Catholicisme à la carte

Charles E. Curran, théologien démis de ses fonctions par la Congrégation pour la doctrine de la Foi (par le futur pape Benoît XVI)[1] dont les positions dissidentes sur la morale catholique illustrent le phénomène de sélection des doctrines.

Le catholicisme à la carte est une expression informelle désignant la position des catholiques qui s’opposent à certains enseignements doctrinaux ou moraux officiels de l’Église catholique.

Plusieurs exemples non exhaustifs incluent les catholiques qui soutiennent le recours à la peine de mort[2], la masturbation[3], l'avortement, les unions homosexuelles, ou ne trouvent aucune objection morale à la contraception[4] ; plus généralement, tout catholique n'adhérant pas pleinement à la doctrine sociale de l'Église ni à son enseignement moral ou théologique.

Utilisation du terme

Le terme n’a pas de statut officiel dans l’enseignement de l’Église catholique. Il est cependant utilisé dans le discours théologique contemporain[5],[6],[7],[8],[9] pour désigner l’attitude de fidèles qui revendiquent une appartenance ecclésiale tout en rejetant certains éléments de la doctrine, en particulier dans le domaine de la morale sexuelle et familiale[10]. Cette situation a été régulièrement commentée par le magistère moderne, mais elle s’inscrit également dans une tradition théologique plus ancienne, qui distingue différents modes d’appartenance à l’Église.

Dès le début du XXe siècle, le pape Pie X rappelait dans le Catéchisme de saint Pie X qu’il existe une distinction entre les « membres vivants » et les « membres morts » de l’Église[11]. Selon cette doctrine, est membre vivant celui qui demeure uni au Christ par la foi et la charité ; est membre mort celui qui conserve une appartenance visible (baptême, reconnaissance externe de l’Église), mais dont la vie morale ou la foi sont en contradiction avec l’enseignement ecclésial.

Dans cette continuité doctrinale, la pratique consistant à nier l’adhésion à la morale sexuelle de l’Église a été critiquée par le pape Jean-Paul II dans son discours aux évêques à Los Angeles en 1987[12] :

« On rapporte parfois qu'un grand nombre de catholiques d'aujourd'hui n'adhèrent pas à l'enseignement de l'Église sur un certain nombre de questions, notamment la moralité sexuelle et conjugale, le divorce et le remariage. Certains ne seraient pas d'accord avec la position claire de l'Église sur l'avortement. On a aussi remarqué que certains catholiques ont tendance à choisir les enseignements moraux de l'Église auxquels ils adhèrent. On dit parfois que le fait d'être en désaccord avec le Magistère est tout à fait compatible avec le fait d'être un « bon catholique » et ne pose aucun obstacle à la réception des sacrements. C'est une grave erreur qui remet en question le magistère des évêques des États-Unis et d'ailleurs. »

L'encyclique Lumen fidei du pape François (2013) insiste sur l'unité fondamentale des articles de foi, nécessaire à la pleine communion :

« Étant donné qu’il n’y a qu’une seule foi, celle-ci doit être confessée dans toute sa pureté et son intégrité. C’est bien parce que tous les articles de foi sont reliés entre eux et ne font qu’un, qu’en nier un seul, même celui qui semblerait de moindre importance, revient à porter atteinte à tout l’ensemble[13]. »

Bien que la définition du terme englobe tout catholique refusant de donner son devoir d'assentiment religieux de l’intelligence et de la volonté (obsequium religiosum), en pratique, il n'a jamais été utilisé pour désigner les groupes intégristes en rupture de communion avec l'Église telle que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X[14] ou bien même les cercles sédévacantistes. Il semble alors que son usage soit réservé particulièrement pour les mouvances progressistes au sein de l'Église.

Enquêtes sur les laïcs catholiques dissidents dans le monde entier

En 2014, la chaîne américaine hispanophone Univision a commandé une enquête sur les valeurs mondiales auprès de 12 038 personnes se déclarant catholiques dans 12 pays comptant une importante population catholique à travers le monde, représentant 61 % de la population catholique mondiale et couvrant neuf langues réparties sur cinq continents[15]. Elle conclut que la plupart des catholiques de la planète sont en désaccord avec l'Église sur la contraception, le droit à l'avortement, le divorce et le célibat des prêtres. En Argentine, pays natal du pape François, 70 % de la population se déclare catholique, le mariage pour tous bénéficie d'un large soutien.

En 2019, une étude du Pew Research Center intitulée What Americans know about religion indique que moins d'un tiers des catholiques américains (31%) disent croire à la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, les autres (69%) déclarant considérer le pain et le vin consacrés comme de simples symboles[16].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Cafeteria Catholicism » (voir la liste des auteurs).
  1. Joseph Ratzinger, « Lettre au Père Charles Curran » [archive du ], sur vatican.va, Congrégation pour la Doctrine de la Foi , (consulté le ).
  2. (en-US) Kate Scanlon, « Catholic governors inconsistent on role of death penalty », sur Catholic Review, (consulté le ).
  3. (en-US) Timothy Egan, « The End of Catholic Guilt », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. (en) Frank Newport, « Americans, Including Catholics, Say Birth Control Is Morally OK », sur Gallup Inc. (en), (consulté le ).
  5. « Jean-Marie Donégani : "Le catholicisme à l'époque postmoderne est un catholicisme à la carte" », sur La Vie, (consulté le ).
  6. (en) Peter Pinedo/CNA, « New Study Suggests Rampant ‘Cafeteria Catholicism’ », sur National Catholic Register, (consulté le ).
  7. (en) Daryl Grigsby, « We are all 'cafeteria Catholics.' So what? Let's enjoy the church's feast. », sur National Catholic Reporter (consulté le ).
  8. (en) Peggy Frye, « What Is a "Cafeteria Catholic"? », sur Catholic Answers (consulté le ).
  9. « Foi : catholicisme "à la carte" ? », sur France catholique, (consulté le ).
  10. (en-US) Rea Nolan Martin, « Proud to Be a Cafeteria Catholic » [archive du ], sur HuffPost, (consulté le ).
  11. « Catéchisme S. Pie X 123 », sur clerus.org (consulté le ).
  12. (en) Jean-Paul II, « To the Bishops of the United States of America », sur vatican.va, (consulté le ).
  13. François, Lumen fidei (encyclique), (lire en ligne), no 48.
  14. Jean-Paul II, « Ecclesia Dei », sur www.vatican.va, (consulté le ).
  15. (en-US) Jack Jenkins, « No, American politics didn’t create ‘Cafeteria Catholics.’ Catholicism did. », (consulté le ).
  16. « La transsubstantiation, dogme central de la foi catholique », Vatican News,‎ (lire en ligne).

Bibliographie

Voir aussi

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