Bateau Ma'agan Michael

Bateau Ma'agan Michael exposé au Musée Hecht à Haïfa
Réplique grandeur nature du Ma'agan Michael Ship. Le navire qui a été construit par le Prof. Yaacov Kahanov et une équipe de l'Université de Haïfa, a été lancé en décembre 2016

Le bateau Ma'agan Michael (hébreu : הספינה העתיקה ממעגן מיכאל) est un navire bien conservé du Ve siècle av. J.-C. découvert au large du kibboutz Ma'agan Michael, en Israël, en 1985. Le bateau a été déterré et son bois immergé dans des cuves de conservation à l'Université de Haïfa, où il a subi un processus d'imprégnation au polyéthylène glycol (PEG) chauffé qui a duré sept ans. En , le bateau a été réassemblé et transféré dans une aile dédiée construite au musée Hecht, sur le terrain de l'université. Le bateau a permis aux chercheurs de mieux comprendre les anciennes méthodes de construction navale et l'évolution des ancres.

Découverte et fouille

À l'automne 1985, Ami Eshel, membre de Ma'agan Michael, a découvert l'épave en plongeant au large du kibboutz, à 35 km au sud de Haïfa. À 75 mètres de la côte, Eshel a repéré des rochers non caractéristiques de la côte levantine à côté de tessons de poterie, et a alerté l'Autorité des antiquités d'Israël et le Centre d'études maritimes de l'université de Haïfa. L'exploration préliminaire de l'épave a révélé des poteries datant du Ve siècle av. J.-C. ainsi qu'une grande quantité de bois immergé en excellent état de conservation, ce qui a encouragé la poursuite de l'exploration. En 1987, une équipe de l'université de Haïfa dirigée par Elisha Linder a reçu un permis pour fouiller le site. Ils ont fait appel à Jay Rosloff, un spécialiste des coques de l'Institut d'archéologie nautique de la Texas A&M University[1],[2].

L'épave était recouverte de 1,5 m de sable ; comme elle se trouvait dans des eaux profondes de seulement 1,5 m[3], les excavateurs ont dû faire face à des conditions de travail difficiles causées par les ondes de tempêtes. Le sable dérivait continuellement dans la tranchée d'excavation et la visibilité était médiocre. Une tranchée en fer à cheval creusée autour du site n'a guère apporté d'amélioration, et les conditions étaient rarement suffisamment sûres pour l'équipe et le bois désensablé. Au cours des trois saisons de travail, qui ont totalisé 160 jours, seuls 32 jours ont été consacrés à l'excavation du navire et de son contenu. L'exiguïté du site ne permettait pas à plus de trois paires de plongeurs de travailler sur le navire en même temps[1].

Boîte en forme de violon trouvée sur le bateau

Les excavateurs ont d'abord enlevé le lest du navire, en tirant les pierres vers le rivage sur un traîneau attaché à une camionnette. Le lest s'est révélé être composé de trois groupes lithologiques : métamorphiques, magmatiques et sédimentaires. Le premier, qui représente 65 % du total, est du schiste bleu apparemment originaire d'Eubée[1],[4]. Les roches de gabbro trouvées se sont révélées provenir de la rivière Kouris (en) dans le sud de Chypre[4].

La plus grande partie du bateau a été enfouie suffisamment profondément dans le sable pour être isolée des conditions aérobies qui auraient dégradé le bois et de l'eau de mer et de son effet corrosif sur les métaux. Il a donc été superbement préservé. L'exploration a commencé par la poupe et s'est poursuivie vers l'avant, en n'exposant que de petites parties de la coque au fur et à mesure de l'excavation pour éviter que les vagues n'endommagent l'épave ; cartographies et photographies ont été réalisées à mesure de l'exposition des parties. Plusieurs planches ont dû être sciées ou cassées pour être enlevées, transportées et conservées, d'autant plus qu'une exposition prolongée sous l'eau aurait pu causer des dommages importants[1],[4]. La coque de l'épave mesure 11,15 m de long, avec une longueur totale (bateau complet) estimée à 13,5 m ; et 3,35 m de largeur conservée sur l'épave. Sa masse de déplacement est estimée à 20 tonnes[3], dont plus de 12 tonnes de lest. La quille est constituée d'un seul bois de 25 pieds (7,6 m) de long, 4,5 pouces (11,4 cm) de large et 6,25 pouces (15,9 cm) de haut[1],[4].

