Bataille navale du 12 janvier 1640

Bataille navale du 12 janvier 1640

Informations générales
Date 12-17 janvier 1640
Lieu Itamaracá, Brésil
Issue Victoire néerlandaise
Belligérants
Union ibérique Provinces-Unies
Commandants
Fernando de Mascarenhas Willem Loos †
Jacob Huygens
Forces en présence
30 galions
34 transports armés
13 petits navires[1]
10 000-15 000 hommes[2],[3]
30 navires de guerre et navires de ravitaillement
10 petits navires[4]
2 800 hommes[5]
Pertes
Nombreux morts ou prisonniers
1 navire capturé
1 navire échoué
1 navire endommagé
Nombreux morts
2 navires coulés
1 navire échoué
1 navire endommagé

Guerre néerlando-portugaise

La bataille navale du 12 janvier 1640 ou Bataille navale de la Pointe des Pierres, au nord de l'île d'Itamaraca, est la dernière menée par une flotte hispano-portugaise, avant la fin de l'Union ibérique, causée par la Restauration portugaise de . La flotte néerlandaise est victorieuse, malgré une infériorité en nombre[6]. Cette « grande expédition combinée de 1639-1640 »[7], associant les Espagnols et les Portugais, est écartée de justesse le par la flotte hollandaise à la hauteur de la capitainerie de Tamarica, après une bataille navale de cinq jours[8].

Contexte

Le Premier ministre Gaspar de Guzmán connaît de durs revers durant le début de l'année 1640[9].

Les Portugais, excédés par les remous de l'Union ibérique dont ils sentent la fin approcher[6], font peu d'effort pour collaborer à une nouvelle campagne brésilienne contre les Hollandais[6].

Fernando de Mascarenhas, l'amiral en chef, ex-inquisiteur général du Portugal puis gouverneur général du Brésil de janvier à novembre 1639, souhaite à l'occasion de cette expédition porter secours à un de ses proches, Jorge de Mascarenhas, comte de Castelo Novo, alors vice-roi du Brésil de 1639 à 1641[10].

Nassau-Siegen a écrit le 9 juillet 1639 aux États généraux pour déplorer le manque de vivres[8] et n'avoir que 3 000 hommes à opposer à la flotte hispano-portugaise assemblée à Salvador de Bahia par des militaires espagnols de Buenos-Aires: 86 bâtiments, près de 15 000 hommes commandés par Fernando de Mascarenhas[8].

En 1640, la flotte hispano-portugaise du Comte la Torre va mener un combat, qui semble au départ très inégal, contre la flotte de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales dirigée par Willem Cornelisz, qui a lieu au Rio Grande, beaucoup plus au Nord du lieu prévu au Pernambouc, la météo rendant impossible la première tentative de débarquement[11].

Des renforts arrivent de Rio de Janeiro et Buenos Aires, et Bahia est métamorphosé en un grand port, avec plus de 8 500 hommes[12], dont 2 400 noirs dirigés par Henriquez Diaz[12], et 4 600 hommes de troupes régulières espagnoles et portugaises[12], sous les ordres du comte Bagnola et des colonels Louis Barbaillo, Dom Manuel Mascarenhas, et Hector de la Calce[12].

Les Hollandais ne comptent que 13 navires de l'amiral Willem Cornelisz[12] et doivent armer des navires marchands, pour arriver à 41 navires[12], maneuvrés par 1 600 matelots, selon la lettre adressée aux États-Généraux par le gouverneur le 9 juillet 1639[12]. Le 19 novembre 1639 la flotte hispano-portugaise part de Bahia avec 86 bâtiments, 12 000 à 15 000 matelots et soldats[12], commandée par Dom Fernando Mascarenhas, comte de la Torre. Elle compte 12 grands galions portant 568 canons de gros calibre[12], sous le commandement de Don Juan de Vega[12], une escadre portugaise de 8 galions avec 226 canons en métal, sous les ordres de Dom Rodrigo Lobo[12], 27 navires auxiliaires des îles Açores et du Brésil portugais, avec 250 canons[12], mais aussi 39 caravelles, pataches et barques, pourvues de petits canons[12], pour le transport des troupes de débarquement[12].

Déroulement

L'armada hispano-portugaise a souffert de conditions météo exceptionnellement mauvaises et imprévisibles. Face au vent du nord, elle met presque deux mois pour arriver de Bahia à la hauteur de Recife au Pernambouc[12].

