Bogan (argot australien)

Le terme « bogan » / / ˈboʊɡən[1] ) est un terme d'argot australien et néo-zélandais désignant une personne dont le langage, les vêtements, le comportement ou les attitudes sont considérés comme vulgaires ou peu raffinés. Selon le contexte, il peut être employé de manière péjorative ou humoristique, voire autodérisoire[2].

Le terme « bogan » est également lié à l'évolution des mentalités concernant les classes sociales en Australie, et son usage reflète souvent des stéréotypes et des clivages culturels plus larges.

Depuis les années 1980, le terme « bogan » est devenu une sous-culture reconnue, souvent perçue comme un exemple de mauvais goût[3],[4].

Histoire

L'origine du terme « bogan » est incertaine ; le dictionnaire Macquarie et l'Australian Oxford Dictionnary indiquent tous deux qu'elle est inconnue[5].

Le terme s'est popularisé à la fin des années 1980 grâce au personnage adolescent de Kylie Mole dans la série télévisée australienne "The Comedy Company", Killie traitant fréquemment de Bogan toute personne qu'elle n'appréciait pas[6]. La même émission comprenait un sketch sur un magazine appelé Bogue (une parodie de Vogue ), qui mettait en scène des « bogans » traditionnels.

L' Australian National Dictionary Centre a inclus le terme Bogan dans son projet de dictionnaire australien en 1991 et a indiqué qu'ils ont trouvé la première mention de ce terme dans le magazine Tracks de  : "So what if I have a Mohawk and wear Dr. Martens (boots for all you uninformed bogans)?"

Dans l'ouest de la Nouvelle-Galles du Sud, certains lieux portent le nom de « bogan », comme le comté de Bogan, la rivière Bogan et le village rural de Bogan Gate. Ce nom, par exemple, dérive d'un mot aborigène local signifiant « lieu de naissance d'un chef notable de la tribu locale ». Les personnes habitant à des adresses telles que Bogan Place et Bogan Road, indignés par les connotations négatives de leurs toponymes, ont fait pression pour les faire renommer, ce qui a poussé le maire de Ku-ring-gai, Nick Ebbeck, à plaisanter en disant qu'il était lui-même un peu un « bogan » [7].

Le poème « City of Dreadful Thirst » (1902) du poète australien Banjo Paterson fait référence à une « averse de Bogan », expression signifiant « trois gouttes de pluie et un peu de poussière », probablement en référence à la zone aride qui entoure la rivière Bogan. Des portails de fortune dans une clôture rurale du nord-ouest de la Nouvelle-Galles du Sud étaient appelés « portes de Bogan » au moins dès les années 1960.

Concept

Le festival automobile annuel Summernats a été décrit comme « le rêve devenu réalité des Bogans »[8].

Parmi les caractéristiques régulièrement associées au stéréotype du « bogan », on retrouve les Australiens Anglo celtiques résidant dans les banlieues ouvrières périphériques des grandes villes, ayant des dentitions laissées sans soins en raison du coût, ayant une position anti-autoritaire ou chauvine, ainsi que s'intéressant à la musique rock classique, à la conduite dangereuse et à la consommation excessive d'alcool[9].

Certains types de vêtements sont fréquemment associés aux bogans, notamment les chemises en flanelle, les vêtements de travail fluorescents, les bottes ugg[10], les jeans et les leggings noirs[11].

Une personne décrite comme un « bogan » peut refuser de se conformer aux normes de la classe moyenne en matière de goût, d’habitudes alimentaires, d’activités de loisirs, de styles vestimentaires et de manières de parler [12] et peut être méprisée par certains groupes[13].

Dans un article paru en 2006 dans le Sydney Morning Herald, Mel Campbell affirmait que le terme « bogan » (y compris « bogan enrichi ») est un concept nébuleux et subjectif, fréquemment utilisé pour « isoler les aspects de l’australianité qui nous alarment ou nous mettent mal à l’aise. C’est une façon d’ériger des barrières culturelles imaginaires entre “nous” et “eux”. » Campbell soutenait que, bien que beaucoup pensent savoir précisément ce qu’est un « bogan » et quelles en sont les caractéristiques, il n’existe pas de définition précise : celui qui parle imagine la personne désignée comme différente et moins cultivée qu’eux. Campbell considérait l’expression « bogan enrichi » comme « un terme stupide »[14]. David Nichols, auteur de The Bogan Delusion (2011), avance un argument similaire : « On a créé cette créature, un être humain inférieur, pour exprimer notre mépris de classe. »

Usage non péjoratif

Le terme « bogan » a parfois été utilisé de manière positive pour désigner la fierté d'être un peu rustre.

En 2002, Michelle Griffin a expliqué que le terme « bogan » n’était plus seulement une insulte, mais aussi un moyen de s’identifier à la culture australienne dont de nombreux citoyens anglo-australiens sont fiers. Autrefois péjoratif, « bogan » est aujourd’hui devenu tendance.

