Bernard d'Arros

Bernard d’Arros
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Feudataire, capitaine, chef militaire
Autres informations
Conflits
Guerres de religion au Pays basque (d)
Guerres de Religion en France

Bernard d'Arros est un seigneur béarnais qui combattit dans les troupes protestantes de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, pendant les guerres de Religion. Il constitue l’un des principaux acteurs de la résistance béarnaise et protestante face aux ambitions religieuses et territoriales de la monarchie française.

Famille

La famille d'Arros, originaire du petit village d'Arros-de-Nay, à 3 km de Nay (Pyrénées-Atlantiques), détenait l'une des douze grandes baronnies du Béarn. Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, la famille a fourni à chaque génération des serviteurs au royaume de France.

Biographie

Baron protestant du Béarn, Bernard d'Arros fut lieutenant-général du royaume de Navarre et souveraineté de Béarn. Jeanne d'Albret le chargea de s'opposer aux projets militaires du roi de France Henri II, puis de son fils Charles IX, contre ses États.

Par lettres patentes du , données à Nérac, la reine Jeanne d’Albret nomme Bernard d’Arros lieutenant-général de Navarre et de Béarn. Cette charge fait de lui le principal représentant de l’autorité souveraine en l’absence de la reine. Plusieurs auteurs le qualifient également de vice-roi de Navarre ou de gouverneur de Béarn, tant l’étendue de ses pouvoirs est large.

La nomination s’inscrit dans un contexte de danger immédiat pour la dynastie navarraise. Jeanne d’Albret et son fils Henri de Navarre sont menacés par les troupes catholiques et espagnoles, certains projets visant même à enlever les enfants de la reine. Après un premier arrêt à Nérac, ils quittent le Béarn pour La Rochelle, où ils arrivent le .

Bernard d’Arros reçoit alors pour mission de défendre militairement et politiquement les États de Navarre et de Béarn, et de s’opposer aux projets du roi de France Charles IX et de ses représentants. Dans ce cadre, il arme le pays, organise des revues, fait détruire le pont du Gave à Bérenx afin de bloquer toute invasion, préside les États de Béarn à Pau, et fait voter des levées de troupes, des subsides exceptionnels ainsi que le ravitaillement de la place forte de Navarrenx.

Toutefois, le baron d’Arros est mal soutenu par le Conseil souverain du Béarn et perd une partie de ses appuis politiques. Face à l’avancée des troupes catholiques, de nombreuses villes, dont Orthez, Sauveterre, Nay, Arzac et Pau, ouvrent leurs portes sans combattre. L’invasion s’accompagne de pillages, violences et massacres dans plusieurs de ces localités. Contraint de se replier dans Navarrenx, Bernard d’Arros s’y enferme avec son armée. Le siège débute le et est conduit par Jean de Lomagne, vicomte de Terride, gouverneur royal du Béarn[1]. L’armée assiégeante dispose de 20 canons, répartis autour de la place, et mène un bombardement intensif. Ainsi selon l'historiographe Nicolas de Bordenave, 1 777 coups de canon sont tirés au cours du siège.

Malgré cela, les assiégés résistent plusieurs mois avant d'être secourus le , par l’arrivée de l’armée protestante de Gabriel de Montgommery qui force les troupes royales à la retraite. Réfugiées à la hâte à Orthez, celles-ci capitulent rapidement.

Durant l’été 1570, Bernard d’Arros mène plusieurs offensives en Soule et en Basse-Navarre, sans obtenir de résultats décisifs. À l’automne 1571, le retour de Jeanne d’Albret en Béarn entraîne une mise en sommeil de sa lieutenance générale. En , lors du départ de la reine pour la cour de France, celle-ci ne lui est pas réattribuée, la représentation de la souveraine revenant alors à son fils Henri de Navarre, en raison de son rang supérieur. Bernard d’Arros devient dès lors l’un des principaux membres de l’entourage du prince, alors nouveau lieutenant général. Ce n’est que le , cinq jours après la mort de Jeanne d’Albret, que le nouveau roi de Navarre réactive la lieutenance générale du baron par lettres adressées à celui-ci et au Conseil souverain du royaume.

Cependant, après la Saint-Barthélemy et la conversion forcée d’Henri de Navarre[2], Antoine d’Aure, comte de Gramont, est nommé lieutenant-général par le roi de Navarre afin de rétablir le catholicisme dans ses terres. Bernard d’Arros, officiellement non révoqué de sa charge, s’oppose ouvertement à cette politique.

Le , il attaque et capture le comte de Gramont à Hagetmau, massacre une partie de son escorte et l’emprisonne à Oloron. Cette action, justifiée par d’Arros comme relevant de son devoir de représentant de l’autorité souveraine absente, contribue à préserver l’État béarnais et protestant. En , une capitulation conclue entre d’Arros et le comte de Gramont met fin au conflit. Le baron conserve sa charge et bénéficie d’une impunité juridique totale[3].

Bernard d’Arros est remplacé comme lieutenant-général le , officiellement pour raisons d’âge et de santé. Il ne reçoit toutefois son acquit de charge qu’en , par lettres patentes d’Henri de Navarre. Il demeure ensuite membre influent du Conseil privé et conseiller écouté, notamment sous la régence de Catherine de Bourbon.

Bernard d'Arros mourut vers 1579[4].

Notes et références

  1. Eugène Haag, Émile Haag. La France protestante. Bureaux de la Publications, 1846, p. 132-136.
  2. Benoît, Robert. « Henri de Navarre : un itinéraire religieux chaotique ». L’Edit de Nantes (1598), la France et l’Europe, édité par Alain Joblin, Artois Presses Université, 1998.
  3. Dénes Harai, Les lieutenants généraux de Jeanne d’Albret et d’Henri de Navarre (1564-1576). Philippe Chareyre; Álvaro Adot Lerga; Dénes Harai. Les alter ego des souverains. Vice-rois et lieutenants généraux en Europe et dans les Amériques XVe – XVIIe siècle. Presses universitaires de Pau et des Pays de l’Adour (PUPPA), 2021, p. 363-393.
  4. Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, tome 1, Ch. Delagrave, 1876, p. 148

Articles connexes

  • icône décorative Portail de la Renaissance
  • icône décorative Portail des Pyrénées-Atlantiques