Chants de minuit

Chants de minuit (子夜歌)
Auteur traditionnellement une femme appelée Ziye
Pays Chine
Genre poème, air de yuefu.
Date de parution recueil compilé vers 1080 par Guo Maoqian (郭茂倩)

Les Chants de minuit (chinois : 子夜歌 ; chinois traditionnel : 子夜歌 ; pinyin : Zǐyè gē ; Wade : Tzu-yeh ko) également appelé « chants Ziye » ou « chants de minuit de Wu », désigne à la fois un air/mélodie de cour des Jin orientaux (r. 317-420), un genre poétique et un recueil de poèmes datant du IVe siècle rassemblés sous ce même nom. Ces poèmes sont des chants populaires de type yuefu qui occupent une place importante dans la tradition de la poésie classique chinoise. Ils ont souvent servi d’inspiration à des poètes ultérieurs et comptent parmi ses praticiens des poètes aussi célèbres que Li Bai.

La mélodie

La mélodie appelée « chant de minuit » (子夜歌) naît dans le Jiangnan. Le Traité sur la musique du Livre des Tang (旧唐书-乐志) et le Traité sur la musique du Livre des Song (宋书-乐志) indiquent tous deux que l’air « chant de minuit » est une musique des Jin, et la tradition attribue cette musique à une femme de la dynastie Jin nommée Ziye qui lui donne son propre nom[note 1],[1],[2]. Cette mélodie est extrêmement triste et douloureuse, au point qu’il existe la légende qui dit que le chant de minuit était chanté par un fantôme[note 2],[1],[3]. Comme cette musique est née dans la région de Wu, on l’appelle aussi « chant de minuit de Wu ». Sur cet air de nombreux poèmes sont écrits[4].

Les yuefus (poèmes)

Les yuefu qui ont été composés ou rassemblés à partir de cette mélodie, sont aussi appelés « chants de minuit » et ils sont traditionnellement considérés comme des chants populaires[5]. Ils relèvent de la catégorie des chants de Wu, Jiangnan étant situé dans la région de Wu. La période où ils sont apparus se situe approximativement avant la période Taiyuan (376-396) des Jin orientaux, sans date précise de composition, car ils relèvent d’une transmission orale et populaire. Bien que traditionnellement l’ensemble des poèmes soit attribué à une femme éponyme appelée Zi Ye (子夜) (Dame de Minuit)[6], ces dernières années les gens tendent à considérer que les chants de minuit constituent un ensemble de chants d’amour transmis collectivement par les femmes de la région de Wu, et non composés par une seule personne et qu'ils seraient plutôt une compilation de poèmes issus de divers auteurs et/ou de la tradition populaire[7].

Le recueil

Le recueil Chants de minuit (子夜歌) comprend des poèmes chantés rassemblés à partir de la mélodie utilisée. Ils ont été recueillis et fixés par écrit dans leur forme actuelle beaucoup plus tard que la période où ils sont apparus, soit sous la dynastie Song, au XIe siècle, dans le Recueil de poèmes Yuefu (樂府詩集) compilé par Guo Maoqian (郭茂倩).

Poésie « chants de minuit »

Narrateur

Les «  chants de minuit » sont narrés du point de vue féminin, prenant le plus souvent la forme d’un monologue, et dépeignent de manière indirecte et pudique le parcours amoureux typique des femmes sous les Wei et les Jin[8].

Caractéristiques linguistiques

La caractéristique linguistique est d’être élégante, claire, mélodieuse et empreinte de douceur mélancolique. Les poèmes utilisent le dialecte de la région de Wu, des appellations caractéristiques du Jiangnan, des expressions familières qui apparaissent souvent ce qui rend le langage des chants de minuit vivant et plein de vie quotidienne[5],[9]. Le langage simple, le chant alterné entre homme et femme, les jeux phonétiques de mots homophoniques et à doubles sens, forgent la forme littéraire du style « chants de minuit ». C’est la plus grande caractéristique des poèmes de ce style[10].

Format

Le format des chants de minuit est court et concis. Les quarante-deux chants sont composés de quatre vers de cinq caractères (pentasyllabiques), ce qui diffère des poèmes anciens à vers de longueur irrégulière et en fait une forme nouvelle[11].

