sa gauche un grand rassemblement d'hommes armés. On ne tarda pas à reconnaître à leurs vociférations que c'étaient des chouans. La colonne continuait son chemin au petit pas mais à peine avait-elle dépassé un étang qui est auprès de la route de Candé (l'étang de la Burlière), que l'on vint annoncer que l'ennemi s'avançait. Cette colonne ennemie qui n'était point la même que celle aperçue sur la gauche, avait dû se tenir cachée dans quelque bois pour nous surprendre. Un peloton de hussards s'avança pour la reconnaître, mais il reçut une décharge qui l'obligea de se replier. L'infanterie, après avoir brûlé quelques amorces, tomba au pas de charge sur l'ennemi, qui commença à s'ébranler un coup de canon tiré à propos acheva de le mettre en fuite. Les hussards, et principalement ceux du 6e qui ne s'étaient pas encore trouvés à ces sortes de fêtes, le poursuivirent avec leur ardeur ordinaire et achevèrent sa déroute.
La colonne rentra à Ingrandes avec le convoi qu'elle escortait, et repartit le surlendemain. Le général Bonneau qui était venu reprendre le commandement, s'attendait à être attaqué par l'ennemi. Il avait fait ses dispositions pour le bien recevoir. Mais les chouans, sans doute contents des dernières actions, n'ont osé se montrer et ont laissé fourrager tranquillement.
L'ennemi a eu dans cette expédition un très grand nombre de tués et de blessés. On a distingué parmi les morts un chef nommé Damoiseau et une croix de Saint-Louis. De notre côté, nous avons eu quelques blessés.
Généraux, officiers, soldats, tous se sont conduits avec une intrépidité et une fermeté dignes des plus grands éloges[3]. »
— Rapport de l'administration d'Angers, le 1er jour complémentaire an III ().
- ↑
« La garnison d'Angers, aux ordres du général de division Bonnaud, sortie le 22 de ce mois, pour favoriser la rentrée des grains destinés à l'approvisionnement de l'armée, fut attaquée dans l'après-midi par un parti de Chouans trois fois plus fort en nombre qu'elle. Ce fut un moment de fête pour nos braves frères d'armes. Le signal du combat fut pour eux le signal de la victoire. Les Chouans, partout battus ou mis en fuite jetaient des cris de désespoir. C'était bien la peine de nous rassembler depuis trois jours pour nous faire battre de la sorte, disaient-ils à leurs chefs. Vous nous avez trahis. Il paraît en effet qu'ils ont été vigoureusement battus, car ils n'ont pas osé se remontrer pendant trois jours que nos républicains ont encore employés à parcourir le district de Segré pour remplir l'objet de leur sortie. D'après tous les rapports, les ennemis de la République ont perdu plus de deux cents hommes tant tués que blessés dans cette affaire. Au nombre des morts se trouvent deux des principaux chefs, savoir, un nommé Damoiseau, sur lequel on a trouvé une croix de saint Louis et une commission de capitaine d'artillerie dans la légion dite de Mirabeau , et un soi disant comte de Castillan. Le premier a été tué dans un combat corps à corps par un des braves grenadiers du 3e bataillon de la Charente Inférieure. Cet excellent soldat ayant été manqué à bout touchant par Damoiseau, et se voyant menacé de deux coups de pistolet que celui-ci se disposait à tirer, se précipita sur lui, et , après une lutte de plusieurs minutes, il parvint à le désarmer et en purgea le sol de la liberté au moment où ses camarades venaient à son secours. J'ai donné un témoignage public de satisfaction à ce brave grenadier, qui se nomme Pierre Faure.
Nous n'avons à regretter que deux républicains, dont un bien brave capitaine de la 30e demi-brigade et huit blessés.
La 61e demi-brigade, en cantonnement dans le district de Baugé a aussi remporté plusieurs petits avantages sur les Chouans dans les journées des 23 et 24 de ce mois.