La station de radio Triple J a organisé une « Journée nationale des Bogans » le , qu'elle a commémorée en jouant de la musique de groupes de rock tels que Cold Chisel, Midnight Oil, Rose Tattoo et AC/DC.

Dans une étude de 2011, des étudiants en linguistique de l'Université d'Auckland ont découvert que le terme était susceptible d'être perçu comme positif par les personnes de moins de 30 ans, alors que les plus de 30 ans le considéraient généralement comme un terme plus négatif.

Représentation

Film

Dans le film Suicide Squad de 2016, le méchant de DC Comics, Captain Boomerang — un personnage typiquement australien — est dépeint comme ayant une personnalité de « bogan ».

Internet

Le site web populaire (et le livre à succès de 2010) Things Bogans Like contient 250 articles sur diverses choses que les bogans sont censés aimer, et suggère qu'un « bogan aujourd'hui défie le revenu, la classe, la race, la croyance, le sexe et la logique »[15].

En 2007, Microsoft a estimé que bogan était l'un des vingt termes familiers les plus pertinents pour les utilisateurs australiens lorsque le mot a été ajouté au dictionnaire de Microsoft Office 2007. Le mot est entré dans l' Oxford English Dictionary en .

Applications

Une application appelée « The Bogan Test » a été créée pour examiner la probabilité qu'une personne entre dans la catégorie des « bogans »[16].

Musique

Le groupe de ska-punk australien Area-7 a connu l'un de ses plus grands succès avec la chanson « Nobody Likes A Bogan », sortie en 2002.

Ben Folds a inclus les paroles « Now I see the Bogans at the motor race » dans sa chanson « Adelaide » sortie en 2004.

Littérature

Une traduction en "langue bogan" du roman Guerre et Paix de Léon Tolstoï a été réalisée par Ander Louis en 2025[17].

Utilisation en marketing

Le terme « CUB » ou « bogan enrichi » a été utilisé par l'analyste social David Chalke en 2006 pour décrire les personnes issues d'un milieu ouvrier qui , gagnant désormais des salaires élevés, dépensent leurs revenus en biens de consommation coûteux, dans une démarche ostentatoire. Les médias ont cité le joueur de tennis Lleyton Hewitt et son épouse, l'actrice Bec Cartwright, comme exemples[18].

Par la suite, le domaine Kaesler, dans la vallée de Barossa, a commercialisé un vin Shiraz sous le nom de Bogan.

Mark Haisma, un vigneron australien installé en Bourgogne, a créé un vin qu'il a nommé « A Bogan In Bogandy » [1].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • Bogan Hunters (Série télévisée humoristique, documentant l'étendue de la culture bogan en Australie)
  • Bogans – Le Film (Court-métrage néo-zélandais, avec Peter Jackson )
  • Parlez Bogan (Cours d'apprentissage de la langue parodique et humoristique par l'humoriste Xavier Susai )

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Bogan » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) « bogan noun – Definition, pictures, pronunciation and usage notes | Oxford Advanced Learner's Dictionary at OxfordLearnersDictionaries.com », www.oxfordlearnersdictionaries.com (consulté le )
  2. Simon Lauder, « Bogan Pl residents lobby for name change », ABC,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )>
  3. (en) Kay Frances Bartolo, « Bogan noun – Definition, pictures, pronunciation and usage notes », Griffith Working Papers in Pragmatics and Intercultural Communication,‎
  4. Melenie Parkes, « Bogan Hunters: A Field Guide », Yahoo! NZ, (consulté le )
  5. (en) « Bogan breaks into Oxford dictionary », News Limited, (consulté le )
  6. « Meanings and origins of Australian words and idioms », Australian National Dictionary Centre (consulté le )
  7. « Not the place for bogans », Daily Telegraph,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  8. (en) Daniella White, « 'A bogan's dream come true': Summernats car festival kicks off today », The Camberra Times, The Canberra Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. « Do bogans know they're bogans? We put this and other effin' important questions to Bogan Hunters creator Paul Fenech » [archive du ], News Limited, (consulté le )
  10. Katz, « The uggly side of life », The Age, (consulté le )
  11. Demasi, « Anatomy of a trend – leggings », The Age, (consulté le )
  12. « Bogans and hipsters: we're talking the living language of class », The Conversation, (consulté le )
  13. « Bogans from the 'burbs: confronting our hidden biases », The Conversation, (consulté le )
  14. Campbell, « Perhaps there's a little bogan in everyone », Sydney Morning Herald, Fairfax, (consulté le )
  15. Bogans Like, « What is a Bogan Today? », Things Bogans Like, Hachette Australia, (consulté le )
  16. « You're a bogan too. Just take this test. » [archive du ], News Limited, (consulté le )
  17. Lana Lam, « The Aussie giving War & Peace a 'bogan' remake », BBC News Online, Sydney, BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. « Snobbery alert: the 'Cub' is busy turning Melbourne into Boganville », Age, Fairfax,
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