Chapelle de Saint-Quentin-d'Elle
| Chapelle Saint-Quentin | |
| |
| Présentation | |
|---|---|
| Culte | Catholique romain |
| Type | Chapelle |
| Début de la construction | Moyen Âge |
| Style dominant | roman |
| Protection | |
| Géographie | |
| Pays | |
| Région | Normandie |
| Département | Manche |
| Ville | Bérigny |
| Coordonnées | 49° 09′ 12″ nord, 0° 56′ 52″ ouest[1] |
|
|
|
La chapelle Saint-Quentin est une chapelle catholique située à Bérigny, dans le département de la Manche, en France.
Ancienne église paroissiale du hameau de Saint-Quentin-d'Elle, absorbé par Bérigny en 1812, elle remonte au Moyen Âge et a été remaniée au XVIIIe siècle. Dédiée à saint Quentin, martyr très vénéré en Normandie, elle fut abandonnée au XXe siècle et gravement dégradée avant d’être restaurée à partir de 1991 par l’Association des Amis de la Chapelle de Saint-Quentin-d’Elle.
Elle fait l'objet d'une importante restauration entre 1990 et 2005[2].
La chapelle et le sol de l'ancien cimetière font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le [3].
Situation géographique

La chapelle de Saint-Quentin-d’Elle est située dans la Manche, à 12 km au nord-est de Saint-Lô, sur le territoire de Bérigny, petite commune de 360 habitants (canton de Saint-Clair-sur-Elle, arrondissement de Saint-Lô[4]).
Elle fait partie du hameau de Saint-Quentin-d’Elle, lui-même construit à mi-distance entre : au nord-est et à quelques centaines de mètres, « la grant forest de Bus » comme on l’appelait à la fin du Moyen Âge, actuelle forêt domaniale de Cerisy-la-Forêt (située en grande partie dans le Calvados), et, au sud-ouest, la vallée de l’Elle qu’il surplombe. Vers l’ouest se dessine la silhouette de l’un des points les plus élevés du département, la cote 192.
Le hameau de Saint-Quentin a peu changé au cours du temps : ainsi, dans l’atlas de Trudaine[5] figurent ses principales constructions : la chapelle (alors église paroissiale), la ferme et le manoir de Saint-Quentin avec ses bâtiments annexes (granges, boulangerie). Quelques nouvelles constructions sont apparues, comme le château vers 1750 ; d’autres ont disparu ; certaines n’y figurent pas encore et ont déjà disparu, tels le presbytère et la mairie dont, depuis les bombardements de 1944, il ne reste que quelques ruines.
Architecture
L’orientation de la nef de la chapelle, est-nord-est/ouest-sud-ouest, est telle que le , jour où l’on fête saint Quentin, le soleil se couche dans son axe, éclairant le fond du chœur à travers le portail. Une telle orientation était classique dans la construction des églises à l’époque médiévale[6].
La chapelle est constituée de deux parties situées dans l’axe l’une de l’autre : la partie la plus ancienne, d’époque médiévale, constituant la nef, et la partie la plus récente, datant du XVIIIe siècle, comportant le chœur et la partie la plus avancée de la nef.
La partie ancienne regarde vers l’ouest. Par temps sec, des traces de fondation apparaissent en avant de la façade principale sur trois mètres, témoignant d’une partie disparue de l’édifice. Lors de travaux de restauration en 1999, le creusement du sol, en regard de la petite porte de la façade sud, a montré les restes de fondation d’un mur orienté perpendiculairement à la façade. Cette partie ancienne est de facture assez simple, faite de pierres de schiste assez irrégulières et maçonnées à la terre. Deux ouvertures subsistent dans le mur du sud : une porte basse sur un montant de laquelle on peut encore distinguer trois croix gravées, représentant peut-être celles du Golgotha, et une fenêtre ogivale taillée dans quelques grosses pierres calcaires. Des traces d’ouvertures noyées dans une zone de reconstruction assez rudimentaire sont visibles sur le mur du nord. La partie ancienne comprend également sur sa façade ouest le portail d’entrée, de construction ou reconstruction plus récente (peut-être contemporaine de l’agrandissement fait au XVIIIe siècle), fait de pierres calcaires très régulièrement taillées.

