Château d'Arnoia

Château d'Arnóia
Image illustrative de l’article Château d'Arnoia
Vue du château d'Arnóia.
Nom local Castelo de Arnóia
Type Château fort
Début construction Fin du Xe siècle ou début du XIe siècle
Protection Monument national, depuis le 15 mars 1946
Coordonnées 41° 21′ 49″ nord, 8° 03′ 07″ ouest
Pays Drapeau du Portugal Portugal
Région historique Nord
Subdivision administrative District de Braga
Municipalité Celorico de Basto
Freguesia Arnóia
Géolocalisation sur la carte : Portugal
(Voir situation sur carte : Portugal)
Château d'Arnóia

Le château d'Arnóia, également connu sous les noms de château d'Arnoia, château des Maures ou château de Moreira, est un château situé dans la freguesia d'Arnóia, dans la municipalité de Celorico de Basto, dans le district de Braga, au Portugal[1].

Édifié sur un éperon rocheux dominant l'ancienne Vila de Basto, il fut l'un des principaux centres défensifs et administratifs des Terras de Basto[1]. Sa construction est généralement située entre la fin du Xe siècle et le début du XIe siècle, à l'époque du comté de Portugal, avant la formation du royaume de Portugal, dans un contexte d'essor des fortifications castrales en Europe occidentale[1],[2].

Le château est classé monument national depuis le 15 mars 1946[1].

Histoire

Antécédents

Le territoire de Celorico de Basto présente des traces d’occupation ancienne, notamment des vestiges préhistoriques, des habitats fortifiés de l’âge du Fer et des éléments d’époque romaine. Toutefois, aucune structure antique n’est attestée avec certitude sur l’emplacement même du château d’Arnóia[1]. L’implantation de la forteresse médiévale s’explique surtout par la position défensive de l’éperon rocheux dominant l’ancienne Vila de Basto.

Origines médiévales et rôle territorial

L’origine du château d’Arnóia est traditionnellement située dans la seconde moitié du Xe siècle, tandis que la structure romane conservée est rattachée aux XIIe et XIIIe siècles[1]. Sa construction est généralement mise en relation avec la défense du voisin monastère Saint-Benoît d'Arnoia[1]. Elle s’inscrit dans le développement des fortifications castrales qui marque l’Europe occidentale entre le Xe siècle et le XIIe siècle[2].

Múnio Muniz est parfois présenté comme le premier commandant du château[1]. La forteresse devint l’un des principaux centres défensifs et territoriaux des Terras de Basto[1].

Le château est mentionné dans les Inquirições de 1258, sous le règne d’Alphonse III de Portugal[2]. Ces enquêtes royales témoignent de son intégration dans l’organisation militaire, fiscale et seigneuriale du territoire.

À la mort d’Alphonse III en 1279, le commandant du château, Martim Vasques da Cunha, se trouve en conflit avec le nouveau souverain, Denis Ier de Portugal, dans le contexte des tensions politiques liées à la succession royale[1]. Cet épisode est à l’origine d’une tradition légendaire relative à sa fuite du château[3].

En 1282, Denis Ier afferme les domaines de Celorico de Basto à Martim Joanes, pour la somme de 210 morabitinos, avec obligation de recruter un chevalier chargé d’assurer le commandement du château. En 1284, les domaines et le château sont affermés aux habitants de Celorico de Basto[1].

En 1402, après l’avènement de Jean Ier de Portugal, la seigneurie des Terras de Basto est donnée à Gil Vasques da Cunha[1].

Sous le règne de Manuel Ier de Portugal, un nouveau foral est accordé à Celorico de Basto le 29 mars 1520. Il établit le siège du concelho à Arnóia, au lieu-dit du Château[1],[4].

Le premier centre administratif et judiciaire local se développe ainsi auprès du château. Dans l’actuelle localité du Castelo, à Arnóia, subsistent encore des vestiges de cette organisation ancienne, notamment les bâtiments liés aux audiences et à la prison, la potence, l’ancienne pharmacie et le pilori de l’ancienne Vila de Basto[4].