Toutes les braves troupes , à qui nous n'avions pu présenter la Constitution parce qu'elles étaient en marche, se sont rassemblées aujourd'hui pour en entendre la lecture. Elles l'ont acceptée à l'unanimité. Je vous prie d'en informer la Convention nationale, en attendant que le procès-verbal lui en soit envoyé officiellement par le général en chef de l'armée.
Écrire une lettre de satisfaction au général Bonnaud sur la bravoure des troupes et particulièrement sur celle des grenadiers du 30e bataillon de la Charente-Inférieure. Quant au post-scriptum, annoncer que la loi qui vient d'être rendue sur la nouvelle formation des tribunaux militaires et la dernière proclamation rempliront naturellement leur objet. Salut et fraternité.
Après avoir donné des éloges à la bravoure des troupes, je ne puis me dispenser de vous parler aussi de leur indiscipline. Elle est à son comble. De là le vol, le pillage, le meurtre et toutes les atrocités qui augmentent chaque jour le nombre de nos ennemis. Le général Bonnaud, qui veut fortement rétablir le bon ordre, et qui se conduit à dans sa cet effet avec beaucoup de fermeté, ne m'a pas dissimulé que, dans sa dernière sortie même, plusieurs soldats s'étaient livrés aux plus grands excès. Il demande avec instance d'être autorisé à former des Commissions militaires pour faire quelques exemples, malheureux sans doute, mais absolument nécessaires. C'est le seul moyen de rétablir la discipline, et la discipline est le seul moyen d'assurer nos succès et de ramener dans le sein de la patrie un grand nombre d'hommes qui n'en ont été éloignés que par les excès auxquels des volontaires se sont livrés à leur égard. Au reste, ne vous alarmez pas de la violence de cette mesure: plus les exemples seront rigoureux, moins il sera nécessaire de les renouveler. Le salut de ce pays en dépend. Autorisez la formation des Commissions militaires[4]. »
— Lettre du représentant en mission Louis-Alexandre Jard-Panvillier au Comité de salut public, rédigée à Angers le 27 fructidor an III ()
- ↑
« Dans la dernière sortie qu'a faite le général Bonnaud avec huit cents hommes, il a ramené environ deux mille quintaux de blé. Il a été attaqué par trois mille Chouans; on s'est battu pendant plus d'une heure avec opiniâtreté. Les Chouans ont perdu trente hommes, nous comptons vingt volontaires blessés[1]. »
— Lettre du représentant en mission Pierre Bodin au Comité de salut public, rédigée à Angers
- ↑
« Les républicains sortirent d'Angers au nombre de 3 000 hommes avec quelques pièces de canon et assaillirent le camp de Pontron. Les Chouans, qui n'étaient que 1 500, s'y défendirent vaillamment, mais ils furent obligés d'évacuer et de se retirer du côté de la Bretagne. Si les assaillants n'avaient pas eu de canons, il est à croire qu'ils n'eussent pas eu si promptement l'avantage. Il y avait parmi eux de vieux Vendéens qui auraient tenu coup, mais aussi il y avait des jeunes gens du pays qui n'avaient jamais entendu d'autre bruit que celui du fusil et qui se crurent perdus à la première détonation de l'airain. Entre ceux-ci étaient deux jeunes abbés, doux, inoffensifs... C'étaient MM. Doreau et Bouleau, qui par la suite furent prêtres et sont morts, l'un curé de Gennes-Saint-Aignan et l'autre de Bouère[2]. »
— Manuscrit rédigé par l'abbé Foucher.