Enfin, le sol de cette partie de la chapelle était en terre battue en 1990. Le chœur est séparé de la nef par les montants d’un mur de refend sur lesquels était fixée la « perque ». La perque était la poutre séparant le chœur de la nef et supportait le crucifix du chœur ; elle symbolisait le Golgotha, lieu de passage entre ce monde et le paradis dont le chœur était la représentation symbolique[7].
La partie récente est orientée vers l’est et contient le chœur. Construite également en schiste et maçonnée à la terre, elle est cependant de facture beaucoup plus soignée que la précédente. Elle se termine par un arrondi à trois pans et comprend sept ouvertures : une porte basse de sacristie, de part et d’autre de laquelle se trouvent une niche de rangement et le lavabo, et six fenêtres dont les arcs sont faits d’une régulière alternance de schiste et de calcaire ; cet agencement des pierres se retrouve sur les communs du château de Balleroy où il aurait pu être repris comme modèle pour d’assez nombreuses constructions de la région[8]. Son sol est à deux niveaux séparés par une marche de calcaire et pavé d’ardoise et de carrelage. Au centre du dallage d’ardoise subsistent deux pierres tombales, endommagées et sans aucune inscription, qui pourraient être celles de Guillaume-Henri de Saint-Quentin, enterré là le , et de son épouse, née Louise-Angélique Yon de Saint-Hilaire.
La période gallo-romaine
De cette période, on ne sait rien, si ce n’est qu’à proximité de l’emplacement de la chapelle subsistent les restes d’une voie que la tradition orale qualifie de « romaine ». S’agit-il d’une voie gauloise, d’une voie romaine « publique » ou plus modestement « vicinale », ou d’une voie médiévale ? La distinction n’est pas toujours aisée[9] et des recherches ultérieures permettront peut-être de répondre à la question.
En contrebas de la chapelle, de l’autre côté de la route, existe également une fontaine à laquelle, selon la mémoire collective, rien ne la relie. On sait cependant que de nombreux lieux de culte médiévaux correspondaient à des sources sacrées primitives, ensuite christianisées[10]. Saint Quentin ayant été invoqué ici pendant des siècles pour soigner les maladies respiratoires et, en particulier, la coqueluche, on peut se demander si cette fontaine n’était pas mise à contribution. Là encore, des recherches complémentaires permettront peut-être de le savoir.
Du Moyen Âge à la Renaissance
Les huchiers de Saint-Quentin
Pendant cette période, qui s’étend du Ve au XVIIe siècle, le territoire de Saint-Quentin-d’Elle était très boisé ; il s’agissait d’ailleurs de Saint-Quentin-du-Bois-d’Elle. Du bois d’Elle, presque complètement défriché, il reste actuellement le Hameau-du-Bois-d’Elle à Cerisy-la-Forêt. Le bois d’Elle était en continuité directe avec l’actuelle forêt de Cerisy[11]. La paroisse de Saint-Quentin-d’Elle était celle des huchiers de Saint-Quentin ; il s’agissait d’une colonie d’artisans installée dans cette partie de la forêt et travaillant le bois pour meubler églises et demeures de la région. On leur doit peut-être les très belles stalles du XVe siècle qui sont encore dans l’abbaye de Cerisy. Cette colonie d’artisans aurait été installée là par les ducs de Normandie, rois d’Angleterre, et s’y serait maintenue jusqu’au règne de Louis XIII[12].
