Bataille de la Vuelta de Obligado

Bataille de la Vuelta de Obligado
Description de cette image, également commentée ci-après
Bataille d'Obligado (Manuel Larravide (es)).
Informations générales
Date
Lieu sur le fleuve Parana
Issue Impasse tactique et victoire stratégique Argentine à court terme, victoire stratégique franco-britannique à long terme
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Drapeau de l'Argentine Argentine
Commandants
Capitaine de vaisseau François Thomas Tréhouart
Samuel Inglefield (en)
Général Lucio Norberto Mansilla
Forces en présence
Drapeau de la France 5 navires
6 navires
Drapeau de l'Argentine 2 000 hommes
Pertes
Drapeau de la France 8 tués, 72 blessés
9 tués, 24 blessés[1]
Drapeau de l'Argentine 650 morts

Coordonnées 33° 35′ 32″ sud, 59° 48′ 26″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Argentine
(Voir situation sur carte : Argentine)
Bataille de la Vuelta de Obligado

La bataille de la Vuelta de Obligado ou bataille d'Obligado, qui opposa l'Argentine à une escadre mixte britannique et française, eut lieu le dans les eaux du fleuve Parana, sur sa rive droite dans le nord de la province de Buenos Aires, à un virage connu sous le nom Vuelta de Obligado où le chenal, en se rétrécissant, provoque des tourbillons.

Lors de cette bataille s’affrontèrent, d’une part, la province de Buenos Aires, dirigée par Juan Manuel de Rosas, qui avait nommé commandant en chef des troupes portègnes le général Lucio Norberto Mansilla, et d’autre part l’escadre franco-britannique, dont l’intervention s’inscrivait plus largement dans le cadre du blocus franco-britannique du Río de la Plata. L’opération militaire conjointe franco-britannique fut justifiée par le prétexte de régler les différends entre Buenos Aires et Montevideo et de pacifier ainsi la région mais poursuivait en réalité le dessein d’établir des relations commerciales directes entre le Royaume-Uni et la France et les provinces de Santa Fe, d’Entre Ríos et de Corrientes sans en passer par les douanes de Buenos Aires ou reconnaître l’autorité de Rosas en qualité de délégué des affaires étrangères pour l’ensemble de la Confédération argentine.

Quoique les forces assaillantes eussent tôt fait de percer le dispositif naval argentin et de culbuter les défenses terrestres, la bataille apporta néanmoins la preuve que des vaisseaux étrangers ne pouvaient naviguer en toute sécurité dans les eaux intérieures argentines à l’encontre de la volonté du gouvernement argentin. L’issue de la bataille contribua aussi à changer les sentiments politiques dans le Cône sud dans le sens d’une allégeance accrue à Rosas et à son gouvernement.

Bataille

Vers le milieu du XIXe siècle, les États-Unis intervinrent contre le Mexique et annexèrent le Texas, privant ainsi le Royaume-Uni et la France d'une source d’approvisionnement importante, principalement du coton qui y était cultivé.

Les deux nations conclurent alors une alliance pour intervenir militairement en Amérique du Sud afin d’y imposer leurs intérêts commerciaux.

L’intention était d'obliger la libre navigation du Rio de la Plata et de ses affluents (Paraná et Uruguay) et de transformer Montevideo en une base commerciale pour les deux puissances. Le , un convoi commercial de quatre-vingt-dix navires marchands, escortés par cinq navires de guerre français et six britanniques et équipés d'un armement lourd des plus modernes, remonta le fleuve Paraná en refusant de reconnaître la souveraineté de l'Argentine sur le fleuve[2].

La principale défense argentine se trouvait dans un coude appelé la « Vuelta de Obligado »[3]au nord de la ville de San Pedro. Là, Juan Manuel de Rosas, gouverneur de la province et le général Mansilla avaient préparé la défense en barrant le Paraná d'une côte à l'autre avec 24 grandes chaloupes et trois lourdes chaînes pour empêcher le passage des bateaux ennemis. Les abords étaient occupés par deux mille hommes retranchés équipés de petits canons répartis le long des côtes.

Plan de la bataille.
Plan de la bataille.

Les flottes européennes livrèrent le combat avec leur artillerie très supérieure, et les Argentins furent facilement vaincus. Toutefois, cette victoire resta sans lendemain, puisque la flotte, ne pouvant franchir le barrage, dut faire demi-tour.

Elle établit alors un blocus, qui durera jusqu’au . Les nouvelles des pertes commerciales endurées par le convoi et les récits de la détermination des Argentins furent arrivées jusqu’en Europe, où les détenteurs de bons de dette argentine réclamèrent la fin de l’intervention.

Devant cette situation, les gouvernements européens ordonnèrent la retraite de leurs escadres du Rio de la Plata, qu'elles quittèrent en saluant le pavillon argentin de 21 coups de canon.

Vue de la bataille et du Paraná barré.

Cela reconnaissait la navigation sur le Río Paraná comme « une navigation intérieure de la Confédération argentine soumise à ses seules lois et règlements, tout comme sur le fleuve Uruguay à sa frontière orientale ».

La victoire militaire anglo-française, se soldant par l’écrasement des forces armées argentines (650 hommes tués, contre moins d’une trentaine dans les rangs britanniques et français), se révélera pourtant être un succès sans lendemain, puisque la détermination des forces de défense autant que les complications que comportait — et comporte encore — le cours sinueux du Paraná pour la navigation rendaient excessivement coûteuse toute nouvelle tentative de remonter le fleuve contre la volonté du gouvernement de Buenos Aires.

