Biais de normalité
Le biais de normalité est un biais cognitif qui conduit les individus à sous-estimer, minimiser voire nier la probabilité, la gravité ou la réalité d'un événement inhabituel, extrême ou catastrophique, en supposant que les choses continueront à se dérouler comme d'habitude. Il repose sur l'idée implicite que le futur ressemblera toujours au passé, que les perturbations majeures sont peu probables ou transitoires, ou qu'elles n'arrivent qu'aux autres. Ce biais affecte la perception des risques naturels, technologiques ou financiers, ainsi que la prise de décision en situation d'urgence ou la préparation face à des menaces telles que les catastrophes naturelles, les pandémies, les conflits ou les crises climatiques. Il peut conduire des personnes informées à ignorer des avertissements relatifs à un danger[1].
Ce biais est particulièrement documenté en psychologie sociale, en sociologie des catastrophes et en gestion des risques. Lors d'une alerte à l'évacuation (ex. : incendie), certaines personnes tendent à ignorer les consignes en pensant que « ce n'est rien » ou que « cela ne m'arrivera pas », retardant ainsi leur réaction[2]. Il est estimé qu'environ 70 % des personnes manifestent un biais de normalité lors d'une catastrophe[3],[4],[5],[6],[7].
Le biais de normalité peut être renforcé par des facteurs culturels, émotionnels ou institutionnels. Il est combattu par des stratégies de sensibilisation, de formation ou de simulation visant à rendre les risques plus tangibles (ex. : exercices sismiques au Japon). Il peut surgir en réponse à des alertes ou face à une catastrophe avérée (effondrement financier, guerre, catastrophe naturelle, accident de la route). Il est parfois décrit comme une « paralysie des facultés d'analyse » (analysis paralysis), le « effet autruche » (ostrich effect)[8], ou une « panique négative » (negative panic)[9].
Le comportement opposé est la surréaction, ou biais du scénario du pire (worst-case scenario bias), qui consiste à interpréter de légères anomalies comme les signes d'une catastrophe imminente[10],[11], qui consiste à voir de légères variations par rapport à la routine comme les indices d'une catastrophe imminente.
Exemples

D'après le journaliste David McRaney, « le biais de normalité peut s'imposer au cerveau quelle que soit la gravité du problème. Il apparaît aussi bien quand une personne a reçu de nombreux avertissements pendant des jours que si on n'a que quelques secondes pour réagir à un danger de mort »[9]. Il se manifeste lors d'évènements comme les accidents de la route : bien que ces accidents soient très fréquents, une personne normale ne les vit que très rarement. Ce biais se produit aussi face à des évènements d'une portée mondiale. D'après une étude menée en 2001 par le sociologue Thomas Drabek, les gens qui reçoivent un ordre d'évacuation en amont d'une catastrophe ont tendance, dans la majorité des cas, à se renseigner avec au moins quatre sources d'information avant d'obtempérer. Cette attitude est courante lors des catastrophes[12].
Le biais de normalité explique pourquoi, au moment de l'éruption du Vésuve, les habitants de Pompéi ont assisté à la catastrophe sans évacuer[13]. Ce biais s'est également manifesté lorsque des personnes ont refusé de quitter la Nouvelle-Orléans à l'approche de l'ouragan Katrina[14] et quand 70 % des survivants des attentats du 11 septembre ont discuté avec autrui avant de fuir[12]. Lors du naufrage du Titanic, la White Star Line n'avait pas correctement anticipé l'évacuation des passagers ; certains d'entre eux ont refusé d'évacuer, peut-être parce qu'ils sous-estimaient la probabilité d'un scénario du pire et minimisaient les conséquences[15]. De même, pendant la catastrophe de Fukushima, les experts en liaison avec le personnel sur place étaient convaincus qu'une fusion de plusieurs réacteurs était un scénario impossible[16].
Références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Normalcy bias » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Thomas E. Drabek, Human system responses to disaster : an inventory of sociological findings, New York, Springer Verlag, (ISBN 978-1-4612-4960-3, OCLC 852789578), p. 72 :
.« The initial response to a disaster warning is disbelief. »
- ↑ (en) Haim Omer et Nahman Alon, « The continuity principle: A unified approach to disaster and trauma », American Journal of Community Psychology, vol. 22, no 2, , p. 275-276 (PMID 7977181, DOI 10.1007/BF02506866, S2CID 21140114) :
.« … normalcy bias consists in underestimating the probability of disaster, or the disruption involved in it … »
- ↑ (en-US) Esther Inglis-Arkell, « The frozen calm of normalcy bias », sur Gizmodo, (consulté le ).
- ↑ (en) Haim Omer et Nahman Alon, « The continuity principle: A unified approach to disaster and trauma », American Journal of Community Psychology, vol. 22, no 2, , p. 273-287 (ISSN 0091-0562 et 1573-2770, DOI 10.1007/BF02506866, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Iware Matsuda, « Loss of human lives induced by the Cyclone of 29–30 April, 1991 in Bangladesh », GeoJournal, vol. 31, no 4, , p. 319-325 (ISSN 0343-2521 et 1572-9893, DOI 10.1007/BF00812781, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Horlick-Jones, T., Amendola, A., & Casale, R. (Eds.). (1995). Natural risk and civil protection (Vol. 16050). CRC Press.
- ↑ [[Amanda Ripley (en)|Amanda Ripley]], « How to Get Out Alive », TIME Magazine, vol. 165, no 18, , p. 58-62 (PMID 16128022, lire en ligne).
- ↑ Wyne Ince, Thoughts of Life and Time, Wyne Ince, (ISBN 978-1-973727-15-6), p. 122.
- David McRaney, You Are Not So Smart, Gotham Books, (ISBN 978-1-59240-736-1), p. 54.
- ↑ Schneier, Bruce. "Worst-case thinking makes us nuts, not safe", CNN, May 12, 2010 (retrieved April 18, 2014); reprinted in Schneier on Security, May 13, 2010 (retrieved April 18, 2014)
- ↑ Evans, Dylan. "Nightmare Scenario: The Fallacy of Worst-Case Thinking", Risk Management, April 2, 2012 (retrieved April 18, 2014); from Risk Intelligence: How To Live With Uncertainty, by Dylan Evans, Free Press/Simon & Schuster, Inc., 2012; (ISBN 9781451610901).
- [[Amanda Ripley (en)|Amanda Ripley]], « How to Get Out Alive », TIME Magazine, vol. 165, no 18, , p. 58-62 (PMID 16128022, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Vaz Estelita, Cristina Joanaz de Melo et Lígia Costa Pinto, Environmental History in the Making, Springer Publishing, (ISBN 978-3-319-41085-2, lire en ligne).
- ↑ Todd Strandberg, « The Normalcy Bias and Bible Prophecy », Prophezine (consulté le ).
- ↑ Bryce Hoffman, Red Teaming: How Your Business Can Conquer the Competition by Challenging Everything, Crown Publishing, (ISBN 978-1-101-90597-5, lire en ligne), p. 80.
- ↑ William Saito, « What Fukushima Disaster Taught Me About Risk Management In Cybersecurity », Forbes, (lire en ligne, consulté le ).
Articles connexes
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