Ils jouissaient de privilèges assez étendus, ainsi que le Coutumier d’Hector de Chartres de 1434 nous permet d’en juger :
« Les paroissiens et habitants de Saint-Quentin-du-Bois-d’Elle ont accoustumé avoir et tenir ateliers (a) de tout boiz en la ville de St-Quentin (b), tant de carronnerie, hucherie, comme de toutes autres choses. Et sy peuvent prendre le boiz que ils mettent en œuvre quelque part que il leur plest par achat ou autrement hors les forêts du Roy, et sy sont en possession et saisine (c) que, quant leur mennoeuvre est faicte (d) de la mener et porter vendre es foires et marchies et quelque part que il leur plest, sans coup de martel (e) et sans aucun signe ou escantillon prendre pour ce faire, et sans ce que eulx doient ou puissent par raison estre arrestez ne empeschiez en ce faisant. Et de ce ont eu bonne possession et saisine de si long temps (f) et tel qu’il n’est mémoire du contraire veu leurs titres (g). Et pour les franchises dessus desclairées sont tenus rendre et paier chascun an à celui qui tient la tiefferme (h) de St.-Quentin les rentes et services qui en suivent, c’est assavoir deniers aux termes de St.-Michel et de Pasques, selon la quantité de leurs tenements, et pour chacun qui tient illec feu et lieu, un quartier d’avaine à la mesure du lieu. Item sont tenus aidier à fener le fouin des prés Jouen et à faire ou aider à faire le carriage des meules et du mesrien (i) et cauchier le no (j) du moulin de lad. Fiefferme. »
« Les paroissiens et habitants de Saint-Quentin-du-Bois-d’Elle sont habitués à avoir des chantiers de tout bois en ladite ville de Saint-Quentin, aussi bien en charronnage et menuiserie qu’en toutes autres choses. C’est ainsi qu’ils peuvent prendre le bois qu’ils mettent en œuvre, en quelque endroit qu’il leur plaît, par achat ou autrement, à l’extérieur des forêts du roi. C’est ainsi qu’ils ont le droit et le pouvoir, quand leur coupe est terminée, de la mener et porter à vendre sur les foires et marchés et n’importe où il leur plaît, sans coup de marteau et sans prendre de seing ou d’échantillon à cet effet, et sans qu’ils doivent ou puissent être raisonnablement arrêtés ou empêchés pour ce fait. Et ils ont disposé de ce droit depuis un temps si long qu’on n’a mémoire du contraire, vu leurs titres. Et pour les privilèges ci-dessus énumérés, ils sont tenus de payer, tous les ans, à celui qui tient la fiefferme de Saint-Quentin, les rentes et services qui s’ensuivent, c’est-à-dire deniers aux termes de Saint-Michel et de Pâques, selon la quantité de leurs biens fonciers ; et pour chacun qui tient ici foyer et habitation, un quartier d’avoine à la mesure du lieu. De même, ils sont tenus d’aider à faucher le foin du pré Jouen, et d’aider au charroi des meules de moulin et du merrain, et réparer le réservoir du moulin de ladite fiefferme. »
Commentaires d’Yves Nedelec :
(a) Les gens du Moyen Âge avaient la manie d’allier par paire des termes quasiment synonymes (« avoir et tenir » et plus loin : « possession et saisine », « mener et porter », « signe ou échantillon », « rendre et payer », « feu et lieu »). À l’inverse, ils passaient trop rapidement sur les mots essentiels : par exemple, on omet d’indiquer le montant des deniers à payer en deux termes.
(b) Au Moyen Âge, le mot ville ne s’applique pas uniquement à des villes au sens actuel du terme.
(c) Saisine : stricto sensu, c’est le droit de prendre possession sans formalités des biens d’un défunt.
(d) Menœuvre (main + œuvre) : matériaux.
(e) Les usagers de la forêt avaient toujours tendance à se conduire en brigands. Pour limiter les dégâts, le verdier (fonctionnaire des Eaux et Forêts) marquait les arbres à abattre en utilisant un marteau qui imprimait sa « marc » (son seing, sa marque) sur les arbres — pratique qui existe toujours. Les habitants de Saint-Quentin avaient donc le droit de prendre des arbres dans la forêt sans autorisation et de les vendre à leur guise. Ce privilège était quasiment exorbitant.
(f) Les gens de cette époque se réfèrent toujours « aux précédents » (par écrit ou oralement). Ils s’efforcent de ne jamais innover, dans la crainte qu’une nouveauté ne soit immédiatement transformée en précédent.