La coque a été construite principalement en pin d'Alep, à l'exception des tenons, de leurs chevilles et de la fausse quille qui étaient en chêne de Thabor ou en chêne kermès selon Kahanov et al. 1999, p. 278 – Rosloff 1991 est plus affirmatif : pour lui c'est du chêne kermès.

Le bois ne présente aucun signe de dommages causés par les tarets ni d'usure caractéristique d'un usage prolongé, ce qui a conduit les excavateurs à penser que le navire a pu couler lors de son voyage inaugural ou peu de temps après[1],[4].

Parmi les objets retrouvés dans l'épave figurent une boîte en bois d'olivier en forme de cœur ou de feuille, dotée d'un couvercle pivotant, et deux boîtes en forme de violon. Toutes ces boîtes étaient probablement utilisées pour des cosmétiques ou des bijoux. On a également trouvé une collection d'outils pour le travail du bois, un grand nombre de gournables et de tenons, ainsi qu'une pierre à aiguiser. Soixante-dix récipients en poterie, dont beaucoup étaient complets, ont été trouvés dans l'épave. Il s'agit de cruches, d'assiettes, de lampes, d'une marmite, d'un pot à eau, de plusieurs jarres de stockage, d'amphores décorées, de cruches miniatures et d'objets à glaçure noire. La plupart sont attribués à Chypre, mais certains pourraient provenir de Grèce ou de la côte palestinienne[4]},[5]. L'épave contenait également des restes de nourriture, notamment du raisin, des figues, des olives et de l'orge. Ils semblent provenir de l'est de la Méditerranée, très probablement du sud-ouest de la Turquie et des îles adjacentes, et indiquent que le bateau a coulé pendant l'été[1],[4]. D'autres matériaux organiques comprennent un panier tressé et une grande quantité de corde[2]. Les clous en cuivre utilisés pour la construction du bateau se sont révélés être faits de cuivre extrait dans le nord-ouest de Chypre[4].

Ancre du navire, avec son jas perpendiculaire à la tige

Datant d'une époque où l'activité maritime phénicienne était à son apogée, le bateau a d'abord été considéré comme phénicien[1]. Au vu de sa construction et de son contenu, il a ensuite été jugé plus probable qu'il soit chypriote, peut-être lié à un centre chypriote situé à proximité de Dor[5],[6].

Ancre

L'ancre a été découverte à l'avant tribord du navire[1]. Mesurant 1,89 m de longueur, elle a été façonnée d'une seule pièce dans du chêne kermès, en utilisant un départ de branche pour la patte (la partie qui s'enfonce dans le sol marin) ; la verge ("tige" entre l'organeau – où s'attache la chaîne ou la corde – et la patte) a un diamètre de 8 cm. Son jas (pièce transversale croisant la verge) est lui aussi taillé d'une seule pièce, donnant une longueur de 1,55 m pour 14 cm de large et 11 cm d'épaisseur ; ses bras ont été remplis de plomb. Le bois de l'ancre est le même que celui des tenons, ce qui suggère que les mêmes menuisiers ou charpentiers ont travaillé le bateau et son ancre. Une dent en cuivre s'est presque entièrement corrodée[7].

Deux cordages (orins) y étaient encore attachés, mais trop fragiles pour avoir pu les conserver. L'un, de 20 mm de section, était étroitement enroulé autour du diamant (intersection entre la patte et la verge) – ce qui sert à faire déraper l'ancre, c'est-à-dire à la décrocher du fond dans lequel elle est enfoncée. L'autre cordage, de 40 mm de section, passait dans le trou rectangulaire de 85 x 40 cm à l'extrémité de la verge, pour relever l'ancre[7].