Chinois

宿昔不梳头,
丝发披两肩.
婉伸郎膝上,
何处不可怜.

Traduction libre

Depuis la nuit passée, je n’ai plus peigné mes cheveux ;
Mes cheveux de soie retombent sur mes épaules.
Doucement, je m’étends sur les genoux de mon tendre bien-aimé,
Comment ce moment ne serait-il pas attendrissant ?

Thèmes

Les chants de minuit, à l’exception des deux derniers poèmes dont le ton diffère, constituent une poésie d’amour à thème concentré, qui exprime le monologue intérieur d’une femme. Du point de vue féminin, ils dépeignent profondément la femme éprise et ses aspirations à une vie amoureuse libre et heureuse. Ils expriment le désir d’amour, la joie d’avoir obtenu l’amour, la douleur du manque, la fidélité inébranlable, la haine envers les hommes infidèles ainsi que la souffrance de l’absence de liberté matrimoniale, et d’autres émotions complexes[5],[12]. Ils se caractérisent par une beauté d’une grande douceur, empreinte de délicatesse yin[5].

Influence

Les lettrés des dynasties Jin oriental et du Sud sont fortement influencés par la poésie style « chants de minuit ». Les écrivains Sun Chuo (孙绰) (320–377), Wang Xianzhi (王獻之) (344–386) et Tao Yuanming (陶渊明) (365–427) absorbent manifestement l’influence des chants de minuit. Elle a aussi une influence directe sur les images des yuefu de Bao Zhao, sur la structure des poèmes de réponse et d’échange de Xie Lingyun, ainsi que sur le Chant nocturne de Wu (子夜吴歌) de Li Bai[10]. En général, les yuefus chants de minuit ont une influence considérable sur la poésie chinoise ainsi que sur l’histoire littéraire chinoise[5],[8]. Leur mode d’expression tels que le langage simple, le chant alterné entre homme et femme, les jeux de mots homophoniques et la forme en vers de cinq caractères en quatre vers produisent une influence profonde sur la littérature des générations suivantes, certains éléments deviennent un nouveau modèle d’écriture[13].

Évaluation

Dans le Grand chant de minuit (大子夜歌), il est dit :

« Parmi les centaines de chants populaires, le chant de minuit est le plus émouvant. Généreux dans son chant pur et clair, il est d’une limpidité naturellement éclatante[note 3],[14]. »

Le recueil

Les Chants de minuit sont inclus dans le Recueil de poèmes Yuefu (樂府詩集) (vol. 44), compilé sous les Song par Guo Maoqian (郭茂倩). Ils sont au nombre de quarante deux[12].

Quelques chants de minuit

Chinois

落日出前门,
瞻瞩见子度.
冶容多姿鬓,
芳香已盈路.

Traduction libre

Le soleil couchant descend devant la porte d’entrée,
En levant les yeux je vois passer mon bien-aimé.
Son visage séduisant, ses cheveux élégants,
Et déjà son parfum emplit tout le chemin.

Chinois

揽枕北窗卧,
郎来就侬嬉.
小喜多唐突,
相怜能几时.

Traduction libre

J’enlace mon oreiller et je m’allonge près de la fenêtre au nord,
Mon aimé vient me rejoindre pour folâtrer.
Ce petit bonheur est soudain,
Mais combien de temps cet amour pourra-t-il durer ?

Chinois

郎为傍人取,
负侬非一事.
摛门不安横,
无复相关意.

Traduction libre

Mon bien-aimé a pris une autre femme,
Ce n'est pas la première fois qu'il me trahit.
À la porte, je me tiens, troublée et sans repos,
Plus aucune intention d’union ne subsiste.