(g) « Vu leurs titres » s’appliquerait mieux au début de la phrase suivante qu’à celle qui se termine. Il y a peut-être eu une erreur dans la transcription de la ponctuation.
(h) Fiefferme (à ne pas confondre avec fief) : vente à un particulier moyennant une rente perpétuelle (réduite à peu de chose par l’inflation de plusieurs siècles), pratiquée le plus souvent par le roi à partir du domaine royal. De la nature de la vente, le mot a également désigné la terre ainsi vendue.
(i) Mesrien (Merrain) : bois fendu en planches, de chêne ou de châtaignier, propre à différents usages, en particulier pour faire des douves et des fonds de tonneaux.
(j) Au lieu de « no », qui a plusieurs sens, le mot bief aurait été préférable, avec le sens précis de canal de dérivation d’un moulin.
Trois personnages de cette paroisse, vivant au milieu du Moyen Âge, ont laissé leur nom dans l’histoire[13] :
- Hugues de Saint-Quentin, en 1066, aurait participé à la conquête de l’Angleterre avec Guillaume le Conquérant. Hugues resta en Angleterre après la conquête et fut à l’origine d’une longue et puissante lignée qui donna, cinq siècles plus tard, une reine d’Angleterre (voir chapitre IV).
- Son père Guy et son frère Alvred se firent tous deux moines à l’abbaye Saint-Vigor de Cerisy dont ils furent les bienfaiteurs : dans la onzième charte de fondation, Guy, prenant l’habit de moine, donne « à Dieu et à Saint-Vigor de Cerisy » des terres au Mesnil-Ségar, à Couvains, à Savigny et le tiers des revenus de plusieurs moulins ; dans la quatorzième charte, Alvred donne le dixième de ce qu’il possède à Couvains[14].
- Sous le règne d’Henri Ier Beauclerc (1068-1135), roi d’Angleterre et duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant et successeur de Guillaume II le Roux, un certain Guillaume de Saint-Quentin fit partie d’une commission d’enquête sur les fiefs dépendant de l’église de Bayeux[15].
Au XIIe siècle, Thomas de Malfilastre donna à Robert, abbé d’Ardennes (abbaye de l’ordre des Prémontrés située près de Caen), l’église de Saint-Quentin et tous les droits dont il jouissait dans cette paroisse ; l’acte est signé par Guillaume de Semilly, archidiacre de Bayeux, qui tenait le siège de Bayeux alors vacant. C’est ainsi que, pendant une longue période, le curé de Saint-Quentin fut nommé par l’abbé d’Ardennes.
L’inventaire des fouages (redevances payées par foyer) nous donne un aperçu de la population de Saint-Quentin-d’Elle au bas Moyen Âge[16] :
- en 1446 : 22 feux, 1 noble (Guillaume Moysson, écuyer), 3 pauvres et 4 familles d’enfants pauvres ;
- en 1467 : toujours 22 feux, 1 noble (le même) ; il n’y a plus qu’un seul pauvre et il y a 2 exempts (le prévôt et le meunier du seigneur du lieu).
Au siècle des Lumières
Le XVIIIe siècle fut un siècle de croissance économique et démographique. La seconde moitié de ce siècle voit l’agrandissement, l’embellissement de nombreuses églises et la construction de sacristies et de presbytères : « Entre 1730 et 1789, huit églises sur dix sont agrandies, ou refaites, s’ornent de tableaux, de retables, de statues »[17].
Cette période correspondit à l’agrandissement de l’église paroissiale de Saint-Quentin ; le maître d’œuvre en fut Louis Le Petit, curé. L’inauguration eut lieu le sous l’épiscopat de Jules César de Rochechouart, évêque de Bayeux. En voici le procès-verbal :
« Le dimanche troisième jour de janvier mil sept cent soixante et deux, nous ayant esté adressé une commission de la part de Monseigneur Jules César de Rochechaurd, évêque de Bayeux, par son grand vicaire Monsieur Suhard de Loussel, en date du vingt de décembre dernier, de visiter le cœur de l’église parroissiale de Saint Quentin d’Elle diocèse de Bayeux nouvellement construit par maître Louis Lepetit, curé du dit lieu, pour faire demeurer constant par notre procès-verbal pour scavoir si le dit cœur estoit en état qu’on y pust célébrer les divers offices et y administrer les Saints sacrements et y exercer autres fonctions curiales ordinaires et pastorales avec décence.