Vila de Basto et déclin moderne

Le déclin du site s’amorce au début du XVIIIe siècle. En 1717, le centre administratif local est transféré de l’ancienne Vila de Basto vers la freguesia de Britelo[5].

Ce déplacement est confirmé par une provision de Jean V datée de 1719, qui transfère le siège du concelho et de la juridiction locale de Celorico vers Freixieiro, dans la freguesia de Britelo, sous la désignation de Vila Nova de Freixieiro[4]. Ce transfert contribue au déclin de l’ancienne Vila de Basto, tandis que le centre administratif se fixe progressivement autour de l’actuelle vila de Celorico de Basto[4].

Protection et restaurations contemporaines

Le château est classé monument national par décret publié le 15 mars 1946[1].

Le monument fait l’objet de travaux de consolidation et de restauration au cours du XXe siècle, notamment à partir des années 1960. Dans les années 1970, des interventions portent notamment sur les merlons et l’accès extérieur à la tour[1].

Le château rouvre au public en 2004, après des travaux de restauration et d’aménagement[5]. En 2015, une nouvelle campagne de travaux concerne notamment les murailles, la tour, les accès, les parcours de visite, l’éclairage et les réseaux techniques[5].

Légendes locales et mémoire contemporaine

Traditions d’origine mauresque

Le château est aussi connu sous les noms de « château des Maures » et de « château de Moreira »[1],[6]. Cette désignation nourrit une tradition locale associant le site aux Maures. Dans une version publiée de la légende, les Maures se seraient installés dans la forteresse d’Arnóia, jugée plus facile à défendre que les hauteurs voisines du Ladário et du Viso[7].

La même version évoque également l’existence de tunnels reliant la forteresse au Tâmega, à environ une dizaine de kilomètres[7]. Cette mention relève toutefois du registre légendaire ; elle ne constitue pas une preuve archéologique de l’existence d’un passage souterrain. Les traditions orales locales évoquent parfois un lien avec Amarante, située sur le Tâmega, mais cette variante ne paraît pas documentée dans les sources publiées actuellement disponibles.

La ruse des chèvres aux flambeaux

La légende la plus connue concerne la prise du château par les chrétiens. Selon ce récit, les troupes chrétiennes, trop peu nombreuses pour attaquer frontalement la forteresse, auraient imaginé une ruse nocturne : des chèvres auraient été munies de lumières ou de flambeaux attachés à leurs cornes, afin de faire croire à l’approche d’une armée nombreuse. Les Maures, trompés par cette apparition dans la nuit, auraient alors abandonné le château[7].

Cette tradition est également mentionnée par la Rota do Românico, qui indique que la légende de la prise du château d’Arnóia conserve encore une vigueur locale[8]. Elle explique l’autre nom parfois donné au récit, celui de l’« armée qui n’en était pas une »[7].

La fuite de l’alcaide Martim Vasques da Cunha

Une autre légende concerne Martim Vasques da Cunha, alcaide du château sous le règne de Denis Ier Portugal. Selon la tradition, après la mort d’Alphonse III Portugal, l’alcaide se serait trouvé dans une situation de fidélité contradictoire, ayant pris parti pour l’infant Alphonse contre le roi Denis. Pour quitter sa charge sans manquer à son honneur, il aurait fait sortir la garnison et les habitants du château, se serait enfermé seul dans la forteresse, puis aurait mis le feu à une habitation avant de s’échapper depuis les murailles dans un panier suspendu à une corde attachée à un créneau[9].

La Rota do Românico mentionne également ce « fait légendaire » de Martim Vasques da Cunha et précise que ce type de récit a parfois servi à expliquer l’abandon ultérieur de la structure militaire[8].

Mise en scène contemporaine des légendes

Ces traditions sont aujourd’hui reprises dans des événements culturels locaux. En juillet 2023, le programme de la Feira Medieval de Celorico de Basto, organisée au château d’Arnóia et dans l’ancienne Villa de Basto, comprenait un spectacle de feu intitulé « A Lenda do Castelo de Arnoia »[10].