Importance

La découverte de ce navire a permis aux chercheurs de mieux comprendre l'évolution de la construction navale dans l'Antiquité. Le navire présente de nombreuses similitudes avec d'autres navires anciens tels que l'épave de Kyrénia, mais aussi d'importantes différences en termes de taille, de méthodes et de matériaux de construction, et de lest[1]. En plus d'offrir des indices sur l'évolution des ancres, l'ancre de Ma'agan Michael est également la première ancre ancienne complète en bois à un seul bras jamais découverte. Bien qu'absente des sources iconographiques et littéraires, l'archéologue maritime Gerhard Käpitan en avait déjà suggéré l'existence dans les années 1970. La découverte confirme non seulement l'existence de cette variété, mais aussi qu'elle n'était ni rudimentaire ni réservée aux petites embarcations[7].

Navire, ancre et ballast exposés

Conservation et exposition

Toutes les découvertes et tous les éléments du navire récupérés en mer ont été immédiatement placés dans des réservoirs d'eau douce. Ensuite, le bois a été transféré dans des réservoirs de préservation permanente à l'université de Haïfa, où il a subi un processus d'imprégnation de sept ans par du polyéthylène glycol chauffé (PEG) afin d'améliorer la stabilité dimensionnelle en remplaçant l'eau dans les cellules[1],[4]. Cette phase s’est achevée en 1996, le bois a été laissé à sécher jusqu'en , date à laquelle il a été transféré dans une aile dédiée construite au musée Hecht, sur le site de l'université. Le bateau réassemblé est actuellement exposé avec des pièces sélectionnées telles que l'ancre, des cordes, des outils de travail du bois, des boîtes ornementales en bois et des poteries provenant de l'épave[8],[9].

Réplique

Le , une réplique du bateau a été mise à l'eau dans la baie de Haïfa par l'Université de Haïfa et l'Autorité des antiquités d'Israël[10].

La réplique de l'ancien navire des chantiers navals d'Israël est soulevée pour sa mise à l'eau

Références

  1. Linder 1992.
  2. (en) « The Ma'agan Mikha'el Shipwreck »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), sur antiquities.org.il, Israel Antiquities Authority (consulté en ).
  3. Kahanov et al. 1999, p. 277.
  4. Shalev et al. 1999.
  5. Lyon 1993.
  6. (en) Christopher Monroe, « The Ma'agan Michael Ship: The Recovery of a 2400-Year-Old Merchantman » (Final Report, vol. I - Review), Journal of the American Oriental Society, vol. 125, no 3,‎ , p. 443–445.
  7. Rosloff 1991.
  8. (en) « The Ma'agan Mikha'el Ancient Ship Museum », Israel Antiquities Authority (consulté en ).
  9. (en) « Ma'agan Mikhael Ship Wing », University of Haifa (version du sur Internet Archive).
  10. (en-US) « Replica of Ma'agan Michael ship sails again »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), sur israel21c.org, (consulté en ).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • [Kahanov et al. 1999] (en) Yaacov Kahanov, Chris Doherty et Sariel Shalev, « The metal nails from the Ma'agan Mikhael ship » (technical communication), The International Journal of Nautical Archaeology, vol. 28, no 3,‎ , p. 277-288 (lire en ligne).
  • [Linder 1992] (en) Elisha Linder, « Excavating an Ancient Merchantman », Biblical Archaeology Review, Biblical Archaeology Society, vol. 18, no 6,‎ , p. 24–35.
  • [Lyon 1993] (en) Jerry Dean Lyon, The Pottery from a Fifth Century B.C. Shipwreck at Ma'agan Michael, Israel (thèse de Master), Texas A&M University, (lire en ligne).
  • [Rosloff 1991] (en) Jay P. Rosloff, « A one-armed anchor of c. 400 BCE from the Ma'agan Michael vessel, Israel. A preliminary report », The International Journal of Nautical Archaeology, vol. 20, no 3,‎ , p. 223–226 (DOI 10.1111/j.1095-9270.1991.tb00315.x).
  • [Shalev et al. 1999] (en) Sariel Shalev, Yaacov Kahanov et Chris Doherty, « Nails from a 2,400 year old shipwreck: A study of copper in a marine archaeological environment », Journal of the Minerals, Metals and Materials Society (JOM), Springer Boston, vol. 51, no 2,‎ , p. 14–17 (ISSN 1047-4838, DOI 10.1007/s11837-999-0205-5, Bibcode 1999JOM....51b..14S, S2CID 137132146, lire en ligne).

Liens externes

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