Château de Farleigh Hungerford

Château de Farleigh Hungerford
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Pays
Coordonnées
51° 19′ 03″ N, 2° 17′ 13″ O
Organisation
Fondateur
Propriétaire
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Le château de Farleigh Hungerford, parfois appelé château de Farleigh ou château de Farley, est un château médiéval situé à Farleigh Hungerford, dans le Somerset, en Angleterre. Sa construction se déroule en deux phases : la cour intérieure est édifiée entre 1377 et 1383 par Thomas Hungerford, qui a fait fortune comme intendant de Jean de Gand. Le château, de plan quadrangulaire, est alors considéré comme un peu désuet. Il s'élève sur l'emplacement d'un ancien manoir dominant la rivière Frome. Un parc à cerfs y est rattaché, ce qui nécessite la destruction du village voisin. Le fils de Thomas, Walter Hungerford, chevalier et courtisan de premier plan d'Henri V, fait fortune pendant la guerre de Cent Ans contre la France et agrandit le château en y ajoutant une cour extérieure, intégrant ainsi l'église paroissiale. À la mort de Walter en 1449, le château, imposant, est richement orné et sa chapelle décorée de peintures murales.

Le château reste en grande partie entre les mains de la famille Hungerford pendant les deux siècles suivants, malgré des périodes, durant la Guerre des Deux-Roses où il est détenu par la Couronne, à la suite de la condamnation et de l'exécution de membres de la famille. Au début de la Première Révolution anglaise en 1642, le château, modernisé selon les dernières modes Tudor et Stuart, est détenu par Edward Hungerford. Ce dernier déclare son soutien au Parlement et devient un chef des Têtes-Rondes dans le Wiltshire. Farleigh Hungerford est pris par les forces royalistes en 1643, mais repris par le Parlement sans combat vers la fin du conflit en 1645. De ce fait, il échappe au démantèlement après la guerre, contrairement à de nombreux autres châteaux du sud-ouest de l'Angleterre.

Le dernier membre de la famille Hungerford à posséder le château, Edward Hungerford, en hérite en 1657, mais son goût pour le jeu et sa prodigalité le contraignent à le vendre en 1686. Au XVIIIe siècle, le château, abandonné par ses propriétaires, tombe en ruine. En 1730, il est acquis par la famille Houlton, drapiers de Trowbridge, et une grande partie est démantelée pour récupérer des matériaux. L'intérêt des antiquaires et des touristes pour ce château en ruines s'accroit tout au long des XVIIIe et XIXe siècles. La chapelle du château est restaurée en 1779 et transformée en musée de curiosités, abritant notamment les peintures murales redécouvertes en 1844 et plusieurs cercueils anthropomorphes en plomb rares datant du milieu du XVIIe siècle. En 1915, le château de Farleigh Hungerford est vendu au ministère des Travaux et un programme de restauration controversé est entrepris. Il appartient désormais à English Heritage, qui l'exploite comme attraction touristique, et le château est un bâtiment classé Grade I et un monument classé.

Histoire

XIe-XIVe siècles

Plan actuel du château de Farleigh Hungerford ; A – tour nord-ouest ; B – boulangerie ; C – cour/jardin ; D – tour nord-est ; E – barrage ; F – cuisines ; G – grande salle ; H – grande chambre ; I – douves ouest ; J – cour intérieure ; K – aile est ; L – tour sud-ouest ; M – corps de garde intérieur ; N – tour sud-est ; O – douves ; P – barbacane ; Q – douves comblées ; R – porte ouest ; S – cour extérieure ; T – chapelle Saint-Léonard ; U – chapelle Sainte-Anne, chapelle du transept nord ; V – maison du prêtre ; W – écuries ; X – corps de garde est

Après la conquête normande de l'Angleterre, le manoir de Ferlege, dans le Somerset est octroyé par Guillaume le Conquérant à Roger de Courcelles[1]. Ferlege dérive du nom anglo-saxon faern-laega, signifiant « le pâturage aux fougères », et évolue plus tard en Farleigh[2]. Guillaume le Roux donne le manoir à Hugues de Montfort, qui le rebaptise Farleigh Montfort[3]. Le manoir passe de la famille de Montfort à Barthélemy de Bunghersh au début du règne d'Édouard III.