L'amiral dirigeant la flotte a préféré débarquer à Pau amarelo, au nord de Récife, plutôt qu'à Serinham ou Santo Agostinho, au sud de Récife[13]. En raison de la ponction sur les vivres et l'eau potable d'un voyage aussi long[12], il y tente, sous une certaine pression, un débarquement de 7 000 hommes[12]. Un vent violent du sud oblige à y renoncer, la veille du 12 janvier 1640[12], quand elle rencontre la flotte hollandaise à la hauteur de Tamarica (Ilha de Itamaracá)[12] ou plus exactement « entre l'île de Tamaraca et la rivière de Goyana »[14].

Ce qui doit être un vaste débarquement se transforme en bataille navale, entre Ponta Pedras, le point le plus oriental du continent sud-américain, et Canhau, trente kilomètres plus au nord[13]. Une flotte néerlandaise de 36 navires, sous le commandement de l'amiral Willem Corneliszoon Loos et du vice-amiral Jacob Huygens, sort de Recife et intercepte la flotte hispano-portugaise entre Itamaracá et Goiana le 12 janvier, avant toute tentative de débarquement. La bataille dégénère en une mêlée confuse au cours de laquelle Loos perd deux de ses navires, tandis que lui-même périt à bord de son vaisseau amiral lors d'un affrontement avec le vaisseau amiral de Mascarenhas. Quelques navires néerlandais parviennent à s'approcher pour le dégager mais le vaisseau coule avec l'amiral Loos[15]. Un autre navire néerlandais, l'«Alemar», est criblé par les canons espagnols et est incapable de poursuivre le combat[15].

L'amiral Willem Cornelisz Loos, tué dans les combats[12], est remplacé par le vice-amiral Jacob Huygens[12]. Un grand nombre d'Espagnols et de Portugais trouvent la mort aussi[12]. Le comte de la Torre est sur le galion du général Vega Bazán, avec qui il est en conflit personnel[16].

En nombre de canons, l'armement hollandais est moins important mais a l'avantage d'être composée de voiliers plus mobiles que les galions hispano-portugais[16]. Ainsi, les lourds galions espagnols manœuvrent difficilement et la plupart de leurs boulets passent par dessus les yachts des Hollandais[12], qui font 230 prisonniers[12].

Les Néerlandais livrent une bataille à longue distance grâce à leur artillerie supérieure mais leur navire, «Le soleil brillant» , est gravement endommagé puis coule avec son commandant et 44 soldats[17]. Le 14 janvier, Huygens reprend l'attaque au large de Paraíba. Le galion portugais du capitaine António da Cunha Andrade est capturé, et un autre navire espagnol de l'escadre de Castille s'échoue puis est abordé pendant un combat contre le «Zwaan» néerlandais[18]. Son équipage, sous les ordres du colonel napolitain Ettore della Calce, est fait prisonnier[19]. Le navire néerlandais « Zwaan », sous le commandement du contre-amiral Aldrichsz, perd son mât principal et, emporté par les flots, s'échoue sur la côte[17].

Après trois jours de combat, le , « Mascarenhas se replie »[14]. De plus en plus poussées vers le nord[12], les deux flottes sont empêchées, par un calme plat, de se rapprocher les deux jours suivants[12]. Le un quatrième combat est livré à la hauteur de Rio Grande[12], et une partie de la flotte espagnole se cache derrière les rochers du cap Saint-Roque, pour chercher de l'eau potable[12]. Ce jour-là, les Hollandais prennent le vent et attaquent les Hispano-Portugais[17]. Le navire de Mascarenhas est endommagé, après quoi la flotte hollandaise abandonne la poursuite et les navires hispano-portugais peuvent débarquer leur armée au Cap Saint Roque, trop loin pour menacer Recife[18].

Les amiraux Bagnola, de Mora et Louis Barbalho parviennent, au nord de Rio Grande[12], à débarquer une partie de leur vaste corps expéditionnaire[12], mais finalement, en difficulté dans l'intérieur des terres, contournent la colonie hollandaise pour arriver à Bahia[12].

Le reste de la flotte espagnole a été entraîné vers le nord par le courant[12] et une partie succombe à la faim et à la soif[12]; « la soif, la faim et l'épidémie achèvent la destruction de cette grande flotte »[14]. « Quatre galions et deux navires marchands seuls peuvent annoncer à l'Espagne ce premier désastre »[14], auquel « l'Europe entière se refuse de croire »[14].