Et nous y étant transporté le trente du susdit mois de décembre et ayant conformément à la ditte commission adressée à nous, fait le dit procès-verbal de la restitution et amplification du cœur de la dite église, qui nous parut dans un état très décent et très préparée à faire toutes les fonctions curiales et pastorales, nous avons en conséquence dressé, fait et rendu le dit procès-verbal, lequel raporté à Monsieur l’Abbé Suhard de Loucel qui nous a adressé le premier jour de janvier une permission de bénir le dit cœur de l’église parroissiale de Saint Quentin d’Elle, ce que nous avons fait avec les cérémonies prescrites dans le Rituel, en présence de maître Jean Guillemette, curé de Saint Georges d’Elle, maître Jean-Baptiste Malherbe, prêtre de Cerisy, Monsieur et Madame de Saint-Quentin, maître Louis Lepetit et nous maître curé de la paroisse de Couvains, qui ont signé avec nous ce troisième jour de janvier mil sept cent soixante et deux. »
— Signé : G. Guillemette – L. Lepetit – J.B. Malherbe – de Beauchamp, curé de Couvains[18]
Quelques années plus tôt, Guillaume-Henri de Saint-Quentin avait trouvé que son manoir n’était plus au goût du jour et avait fait édifier à proximité, de 1745 à 1750 environ, le château actuel. Guillaume-Henri de Saint-Quentin avait été baptisé dans l’église le 26 juin 1720 ; il y sera enterré, dans le chœur, le 8 mars 1785.
La lecture des registres paroissiaux, donnés en partie dans l’annexe 2, donne une idée du triste sort réservé à beaucoup d’enfants à cette époque[18] : le 2 janvier 1707, inhumation à l’intérieur de l’église de « Damoiselle Marie Hébert, cinq ans, près de l’autel de la Sainte Vierge » (On ignore l’emplacement exact de cet autel) ; le 24 juillet 1749, baptême sous condition d’un enfant mâle qu’on a trouvé exposé sur le pied d’une croix, lequel enfant fut nommé François par Messire Jean Louis Rouland, avocat à Torigny, assisté de Demoiselle Marie Thérèse Olivier demeurante chez le seigneur de Saint Quentin.
De la Révolution à l’Empire
Jusqu’en 1789, la paroisse de Saint-Quentin-d’Elle faisait partie du diocèse de Bayeux, de l’archidiaconé des Veys et du doyenné de Couvains. À la création des départements (17 novembre 1789)[19], elle fut incorporée au département du Cotentin, devenu plus tard celui de la Manche.
Devenue commune, elle fut rattachée à celle de Bérigny par un décret impérial signé à Moscou par Napoléon Ier, le 27 septembre 1812. Dans ses délibérations des 15 septembre et 16 novembre 1811, le conseil municipal, qui souhaitait ne pas voir disparaître sa commune, avait fait savoir qu’en cas de fusion imposée par les pouvoirs publics, il préférait un rattachement à Bérigny plutôt qu’à Saint-Georges-d’Elle, d’abord pour des raisons géographiques (les crues de l’Elle en hiver rendaient difficile le passage du gué permettant de rejoindre le bourg de Saint-Georges), mais aussi « sous le rapport spirituel qui n’est pas d’une même importance : il est de vérité que l’église de Saint-Georges est déjà trop petite eu égard à sa population, tandis que celle de Bérigny contiendrait plus d’habitants »[20].
Le conseil délibérait bien sûr sur d’autres sujets ; en voici deux exemples :
- « An II : 10 Prairial - Bannie de l’herbe du cimetière et ce qu’il y aura de pommes et de glands – à charge par l’acheteur de ne pas mettre d’autres bestiaux dedans que des moutons – Louis Godin pour la somme de trente et une livres (...).