Depuis 2025, la légende de la prise du château est aussi mise en scène lors de la Noite das Labaredas, organisée dans la freguesia d’Arnóia. La première édition, tenue en 2025, avait pour objectif de recréer la conquête du château par les chrétiens. Selon la presse locale, environ une centaine de participants costumés ont pris part à l’événement, qui comprenait aussi une « queimada de Basto », un spectacle de lasers et un feu d’artifice[11].

Une deuxième édition est annoncée en 2026, autour de l’équinoxe de printemps, avec la recréation de la prise du château « comme le dit la légende », l’« assalto ao castelo » et la « queimada de Basto » au programme[12]. Ces manifestations témoignent de la place des légendes d’Arnóia dans la mémoire locale contemporaine.

Caractéristiques

Le château d’Arnóia présente un plan polygonal irrégulier, adapté au relief de l’éperon rocheux sur lequel il est implanté. L’enceinte, construite en granite, délimite une petite place d'armes et suit les dénivellations du terrain[1],[5].

Les murailles sont parcourues par un chemin de ronde et renforcées au nord par un cubelo, c’est-à-dire une petite tour de flanquement intégrée à l’enceinte. L’accès au château se fait par une porte unique, ouverte au sud, ce qui correspond à une organisation défensive relativement resserrée[1].

Le donjon, de plan quadrangulaire, est adossé au secteur sud de l’enceinte. Sa porte, tournée vers la place d’armes, est située à environ trois mètres du sol ; elle est aujourd’hui accessible par un escalier extérieur construit au cours des restaurations modernes. L’intérieur de la tour se répartit sur trois niveaux, dont un niveau inférieur servant de cave, et le sommet est couronné de merlons[1].

Au centre de la place d’armes se trouve une citerne, élément essentiel pour l’approvisionnement en eau en cas de siège[5]. À l’extérieur de l’enceinte, sur le versant nord, subsistent également des éléments liés aux anciennes fonctions judiciaires de la Vila de Basto, notamment le pilori et l’ancienne potence, restaurés au cours du XXe siècle[1].

Les recherches archéologiques menées au début du XXIe siècle ont identifié plusieurs phases d’occupation du site. Elles indiquent notamment une occupation médiévale entre les XIIe et XIIIe siècles, puis une occupation plus tardive entre les XIVe et XVIe siècles, période durant laquelle le château conserve une fonction résidentielle, administrative et symbolique plus qu’un rôle strictement militaire[5].

Notes et références

(pt) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en portugais intitulé « Castelo de Arnoia » (voir la liste des auteurs).
  1. (pt) « Castelo de Arnóia », sur Património Cultural (consulté le ).
  2. (pt) « Castelo de Arnóia », sur Cultura Portugal (consulté le ).
  3. ↑ (pt) « Castelo de Arnóia / Castelo dos Mouros / Castelo de Moreira », sur SIPA — Sistema de Informação para o Património Arquitectónico (consulté le ).
  4. (pt) « História », sur Câmara Municipal de Celorico de Basto (consulté le ).
  5. (pt) « Castelo de Arnoia », sur Rota do Românico (consulté le ).
  6. ↑ (pt) « Castelo de Arnóia », sur Cultura Portugal (consulté le ).
  7. (pt) Jorge Montez, « A lenda do castelo de Arnóia ou do exército que o não era », sur Portugal de Lés a Lés, (consulté le ).
  8. (pt) « Arquitetura e Artes Românicas », sur Rota do Românico (consulté le ).
  9. ↑ (pt) « Castelo de Arnóia; características e antecedentes », sur Castelos de Portugal (consulté le ).
  10. ↑ (pt) « Feira Medieval », sur Câmara Municipal de Celorico de Basto, (consulté le ).
  11. ↑ (pt) « Arnoia reviveu lenda do assalto ao castelo na reconquista cristã », sur Novum Canal, (consulté le ).
  12. ↑ (pt) Bárbara Rola, « Arnoia – Noite de Labaredas celebra o equinócio da Primavera », sur Rádio Região de Basto, (consulté le ).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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