Cerfeuil sauvage

Anthriscus sylvestris

Le Cerfeuil sauvage ou Anthrisque sauvage, encore appelé Cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris), est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Apiaceae. C'est une plante herbacée bisannuelle ou vivace (parfois annuelle) trouvée dans une grande partie de l'Eurasie et dans les zones montagneuses d'Afrique.

Étymologie et dénominations

Un plant de cerfeuil sauvage.

Le nom scientifique anthriscum ou le nom vernaculaire Anthrisque désignait autrefois le cerfeuil sauvage. La plante porte aussi comme noms vernaculaires « persil sauvage », « persil des bois », « persil d'âne », « cerfeuil d'âne » et « ciguë blanche » (en raison de sa ressemblance avec la grande et la petite ciguë)[1].

Description

Ses principales caractéristiques sont[2] :

Appareil végétatif

Plante bisannuelle ou vivace, fétide, à souche épaisse et allongée, elle a une tige dressée vert franc, creuse, cannelée, à nœuds un peu renflés, glabre sur sa partie supérieure (alors que celle du Cerfeuil des fous, plante toxique, est pleine, a des poils raides sur toute sa longueur et est tachetée comme les Ciguës)[3], poussant à une hauteur de 60 à 170 cm. Les feuilles de 15 à 30 cm de long sont luisantes, les inférieures à long pétiole égalant environ le limbe ou plus court[4]. Ces feuilles sont bi[5] à tripennatiséquées, à segments oblongs-lancéolés, rapprochés, subaigu[6].

Appareil reproducteur

Inflorescences

La période de floraison s'étend d'avril à juillet. L'inflorescence est une ombelle d'ombellules (l'ombelle portant de 7 à 16 rayons presque égaux, l'ombellule de 8 à 12 rayons secondaires), avec un involucre nul (bractées rapidement caduques dès la floraison) tandis que l'involucelle est composée de 5 folioles lancéolées réfléchies. Les fleurs blanches, de petite taille (3,5-4 mm de diamètre) et sans calice en raison de l'inflorescence relativement condensée, sont portées par un pédoncule long et glabre. L'ombelle est en effet souvent polygame, ce qui se traduit par un dimorphisme floral : les fleurs centrales sont bisexuées ou femelles et actinomorphes et comportent une corolle formée de 5 pétales égaux, mais légèrement plus grands sur l'extérieur dans les fleurs périphériques mâles ou stériles et zygomorphes, contribuant à faire de l'ombelle une simili-fleur. Les périphériques servent essentiellement d'organes d'attraction pour les insectes pollinisateurs et les centrales sont surtout réservées à la reproduction. Les fleurs à pollinisation entomogame ont un androcée constitué de 5 étamines alternipétales (androcée isostémone) ; l'ovaire infère issu de deux carpelles soudés, porte deux styles dressés qui s'élargissent à la base en un disque ou coussinet nectarifère (stylopode). Les fruits, noirs et secs, sont des schizocarpes (diakènes) lisses et luisants, à bec très court. La dissémination des graines (noires à brunes, 0,7 à 1 cm de longueur) est barochore[6].

Répartition et habitat

La plante trouvée dans une grande partie de l'Eurasie et dans les zones montagneuse d'Afrique. On la trouve notamment en France.

Cette plante rudérale est favorisée par le défrichement qui assèche le sol et fait disparaître les éléments mésophytiques. Elle fait ainsi souvent partie de la végétation anthropogène (prairies amendées, talus, haies, chemins, avec de nombreuses graminées), nitrophile à dominance d’espèces vivaces, eurosibérienne et méditerranéenne. Elle est également une espèce indicatrice du type d’habitat installé en lisière forestière nitrophile, hygrocline et demi-sciaphile. En France, elle est rattachée aux alliances phytosociologiques suivantes : prairies (Arrhenatheretalia), aulnaies-frênaies (Alno-Padion), chênaies (Carpino-Fagenalia) ; lisières (Trifolion medii, Geo-Alliarion, Calystegion) ; hêtraies, hêtraies-sapinières (Fagion sylvaticae)[7].

Utilisations

Alimentaire

Divers usages ethnobotaniques sont documentés en Eurasie (Turquie, Bulgarie, Serbie et Asie jusqu'en Corée et au Japon[8],[9],[10],[11],[12],[13]). Cependant, la comestibilité du cerfeuil sauvage ne fait pas consensus puisqu'il présente un risque de toxicité (voir plus bas).

L'information la plus souvent vulgarisée est que seule la racine serait toxique, au contraire des parties aériennes qui seraient comestibles[14]. Cette affirmation est aujourd'hui remise en cause par les nombreuses études démontrant la présence de différents lignanes cytotoxiques présents également dans les parties aériennes[15].

Reduron, botaniste et auteur de monographies sur les apiacées de France le considère comme un « comestible suspect »[16] par sa composition biochimique et Orčić, biochimiste spécialisé dans l'alimentation et auteur de plusieurs études à son sujet, signale qu'il ne le consommerait pas lui-même sans avoir testé l'aliment avant[17].