- An XIV : le conseil municipal autorise le maire à vendre six chênes sur le cimetière pour réparer l’église »[20].
À la période charnière de la Révolution et de l’Empire, un paroissien de Saint-Quentin se distingua par sa carrière : Henri Victor Roulland. Sa famille apparaît à de multiples reprises dans les registres paroissiaux et d’état civil.
Né à Saint-Quentin le 11 octobre 1751, il entra comme soldat au régiment de Normandie le 22 septembre 1770. Ses succès le firent nommer général de brigade le 12 avril 1794 ; fait prisonnier peu après, il fut envoyé en Hongrie, puis rentra en France par échange de prisonniers le 27 novembre 1795. Élevé au grade d’officier de la Légion d’Honneur dans la promotion du 14 juin 1804, il mourut à Rennes le 6 février 1827[21].
Henri-Victor Roulland appartient donc à l’une des premières promotions de l’ordre de la Légion d’Honneur : cet ordre fut en effet créé par Bonaparte le 29 floréal an X (19 mai 1802) pour récompenser les services et les vertus civils et militaires. Le dossier d’Henri-Victor Roulland a disparu de la section « Légion d’Honneur » des Archives nationales, probablement dans l’incendie de la Commune.
Saint-Quentin-d’Elle a fourni d’autres soldats aux armées napoléoniennes. Arrêtons-nous quelques instants sur le portrait de deux d’entre eux, extrait du fichier du Service historique de l’armée :
- « Louis-Cyprien Adelée, fils de Mathieu et Marguerite Lechartier, né à Saint-Quentin-d’Elle le , taille 1,84 m, yeux gris-bleu, cheveux châtains » : Papetier au moulin à papier (dont, depuis la dernière guerre, il ne reste que le nom en bordure de l’Elle, où l’on fabriquait du papier avec les faînes des hêtres de la forêt), incorporé le 17 frimaire an XIV dans le premier régiment de carabiniers (1er escadron, 5e compagnie), le 14 juin 1807. Blessé par un coup de feu à l’avant-bras à Friedland, il est mis en retraite le 31 décembre 1807[22].
- « Guillaume Planchon, fils de Guillaume et Magdeleine Lebeuf, né à Saint-Quentin-d’Elle le , taille 1,66 m, yeux roux, cheveux châtains », Incorporé le 4 mars 1807 dans le 6e régiment de dragons (4e escadron, 8e compagnie), il mourut « à la chambre » le 2 mai 1807[23].
Au XIXe siècle
Le 15 mai 1844, le conseil municipal de Bérigny demandait l’autorisation de vendre l’église et le cimetière de Saint-Quentin. Le 24 février 1847, par ordonnance de Louis-Philippe, roi des Français, l’église de Saint-Quentin était érigée en chapelle domestique pour l’usage des habitants du château.
Le 18 mars 1861, Franz-Xaver Kraus, jeune séminariste engagé comme précepteur par Bernardin de Saint-Quentin auprès de son fils Gabriel, écrit dans son journal :
« Le village de Bérigny est situé à un quart d’heure d’ici. Si le temps le permet, je m’y rends tous les jours pour la première messe à 7 heures. Près du château se trouve une petite chapelle où, à ma grande consolation, la sainte Eucharistie est présente. »[24].
Franz-Xaver Kraus était promis à un grand avenir en Allemagne, où il fut considéré comme un des savants catholiques les plus importants du XIXe siècle.
Un autre prêtre, attaché à la famille de Saint-Quentin pendant la guerre de 1870 et célébrant probablement des offices dans la chapelle, a laissé une trace de son passage dans la littérature. On en ignore le nom ; il apparaît dans les mémoires de madame Octave Feuillet :
« Le jour du départ de Miss Emly, j’entrepris, pour me consoler, une promenade en forêt du côté de la forêt de Cerisy ; rien ne m’était doux, par ces temps troublés, comme le silence de ces grands bois. Je m’arrêtai d’abord chez mes cousins de S… qui avaient un château près de la forêt. Ils étaient absents.