- ↑
« 9 septembre 1795. Affaire de Pontron. Le rendez-vous général était à Pontron qu'occupaient les républicains qui étaient sortis d'Angers pour faire une enlevée de grains. Ils avaient deux pièces de canon. M. de Bourmont, avec les Bretons de la division Plouzin, les attaqua le matin, entre l'étang de la Clémencière et le chemin de la Cornuaille; ayant malheureusement suivi le conseil de Tête-Carrée ou cédé à des sollicitations importunes, le général Bourmont fut battu. Il fut poursuivi si vivement dans les landes de la Boulairie (1) qu'il fut sur le point de tomber au pouvoir des Bleus. Là, fut tué un émigré, le chevalier Damoiseau, ex-officier d'artillerie, qui s'était tellement distingué aux lignes de Weissenbourg qu'il avait la tête sillonnée de coups de sabre. Il se battit au fameux siège de Lyon. Là, il s'engagea dans un régiment de la République. Arrivé à Angers, il déserta pour joindre les Chouans à Bourmont, où il eut la singulière satisfaction de rencontrer son vieux compagnon d'armes, M. de Châtillon, qui l'embrassa affectueusement. Il ne périt qu'après avoir tué deux républicains et ce fut lorsqu'il luttait contre un troisième qu'un autre ennemi le perça de sa baïonnette.
Dans l'après-midi du même jour, la division Sans-Peur, commandée par M. de Châtillon, vint à son tour charger les Bleus. Elle essuya le feu à mitraille de cinq ou six coups de canon et fut chargée à plusieurs reprises par de la cavalerie. Les royalistes déployèrent beaucoup d'audace et d'intrépidité, mais enfin, après un combat très vif d'une bonne demi-heure, ils exécutèrent leur retraite sans être poursuivis. Ce qui prouve cependant combien fut mince le triomphe des républicains, c'est qu'ils n'enlevèrent point de grains et se replièrent vers Angers. Un de leurs propres canons leur tua une quinzaine de grenadiers. Les royalistes perdirent à Pontron huit ou dix hommes de la division Sans-Peur. La division Plouzin fit vraisemblablement une perte plus considérable[2]. »
— Mémoires de l'abbé X... publiées par Arthur du Chêne.
- ↑
« Des lettres particulières de Candé parlent d'une petite affairé que nos républicains out eu contre les chouans, il y a quelques jours, près Pontron.
Il s'agissoit d'un enlief de grains que les républicains ont été exécuter, et qu'ils ont conduit à Angers malgré les chouans, qui out perdu 260 hommes, tandis que nous n'avons eu qu'une trentaine d'hommes tant tués que blessés. Voilà tout ce que l'on sait jusqu'à présent[5] »
— Le Courrier de l'Egalité, no 1139, 3 octobre 1795.
Références
- Savary, t. V, 1827, p. 372.
- Du Chêne 1899, p. 354-357.
- Sauvage 1873, p. 122-127.
- Aulard, t. XXVII, 1933, p. 382-384.
- Le Courrier de l'Egalité, no 1139, 3 octobre 1795, p. 80.
- Lehideux 2009, p. 241-242.
- ↑ Savary, t. V, 1827, p. 387.
Bibliographie
- Alphonse Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public : avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire, t. XXVII, Imprimerie nationale, , 756 p. (lire en ligne).

- Arthur du Chêne, « Notes particulières sur les faits et circonstances qui ont eu lieu dans la guerre des chouans de l'armée dite du Bas-Anjou et Haute-Bretagne », dans Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, t. I, Angers, Lachèse et compagnie, Imprimeurs-Libraires, , 412 p. (lire en ligne).
. - Tanneguy Lehideux, Combats d'un Chouan : Terrien cœur de lion, colonel de Chouans, chevalier de Saint-Louis ou La Chouannerie en Haute-Bretagne et en Anjou, La Crèche, Geste éditions, , 443 p. (ISBN 978-2-84561-509-0, BNF 41454424).
. - Hippolyte Sauvage, Un canton de l'Anjou sous la Terreur, Imprimerie P. Lachèse, , 181 p. (lire en ligne).

- Jean Julien Michel Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République, t. V, Paris, Baudoin Frères, Libraires-éditeurs, , 419 p. (lire en ligne).

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