Bombardement d'Odessa (1854)
| Date | 22 avril 1854 |
|---|---|
| Lieu | Odessa, Gouvernement de Kherson |
| Issue | victoire Franco-Britannique |
| 8 navires de guerre à vapeur deux frégates une corvette un navire de ligne six Ship's boat |
batterie de garde côtes et troupes au sol |
| 5 morts et 15 blessés | 1 frégate 24 navires de commerce |
Batailles
- Isaccea (10-1853)
- Oltenița (11-1853)
- Pitsounda (11-1853)
- Sinope (11-1853)
- Cetate (12-1853)
- Silistra (04-1854)
- Odessa (04-1854)
- Kurekdere (08-1854)
- Bomarsund (08-1854)
- Petropavlovsk (08-1854)
- Alma (09-1854)
- Sébastopol (10-1854)
- Balaklava (10-1854)
- Inkerman (11-1854)
- Eupatoria (02-1855)
- Taganrog (05-1855)
- Kars (07-1855)
- Tchernaïa (08-1855)
- Malakoff (09-1855)
- Kanghil (09-1855)
- Kinbourn (10-1855)
| Coordonnées | 46° 28′ nord, 30° 44′ est | |
|---|---|---|
Le bombardement d'Odessa est une opération militaire conjointe de la France et du Royaume-Uni contre la ville d'Odessa où se trouvait alors une partie de la marine impériale russe, la flotte de la mer Noire.
Cette action fut le début de la Guerre de Crimée ; Français et Britanniques combattirent et gagnèrent ensemble. Ce bombardement eut lieu en représailles au non respect du droit de la guerre : les Russes avaient tiré sur un navire qui transportait le consul britannique et arborait un drapeau blanc.
Contexte
Au XIXe siècle, l'Empire ottoman est en déclin et sera démembré en 1922[1]. L'Empire ottoman a dû accepter en 1830 l'indépendance de la Grèce à la suite de l'intervention des grandes puissances européennes[2]. En Russie, Nicolas Ier, tsar de toutes les Russies, veut obtenir un accès aux mers chaudes et libres, notamment via la Méditerranée orientale[3]. En outre, il souhaite « libérer » les peuples slaves et orthodoxes des Balkans sous domination ottomane, et prendre la place de la France en tant que protectrice des chrétiens d'orient[4].
En , la Russie envahit les principautés danubiennes, ancêtre de l'actuel Roumanie[4],[5]. Les Ottomans réagissent, et le , la guerre est déclarée entre l'Empire ottoman et l'Empire russe[4].
Les affrontements terrestres tournent à l'avantage des Ottomans, les Russes ont la maîtrise des mers[6]. L'entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne est décidée par l'issue de la bataille de Sinope : la flotte de la mer Noire réduit pratiquement à néant la marine ottomane[6].
Le Royaume-Uni reste soucieux de sa politique d'équilibre des nations ; il ne donne pas suite à l'offre de Nicolas Ier. Le Tsar voulait définir des sphères d'influence entre les deux empires, mettre fin à la rivalité dite du Grand Jeu, et préparer le démembrement de l'empire ottoman[7]. Ce projet de zones d'influence faisait suite au traité de Londres qui donna à l'Égypte une plus grande autonomie[7]. La proposition russe fit craindre aux Britanniques que les Russes deviennent trop puissants : une hégémonie russe pouvait menacer leurs intérêts, notamment en Inde[7].
Dans ce contexte, le , la France et le Royaume-Uni déclarèrent la guerre à l'empire russe[8].
L'incident diplomatique

Du fait de la déclaration de guerre, le gouvernement britannique envoya la frégate HMS Furious, commandée par le capitaine William Loring, chercher le consul britannique dans le port d'Odessa[9]. Le capitaine envoya un canot avec un drapeau blanc chercher le consul[9]. Après avoir récupéré le consul, en sortant du port, les britanniques furent visés par des tirs d'artillerie des garde-côtes.
