Bataille de Mirebeau

La bataille de Mirebeau se déroule le et oppose l'alliance entre la maison de Lusignan et le duché de Bretagne au royaume d'Angleterre.

À l'issue de cette bataille, le roi Jean Sans Terre remporte la victoire. Cependant, elle marque le début de l'invasion française de la Normandie par le roi de France Philippe Auguste afin de conquérir les possessions continentales anglaises.

Contexte

Après la mort de Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, à Châlus, le , sans héritier légitime, deux nobles prétendent au trône de l'Empire Plantagenêt : d'un côté, Jean, le frère du défunt roi, dont la prétention reposait sur le fait d'être le seul fils survivant d'Henri II d'Angleterre, et de l'autre Arthur Ier de Bretagne, âgé de 12 ans, qui revendique le trône en tant que fils de Geoffroy II de Bretagne, décédé en 1186, frère cadet de Richard et frère ainé de Jean[1].

Bien que Richard semble avoir reconnu Jean comme son héritier légitime sur son lit de mort, selon Roger de Hoveden[2], le droit médiéval donne peu d'indications sur la manière dont les revendications concurrentes doivent être tranchées. Cette affaire juridique est d'autant moins évidente que la loi normande favorise Jean en tant que fils du roi Henri II, tandis que la loi angevine favorise Arthur, en tant que descendant du frère aîné de Jean[3].

Le choix, qui revient à la reine Aliénor d'Aquitaine, est celui de Jean, soutenu par la majeure partie de la noblesse anglaise et normande. Il est finalement intronisé duc de Normandie le , et couronné roi d'Angleterre à l'abbaye de Westminster, le .

Soutenu par les nobles d'Anjou, du Maine et de Touraine, qui refusent cette situation en invoquant le droit angevin[4],[5], Arthur se met sous la garde du roi de France Philippe Auguste. Celui-ci reconnaît la légitimité de Jean Sans Terre, lors du traité de paix du Goulet en . Cependant, restant déterminé à diviser les territoires angevins[6], il rompt la paix en et mène une campagne militaire contre les possessions continentales anglaises, à laquelle se joint Arthur. Ce dernier, alors âgé de 15 ans, après avoir été proclamé par le roi de France, comte d'Anjou, du Maine, de Touraine et de Poitou, se voit chargé d'aller en conséquence s'emparer de ces territoires[7].

Dans le même temps, Jean Sans Terre épouse, en , Isabelle d'Angoulême dont les terres sont une voie de communication stratégique entre le Poitou et la Gascogne, renforçant son emprise sur l'Aquitaine[8].

Cependant, Isabelle est déjà fiancée à Hugues IX de Lusignan, comte de la Marche[9], membre important d'une famille noble clé du Poitou et frère de Raoul Ier d'Exoudun, comte d'Eu, qui possède des terres le long de la frontière orientale de la Normandie[8]. Ainsi, ce mariage menace les intérêts de la maison de Lusignan dont les propres terres constituent alors la route principale pour les marchandises et les troupes royales en Aquitaine[8]. Sans compensation, la maison de Lusignan se soulève contre Jean mais ce soulèvement est écrasé par ce dernier[8]. Cependant, si Jean est duc d'Aquitaine et comte de Poitou, et donc seigneur féodal des Lusignan, celui-ci est aussi le vassal du roi de France, auquel ils en appellent, s'estimant lésés[8]. Les relations féodales entre Philippe et Jean s'effritent jusqu'à aboutir à une nouvelle guerre à laquelle les Lusignan prennent aussi part.

Déroulé

Le territoire occupé par Jean se caractérise par un important potentiel, dû à la présence de châteaux, comme Château Gaillard, établis à des points stratégiques, et construits et entretenus à grands frais[10],[11]. Cette situation rend difficile pour un potentiel envahisseur d'y pénétrer sans avoir pris ces fortifications qui ralentissent la progression de toute armée[12]. Cependant, ce territoire est grandement menacé par les armées d'Arthur et des Lusignan qui remontent la vallée de la Loire vers Angers, et par les forces de Philippe Auguste qui descendent la vallée vers Tours[13].

