Bibliothèque d'Assurbanipal

Tablette d'un extrait du récit de l'Épopée de Gilgamesh, trouvée à la Bibliothèque d'Assurbanipal.

La Bibliothèque royale d'Assurbanipal, qui porte le nom d'Assurbanipal (668-627) – le dernier grand roi de l'Assyrie antique –, est une collection de près de vingt-cinq mille tablettes d'argile (la plupart fragmentées) et de fragments contenant toutes sortes de textes du VIIe siècle av. J.-C., principalement rédigés en akkadien cunéiforme.

Ces textes littéraires et savants ont été retrouvés dans les ruines des palais de la Ville Haute de l'ancienne capitale assyrienne, Ninive (aujourd'hui site de Kuyunjik) en Mésopotamie du nord. La plus grande partie de ceux-ci provenant de la collection personnelle du roi Assurbanipal, l'ensemble du corpus lui a été attribué, mais en fait ces textes constituent un tout disparate, car ils proviennent d'endroits différents du même site. Le site archéologique se trouve en Irak moderne.

Cette collection est d'une valeur inestimable car elle représente le fonds de textes littéraires le plus important de la civilisation mésopotamienne. À cause d'un traitement peu soigné du British Museum, une partie importante de la bibliothèque est irréparablement mélangée, empêchant les experts de discerner et reconstruire de nombreux textes authentiques, bien que certains soient restés intacts.

Fonds

L'ensemble des tablettes littéraires et savantes mises au jour à Ninive est souvent regroupé sous le terme de « bibliothèque d'Assurbanipal », ce souverain ayant été très actif dans la constitution de cette collection. Mais il ne s'agit en fait pas d'une seule et même bibliothèque. Bien que l'origine des textes soit mal recensée car on ne prenait pas la peine de répertorier les lieux de découverte ni les tablettes lors des premières campagnes de fouilles qui furent les plus fructueuses, il est possible d'identifier vaguement quelques importants groupes de textes :

  • un premier dans le palais sud-ouest ;
  • un deuxième dans le palais nord, les colophons des tablettes de ces collections mentionnant seulement leur appartenance au « palais d'Assurbanipal[1] » ;
  • un troisième dans le temple de Nabû, dieu des lettres, certains textes révélant qu'il disposait d'un lot de tablettes qui est d'ailleurs le seul explicitement qualifié de « bibliothèque » (girginakku), mais n'a cependant pu être repérée par les fouilles[2].

Types de textes

Les textes réunis dans ces fonds ont plutôt pour finalité d'assurer la protection du souverain contre les forces surnaturelles. La grande majorité est donc de nature religieuse et rituelle[3]. Il a ainsi été évalué qu'il y avait environ 25 % de textes divinatoires, 20 % de tablettes de rituels, incantation et prières, et 20 % de listes lexicales. Les textes mythologiques ne sont qu'une très maigre portion du tout, marginale, à peine une quarantaine de tablettes[4].

Constitution

Pour constituer ces fonds de tablettes, des confiscations de tablettes dans des bibliothèques de Babylonie ou même d'Assyrie furent ordonnées ; d'autres fois, les tablettes furent simplement copiées[4].

Découverte et analyse scientifique

Au cours des âges, l'ancienne capitale d'Assurbanipal tombe en ruines sous les coups des Mèdes et des Babyloniens. La bibliothèque n'est pas pillée, comme il arrive normalement dans de telles circonstances, mais se trouve ensevelie sous les ruines des palais royaux où elle avait été répartie.

L'archéologue anglais Austen Henry Layard en découvre la plus grande partie en 1849 sous les ruines du palais du nord-ouest, au bord du Tigre. L'acolyte de Layard, Hormuzd Rassam, découvre la seconde partie, trois ans plus tard, dans la partie opposée du palais. L'ensemble des pièces découvertes est déposé au British Museum, permettant ainsi aux savants du monde entier de les étudier « de première main ». En effet, la civilisation assyrienne n'était connue auparavant que par les textes d'Hérodote et d'autres historiens grecs qui avaient disposé de sources perses.

Ces découvertes font donc sensation dans le monde de l'archéologie et de l'histoire antique, d'autant plus lorsque l'on découvre le texte littéraire le plus ancien du monde à ce jour, L'Épopée de Gilgamesh qui est traduite par George Smith. Le récit du Déluge est comparable à celui de l'Ancien Testament.

Cependant, les deux collections des tablettes d'argile ont été réparties indifféremment dans une salle forte commune du British Museum, si bien qu'il est aujourd'hui presque impossible de connaître leur origine et d'étudier correctement la continuité de certains textes. Les savants continuent aujourd'hui à en étudier et traduire les textes.

Les tablettes qui sont présentées au public du British Museum le sont dans la salle no 55.

Il existe un projet de musée en Irak qui, grâce à l'aide britannique, présenterait les reproductions des tablettes au public irakien.

Depuis 2002, le British Museum pilote un projet de numérisation[5] en coopération notamment avec l'Université de Mossoul qui doit permettre progressivement d'en étendre l'accès et de faciliter la compréhension des textes des tablettes[6].

Illustrations

Notes et références

  1. ↑ Charpin 2008, p. 205-206.
  2. ↑ Charpin 2008, p. 205 et 212-213.
  3. ↑ Charpin 2008, p. 206-207.
  4. Charpin 2008, p. 207-212.
  5. ↑ (en-GB) « Ashurbanipal Library Phase 1 », sur British Museum (consulté le )
  6. ↑ (en) Jeanette C. Fincke, « The British Museum's Ashurbanipal Library Project », Iraq, vol. 66,‎ , p. 55 (DOI 10.2307/4200559, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Julian Reade, « Archaeology and the Kuyunjik Archives », dans Klaas R. Veenhof (dir.), Cuneiform Archives and Libraries, Leyde, , p. 213-222
  • Dominique Charpin, Lire et écrire à Babylone, Paris, Presses universitaires de France, , p. 201-215
  • (en) Eckart Frahm, « Keeping Company with Men of Learning: the King as Scholar », dans Karen Radner et Eleanor Robson (dir.), The Oxford Handbook of Cuneiform Culture, Oxford, Oxford University Press, , p. 508-532
  • (en) Jeanette C. Fincke, « Assyrian Scholarship and Scribal Culture in Kalḫu and Nineveh », dans Eckart Frahm (dir.), A Companion to Assyria, Malden, Wiley-Blackwell, , p. 378-397
  • (en) Eleanor Robson, « Assurbanipal's Library », sur Knowledge and Power, Higher Education Academy, 2024 (2017).

Liens externes

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