Célestin Lainé

Célestin Lainé
L'Untersturmführer Célestin Lainé, 36 ans en 1944, en uniforme de la Waffen-SS
Fonction
Milicien
Biographie
Naissance
Décès
[1] (à 74 ans)
(Dublin)[2]
Nom de naissance
Célestin François Émile Lainé
Surnom
Neven Henaff
Pseudonymes
Ab Arzel, Kerjean, C. L.
Nationalité
Allégeance
Formation
Activité
Autres informations
Parti politique
Membre de
Arme
Grade militaire
Conflit

Célestin Lainé, en 1908 à Nantes et mort à Dublin (Irlande) le , est un militant français. Il est impliqué dans le nationalisme breton.

Il est surnommé Ab Arzel[3], Allbrogat[4], An Henaff, Neven Henaff, CL Kerjean[4] ou Riwallon Urien. Il rallie le Troisième Reich durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie

Enfance et formation

Célestin Lainé est né à Nantes, le 25 octibre 1908[5], d’un père marin originaire de Saint-Lunaire et d’une mère bretonnante née à Ploudalmézeau[6]. D’apparence frêle durant l’enfance, d’une tenue corporelle quelque peu compassée et enclin à l’isolement[6], bien qu’il occupe le rang d’aîné au sein d’une fratrie composée de trois garçons, Célestin suit sa scolarité à Brest[6], où il oriente progressivement son parcours vers l’étude approfondie des disciplines mathématiques[6]. Imprégné d’une éducation marquée par le catholicisme, il manifeste une pratique religieuse assidue, au point d’envisager sérieusement une entrée dans la prêtrise[6].

Pendant les vacances, Célestin Lainé visite ses grands-parents et ses cousins brittophones à Ploudalmézeau et à Portsall[7]. Issu d’un milieu social favorisé[7], il y appréhende concomitamment la précarité matérielle et l’usage vernaculaire du breton[7]. Le capital scolaire dont il dispose lui confère l’estime de ces proches économiquement défavorisés ; toutefois, cette forme de valorisation familiale, qu’il perçoit comme excessive, suscite chez lui un malaise durable[7]. De cette expérience procède une représentation dichotomique de l’espace social, opposant, d’une part, les francophones aisés et, d’autre part, les locuteurs bretonnants en situation d’indigence[7].

Il commence en 1923 à s'intéresser à la langue bretonne[7]. L’individu acquiert la langue bretonne par l’entremise d’ouvrages imprimés ; il se procure par ailleurs le périodique Breiz Atao et s’efforce d’intégrer le cénacle de jeunes animateurs gravitant autour de cette publication[7]. Cet engagement militant, qu’il conçoit comme l’accomplissement de sa vocation propre, engendre une vive discorde au sein de la sphère familiale. Il en vient ultérieurement à soutenir que son implication a précipité la disparition maternelle, survenue des suites d’une fièvre typhoïde ; cette affection l’atteint également, de même que ses frères, circonstance qui fait obstacle à son admission à l’École navale[7].

En février 1927, il décide de préparer la licence de la faculté des sciences de Rennes et, dès la rentrée 1928, il s'installe à Brest[7]. Il fréquente alors Morvan Marchal, et rencontre l'abbé Perrot la même année. Titulaire, en 1931, du diplôme d’ingénieur chimiste délivré par l’École Centrale, il accomplit par la suite son service militaire à Fontainebleau. À l’issue de cette période, son engagement connaît une inflexion notable, marquée par une accentuation de ses positions et une orientation plus résolue de son action[8].

Carrière

En 1929, il fonde une société secrète : Kentoc'h Mervel[9].

Il devient alors ingénieur chimiste[10].

Il s'engage dans la lutte pour la création d'un État breton en fondant le Gwenn-ha-Du sur le modèle de l’IRA[11],[note 1].

Soupçonné d'avoir participé à l'attentat du 7 août 1932 à Rennes, il est arrêté en 1936, mais n'est pas condamné faute de preuves[12].

En 1936, il crée le Kadervenn, une unité paramilitaire[13].

Célestin Lainé publie, sous le pseudonyme d'Allbrogat, le dans la revue Stur[14].

Le monument de l'Union de la Bretagne à la France détruit par Lainé en 1932.
Célestin Lainé conduit au Parquet de Rennes dans L'Ouest-Éclair du 17 mai 1938.

Seconde Guerre mondiale

En 1939, Célestin Lainé, membre du Parti National Breton, se réfugie en Allemagne[15].

