Blanc honoraire

Blanc honoraire (en anglais : Honorary whites) est un statut racial dérogatoire aux lois de l'Apartheid utilisé entre les années 1960 et le début des années 1990 en Afrique du Sud pour accorder les droits, réservés légalement aux seuls Blancs, à des personnes ou des groupes de populations qui, autrement, auraient été classées comme non-blancs, en vertu de la loi sur l'enregistrement de la population (Population Registration Act). Ces droits ou privilèges permettent de ne pas subir en particulier les restrictions du Group Areas Act et comprennent notamment les accès aux logements et aux lieux publics.

Cette dérogation était d'abord accordée individuellement, son objectif principal étant de sélectionner des individus dans des contextes spécifiques, notamment lors d'événements sportifs internationaux ou d'échanges diplomatiques (diplomates du Malawi). Le terme fut également appliqué, à partir des années 1960 et (années 1970) aux Asiatiques dans leur ensemble (Japonais, Taïwanais, Coréens, Hongkongais, puis plus tard la communauté chinoise locale d'Afrique du Sud), qui furent considérés comme « Blancs honoraires ».

Japonais

En 1913, la loi sud-africaine n° 22 sur la régulation de l’admission des personnes dans l’Union (« Admission of Persons to the Union Regulation Act no. 22 ») constitue d'abord un obstacle aux relations commerciales entre l’Afrique du Sud et le Japon. Cette loi sur l’immigration interdisait l’entrée de tous les Asiatiques, y compris les Japonais[1]. Cependant, à partir des années 1920, les japonais trouvèrent en Daniel François Malan, futur premier ministre, un soutien inébranlable au motif que ce dernier considérait le Japon d’une importance vitale pour l’Afrique du Sud pour contrer l’influence du communisme. En 1930, il réussit ainsi à convaincre le gouvernement Hertzog, dont il était membre, d’exclure les Japonais du périmètre de la loi de 1913[2]. Il obtint ensuite avec succès que les Japonais soient exemptés de la loi interdisant la vente et la consommation d'alcool aux Asiatiques au sein de l’Union[3]. En tant que Premier ministre de l’Union d’Afrique du Sud de 1948 à 1954, D. F. Malan posa les bases de l’apartheid en mettant en œuvre une politique ségrégationniste. Dans le même temps, il renforça les relations commerciales entre le Japon et l’Afrique du Sud[2].

En 1961, alors qu'Hendrik Verwoerd est premier ministre de l’Union d’Afrique du Sud, l’établissement d’un gouvernement républicain s’accompagne de l’ouverture d’une antenne de la JETRO (Organisation japonaise du commerce extérieur) à Johannesburg[4].

Hendrik Verwoerd.

Les Japonais (les Yamato) sont les principaux bénéficiaires du statut de blanc honoraire qui leur est accordé. Cela fait suite à un accord commercial important signé dans les années 1960, par lequel Yawata Iron & Steel Co (aujourd'hui Nippon Steel) s'engage à acheter en Afrique du Sud 5 millions de tonnes de fonte brute par an, pendant 10 ans. Un accord aussi important implique des visites régulières de cadres japonais dans le pays, le premier ministre Hendrik Verwoerd estime qu'il est peu commercial de les soumettre aux mêmes restrictions que les autres gens de couleur.

Dès lors, le titre de blanc honoraire accordé à tous les Japonais leur donne le droit d'accès aux quartiers, restaurants, cinémas et parcs réservés aux blancs[5].

Cependant, des relations diplomatiques complètes entre les deux pays ne seront établies qu’en 1992.

Chinois

Les ancêtres des Sud-Africains chinois étaient arrivés au début du XXe siècle, avant que l’immigration chinoise ne soit interdite par le Chinese Exclusion Act de 1904. A la mise en place de l'apartheid, le Population Registration Act de 1950 les classe d'abord comme « Asiatiques » (catégorie principalement réservée aux Sud-Africains indiens) puis comme « Coloureds » (métis) et subissent les effets du Group Areas Act de 1950.

Dans les années 1960, l'inclusion des Japonais dans la catégorie des « Blancs honoraires » (suivie par l'intégration d’autres Asiatiques de l’Est originaires de Taïwan et de Hong Kong) fut ressenti comme une injustice par les chinois sud-africians (7 000 personnes durant cette époque). Les réglementations de l’apartheid appliquées à ces derniers variaient d’un ministère à l’autre et d’une province à l’autre, car les autorités et la population blanche étaient incapables de distinguer les différentes origines est-asiatiques en raison de traits génétiques et physiques similaires. Cette confusion provoqua un profond mécontentement dans la communauté chinoise locale, qui disposait de moins de droits que leurs homologues de Hong Kong ou de Taïwan, alors qu’il n’existait aucune différence ethnique ou physique notable. En 1984, le Group Areas Act fut amendé pour autoriser les Chinois résidant en Afrique du Sud – devenus 10 000 entre-temps – à bénéficier du même statut que les Japonais et à pouvoir résider dans les zones déclarées blanches et utiliser leurs équipements.