Thomas Hungerford acquiert la propriété de la famille Bunghersh en 1369 pour 733 livres sterling[4]. En 1385, le manoir est connu sous le nom de Farley Hungerford, du nom de son nouveau propriétaire. Thomas Hungerford est un chevalier et courtisan qui fait fortune en tant que grand intendant du puissant Jean de Gand, puis comme premier président de la Chambre des communes dont l'existence est attestée[2]. Thomas décide de faire de Farleigh Hungerford sa résidence principale et, entre 1377 et 1383, y fait construire un château ; malheureusement, il n'a pas obtenu l'autorisation royale de créneler le château avant de commencer les travaux, et doit solliciter une grâce royale en 1383.

Le nouveau château de Thomas s'inscrit dans le complexe manoir existant qui surplombe la source de la rivière Frome[5]. Bien que situé sur un éperon rocheux peu élevé, il est dominé par des terrains plus élevés à l'ouest et au nord, et son emplacement n'est pas idéal d'un point de vue purement défensif. Les châteaux de l'époque comportent la construction d'immenses donjons et appartements palatiaux pour les nobles les plus puissants, comme Kenilworth, agrandi par le patron de Thomas, Jean de Gand ; ou encore des châteaux plus petits, d'influence française, tels que celui de Nunney, construit à proximité par un autre propriétaire terrien[6]. À l'inverse, Farleigh Hungerford s'inscrit dans la tradition des châteaux quadrangulaires apparue en France au début du XIIIe siècle, où les bâtiments traditionnels d'un manoir non fortifié sont entourés d'une enceinte extérieure à quatre côtés et protégés par des tours d'angle. Ce style est bien établi à la fin du XIVe siècle, voire légèrement démodé[6].

Le château est organisé autour d'une cour, plus tard appelée cour intérieure, entourée d'une courtine flanquée d'une tour circulaire à chaque angle et d'un corps de garde à l'avant ; la tour nord-est est plus grande que les autres, probablement pour renforcer la défense. Au fil du temps, les tours reçoivent leurs propres noms : la tour nord-ouest est appelée la tour Hazelwell ; la tour nord-est, la tour Redcap ; et la tour sud-ouest, la tour Lady. Le terrain descend abruptement sur la plupart des côtés du château, mais ses côtés sud et ouest sont protégés par des douves alimentées par un barrage alimenté par une source voisine grâce à une conduite. Le corps de garde est flanqué de deux tours et d'un pont-levis.

Le côté sud-est du château, montrant la chapelle Saint-Léonard (au centre).

Face à l'entrée, et traversant le centre de la cour, se trouve la grande salle du château, dotée d'un porche imposant et d'un escalier menant au premier étage, où les hôtes de marque sont reçus au milieu de boiseries sculptées et de peintures murales. La conception de cette salle s'inspire peut-être de celle de Gaunt à Kenilworth ; à tout le moins, elle symbolise avec force l'autorité et le statut de Thomas. Le côté ouest de la cour intérieure abrite les cuisines du château, la boulangerie, le puits et d'autres dépendances ; à l'est se trouvent la grande chambre du seigneur et divers logements pour les autres invités. Derrière la grande salle se trouve une cour ou un jardin plus petit. Thomas semble avoir construit son nouveau château par étapes, en commençant par la courtine, puis en ajoutant les tours d'angle.

Un parc est aménagé près du château ; symbole de prestige, il permet à Thomas de pratiquer la chasse, approvisionne le château en gibier et génère des revenus. La majeure partie du village de Wittenham doit être détruite pour faire place au parc, et le site finit par devenir un village abandonné. Une nouvelle église paroissiale, la chapelle Saint-Léonard, est construite par Thomas juste à l'extérieur du château, après la démolition de l'ancienne église du XIIe siècle, plus simple, lors de la construction de la cour intérieure. Thomas meurt en 1397 et est inhumé dans la chapelle Sainte-Anne, nouvellement construite et formant le transept nord de la chapelle Saint-Léonard[7].