Notes et références

Notes

  1. ↑ Dans la section Traité sur la musique du Livre des Tang (旧唐书-乐志) il est dit : « Le 子夜歌 est un air des Jin. Sous les Jin, il y eut une femme nommée Ziye, qui créa cette mélodie ; sa voix était d’une tristesse extrême. » (En chinois :« 子夜歌 » 者, 晉曲也.晉有女子名子夜, 造此聲, 聲過哀苦).
  2. ↑ Dans le Traité sur la musique du Livre des Song (宋书-乐志) il est dit : « Sous l’ère Taiyuan de l’empereur Xiaowu des Jin, dans la maison de Wang Ke de Langya, un esprit chantait le chant de minuit (Ziye) ; lorsque Yin Yun fut gouverneur de Yuzhang, la maison du réfugié Yu Sengqian, à Yuzhang, entendit également un esprit chanter le Ziye. » (En chinois : 晉孝武太元中, 琅琊王軻之家有鬼歌子夜, 殷允為豫章, 豫章僑人庾僧虔家亦有鬼歌子夜.)
  3. ↑ Traduction libre de : « 歌谣数百种, 子夜最可怜. 慷慨吐清音, 明转出天 »

Références

  1. (zh) 郭茂倩 (Guō Màoqiàn, 1041–1099), lettré de la dynastie Song du Nord, 樂府詩集 (Yuefu shiji, Anthologie des poèmes du Yuefu) ; 子夜歌四十二首(晉宋齊辭)(Quarante-deux chants de Ziye (airs des époques Jin, Song et Qi), vol. 44,‎ vers 1050–1080 (lire en ligne)
  2. ↑ (zh) « 子夜歌 (Chants de minuit ) », sur Chinese Text Project, Ctext.org (consulté le )
  3. ↑ (zh) Zhao Ying (赵瑩), Liu Xu (刘昫); Zhang Zhao (张昭), Jia Wei (贾纬), Zhao Xi (赵熙), et autres sous les Jin postérieurs, 舊唐書, 音乐志 (Ancienne histoire des Tang, Traité de la musique), vol. 29, Chants de minuit, Shuju,‎ ordonné en 941, achevé en 945
  4. ↑ Paul Demiéville, Anthologie de la poésie chinoise classique, Paris, Gallimard, , « Poèmes à chanter (yue-fou) des Han et des Wei », p. 124
  5. (zh) « 子夜歌 (Chants de minuit ) », sur Baike.baidu, Pékin,‎ (consulté le )
  6. ↑ (en) David Hinton, Classical Chinese Poetry: An Anthology, New York, Farrar, Straus, and Giroux, (ISBN 0-374-10536-7)
  7. ↑ (zh) 王乃英 (Wang Naiying), « 子夜歌 (Étude sur l’auteur des Chants de minuit) », Journal de l’Institut pédagogique de Beijing, Pékin, vol. 3,‎ , p. 33-39
  8. (zh) 刘运好, 段梦云, « 魏晋女性意识的迁变:论 «子夜歌 » (Transformation de la conscience féminine sous les Wei et Jin : à propos des Chants de minuit ) », Journal de l’Université de Chizhou,‎ (DOI 10.13420/j.cnki.jczu.2014.04.001)
  9. ↑ (zh) 徐少华 (Xu Shaohua), « 子夜歌 (Brève étude des Chants de minuit) », Littérature du Nord (édition de fin de mois), vol. 5,‎ , p. 18-19 (DOI 10.3969/j.issn.0476-031X.2013.05.016)
  10. (zh) 李华颖 (Li Huaying), 从民间传统到文人创作:吴歌西曲研究, [D] (De la tradition populaire à la création lettrée : étude des chants wu et des airs de l’Ouest, [D]), Hebei, 河北师范大学 (Université normale du Hebei),‎
  11. ↑ (zh) 湖南作家网 (Réseau des écrivains du Hunan), 五七言古近体 (Formes anciennes et modernes en vers de cinq et sept syllabes),‎ (lire en ligne)
  12. (zh) « 子夜歌(Chants de minuit ) », sur Gushiwen.cn,‎ (consulté le )
  13. ↑ (zh) 中国古代文学史 (Histoire de la littérature chinoise ancienne), vol. 2, Shangdong, 青岛大学 (Université de Qingdao),‎ (lire en ligne)
  14. ↑ (zh) 郭茂倩 (Guo Maoqian), dynastie des Song du Nord (XIe siècle), 樂府詩集 (Recueil des poèmes yuefu), vol. 45, « Grands chants de minuit » (大子夜歌),‎ fin onzième siècle, vers 1070-1099

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