Conséquences

Des pertes ont été constatées des deux côtés, mais la bataille est considérée comme une victoire néerlandaise[18]. Une partie seulement de l'armée hispano-portugaise débarque, dans le port de Touro, au Brésil, et bien plus tard, le , sous la conduite de Louis Barbalho. Au terme d'une longue marche à travers tout le territoire tenu par les Hollandais, Louis Barbalho remporte de nombreuses victoires avec seulement un millier d'hommes[20],[13].

Le , un renfort de 27 navires et 1 200 hommes, des amiraux Lichtbart et Jol, est envoyé au Brésil par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales avec pour mission de s'emparer de Bahia mais elle se limite à piller les environs[8] car Nassau-Siegen s'y oppose. Malgré sa victoire navale de , la WIC semble ensuite en perte de vitesse militaire dans l’Atlantique à partir de 1640[6].

Les Portugais qui doutent de l'Union ibérique constatent qu'elle n'est plus capable de se défendre: « Les Portugais, excités par les agents de Richelieu, accusent les Espagnols d'impuissance », inquiets car ils « ne peuvent plus conserver les anciens domaines de la couronne portugaise »[14].

Les échecs militaires des années 1639-1640 ont contribué à la disgrâce de l'administration au pouvoir au Portugal[10], qui est renversée en , dans le cadre de la Restauration portugaise installant sur le trône Jean IV. Les Portugais ont décidé de se débarrasser du «joug espagnol»[6], malgré les efforts pour défendre le Brésil[6].

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. ↑ Warnsinck, 1940, p. 146
  2. ↑ Graham Darby, Spain in the Seventeenth Century, Taylor & Francis, 52 p. (ISBN 9781317897712)
  3. ↑ Joyce D. Goodfriend, Revisiting New Netherland Perspectives on Early Dutch America, Brill, , 65 p. (ISBN 9789047407997)
  4. ↑ Warnsinck, 1940, p. 148
  5. ↑ (nl) De gids nieuwe vaderlandsche letteroefeningen · Volume 63, Deel 2, The University of California, G.J.A. Beijerinck, , 209 p. (lire en ligne)
  6. Three Dutch Victories, le 22 août 2017
  7. ↑ Autour de 1640 : politiques et économies atlantiques, compte-rendu de lecture du livre Salvador de Sá and the Struggle for Brazil and Angola, 1602-1686 de l'historien Charles Ralph Boxer, par l'historien Pierre Chaunu, dans la revue Annales en 1954 [1]
  8. Les Hollandais au Brésil par Pieter Marinus Netscher, aux Editions Belinfante frères, en 1849 Lire en ligne.
  9. ↑ Les Monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement. Milieu XVIe siècle - 1714. Synthèse et documents de Jean-Pierre Dedieu, Gilbert Larguier et Jean-Paul Le Flem, aux Presses universitaires de Perpignan Lire en ligne
  10. Jean-Frédéric Schaub, Épilogue. Les deux morts de Diogo Soares In : Le Portugal au temps du comte-duc d'Olivares (1621-1640) : Le conflit de juridictions comme exercice de la politique, Madrid : Casa de Velázquez, 2001 Lire en ligne.
  11. ↑ Gravure d'époque [2]
  12. Rapport officiel du gouverneur hollandais aux États-Généraux, en date du 28 février 1640, conservé aux Archives du Royaume, cité dans le Moniteur des Indes-Orientales et Occidentales, Éditions Belinfante, 1849 Lire en ligne.
  13. Chapters of Brazil's Colonial History 1500-1800 par João Capistrano de Abreu, et Arthur Brakel, en 1998 Lire en ligne.
  14. L'an 1640. Tableau historique, d'après les archives de la Secrétairerie d'État de l'Allemagne et du Nord par le Dr Coremans, dans le Bulletin de la Commission royale d'Histoire en 1847 Lire en ligne.
  15. Le Clerc, p. 200
  16. [PDF] Éphéméride de l'histoire du Brésil.
  17. Le Clerc, p. 201
  18. Marley, p. 128
  19. ↑ Fernández Duro, p. 134
  20. ↑ Le Brésil en 1889, Bibliothèque municipale de Lyon Lire en ligne.
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