Bidonville de Nanterre

Bidonville de Nanterre, Jean Pottier, .

Le bidonville de Nanterre, parfois appelé les bidonvilles de Nanterre ou le petit Nanterre est un ancien ensemble de bidonvilles situés à Nanterre et ayant existé de à dans lequel vivaient plus de 10 000 personnes venues majoritairement d'Algérie, mais aussi du Maroc et du Portugal.

Histoire

Le premier bidonville de Nanterre voit le jour en [1]. Les premiers bidonvilles sont essentiellement peuplés de travailleurs venus d'Algérie[2],[3]. Afin de dégager des terrains pour la construction d'HLM et lutter contre le développement du sentiment nationaliste algérien, en pleine guerre d'Algérie, l'État français décide de la délocalisation de 200 familles hors des bidonvilles vers des cités de transit et des HLM de Nanterre et des environs.

Le , des centaines d'Algériens partent du bidonville à l'appel du FLN pour se rendre à une manifestation qui sera réprimée dans le sang, donnant à ce bidonville une visibilité auprès de la population française[3].

À partir des années , des personnes venues du Maroc, du Portugal, et un peu d'Italie, rejoignent celles de la diaspora algérienne[2].

Dans une optique de contrôle de la population, les bidonvilles sont détruits et les habitants délogés de force vers des cités de transit[3]. Le dernier bidonville de Nanterre ferme en [1].

Urbanisme

Pour l'architecte Serge Santelli, l'organisation de ces bidonvilles reprend, avec de faibles moyens, les organisations spatiales des médinas maghrébines, avec des maisons organisées autour d'une cour, région d'où sont originaires les habitants[3].

Quartiers

Bidonville des Pâquerettes

Chapelle Sainte-Catherine-de-Sienne de Nanterre en .

Des prêtres-ouvriers y furent affectés[4]. Le père André Bauger y avait aménagé une maison-chapelle dans un ancien baraquement militaire[5].

La chapelle Sainte-Catherine-de-Sienne de Nanterre est le seul vestige de ce bidonville[6] ; édifiée sous la direction de l'Association diocésaine de Paris, elle est inaugurée le et agrandie en [7].

Bidonville de la Folie

Ce bidonville est, à partir de la fin des années , un lieu de vie insalubre d'une population algérienne immigrée dans l'attente d'un logement social, et un lieu important de la mémoire des migrants coloniaux durant la guerre d'Algérie en France[8]. Il regroupe environ 300 familles qui y vivront pour certaines plus de dix ans, et, contrairement à d'autres bidonvilles, ne bénéficie d'aucun aménagement public (accès à l'eau, assainissement, électricité...)[8].

Représentations dans la culture et au cinéma

Le bidonville de Nanterre est évoqué par Michel Delpech dans sa chanson Inventaire 66.

On aperçoit des plans du bidonville dans une scène du film documentaire Le Joli Mai de Chris Marker ()[9].

Dans son court métrage documentaire L'amour existe (), Maurice Pialat filme la banlieue parisienne sur la musique de Georges Delerue. Plusieurs scènes se déroulent dans les bidonvilles de Nanterre[10].

Une grande partie du film Hors-la-loi () de Rachid Bouchareb se déroule dans les bidonvilles de Nanterre.

Références

  1. François Legris, « Les bidonvilles de Nanterre : Difficile réhabilitation des logements précaires construits pour les immigrés maghrébins dans les années 50-70 », Dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale, sur base.d-p-h.info, (version du sur Internet Archive).
  2. Cohen 2011.
  3. AFP, « Il y a 60 ans, l'histoire oubliée des bidonvilles de Nanterre : des petites médinas aux portes de Paris », Geo, (consulté le ).
  4. Charles Suaud et Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers : une double fidélité mise à l'épreuve, -, Paris, Karthala, coll. « Signes des temps », , 597 p. (ISBN 2-84586-512-0), p. 569 [lire en ligne].
  5. Robert Cornaille (Société d'histoire de Nanterre), « La rue des Pâquerettes, autrefois chemin de Colombes », Nanterre Info,‎ , p. 38–39 (lire en ligne [PDF]).
  6. Brahim Benaïcha, Claude Deleplanque, Michèle Grenot, Monique Rodary et Bruno Tardieu, « Lieu de mémoire », sur editionsquartmonde.org, Revue Quart monde, ATD Quart monde, no 155, (version du sur Internet Archive).
  7. Catherine Boulmer, « Église paroissiale Sainte-Catherine-de-Sienne », pour l'Inventaire général du patrimoine culturel, 1990, dans la base Mérimée, ministère de la Culture, notice no IA00070517 [dossier d'origine numérisé].
  8. Cohen 2010.
  9. Silm63, « De l'engagement à la dénonciation, Monique Hervo : Chroniques du bidonville. Nanterre en guerre d'Algérie - », L'influx, Bibliothèque municipale de Lyon, (consulté le ).
  10. « L'amour existe, Maurice Pialat. . 19min. », sur Les Mystères de Paname, (version du sur Internet Archive).