Le vice-amiral James Whitley Deans Dundas demanda des explications au lieutenant général Dmitri von der Osten-Sacken, gouverneur militaire d'Odessa, pour avoir bafoué le droit de la guerre[9]. La réponse du lieutenant général von der Osten-Sacken fut jugée inacceptable ; une expédition punitive conjointe avec la marine impériale fut montée[9].
Dans un article publié dans le New York Daily Tribune daté du , Karl Marx rapporte ceci : les Russes affirment que le Furious effectuait, en réalité, une reconnaissance secrète du port. Il faisait à nouveau ce qu'avait fait le Retribution quelque temps plus tôt : il est entré dans le port de Sébastopol sous prétexte de livrer des dépêches, mais a effectué également une étude des défenses. La presse britannique avait reconnu le fait[10]. Marx souligna aussi le « ridicule » des Alliés exigeant de telles justifications pour lancer une attaque contre une base navale ennemie, en temps de guerre[10].
L'attaque sur Odessa
Les forces franco-britanniques
L'escadre concernée se composait de huit frégates à vapeur à roues à aubes : les navires français Descartes, Mogador, Charlemagne et Vauban, et les navires britanniques Furious, Retribution, Sampson, Terrible et Tiger. Ces navires étaient soutenus par la frégate à hélice britannique Highflyer, la frégate à voile de quatrième rang Arethusa, le navire à vapeur Sans Pareil et la corvette à hélice française Caton[9]. Il y avait aussi six canots armés de fusées Congreve de 24 livres ; deux chez le Britannia et une chez lAgamemnon, le Trafalgar, le Sans Pareil et lHighflyer[9].
Le bombardement

Le , vers 5h du matin, les navires franco-britanniques se présentèrent au large d'Odessa. La première division composée du Descartes, du Sampson, du Tiger et du Vauban arriva en premier et ouvrit le feu sur les défenses russes, à 1 800 mètres de celles-ci, sans effet[11]. Le Vauban fut touché par un boulet rouge, entraînant un incendie à bord, forçant le capitaine de vaisseau de Poucques d'Herbinghem à se retirer[11]. Le Vauban revint bientôt en compagnie de la corvette Caton[12].
La deuxième division arriva par la suite avec le Furious, le Terrible, le Retribution, le Charlemagne et le Mogador, tandis que l'Arethusa, le Highflyer et le Sans Pareil restèrent plus au large en réserve[11]. Les franco-britanniques, sous le commandement de James Dundas, se rapprochèrent de la côte. Le Terrible ouvrit le feu sur le môle et fit de gros dégâts à l'entrée du port[11]. Les coalisés se mirent à bombarder les navires russes ancrés dans le port et 24 navires russes prirent feu[11]. Des navires français et britanniques de commerce, retenus prisonniers, échappèrent aux Russes et sortirent du port[11]. Les canots armés se rapprochèrent de la ville et bombardèrent, avec leurs fusées, les entrepôts du chantier naval qui prirent feu[11]. A la fin du bombardement de la ville, l'Arethusa engagea les batteries sud de la ville avant d'être rappelé par Dundas[11].
L'aspirant de 2e classe Henri Rieunier (1833-1918) raconte sa participation à bord du navire le Charlemagne :
« … Le samedi , l'escadre fait feu contre les batteries du port de guerre d'Odessa et incendie les bâtiments de ce port. L’Aréthuse va tirer quelques bordées sur la batterie située au sud de la ville… Le Descartes, grand vapeur de 540 ch armé de 20 canons, s'embrase, deux bâtiments britanniques ont fait de même. Les vapeurs tirent tous à obus à grande distance de 8 à 12 encablures. La canonnade continue entre la terre et les bâtiments à vapeur. À midi 49 minutes, le fort qui se trouve sur le môle impérial prend feu et saute, à 1 heure, la canonnade cesse un peu, à 3 heures, recommence, à 3 h 35 minutes, un fort au fond de la rade prend feu… Les bâtiments qui se trouvent le long du môle impérial brûlent. On en voit plusieurs qui s'inclinent, et coulent. Le feu dure toute la nuit. Le Sans Pareil et deux autres corvettes britanniques se sont tenues à l'écart et signalent que tous les obus tombent dans la bonne direction. Au commencement du feu, trois navires marchands et quelques Britanniques s'échappent du port de la quarantaine. Le fort du môle impérial leur tire dessus. Le dimanche 23 avril, le feu brûle encore à terre… La citadelle et le port d'Odessa bombardés, la flotte franco-britannique eut soin d'épargner la ville… »
L'attaque prit fin à 17h30 ; les coalisés prirent le large, restèrent à bonne distance pour observer Odessa[11]. Les tirs sur les infrastructures portuaires causèrent un grand incendi qui se propagea dans la ville[11]. Les pertes franco-britanniques étaient insignifiantes, deux morts et un blessé sur le Vauban, trois blessés sur le Retribution, six blessés sur le Sampson, et un tué et quatre blessés sur le Terrible[9],[11].