Goût et usages populaires

Les jeunes feuilles, fleurs et les jeunes fruits sont d'un goût plus fort que ceux du cerfeuil commun (Anthriscus cerefolium), et à la limite du déplaisant[18]. Les feuilles et les tiges florales se mangent crues ou finement hachées dans les salades ou peuvent être cuites en légumes. Les boutons floraux tendres peuvent parfumer salades et tartines beurrées ou être conservés dans du vinaigre épicé pour les manger comme apéritif. Les graines sont employées en condiment comme celles de carvi, aromatisant divers plats[19].

Médicinale

Plante médicinale utilisée en Chine depuis l'Antiquité, elle passe pour être stimulante, digestive, stomachique, diurétique, dépurative et sudorifique[20].

Toxicité

Le cerfeuil sauvage présente une toxicité marquée due à la déoxypodophyllotoxine (ou anthricine), lignane naturel à forte activité antitumorale, cytotoxique et antimitotique[21],[22],[23].

Cette toxicité cellulaire a été démontrée in vitro et sur l'animal[24].

La déoxypodophyllotoxine agit en bloquant la polymérisation de la tubuline, provoquant l'arrêt du cycle cellulaire et l'apoptose (empêchant la division cellulaire) et créant une mort cellulaire. Ces effets sont bénéfiques contre les cellules cancéreuses, mais cette molécule peut cependant aussi léser les cellules saines, d'où une difficulté d'usage et une toxicité cellulaire. Les études n'ayant pas encore porté sur l'humain, on ignore encore son comportement une fois ingérée[21],[22],[23].

Bien que cela ne soit pas documenté par des études récentes, la plante serait un puissant abortif[25], dont l'usage est documenté en Russie[12].

Ces études montrent qu'il convient d'être prudent quant à la consommation de toutes les parties du cerfeuil sauvage[17].

Concentrations de déoxypodophyllotoxine

La déoxypodophyllotoxine est présente dans toutes les parties de la plante :

  • Racines : entre 3 et 58 %[16] (0,08-17,3 mg/g[10]). Cette toxicité élevée rend les racines impropres à la consommation et en fait la partie la plus toxique de la plante[26],[27].
  • Feuilles: entre 2 et 17 %[16] (0,01-4,0 mg/g[10]). La quantité de lignanes dans les parties aériennes tend à diminuer au fil de la croissance de la plante, qui est plus importante dans les jeunes feuilles[15].
  • Fruits: une étude a montré une quantité record de 867 mg/g dans, soit 50x plus élevée que dans les racines[28].

Toxicité sur l'animal (Daphnia magna)

Une étude a testé trois extraits d'Anthriscus sylvestris (éthanolique, hydroéthanolique et aqueux) sur Daphnia magna[24], un organisme utilisé pour les évaluations de toxicité sur l'animal.

Les extraits éthanolique et hydroéthanolique ont montré une létalité de 100% des organismes, même aux concentrations les plus faibles. L'extrait aqueux a montré une toxicité de 70%, uniquement à la concentration la plus élevée[24].

Cette étude montre qu'en plus d'une toxicité cellulaire in vitro, la déoxypodophyllotoxine est toxique pour certains organismes vivants[24]. Les auteurs concluent que pour utiliser des extraits d'Anthriscus sylvestris, notamment de sa richesse en antioxydants, il conviendrait d'utiliser des extraits aqueux ou d'enlever les lignanes (déoxypodophyllotoxine) responsables de la toxicité.

Risques de confusions et moyens de différenciations

Le cerfeuil sauvage ne doit en aucun cas être confondu ni avec la grande et la petite ciguë ni avec le cerfeuil des fous, trois plantes de la même famille qui lui ressemblent beaucoup.

On l'en distingue par les critères suivants[29] :
Le cerfeuil des bois (ou « Anthrisque sauvage ») a :

  • des parties poilues, dont une tige poilue (surtout vers le bas), alors que la ciguë est entièrement glabre ;
  • une tige creuse ;
  • des à-plats ou dégradés de couleur mauve-rosée à rougeâtres sur la tige et les pétioles, alors que la ciguë présente toujours des taches rouge-pourpre (notamment dans la partie inférieure) ;
  • des feuilles souvent plus vertes que celles de la grande ciguë (qui sont généralement plus glauques) ;
  • des pétioles dont la face intérieure est en gouttière, alors que ceux de la grande ciguë sont tubulaires ;
  • des feuilles bi- à tripennées, alors que celles de la grande ciguë sont plus découpées et divisées (composées trois à cinq fois). L'involucelle de la petite ciguë porte 1 à 5 longues bractéoles linéaires, pendantes, plus grandes.

Le Cerfeuil des bois se distingue assez facilement de la berce du Caucase (plante invasive produisant des toxines phototoxiques) car cette dernière atteint 2 mètres, a de grandes feuilles beaucoup moins divisées et produit d'énormes ombelles de 50 à 150 rayons.

Le Cerfeuil des bois se distingue aussi du Cerfeuil penché (= ou Cerfeuil des fous = Chérophylle penché, Chaerophyllum temulum) aux feuilles plus glauques et à la tige tachetée comme celle de la Ciguë.

