Centre de détention de Kahrizak

Le centre de détention de Kahrizak (en persan بازداشتگاه کهریزک) est une prison située à Kahrizak (en), dans la province de Téhéran, en Iran, et gérée par le pouvoir judiciaire iranien. Elle attire l'attention des médias en 2009, lorsque les mauvais traitements subis par des prisonniers d'opinion y sont révélés.

Avant 2009

La prison est située au sud de la capitale iranienne, près du cimetière de Beshesht-e Zahra. Elle semble avoir ouvert en 2001[1]. Les premières accusations de mauvais traitement remontent à 2007 : une ONG révèle que les cellules sont en sous-sol, que les prisonniers n'ont pas accès à l'air libre, l'eau leur est rationnée et ils ne reçoivent qu'un repas quotidien[1].

Scandale en 2009

La prison de Kahrizak est supposée accueillir des « criminels dangereux »[2] ou des condamnés de droit commun[3]. Mais, lors de la répression du Mouvement vert, consécutif à l'élection contestée de Mahmoud Ahmanidejad en juin 2009, la prison d'Evin, destinée aux détenus politiques, est pleine[2]. Au moins 140 manifestants sont incarcérés en juillet à Kahrizak[4],[5], alors que le centre a une capacité de cinquante places[1].

En août 2009, le chef de la police, Esmail Ahmadi-Moghaddam, reconnaît le décès de trois détenus. Il admet également que des prisonniers ont été battus et torturés[6]. Des témoignages font également état de viols[7]. L'affaire arrive à la connaissance du public lors du décès de l'un des trois détenus, Mohsen Rouholamini, proche de Mohsen Rezaï, candidat battu à l'élection de 2009[6],[7].

Mehdi Karroubi et Mir Hossein Moussavi, les meneurs du mouvement de contestation, déclarent que cette prison est une honte[7]. Karoubi, dans une lettre ouverte à Rafsandjani, cite des témoins de viols commis sur des jeunes femmes et de jeunes gens[8].

Enquête et procès

Ali Larijani, alors président du Parlement, dément les accusations de viols et de torture[9]. Le directeur du centre de détention est cependant licencié. Ali Khamenei en annonce la fermeture, pour des raisons de non respect des normes[6]. Il promet que les responsables des tortures seront poursuivis. Pour autant, les véritables responsables ne sont pas inquiétés[7]. Quelques jours après sa promesse, le Guide suprême se dédit en invoquant l'intérêt supérieur du régime[7]. Le docteur Ramin Pourhandajani, qui avait examiné les victimes de mauvais traitement, et donc le témoignage était crucial, meurt dans des conditions non élucidées au mois de novembre. Les autorités parlent de suicide, mais ne permettent pas de pratiquer une autopsie. La thèse d'un assassinat destiné à couvrir le régime est jugée probable[7],[1].

Un an plus tard, en juin 2010, lors d'un procès à huis-clos, deux responsables dont l'identité n'est pas révélée sont condamnés à mort[10]. Trois officiers de justice sont ensuite suspendus pour leur rôle présumé dans la mort de détenus[4]. En juillet 2013, Saïd Mortazavi, procureur de Téhéran à l'époque des faits, qui avait ordonné le transfert des manifestants arrêtés à Kahrizak, est condamné à une interdiction d'exercer toute fonction liée à la justice. Pour avoir incité ses subordonnés à rédiger de faux rapports, il est condamné à une amende de cinquante euros[11].

Après 2009

En 2018, il est question de rouvrir le centre pour y détenir des toxicomanes[12].

En janvier 2026, les images des corps des manifestants entassés au centre médico-légal de Kahrizak révèlent l'ampleur de la nouvelle répression[13].

Notes et références

  1. (en) Muhammad Sahimi, « The Mysterious Death of a Kahrizak Doctor », sur FRONTLINE - Tehran Bureau, (consulté le )
  2. « Iran : la police admet des maltraitances en prison », sur Le Figaro, (consulté le )
  3. ↑ (en) « The Mysterious Death of a Kahrizak Doctor », sur FRONTLINE - Tehran Bureau (consulté le )
  4. (en-GB) « Iran suspends officers over Kahrizak jail deaths », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ (fa) « کهریزک و روایتی که خشم مرتضوی را برانگیخت », sur BBC News فارسی,‎ (consulté le )
  6. « Des geôliers accusés de viols, un directeur de prison incarcéré », sur France 24, (consulté le )
  7. « IRAN. Kahrizak, la honte du régime islamique », sur Courrier international, (consulté le )
  8. ↑ « Accusations de viols dans les prisons iraniennes », sur Le Figaro, (consulté le )
  9. ↑ « Iran : une enquête doit être menée sur les viols et les tortures en détention », sur Amnesty International, (consulté le )
  10. ↑ Amnesty International, Toute la lumière doit être faite sur les morts et les actes de torture perpétrés dans un centre de détention de sinistre renommée, (lire en ligne)
  11. ↑ « Une amende pour le bourreau de Kahrizak en Iran : 50 euros », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  12. ↑ (fa) « استفاده از بازداشتگاه کهریزک برای نگه‌داری از معتادان », sur dw.com,‎ (consulté le )
  13. ↑ (fa) « کهریزک؛ از شکنجه و مرگ در ۱۳۸۸ تا بازتاب سرکوب در دی ۱۴۰۴ » [« Kahrizak : De la torture et de la mort en 2009 au reflet de la répression en janvier 2026 »], sur www.radiozamaneh.com,‎ (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

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