Selon Jean-Yves Le Naour :

Le thème de la pureté raciale celtique et le parfum de paganisme qui entoure les séparatistes séduisent les dirigeants allemands qui se réjouissent d’affaiblir la France en la démantelant[15].

Il obtient la livraison d'armes. Transbordées à bord du Gwalarn, celui-ci s'échoue à Locquirec dans la nuit du 8 au [16].

En 1939, il est condamné à quatre ans de prison pour avoir écrit dans une lettre des propos dénigrant l'armée française[13].

En 1940, après s'être évadé de prison, il participe à l'établissement du comité national breton[13].

Adhésion à l'idéologie nazie

Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, Célestin Lainé prend le parti du Reich. Il persuade les autorités allemandes de l'intérêt d'une Bretagne indépendante[17].

Collaboration

Célestin Lainé fait partie en 1941 du Bagadou stourm, unité paramilitaire du PNB mais formé par justement les cadres de Lu Brezhon. Ce n’est qu’après que les plus convaincus par Lainé le rejoignent pour fonder le Bezen Cadoual en rebaptisé le Bezen Perrot en [18].

Célestin Lainé recrute une trentaine de volontaires qui s'entraînent à partir de pour former la Bezen Perrot[19].

Il relance le journal Breiz Atao, interdit depuis 1939[7].

Le , François Debauvais, meurt dans une clinique à Colmar. Dans un ultime courrier, il fait de Célestin Lainé légataire du titre Breiz Atao. Lainé, en rupture avec le Parti National Breton, fonde un parti concurrent du même nom, et publie un numéro de Breiz Atao, le n° 337, en . Un autre numéro de Breiz Atao est prévu pendant l’été, mais la livraison ne peut être publiée du fait de l’arrivée des Américains à Rennes et de la fuite de ses rédacteurs pour l’Allemagne[20].

Exil

Lainé se soustrait aux dispositifs de surveillance et séjourne durant deux années en Allemagne, où il exerce des fonctions subalternes d’éboueur ou de cantonnier[21]. Au cours de cette période, il entreprend la rédaction d’une seconde œuvre autobiographique, tout en poursuivant ses recherches d’ordre théologique et en composant plusieurs récits, notamment consacrés à la légendaire cité d’Ys ou à une hagiographie de saint Ronan[6]. En 1946, les juridictions françaises prononcent à son encontre une condamnation à mort par contumace[22]. Toutefois, en novembre 1947, il réussit à gagner le Pays de Galles, où résident déjà plusieurs exilés, parmi lesquels Louis Feutren, accueilli à Bangor au domicile de John Edward Daniel (en), ancien président du Plaid Cymru entre 1939 et 1943. Feutren a auparavant préparé ce déplacement dès 1946 avec le concours d’un nationaliste gallois, officier de l’armée britannique dont l’identité demeure inconnue, ainsi que grâce à l’appui de Yann Fouéré, réfugié breton établi au pays de Galles avec l’assistance de Meirion Dyfnallt Owen, David James Davies (en), D. Gwenallt Jones (en), Morgan Watkin et d’autres intermédiaires. Dès le mois de décembre 1947, Lainé et plusieurs de ses compagnons se rendent en Irlande[6].

Après une brève insertion au sein de l’industrie chimique, dans l’entreprise Hygeia établie à Galway, Lainé affecte l’exiguïté de ses ressources pécuniaires à la reconstitution d’un cercle de partisans en Irlande[6], afin d’y poursuivre son action d’ordre politique[6]. Il rompt ultérieurement tout lien avec ses anciens disciples et se transporte de Galway à Blessington, où il adopte une existence retirée, vouée à la rédaction et aux travaux horticoles, dans un état de relative pauvreté[6]. Dans ce cadre, il consigne divers écrits portant tant sur ses convictions religieuses que sur ses réminiscences personnelles, opérant une intrication constante entre récit historique et expérience individuelle[6]. Ces textes s’enrichissent en outre de développements relevant des domaines linguistique, étymologique et théologique, auxquels s’adjoignent occasionnellement des considérations de nature scientifique[6]. Subsistant de manière frugale grâce au produit de ses cultures, il obtient en 1953 la naturalisation irlandaise sous l’identité de Neven Henaff[6].

