Blanche Wittman

Blanche Wittmann
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Lingère

Blanche Wittman[1] (ou Marie Wittman ; à l'état civil Marie Weidemann) (1859-1912[2]) est une célèbre patiente de Jean-Martin Charcot, qu'il diagnostique comme étant un cas d'hystérie.

Elle est internée à la Salpêtrière en 1877, et traitée par Charcot jusqu'à la mort de ce dernier en 1893. Elle devient par la suite assistante en radiologie à l’hôpital, et subit des amputations en raison des lésions dues aux radiations.

Les techniques de Charcot sont controversées. Il n'est pas établi que Whitman ait souffert de crises épileptiques ou d'hystérie résultant des conditions d'internement à la Salpétière, ou si elle a feint ces symptômes. Elle est décrite dans l'ouvrage Une leçon clinique à la Salpêtrière et a également inspiré le roman de 2004 Blanche et Marie de Per Olov Enquist.

Biographie

Blanche Wittman est née à Paris le [3]. Sa jeunesse n'est connue qu'à travers des informations qu'elle a données à Paul-Marie-Léon Regnard et Désiré-Magloire Bourneville en 1877[4]. Sa mère est une blanchisseuse, et son père un menuisier suisse, prompt à l'emportement, est devenu instable mentalement et a été interné.

Cinq des huit frères et sœurs de Wittman sont morts d'épilepsie et de crises convulsives. À l'âge de 22 mois, elle devient sourde et muette à la suite de crises convulsives, mais elle retrouve l'usage de la parole et de l'ouïe vers l'âge de sept ans[4]. Elle a très peu fréquenté l'école en raison de ses difficultés d'apprentissage et savait à peine lire et écrire. Elle avait tendance à faire des crises de colère auxquelles sa mère répondait en lui jetant de l'eau[4].

À l'âge de 12 ans, elle devient apprentie chez un fourreur. Ses attaques empirent, elle perd conscience et s'urine dessus. Les attaques surviennent toutefois la nuit, et elle parvient à les cacher. Alors qu'elle a 13 ans, le fourreur tente de la violer et elle commence à avoir des tremblements, indiquant que « tout ce que je tenais dans mes mains m'échappait ». Le fourreur pense que sa maladresse est intentionnelle et elle s'enfuit après qu'il a tenté de la battre[4].

Elle reste ensuite auprès de sa mère et travaille dans une blanchisserie de ses 14 à ses 15 ans. Durant ce temps, elle a des relations avec un bijoutier nommé Louis. Sa mère meurt quand elle a 15 ans. Elle retourne alors travailler avec le fourreur. Les deux ont régulièrement des relations sexuelles, et au bout de huit mois elle s'enfuit auprès d'une amie de sa mère[4]. Huit jours plus tard elle entre dans un hôpital en tant que femme de ménage, où elle entame une relation avec un jeune homme appelé Alphonse. Il a pour habitude de comprimer la région de son ovaire droit quand elle a des attaques. Après quelques mois, ils partent une semaine ensemble à la campagne. À son retour à Paris, elle cherche asile auprès d'un couvent de la rue de Cherche-Midi[4].

Toujours en proie à des crises survenant principalement la nuit, Wittman est renvoyée du couvent après avoir déchiré un vêtement lors d’une crise survenue en journée. Elle voit souvent Louis pendant ses crises. Elle trouve un emploi de domestique à La Salpêtrière, dans l’intention d’y être admise. Elle y est admise comme patiente dans un service d'épilepsie le 6 mai 1877, à l'âge de 18 ans[5].