XVe siècle

Le château vu du sud-est, montrant le corps de garde oriental (à gauche) et la maison du prêtre (à droite).

Walter Hungerford hérite du château de Farleigh Hungerford à la mort de sa mère, Joan, en 1412. Son premier protecteur politique est Henri IV, fils de Jean de Gand, et plus tard, il devient un proche compagnon du propre fils d'Henri, Henri V ; ce dernier nomme Walter, comme son père avant lui, président de la Chambre des communes en 1414[8]. Walter prospère : il devient un jouteur réputé, combat à la bataille d'Azincourt en 1415 pendant la guerre de Cent Ans, est nommé intendant de la Maison royale et joue un rôle majeur au sein du gouvernement dans les années 1420, occupant les fonctions de trésorier d'Angleterre et de tuteur légal du jeune Henri VI. Bien qu'ayant dû payer une rançon de 3 000 livres sterling aux Français après la capture de son fils en 1429, Walter, désormais baron Hungerford, amasse une fortune considérable grâce à ses diverses sources de revenus, notamment le droit à une rente annuelle de cent marks (66 livres sterling) de la ville de Marlborough[9], les taxes sur la laine de Wells et les rançons obtenues lors de la capture de prisonniers français. De ce fait, il peut acquérir davantage de terres, soit environ 110 nouveaux manoirs et domaines au cours de sa vie.

Entre 1430 et 1445, Walter agrandit considérablement le château[10]. Une cour extérieure est construite au sud du château d'origine, avec ses propres tours et un corps de garde supplémentaire formant la nouvelle entrée. Ces nouvelles fortifications sont moins robustes que celles de la cour intérieure d'origine, et le corps de garde oriental n'est d'ailleurs pas crénelé à cette époque. Une barbacane est construite, prolongeant l'ancien corps de garde jusqu'à la cour intérieure. La nouvelle cour englobe l'église paroissiale, qui devient la chapelle du château, une nouvelle église étant construite par Walter dans le village. Walter fait décorer la chapelle de nombreuses peintures murales représentant des scènes de l'histoire de saint Georges et du dragon ; saint Georges est un saint patron d'Henri V et est associé au prestigieux ordre de la Jarretière, dont Walter est un membre. Une maison est construite à côté de la chapelle pour le prêtre de la chapelle[11]. Walter fusionne également les deux paroisses de Farleigh dans le Somerset et de Wittenham dans le Wiltshire, qui font partie du parc de son château, modifiant ainsi les limites des comtés de Somerset et de Wiltshire. Le village de Wittenham a complètement disparu.

Vue sur la cour extérieure, montrant la tour sud-ouest (à gauche) et la chapelle Saint-Léonard (à droite).

Walter lègue le château à son fils, Robert Hungerford. Les archives du château à cette époque font état d'un luxe considérable, notamment de précieuses tapisseries mesurant jusqu'à 60 pieds (18,3 m) de longs draps de soie, de riches fourrures et des coupes et ustensiles en argent. Malheureusement, le fils aîné de Robert, le futur Lord Moleyns, est capturé par les Français à la bataille de Castillon, qui a lieu à la fin de la guerre de Cent Ans en 1453[10]. L'énorme rançon de plus de 10 000 £ exigée pour sa libération ruine la famille, et Lord Moleyns ne revient en Angleterre qu'en 1459[10]. À cette époque, l'Angleterre est entrée dans la période de guerre civile entre les maisons d'York et de Lancastre, connue sous le nom de guerre des Deux-Roses. Moleyns est un partisan des Lancastre et combat les Yorkistes en 1460 et 1461, ce qui entraîne d'abord son exil, puis sa condamnation, en vertu de laquelle le château de Farleigh Hungerford est saisi par la Couronne[10]. Moleyns est capturé et exécuté en 1464, et son fils aîné, Thomas, connait le même sort en 1469[10].