Contraint de quitter son logement par sa bailleresse[6], laquelle nourrit à son égard des sentiments non réciproques, tout en bénéficiant parallèlement du soutien pécuniaire d’une Bretonne demeurée anonyme, Lainé regagne Galway[6]. Il y poursuit ses activités scripturaires et développe un intérêt croissant pour la vie politique irlandaise ainsi que pour le site mégalithique de Stonehenge, thématiques qui s’imposent durablement comme des axes structurants de sa réflexion[6]. Au cours des années 1960, atteint d’une affection cancéreuse, il se tourne vers les savoirs médicaux et entreprend un périple à l’échelle mondiale en compagnie du professeur japonais Georges Ohsawa, initiateur de la macrobiotique, réputé pour avoir traité des pathologies jugées incurables[6]. Ce dernier l’initie aux principes de la dialectique yin-yang, dont Lainé propose une transposition dans un cadre celtique sous l’appellation de « Giam-Sam »[6]. Parallèlement, il manifeste un intérêt pour les processus de transmutation et publie, sous le pseudonyme de Neven Henaff, divers écrits consacrés à la macrobiotique et à la vitamine C. De retour en Irlande, il défend l’instauration d’un totalitarisme d’inspiration celtique, qu’il considère comme l’unique rempart apte à préserver les nations celtiques face à la menace qu’il désigne, dans de nombreux textes, sous le vocable d’« AngloFrance »[6]. Durant cette période, à l’instar de la décennie précédente, il demeure en relation suivie avec plusieurs jeunes militants bretons, qui le sollicitent et lui rendent visite de manière régulière[6].

Il confie à un témoin, Jean Pierre Le Mat, dans les années 1970, les motivations de son engagement aux côtés de l'Allemagne. Il déclare avoir agi pour deux raisons :

  • un sentiment anti-français farouche, ce qui le conduisit d'ailleurs au cours des années 1950 à aider les partisans du Viet-Minh opposés aux troupes françaises ;
  • vouloir créer un fossé entre la France et la Bretagne, un précédent historique inoubliable. Pour ce faire, il fallait accomplir un acte impardonnable[23].

Mort

Célestin Lainé meurt en 1983 et lègue ses archives à Louis Feutren[11],[24], ancien secrétaire de la Formation Perrot[6], auprès duquel il vit ses dernières années[6]. Ses restes incinérés sont dispersés clandestinement à Saint-Aubin-du-Cormier[6], tandis que son nom demeure gravé sur une sépulture située à Ploudalmézeau.

Publications

Il entame dans les années 1930 la rédaction d'un traité de géométrie[6].

Sous le pseudonyme de Neven Henaff

  • Georges Ohsawa, Jacques De Langre et Neven Henaff, But I Love Fruits!, (ISBN 978-9997828552)
  • Neven Henaff et George Ohsawa, Vitamin C Fruit, (ISBN 978-0918860101)
  • When I was ready, then I would declare war
    Biographie et mémoires de Célestin Lainé (dit Neven Henaff). Traduit en anglais par Daniel Leach de l'université de Melbourne avec des annotations de Guillaume Legros et une introduction de Daniel Leach[25].

Postérité

Archives

Ses archives sont rassemblées chez Louis Feutren, l’un de ses seconds, qui en donne une partie au Centre de recherche bretonne et celtique en 2008, et l’autre en 2010 à la Bibliothèque nationale du pays de Galles, où elles suscitent régulièrement des débats bien plus idéologiques que scientifiques[6].

Un fonds Célestin Lainé a été déposé en 2008 à la bibliothèque Yves-Le Gallo du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) de l'Université de Bretagne occidentale. Il comprend 1249 pièces d'archives[26].

Dans la fiction et les arts

Célestin Lainé est un des protagonistes du roman Ratlines de Stuart Neville[27].

Ernst Jünger raconte dans La Cabane dans la vigne une visite de Laîné en où il lui expose sa future émigration en Irlande[28].

Notes et références

Notes

  1. (à distinguer de l'IRA (1919))