Notes et références

  1. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 147.
  2. Données d'après : Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.
  3. Taches pourpres caractéristiques dues à la distribution discontinue d'anthocyanes.
  4. Pétiole en gouttière sur le dessus et en V en dessous
  5. Feuilles formées de 3 folioles de forme triangulaire, elles-mêmes subdivisées en segments séparés.
  6. Hippolyte Coste, Flore descriptive et illustrée de la France, de la Corse et des contrées limitrophes, P. Klincksieck, , p. 734.
  7. Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, Gérard Dumé, Flore forestière française : guide écologique illustré. Montagnes, Forêt privée française, , p. 959.
  8. Fejes, « In vitro antioxidant activity of Anthriscus cerefolium L.(Hoffm.) extracts », J. Ethnopharmacology, vol. 69, no 3,‎ , p. 259-265 (lire en ligne)
  9. Park, « The Vascular Plants in Mt. Bohyeon, Gyeongbuk, Korea », Korean Journal of Plant Resources, vol. 28, no 2,‎ , p. 193-216 (lire en ligne)
  10. Orčić, D., Berežni, S., & Mimica-Dukić, N., « Quantitative HPLC–UV Study of Lignans in Anthriscus sylvestris », Molecules, vol. 27, no 18,‎ , p. 6072 (lire en ligne)
  11. Kozuharova, « Wild umbellifers traditionally used for food in Sicily and Bulgaria and their health benefits. », BULGARIAN CHEMICAL COMMUNICATIONS, vol. 27,‎ (lire en ligne)
  12. Berežni, « Anthriscus sylvestris-Noxious Weed or Sustainable Source of Bioactive Lignans? », Plants (Basel), vol. 13, no 8,‎ , p. 1087
  13. Mitsuggi, « Chemical Components of the Roots of Anthriscus sylvestris HOFFM. I. Structures of an Acyloxycarboxylic Acid and a New Phenylpropanoidester, Anthriscusin, », Pharmaceutical Society of Japan, vol. 98, no 11,‎
  14. François Couplan, Plantes sauvages comestibles, Tous les secrets d’un cueilleur de plantes, Larousse,
  15. (en) Orčić, D., « Quantitative HPLC–UV Study of Lignans in Anthriscus sylvestris. », Molecules, vol. 27,‎ (lire en ligne Accès libre [PDF])
  16. Jean-Pierre Ruderon, Ombellifères de France, Bulletin de la Société Botanique du Centre-Ouest, , 564 p., Nouvelle Série Numéro spécial 26. Volume 1, 397-398.
  17. Michaël Berthoud, « Toxicité des feuilles du cerfeuil sauvage, Anthriscus sylvestris » Accès libre, sur Cueilleurs Sauvages, (consulté le )
  18. La saveur des feuilles est un mélange de carotte, d’anis et de cumin. La racine est légèrement piquante.[réf. nécessaire]
  19. François Couplan, Le régal végétal : plantes sauvages comestibles, Editions Ellebore, , p. 103
  20. Paul Fournier, Le livre des plantes médicinales et vénéneuses de France, P. Lechevalier, , p. 332
  21. Diandong Ma et al., « Deoxypodophyllotoxin triggers parthanatos in glioma cells via induction of excessive ROS », Cancer letters, vol. 371, no 2,‎ , p. 194-204 (lire en ligne)
  22. Ah-Won Kwak et al, « Deoxypodophyllotoxin, a Lignan from Anthriscus sylvestris, Induces Apoptosis and Cell Cycle Arrest by Inhibiting the EGFR Signaling Pathways in Esophageal Squamous Cell Carcinoma Cells », Molecular Sciences, vol. 21,‎ (lire en ligne)
  23. Meijuan Wu et al., « Deoxypodophyllotoxin triggers necroptosis in human non-small cell lung cancer NCI-H460 cells. », Biomedicine & pharmacotherapy, vol. 67, no 8,‎ , p. 701-6 (lire en ligne)
  24. (en) Olaru, « Polyphenolic content and toxicity assessment of Anthriscus sylyestris Hoffm. », Romanian Biotechnological Letters, vol. 22, no 6,‎ , p. 12054 (lire en ligne)
  25. Schauenberg P. & F. Paris, Guide des plantes medicinales, Delachaux & Niestle, , 396 p.
  26. (en) Koulman A, « A phytochemical study of lignans in whole plants and cell suspension cultures of Anthriscus sylvestris », Planta Med, vol. Aug; 69(8), nos 733-8,‎ (lire en ligne Accès payant)
  27. (en) Ikeda R, « Antiproliferative constituents in umbelliferae plants. III. Constituents in the root and the ground part of Anthriscus sylvestris Hoffm », Chem Pharm Bull (Tokyo), vol. 46(5),‎ , p. 871-4. (lire en ligne)
  28. Mina Janković, « Quantitative analysis of lignans from the fruits of wild chervil (Anthriscus sylvestris (L.) Hoffm.) », Facta universitatis, vol. 21, no 1,‎ , p. 39-46 (lire en ligne Accès limité)
  29. « Cerfeuil des bois un régal mais ⚠️ » (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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