Ressortissants de Taïwan

L'Afrique du Sud entretenant d’étroites relations avec la République de Chine (ROC), plus communément appelée Taïwan, l’inclusion des Taïwanais dans la catégorie des blancs honoraires représenta une décision importante dans les relations entre Taïwan et l’Afrique du Sud, à une époque où les deux pays étaient de plus en plus isolés de la communauté internationale et traités comme des États parias. En 1979, Taïwan est ainsi le cinquième partenaire commercial d'Afrique du Sud, notamment en matière d’exportations d’armes, et en 1980, le Premier ministre Sun Yun-suan effectue ainsi une visite officielle dans le pays[6]. L’attribution du statut de Blanc honoraire aux Taïwanais renforce alors les relations et l’immigration et l'investissement des Taïwanais en Afrique du Sud est encouragée, malgré le Chinese Exclusion Act de 1904.

Coréens

Dans un premier temps, la Corée du Sud entretint des relations amicales avec l’Afrique du Sud, notamment après que cette dernière ait envoyé des troupes en Corée du Sud durant la guerre de Corée (une escadrille de l’aviation sud-africaine composée de 826 soldats, dont 24 furent tués au combat). En 1961, dans ce contexte, lors des négociations visant à établir des relations diplomatiques de haut niveau entre les deux pays, la république d’Afrique du Sud propose que le statut de Blanc honoraire soit accordé aux citoyens sud-coréens. Contrairement au Japon puis plus tard Taïwan (ROC), la Corée du Sud n’est pas intéressée à accepter ce statut pour ses citoyens et en 1978, les liens officiels sont même rompus, lorsque la Corée du Sud décide d'appliquer les sanctions de l’ONU contre l'Afrique du Sud en raison de ses politiques d’apartheid. Des relations diplomatiques complètes ne seront rétablis au niveau Ambassade qu’en 1992, après l'abolition des dernières lois d’apartheid (1991)[7].

Diplomates

Le Malawi fut le seul pays d'Afrique à établir des relations diplomatiques au niveau des Ambassadeurs avec l'Afrique du Sud durant l'ère de l'apartheid. Hastings Banda fut le premier président noir à se rendre en visite officielle en Afrique du Sud en 1971 et le premier chef d'État étranger à s'y rendre depuis la visite royale du roi George VI du Royaume-Uni en 1947. Ce déplacement du président Banda faisait elle-même suite à la visite d'État au Malawi du Premier ministre sud-africain John Vorster en 1970. Dans le cadre de ces relations bilatérales, les diplomates malawites bénéficièrent en Afrique du Sud du statut de blanc honoraire.

Cas particuliers

Des personnes reçoivent individuellement ce statut. C'est notamment le cas de joueurs d'origine maori ou samoane jouant dans l'équipe des All Blacks ; ce statut leur permet de jouer contre l'équipe d'Afrique du Sud, les Springboks. Même principe pour l'équipe indienne de cricket, ou pour Evonne Goolagong Cawley, joueuse de tennis australienne d'origine aborigène.

L'écrivain guyanien E. R. Braithwaite (en) bénéficie aussi de ce statut, ce qui lui inspire un livre : Honorary white: a visit to South Africa.

Les représentants de la Banque Mondiale et du FMI, même les ressortissants d'Afrique subsaharienne, bénéficient également de ce statut.[réf. nécessaire]

Références

  1. « 1913. Admission of Persons to the Union Regulation Act No 22 - The O'Malley Archives », sur omalley.nelsonmandela.org (consulté le )
  2. Jennifer Lee, Honorary Whiteness: The Making of a Model Minority,
  3. Masako Osada, Sanctions and Honorary Whites, Greenwood Press, (ISBN 0313318778)
  4. « 20 Years of Partnership with the Rainbow Nation 2014 »
  5. Adovi John Bosco Adotevi, L'Apartheid et la société internationale, Les Nouvelles éditions africaines p. 85.
  6. Premier Sun visits four African countries, Taiwan Review, 5 janvier 1980
  7. South Korea-South Africa Relations

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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