Références

  1. PRELIB
  2. Liberators and victims: Ireland and the Holocaust
  3. Sébastien Carney (dir.), « Étendards ou linceuls ? », dans Le vestiaire des totalitarismes, CNRS Éditions, , 105–128 p. (ISBN 978-2-271-12911-6, DOI 10.3917/cnrs.brune.2022.01.0105, lire en ligne), p. 109
  4. Sébastien Carney, « Célestin Lainé et le breton : la langue pour le combat » Accès libre, sur OpenEdition Journals, La Bretagne Linguistique, (DOI 10.4000/lbl.2241, consulté le )
  5. vdorgere, « La guerre de Célestin Lainé », sur Master civilisations, cultures et sociétés, (consulté le )
  6. Sébastien Carney, « Les aventures des aventures de Rintintin, ou le tortueux parcours des archives de Célestin Lainé », La Bretagne Linguistique, no 27,‎ 2026/janv./26 (ISSN 1270-2412, DOI 10.4000/15k6g, lire en ligne, consulté le )
  7. « Histoire. La jeunesse brestoise de Célestin Lainé », sur actu.fr, (consulté le )
  8. Sébastien Carney, op. cit., (OCLC 933781535).
  9. (en) « Lainé - IDBE - IDBE », sur bibliotheque.idbe.bzh (consulté le )
  10. https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/guerre-39-45/entretien-lhistoire-de-la-milice-nationaliste-bretonne-du-bezen-perrot-a-laisse-des-traces-f612047c-70d8-11ef-9636-7dbb9f35abc5
  11. vdorgere, « La guerre de Célestin Lainé », sur Master civilisations, cultures et sociétés, (DOI 10.58079/r9ql, consulté le ).
  12. Georges Cadiou, "L'Hermine et la Croix gammée", Mango Document, 2001, (ISBN 2-914353-065)
  13. « Fonds LAINÉ, Célestin | UAR CRBC-Documentation », sur www.univ-brest.fr (consulté le )
  14. voir http://propos.sturiens.over-blog.com/article-nos-deux-bases-irlande-et-prusse-partie-1-52537534.html et http://propos.sturiens.over-blog.com/article-nos-deux-bases-irlande-et-prusse-partie-2-52636114.html
  15. « Seconde guerre mondiale : quand des indépendantistes bretons basculent dans le collaborationnisme », Historia,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  16. Sébastien Carney, « Le Gwalarn à Locquirec : une affaire, des histoires », dans Jean-Christophe Cassard historien de la Bretagne, Skol Vreizh, , 85-98 p. (lire en ligne), p. 85
  17. « Seconde guerre mondiale : quand des indépendantistes bretons basculent dans le collaborationnisme », Historia,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  18. vdorgere, « La guerre de Célestin Lainé », sur Master civilisations, cultures et sociétés, (consulté le )
  19. Jacqueline Sainclivier, « L'Ouest », Bulletins de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, vol. 27, no 1,‎ , p. 113–126 (DOI 10.3406/ihtp.1994.2286, lire en ligne, consulté le )
  20. Sébastien Carney, « Célestin Lainé et le breton : la langue pour le combat », La Bretagne Linguistique, no 16,‎ , p. 151–197 (ISSN 1270-2412, DOI 10.4000/lbl.2241, lire en ligne, consulté le )
  21. « vdorgere – Master civilisations, cultures et sociétés », (consulté le )
  22. (en) Daniel Leach, « Bezen Perrot: The Breton nationalist unit of the SS, 1943-5 », e-Keltoi: Journal of Interdisciplinary Celtic Studies, vol. 4,‎ , p. 24 (lire en ligne).
  23. Jean-Pierre Le Mat, Histoire de Bretagne Les nations insuffisantes: le point de vue breton, Yoran embann, (ISBN 978-2-916579-75-7)
  24. (en) « Liberators and victims: Ireland and the Holocaust », sur Irish Independent, (consulté le )
  25. « Wayback Machine » [archive du ], sur www4.uwm.edu (consulté le )
  26. https://www.univ-brest.fr/crbc/menu/Biblioth%C3%A8que+Yves+Le+Gallo+%28UMS3554%29/Fonds+d%27archives/Laine__Celestin_
  27. « Ratlines », sur Le Télégramme, (consulté le )
  28. Ernst Jünger, Journaux de guerre II 1939-1948, Paris, Gallimard, , 1384 p. (ISBN 9782070116300), p. 994

Voir aussi

Bibliographie

  • Sébastien Carney, Breiz Atao ! : Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948), Rennes, PUR, coll. « histoire », , 608 p. (ISBN 978-2-7535-4289-1, ISSN 1255-2364, OCLC 933781535, lire en ligne)
  • Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand, Fouesnant, Y. Embanner, , 174 p. (ISBN 2-9521446-1-3)
  • Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l'Occupation, Le Releg-Kerhuon, An Here, , 271 p. (ISBN 2-86843-224-7)
  • Georges Cadiou, « Lainé, Célestin (1908-1983) », dans EMSAV : Dictionnaire critique, historique et biographique Le mouvement breton de A à Z du XIXe siècle à nos jours, Spézet, Coop Breizh, (ISBN 978-2-84346-587-1), p. 236-238.
  • Pierre Lias, Dictionnaire breton : breton-français, français-breton, Paris, Garnier, , 816 p. (ISBN 2-7370-0253-2)

Liens externes

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