En 1462, Édouard IV, de la maison d'York, offre le château de Farleigh Hungerford à son frère Richard, alors duc de Gloucester. Georges Plantagenêt, frère d'Édouard et de Richard, y établit peut-être sa résidence ; sa fille Margaret y nait. Richard devient roi en 1483 et donne le château à John Howard, duc de Norfolk[10]. Entre-temps, le plus jeune fils de Robert, Walter, devient un proche partisan d'Édouard IV ; néanmoins, il participe à la révolte manquée de 1483 contre Richard et est emprisonné à la Tour de Londres. Lorsque Henri Tudor envahit l'Angleterre en 1485, Walter s'évade et rejoint l'armée lancastrienne, combattant aux côtés d'Henri à la bataille de Bosworth[12]. Victorieux, le nouveau roi Henri VII restitue Farleigh Hungerford à Walter en 1486[12].

XVIe siècle

Les douves (à gauche) et la tour sud-est (à droite), cette dernière montrant les vestiges des cinq étages d'origine du bâtiment.

Walter Hungerford meurt en 1516, léguant le château de Farleigh Hungerford à son fils, Edward. Edward, membre influent de la cour d'Henri VIII, meurt en 1522, laissant le château à sa seconde épouse, Agnes Hungerford, Lady Hungerford[12]. Après la mort d'Edward, il s'avère cependant qu'Agnes est responsable du meurtre de son premier époux, John Cotell : deux de ses domestiques l'ont étranglé au château de Farleigh Hungerford, avant de brûler son corps dans le four du château pour faire disparaître toute preuve[12]. Agnes semble avoir été motivée par l'appât du gain que lui apporterait son second mariage avec Edward, mais en 1523, Agnes et les deux domestiques sont pendus pour meurtre à Londres[12].

A la suite à cette exécution, le fils d'Edward, également prénommé Walter, hérite du château à la place d'Agnès. Walter devient un protégé politique de Thomas Cromwell, le puissant ministre principal d'Henri VIII, et œuvre pour son compte dans la région[12]. Mécontent de sa troisième épouse, Elizabeth, dont le père est un fardeau politique pour lui, Walter la séquestre dans l'une des tours du château pendant plusieurs années[13]. Elizabeth se plaint d'avoir été affamée durant sa captivité, dans le but de la tuer, et d'avoir subi plusieurs tentatives d'empoisonnement[14]. Elle est probablement détenue dans la tour nord-ouest, bien que la tour sud-ouest, dite « Tour de la Dame », porte son nom[14]. Lorsque Cromwell perd le pouvoir en 1540, Walter est également exécuté pour trahison, sorcellerie et homosexualité : Elizabeth est autorisée à se remarier, mais le château retourne à la Couronne[14].

Le fils de Walter, également prénommé Walter, rachète le château à la Couronne en 1554 pour 5 000 £[15]. Le château de Farleigh Hungerford et le parc environnant restent en bon état, en effet, fait inhabituel pour l'époque, l'antiquaire de passage John Leland peut louer son état « praty » (joli) et « majestueux ». Walter continue cependant à moderniser la propriété, notamment en ajoutant des fenêtres de style élisabéthain plus élégantes et en améliorant l'aile est de la cour intérieure, qui devient la principale pièce à vivre de la famille. La seconde épouse de Walter, Jane, est catholique et, durant les troubles politiques et religieux de la fin de l'époque Tudor, leur mariage s'effondre, Jane partant en exil[15]. Le fils unique de Walter et Jane meurt en bas âge et, après la mort de Walter en 1596, le château revient à son frère, Edward[16].