Jean adopte une posture défensive en évitant les combats ouverts et en défendant soigneusement ses châteaux stratégiques. Les opérations de Jean deviennent cependant plus compliquées à mesure que la campagne se déroule et que les armées du roi de France progressent vers l'Est.

Vers la fin , Arthur, à la tête des forces que le roi de France lui a confiées (environ 250 chevaliers) et les Lusignan se trouvent aux portes du château de Mirebeau, où se retranche Aliénor d'Aquitaine, assiégée dans le donjon[14]. Jean, prévenu par Aliénor, et accompagné de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, accourt du Mans pour protéger le château et libérer sa mère. Au matin du , Jean surprend les forces d'Arthur qui sont défaites et ce dernier est capturé, après un bref combat[15].

Les armées de Philippe, qui voit dans le même temps son flanc sud s'affaiblir, sont contraintes de se replier à l'est et de se diriger vers le sud pour contenir l'armée de Jean.

Conséquences

Jean remporte la victoire sur Arthur (qui est probablement assassiné par Jean, le , selon les Annales de Margam[15]), et la maison de Lusignan, et assure son trône en éliminant son principal rival, mettant fin à la ligne de succession de Geoffroy Plantagenêt.

Cependant, cet épisode qui a conduit à la chute et à la capture d'Arthur de Bretagne amène les seigneurs d'Anjou, du Maine et du Poitou à lui retirer leur soutien. La sœur d'Arthur, Aliénor de Bretagne, qui est déjà sous la garde des Plantagenêts, devient la captive de Jean Sans Terre, principalement en Normandie et en Angleterre, puis de son fils Henri III, jusqu'à sa mort en 1241[16].

Enfin, si une victoire a été remportée, la guerre n'est pas terminée et le roi de France, Philippe II Auguste, avec l'appui des comtes locaux, continue d'avancer progressivement, assiégeant les châteaux qui constituent la ligne de défense de Jean. Cette avancée culmine avec le siège de Château-Gaillard, qui tombe le [15], et qui marque la fin de la guerre et la victoire de Philippe II.

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle of Mirebeau » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) David A. Carpenter, The Struggle for Mastery: Britain 1066–1284, , p. 264.
  2. Martin Aurell, Aliénor d'Aquitaine, Souveraine femme, Paris, Flammarion, Grandes Biographies, , 503 p. (ISBN 978-2-0804-6324-1), p. 70
  3. (en) Franck Barlow, The Norman Conquest and Beyond, , p. 305.
  4. Chronicon Turonense Magnum, 145
  5. André Chédeville et Noël-Yves Tonnerre, La Bretagne féodale, XIe – XIIIe siècle, Rennes, Ouest France, (lire en ligne), Le destin tragique d'Arthur de Bretagne, p. 98-99.
  6. Warren 1974, p. 53.
  7. François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Xe – XIIe siècle, Rennes, Ouest-France Université, , p. 563-564.
  8. (en) Francis Palgrave Turner, The History of Normandy and of England, , p. 99.
  9. Aurell 2024, p. 74.
  10. (en) W.L. Warren, King John, , p. 57–58.
  11. Barlow 1983, p. 280.
  12. Warren 1974, p. 57.
  13. Warren 1974, p. 51.
  14. Aurell 2024, p. 75 et 220.
  15. Aurell 2024, p. 75.
  16. Aurell 2024, p. 148.

Bibliographie

  • (en) David Balfour, « Triumph and Disaster : King John’s Victory at Mirebeau, 1 August 1202 », Medieval Warfare, Karwansaray BV, vol. 1, no 1, 2011, p. 10-15. [lire en ligne]
  • Gaston Dubois-Guchan, « Recherches sur la vie de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine (Suite) », Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXII, Paris, Alphonse Picard, 1871, p. 121-145. [lire en ligne]
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