Traitement par Charcot

À son admission, on constate qu'elle souffre d' un engourdissement partiel du côté droit et une perte de sensibilité au niveau du bras gauche, ainsi qu'une sensibilité au niveau des ovaires avant les « crises ». Elle a tendance à collectionner des objets, notamment des roses artificielles et des articles religieux, et porte un scapulaire. Elle a une intelligence évaluée comme moyenne ; sa mémoire est bonne, même si elle estime qu'elle s'est détériorée au cours de l'année précédente en raison de sa consommation fréquente d'éther[4]. Elle est rapidement prise en charge par Jean-Martin Charcot, qui pense qu'elle souffre d'hystérie[6]. Ses crises commencent sept jours après son admission et durent parfois plusieurs heures, pendant lesquelles elle effectue des mouvements rapides, devient rigide et mime des scènes sexuelles[5].  Les crises suivent trois phases – épileptoïde, période clonique généralisée et délire – identifiées par Charcot. Elle présente une raideur généralisée avec extension des membres, flexion des doigts et contractions tétaniques, déviation des yeux vers le bas et écoulement de mousse par la bouche pendant la phase épileptoïde. Cette phase est suivie de mouvements verticaux et rythmiques de la tête qui frappe l'oreiller pendant quelques secondes au cours de la phase clonique. Elle marmonne dans un état de délire, prononçant fréquemment « Blanche » (le prénom d'une de ses sœurs) ; c'est ainsi que « Blanche » devint son surnom[4],[5].

En 1878, Charcot commence à traiter des patients, dont Wittman, par l'hypnose[6]. Elle est également traitée à l'éther, au chloroforme et au nitrite d'amyle, avec un certain succès, bien qu'elle développe rapidement une tolérance à l'éther[7]. En 1879, l'électricité statique produite par une machine de Ramsden est utilisée pour restaurer la sensibilité du côté droit de son corps[7].  Elle sert également de sujet pour des expériences de faradisation, où l'électricité est utilisée pour induire des mouvements musculaires, souvent à des fins photographiques[8].

Blanche Wittman est soutenue par Joseph Babinski, durant la leçon de Jean-Martin Charcot, tableau d'André Brouillet (1887).

Postérité littéraire

L'écrivain suédois Per Olov Enquist, dans son roman Blanche et Marie (2004), invente une biographie fictive de Blanche Wittmann, dans laquelle il imagine qu'elle entra comme assistante au service de Marie Curie et lui prête une liaison avec le Dr Jean-Martin Charcot[9].

Notes et références

  1. Amanda du Preez: Gendered Bodies and New Technologies: Rethinking Embodiment in a Cyber-era, p. 20.
  2. Archives de Paris, Registre des décès, 13e arrondissement de Paris, année 1912, cote 13D 186, acte n° 3740.
  3. (en) Carlos S. Alvarado, « Nineteeth century hysteria and hypnosis : a historical note on Blanche Wittman », Australian Journal of clinical and experimental hypnosis, vol. 37, no 1,‎
  4. Paul Royal College of Physicians in Edinburgh, 1840-1909 Bourneville et Royal College of Physicians of Edinburgh, Iconographie photographique de la Salpêtrière : service de M. Charcot, Paris : Progrès médical, (lire en ligne)
  5. (en) S. Giménez-Roldán, « Clinical history of Blanche Wittman and current knowledge of psychogenic non-epileptic seizures », Neurosciences and History, vol. 4, no 4,‎ , p. 122-129 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  6. (en) Allan H. Ropper, How the Brain Lost Its Mind: Sex, Hysteria and the Riddle of Mental Illness, Atlantic Books, Limited, (ISBN 978-1-78649-182-4, lire en ligne Accès libre)
  7. (en) Olivier Walusinski, « The Girls of La Salpêtrière », dans Frontiers of Neurology and Neuroscience, vol. 35, S. Karger AG, , 65–77 p. (ISBN 978-3-318-02646-7, DOI 10.1159/000359993, lire en ligne)
  8. (en) Francesco Brigo, Albert Balasse, Raffaele Nardone et Olivier Walusinski, « Jean-Martin Charcot´s medical instruments: Electrotherapeutic devices in La Leçon Clinique à la Salpêtrière », Journal of the History of the Neurosciences, vol. 30, no 1,‎ , p. 94–101 (ISSN 0964-704X et 1744-5213, DOI 10.1080/0964704X.2020.1775391, lire en ligne, consulté le )
  9. Compte rendu d'Anne Enright, «The Story of Blanche and Marie», The Guardian, 4.11.2006, [lire en ligne]

Liens externes

  • icône décorative Portail de la médecine