XVIIe siècle

Aquarelle du château vue du sud-est, vers 1730

Edward Hungerford meurt en 1607, léguant Farleigh Hungerford à son petit-neveu, également prénommé Edward Hungerford. Ce dernier poursuit le développement du château, faisant installer de nouvelles fenêtres dans les bâtiments médiévaux de la cour intérieure[16]. En 1642, la guerre civile éclate en Angleterre entre les partisans du roi Charles Ier et ceux du Parlement. Député réformateur et puritain, Edward soutient activement le Parlement et se porte volontaire pour diriger ses troupes dans le comté voisin du Wiltshire. Malheureusement, cela le met en conflit avec Edward Bayntun, un gentilhomme du Wiltshire aux ambitions similaires. La querelle qui s'ensuit entre les deux hommes devient violente avant que le Parlement ne règle finalement le problème en nommant Hungerford commandant du Wiltshire au début de 1643. Son bilan militaire pendant le conflit est sans éclat : il abandonne plusieurs villes aux armées royalistes et combat du côté perdant à la bataille de Roundway Down, bien qu'il ait réussi à s'emparer du château de Wardour en 1643[16].

Le château de Farleigh Hungerford est capturé par une unité royaliste en 1643, à la suite d'une campagne victorieuse des forces du roi dans le sud-ouest. Le château est pris sans combat par le colonel John Hungerford, demi-frère d'Édouard, qui y installe une garnison se nourrissant ensuite du pillage de la campagne environnante[17]. Plusieurs raids parlementaires sont menés contre Farleigh Hungerford en 1644, mais sans succès[17]. En 1645, cependant, la cause royaliste est au bord de l'effondrement militaire ; les forces parlementaires commencent à éliminer les dernières garnisons royalistes du sud-ouest et, le , elles atteignent le château[17]. Le colonel Hungerford se rend immédiatement et Edward Hungerford s'installe pacifiquement dans le château intact[17]. Grâce à ce processus, le château échappe au démantèlement ou à la destruction délibérée par le Parlement, contrairement à de nombreux autres châteaux de la région, comme Nunney[18].

Plan de la chapelle (à gauche) et de la chapelle nord (à droite), vers 1800

À la mort d'Édouard en 1648, son demi-frère Anthony Hungerford hérite du château. La chapelle nord est profondément rénovée à cette époque par la veuve d'Édouard, Margaret Hungerford, qui en fait recouvrir les murs d'images de saints, de chérubins, de nuages, de rubans, de couronnes et d'armoiries, dans le cadre d'un tombeau somptueux pour elle et Édouard, dont le coût s'élève à 1 100 £ (soit 136 000 £ en 2009). La rénovation bloque en grande partie l'accès à la chapelle nord, faisant du nouveau tombeau le point central de toute visite ou activité religieuse. Plusieurs cercueils anthropomorphes en Plomb, certains ornés de visages moulés ou de masques mortuaires, sont déposés dans la crypte entre le milieu et la fin du XVIIe siècle. Quatre hommes, deux femmes et deux enfants sont embaumés de cette manière au château, probablement Edward et Margaret, ainsi que le dernier Edward Hungerford, son épouse, son fils et sa belle-fille[11]. Ces cercueils en plomb sont extrêmement coûteux à l'époque et réservés aux plus riches de la société[19]. À l'origine, les cercueils en plomb sont recouverts de bois, mais ce revêtement extérieur a depuis disparu[19].

En 1657, Anthony lègue le château et une fortune considérable à son fils, également prénommé Edward Hungerford. Après son mariage, Edward bénéficie d'un revenu d'environ 8 000 £ (1 110 000 £) par an, ce qui fait de lui un homme très riche[20]. Il mène une vie fastueuse, allant jusqu'à faire un don important à Charles II, alors en exil, peu avant sa restauration sur le trône, et à recevoir la cour royale au château de Farleigh Hungerford en 1673[21]. Plus tard, Edward se brouille avec le roi au sujet de la proposition de confier le trône au catholique Jacques II à la mort de Charles. Après la découverte du Complot de Rye-House en 1683, le château est perquisitionné par des représentants de la Couronne à la recherche d'armes pouvant servir en cas de révolte[21].