La bataille eut une forte répercussion dans toute l’Amérique. Le Chili et le Brésil, qui s’étaient jusque-là montrés hostiles à Rosas, changèrent leur opinion et s’associèrent, momentanément du moins, à la cause de la Confédération argentine. Il se trouva même quelques unitaires, ennemis traditionnels de Rosas, pour s’en émouvoir, à témoin le fait que le colonel Martiniano Chilavert s’offrit à rejoindre les rangs de l’armée de la Confédération.

Le général José de San Martín, de son exil en France, s’exprima comme suit devant son ami Tomás Guido :

« J’étais déjà au fait de l’action d’Obligado ; quelle iniquité ! De toute manière, les envahisseurs auront vu par cette démonstration que les Argentins ne sont pas abrutis au point de se laisser manger sans plus d’effort que celui d’ouvrir la bouche. Face à une telle façon d’agir, il ne nous reste pas d’autre parti à prendre que de ne pas regarder l’avenir et de remplir notre devoir d’hommes libres, quel que soit le sort que nous réserve le destin, lequel, dans mon intime conviction, jouera sans le moindre doute en notre faveur si tous les Argentins se persuadent du deshonneur qui s’abattrait sur notre patrie si les nations européennes triomphaient dans ce conflit, qui dans mon opinion est d’une portée égale à celle de notre émancipation vis-à-vis de l’Espagne. »

— José de San Martín (1778-1850)[4]

Cette bataille, bien qu’ayant été pour l’Argentine une défaite tactique, déboucha sur une victoire diplomatique de la Confédération argentine, en raison du coût élevé qu’avait exigé l’opération. Implicitement, la résistance opposée par le gouvernement argentin avait forcé les envahisseurs à accepter la souveraineté argentine sur les fleuves intérieurs. Par le traité Arana-Southern de 1847, la Grande-Bretagne mit un terme définitif au conflit et ordonna en mars de la même année à sa flotte de se retirer. La France tarda encore plus de deux ans, jusqu’à la signature du traité Arana-Leprédour fin août 1850 par le gouvernement de Napoléon III. Aux termes de ces traités, la navigation sur le Paraná était reconnue comme étant « une navigation intérieure de la Confédération argentine et assujettie aux seules lois et règlements de celle-ci, à l’égal, conjointement avec l’État Oriental, du río Uruguay ».

Les Argentins considèrent encore qu’ils furent victorieux pour avoir fait reculer l’ennemi et fêtent le comme jour de la « souveraineté nationale » (voir le billet de 20 pesos « combate de la vuelta de obligado »)[5].

À Paris, à partir de 1868, une rue et une station de métro (au milieu de l'avenue de la Grande-Armée) portèrent le nom d’Obligado « en mémoire de la victoire franco-anglaise ». La rue et la station ont changé de nom le pour celui d’Argentine à la suite d'une visite en 1947, d'Eva Perón, la femme du président de l'époque Juan Perón. La France comptait ainsi faire disparaître ces mauvais souvenirs et remercier l'Argentine de l’aide généreuse apportée pendant les premiers temps de la reconstruction de l’après-guerre et la reconstitution des stocks de nourriture.

Ordre de bataille franco-britannique

  • Escadre britannique :
    • Gorgon, bateau à roues à aubes (6 canons, Capt. Chas. Hotham)
    • Firebrand, bateau à roues à aubes (6 canons, Capt. James Hope)
    • Philomel (8 canons, Commander Bartholomew James Sulivan)
    • Comus (18 canons, Commander Edward Augustus Inglefield)
    • Dolphin (3 canons, Lieut. Reginald Thomas John Levinge)
    • Fanny, goélette (1 canon, Lieut. Astley Cooper Key)
  • Escadre française:
    • San Martin (8 canons, Capt. François Thomas Tréhouart)
    • Fulton, bateau à roues à aubes (2 canons, Lieut. Mazères)
    • Expéditive (16 canons, Lieut. Miniac)
    • Pandour (10 canons, Lieut. Duparc)
    • Procida (4 canons, Lieut. de La Rivière)

Notes et références

  1. Avenel, page 79.
  2. événement 1845, sur le site l'internaute.com. Consulté le 19-10-2014.
  3. On peut approximativement le traduire comme la « voie obligatoire », le coude par lequel on est obligé de passer.
  4. (es) Felipe Pigna, « Rosas y la Vuelta de Obligado », (consulté le ).
  5. (es) « 20 de noviembre, día de la soberanía Nacional », sur www.lagazeta.com (consulté le ).

Sources

  • Jean-David Avenel, L'affaire du Rio de la Plata : 1838-1852, Paris, Économica, coll. « Campagnes & stratégies » (no 26), , 152 p. (ISBN 978-2-717-83673-8)
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'Histoire maritime, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1508 p. (ISBN 2-221-08751-8 et 2-221-09744-0)
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, Tallandier, coll. « Dictionnaires », , 537 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-2847340082)
  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française : des origines à nos jours, Rennes, Ouest-France, , 427 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-7373-1129-2, BNF 35734655)
  • Rémi Monaque, Une histoire de la marine de guerre française, Paris, éditions Perrin, , 526 p. (ISBN 978-2-262-03715-4)
  • Marina Grey, Le général meurt à minuit : l'enlèvement des généraux Koutiépov (1930) et Miller (1937, Paris, Plon, , 254 p. (ISBN 978-2-259-00734-4, OCLC 2259007341)

Articles connexes

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