Le bombardement neutralisa la base navale d'Odessa pour le restant de la guerre. Les Français, Britanniques, Ottomans et Piémontais purent sécuriser leurs lignes logistiques, porter la guerre en Crimée et isoler le port de Sébastopol[13].
Notes et références
- ↑ « L’Empire ottoman, de l’essor au déclin | EHNE », sur ehne.fr (consulté le )
- ↑ « 3 février 1830 - Indépendance de la Grèce - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ Thierry Sarmant et Jean-Pierre Sarmant, Pierre le Grand : la Russie et le monde, Perrin, (ISBN 978-2-262-04814-3)
- « Guerre de Crimée : en 1853, la Russie se dresse contre l’Europe », sur Histoire et Civilisations.com, 2020-11-25cet14:16:56+01:00 (consulté le )
- ↑ « Quand Napoléon III suscita la naissance de la Roumanie », sur napoleon.org (consulté le )
- (en) « The Sea Battle of Sinop was fought », sur Presidential Library (consulté le )
- (en) Orlando Figes, The Crimean War: a history, Picador [u.a.], (ISBN 978-1-250-00252-5), p. 69, 70
- ↑ Charles Alexandre Fay, Souvenirs de la guerre de Crimee,̀ 1854-1856, J. Dumaine, (lire en ligne), p. 12
- « Page 1473 | Issue 21552, 12 May 1854 | London Gazette | The Gazette », sur www.thegazette.co.uk (consulté le )
- (en) Karl Marx, « The Bombardment of Odessa / Greece / Proclamation of Prince Daniel of Montenegro / Manteuffel's Speech »
[doc], sur marxengels.public-archive.net (consulté le )
- W. Laird (William Laird) University of California Libraries, Clements R. (Clements Robert) Markham, A. T. (Alfred Thayer) Mahan et Herbert Wrigley Wilson, The royal navy, a history from the earliest times to present, London : S. Low, Marston, Co., 1897-1903 (lire en ligne)
- ↑ Harvard University, Batailles navales de la France, Challamel ainé, (lire en ligne)
- ↑ Antoine Vanner, « Dawlish Chronicles : The Bombardment of Odessa 1854 », sur Dawlish Chronicles, (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie
- Gérard Unger, Histoire du Second Empire, Perrin, , 512 p. (ISBN 978-2-262-07641-2, lire en ligne).
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Articles connexes
- Cimetière militaire de Sébastopol
- Colonel de Brancion
- Dasha de Sébastopol
- La Défense de Sébastopol (1911) film muet (long-métrage russe)
- Participation sarde à la guerre de Crimée
- Valley of the Shadow of Death
Liens externes
- (en) « Lettres et documents de service du colonel Hugh Robert Hibbert (1828-1895) pendant la Guerre de Crimée, 1854-1855 », sur a2a.org.uk
- (en) « Screw corvettes (2nd class, 220-260 nhp) »
[doc], sur https://shipscribe.com/ (consulté le ) - (en) [vidéo] Drachinifel, « The Crimean Naval War at Sea - Battleships, Bombardments and the Black Sea » (à 13 min 13s), sur YouTube,
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