Entre-temps, Édouard s'adonnant notamment au jeu, contracte une dette d'environ 40 000 £ qui le contraint, en 1683, à vendre une grande partie de ses terres du Wiltshire. Au cours des deux années suivantes, il contracte de nouvelles dettes d'environ 38 000 £ (5 270 000 £) et, en 1686, est finalement contraint de vendre ses dernières terres du sud-ouest, dont le château de Farleigh Hungerford, à Henry Bayntun, qui les acquiert pour 56 000 £ (7 750 000 £)[22]. Bayntun vit au château pendant quelques années, jusqu'à sa mort en 1691[22].

XVIIIeXXe siècles

Le pavillon d'entrée oriental recouvert de lierre, avant sa restauration au XXe siècle

À partir du XVIIIe siècle, le château de Farleigh Hungerford tombe en ruine. En 1702, il est vendu à Hector Cooper, qui vit à Trowbridge ; en 1730, il passe à la famille Houlton, qui a acquis les terres environnantes[23]. La famille Houlton fait démolir les murs de pierre du château et récupère son contenu[22]. Certaines pièces, comme les sols en marbre, sont réutilisées à Longleat ou dans la nouvelle demeure des Houlton, Farleigh House, construite à proximité dans les années 1730 ; d'autres sont réutilisées par les villageois[22]. À la fin des années 1730, le château est en mauvais état et, bien que la chapelle ait été réparée et remise en service en 1779, les tours nord-ouest et nord-est s'effondrent fin 1797[24]. La cour extérieure est transformée en cour de ferme et la maison du prêtre devient la ferme elle-même[24]. Le parc du château est réaffecté au domaine de Farleigh House[22].

L'intérêt pour le château se manifeste dès 1700, lorsque Peter Le Neve (en) le visite et consigne certains détails architecturaux, mais il s'accroit au XIXe siècle[25]. Cet intérêt est dû en partie aux travaux du curé local, le révérend J. Jackson, qui entreprend les premières fouilles archéologiques sur le site dans les années 1840, mettant au jour de nombreuses fondations de la cour intérieure. Des vitraux des XVIIe et XVIIIe siècles, provenant du continent, sont installés dans la chapelle, où les peintures murales du XVe siècle sont redécouvertes en 1844. Le propriétaire de l'époque, le colonel John Houlton, transforme la chapelle en un musée de curiosités, où, moyennant un petit droit d'entrée, les visiteurs pouvaient admirer des armures, ce qui est présenté comme une paire de bottes d'Oliver Cromwell et d'autres objets de la guerre civile anglaise, notamment des lettres de Cromwell adressées aux Hungerford.

Les fondations découvertes par Jackson lors des fouilles sont laissées à découvert pour le plaisir des visiteurs, et un nombre croissant de touristes affluent au château pour admirer les ruines, parmi lesquels Louis-Napoléon Bonaparte en 1846[26]. Les cercueils de plomb de la crypte de la chapelle sont très prisés des touristes, malgré les nombreux dommages qu'ils subissent de la part de ceux qui s'empressent d'en examiner le contenu. La tour sud-ouest, entièrement recouverte d'un épais lierre, s'effondre en 1842, après que des enfants du voisinage aient accidentellement mis le feu à la végétation qui, à cette époque, la maintenait en place. Des créneaux sont ajoutés au corps de garde est durant cette période, modifiant ainsi l'aspect de son toit à pignons d'origine[27].