Bibliographie

  • Brahim Benaïcha, Vivre au paradis : d'une oasis à un bidonville, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Épi-habiter », , 304 p. (ISBN 2-220-03283-3) ; rééd. (ISBN 2-220-04444-0).
  • Muriel Cohen, « Une histoire sans lieu de mémoire : les bidonvilles de Nanterre », Diasporas : Histoire et sociétés, Laboratoire Diasporas (UMR 5057, Université Toulouse-Le Mirail / CNRS, no 17 « Mémoires de quartiers »,‎ , p. 42–62 (ISBN 978-2-8107-0163-6, lire en ligne, consulté le ).
  • Muriel Cohen, « Bidonvilles de Nanterre : une destruction en trompe-l'oeil », Plein droit, GISTI, vol. 88, no 1,‎ , p. 32–36 (ISSN 0987-3260 et 2262-5135, DOI 10.3917/pld.088.0032, lire en ligne, consulté le ).
  • Muriel Cohen, « La guerre dans les bidonvilles de Nanterre », dans Abderrahmane Bouchène (dir.), Jean-Pierre Peyroulou (dir.), Ouanassa Siari Tengour (dir.) et Sylvie Thénault (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale : -, Paris, La Découverte, coll. « Poche / Essais », (1re éd. 2012), 717 p. (ISBN 978-2-7071-7837-4), p. 582–586 [DOI 10.3917/dec.bouch.2013.01.0582] [lire en ligne].
  • Margot Delon, « Faire mémoire(s) de lieux disparus : Le cas des bidonvilles et cités de transit de Nanterre », Ethnologie française, vol. 44, no 2,‎ , p. 341–353 (ISBN 978-2-13-062892-7, DOI 10.3917/ethn.142.0341).
  • Victor Collet, Nanterre, du bidonville à la cité, Marseille, Agone, coll. « Mémoiresociales », , 433 p. (ISBN 978-2-7489-0383-6 et 978-2-7489-0384-3, lire en ligne).
  • Monique Hervo (préf. François Maspero), Nanterre en guerre d'Algérie : chroniques du bidonville -, Paris, Actes Sud, coll. « L'Épreuve des faits », , 260 p.-8 p. de pl. (ISBN 2-02-050849-4) ; rééd. coll. « Actes Sud BD », , 249 p. (ISBN 978-2-330-01285-4).
  • Laurent Maffre, Demain, demain : Nanterre, bidonville de La Folie, -, Arles / Issy-les-Moulineaux, Actes Sud / Arte, coll. « Actes Sud BD », , 224 p. (ISBN 978-2-330-00622-8).
  • Jean Pottier, « Photos du bidonville de la rue la Garenne », Bulletin de la société d'histoire de Nanterre, no 61,‎ .
  • Serge Santelli et Isabelle Herpin, « La rue des Prés : Habiter un bidonville à Nanterre », Bulletin de la société d'histoire de Nanterre, no 58,‎ (présentation en ligne).
  • Abdelmalek Sayad (avec la collab. d'Éliane Dupuy), Un Nanterre algérien : terre de bidonvilles, Paris, Autrement, coll. « Série Monde / Français d'ailleurs, peuple d'ici » (no hors série 85), , 124 p. (ISBN 2-86260-541-7).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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