En 1891, la majeure partie du château de Farleigh Hungerford est vendue par la famille Houlton à Lord Donington, dont l'héritier le revend à son tour à Lord Cairns en 1907. Cairns cède le château au ministère des travaux en 1915, alors qu'il est presque entièrement envahi par le lierre[28]. Le ministère des Travaux entreprend des travaux de restauration controversés, enlevant le lierre et réparant la maçonnerie ; le résultat est critiqué à l'époque par H. Avray Tipping, qui estime que le château « ressemblait à un bâtiment en béton neuf ». De nouvelles fouilles ont lieu en 1924 dans le cadre du projet, qui permet de conserver le château comme attraction touristique[26]. Les derniers habitants de la ferme quittent les lieux en 1959, lorsque les dernières parties de la cour extérieure sont vendues au gouvernement et restaurées[28]. Des tentatives de préservation des peintures murales de la chapelle sont entreprises entre 1931 et 1955, mais les traitements, qui impliquent l'utilisation de cire rouge, ont taché les peintures et causé des dommages considérables : la cire est retirée dans les années 1970. De nouvelles fouilles sont menées autour de la chapelle et de la maison du prêtre en 1962 et 1968. English Heritage prend en charge la gestion du château en 1983[26].

XXIe siècle

Aujourd'hui, la majeure partie du château de Farleigh Hungerford est en ruines. Dans la cour intérieure, il ne reste que les fondations apparentes de la plupart des bâtiments, ainsi que les vestiges des tours sud-ouest et sud-est[29]. Fait rare pour un château anglais, la cour extérieure est mieux conservée que la cour intérieure[29]. Le corps de garde oriental restauré est orné des armoiries des Hungerford et des initiales du premier Edward Hungerford, qui les a fait graver entre 1516 et 1522. La maison du prêtre est restée intacte et mesure 39 pieds (11,9 m) par 22 pieds (6,7 m) avec deux pièces au rez-de-chaussée et quatre pièces à l'étage[30].

Dans la chapelle Saint-Léonard, on distingue encore les contours de nombreuses peintures murales médiévales, notamment celle de saint Georges terrassant le dragon, particulièrement bien conservée. L'historien Simon Roffey qualifie cette œuvre, l'une des quatre seules de ce type subsistant en Angleterre, de « remarquable »[31]. Les tombeaux de la famille Hungerford, datant de la fin du XVIIe siècle, sont restés intacts dans la chapelle du transept nord dédiée à sainte Anne. Les cercueils anthropomorphes en plomb conservés dans la crypte revêtent une importance archéologique majeure : bien que nombreux à la fin du XVIe et au XVIIe siècle, rares sont les cercueils en plomb qui subsistent aujourd'hui, et la chapelle abrite ce que l'historien Charles Kightly considère comme « la plus belle collection » du pays.

Le site du château est géré par English Heritage en tant qu'attraction touristique. Il s'agit d'un monument classé, et le château et la chapelle sont des bâtiments classés Grade I.

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Farleigh Hungerford Castle » (voir la liste des auteurs).
  1. Mackenzie, p.57.
  2. Kightly, p.17.
  3. Mackenzie, p.57; Kightly, p.17.
  4. Dunning, pp.57–8.
  5. Emery, p.553.
  6. Emery, p.533.
  7. Kightly, p.13.
  8. Kightly, p.18.
  9. Pounds, p.148.
  10. Kightly, p.22.
  11. Kightly, p.15.
  12. Kightly, p.23.
  13. Marital Strife and Anthropoid Coffins at Farleigh Hungerford, English Heritage, accessed 14 February 2016.
  14. Kightly, p.24.
  15. Kightly, p.25.
  16. Kightly, p.26.
  17. Kightly, p.27.
  18. Mackenzie, p.62.
  19. Tarlow, p.33.
  20. Hayton and Lancaster, p.437.
  21. Kightly, p.28.
  22. Kightly, p.29.
  23. Jackson, pp.123–4.
  24. Kightly, p.30.
  25. Jackson, p.117.
  26. Kightly, p.31.
  27. Kightly, p.11.
  28. Kightly, p.31; Miles and Saunders, p.167.
  29. Pettifer, p.221.
  30. Priest's house, Farleigh Castle, Farleigh Hungerford, Somerset Historic Environment Record, Somerset County Council, accessed 2 August 2011.
  31. Roffey, p.73; Farleigh Castle Hungerford, National Monuments Record, English Heritage, accessed 2 August 2011.

Bibliographie

Liens externes

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