L’abbé me proposa d’entrer quand même pour me reposer et m’offrit, un peu plus tard, une promenade dans le parc. J’acceptai de grand cœur et, tout en causant, nous passâmes du parc dans la forêt. L’abbé était charmant, instruit comme il faut et parlant à merveille. Je passai avec lui de très agréables instants. Il me ramena ensuite vers ma voiture et m’aida à monter sur mon haut coussin avec la grâce d’un gentleman.
Le soir, en rentrant de mon excursion que j’avais prolongée jusqu’à Balleroy, j’appris, avec stupéfaction, qu’on venait d’arrêter et de conduire en prison mon abbé distingué. C’était un officier prussien et un espion ! »[25]
Il semble que les informations de Mme Feuillet, reconnue au sein de sa propre famille comme une grande mythomane, aient été fantaisistes, puisque aucune mention d’une telle arrestation ne figure dans la presse de l’époque.
XXe siècle : transmission
Au début du XXe siècle, la chapelle appartenait à l’abbé Henri-Bon-Marie de Saint-Quentin, missionnaire à La Parme (Belgique) et domicilié à Saint-Georges-d’Elle. L’abbé de Saint-Quentin la légua par testament du 28 janvier 1922 à sa nièce, Marie-Louise-Amarante-Véronique-Anna Delalande, qui, elle-même sans héritier, la transmit en 1972 à Roland, Guy et Cécile Hubard.
Jusqu’en 1934, des messes y étaient dites régulièrement par le curé de Bérigny et saint Quentin continuait d’y être vénéré.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la chapelle fut transformée en écurie par les troupes d’occupation, et des jeunes gens du pays furent réquisitionnés pour venir soigner les chevaux sous les statues, toujours présentes, de saint Quentin et de saint Laurent (des fers à cheval furent retrouvés lors des récents travaux de déblaiement). Peu après le débarquement de juin 1944, les forces alliées installèrent un dépôt d’essence à proximité.
À partir de 1950, et par manque d’entretien, la chapelle commença à se dégrader. Vers 1960, une partie du toit s’effondra et les statues de saint Quentin et de saint Laurent furent transportées dans l’église de Bérigny ; en 1990, elles furent restaurées grâce à la générosité des paroissiens, une subvention des Monuments historiques et un don des Vieilles Maisons Françaises.
Ces deux statues en bois peint, sont exposées dans l’église de Bérigny :
- Saint Quentin tient dans sa main droite une bible et brandissait dans la gauche une croix qui a disparu ;
- Saint Laurent tient dans sa main gauche un gril, instrument de son supplice. Une tuile vernissée représentant un angelot a été préservée.
-
St Laurent - Eglise de Bérigny. -
St Quentin - Eglise de Bérigny.
De 1970 à 1990, ce qui restait de la toiture finit de s’effondrer, laissant alors le champ libre aux ronces, orties, lierre, arbres, lapins et renards.
L’édifice et le petit cimetière qui l’entoure furent achetés le 26 décembre 1990 et par M. et Mme X, qui les confièrent à l’Association des Amis de la Chapelle de Saint-Quentin-d’Elle. La même année leur fut rattaché, par cession de la commune, l’ancien accès à la route dite « du moulin à papier ».
Le 18 mars 1993, la chapelle et le cimetière furent inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques[3].
Son état en 1990
Aucun élément décoratif ou cultuel ne subsistait dans cette chapelle en 1990. Des traces de peinture étaient encore visibles sur les murs du chœur : un bandeau ocre de 0,15 m de large à 1,20 m du sol et une plinthe de couleur sombre de 0,60 m de haut.
Le bénitier avait été arraché du mur et volé vers 1970. La stèle de la statue de saint Laurent était encore fixée au mur. Celle de saint Quentin, qui lui faisait pendant, a été brisée et n’existait plus en 1990 ; elle a été remplacée par une nouvelle stèle taillée et offerte par M. Frys.
Enfin, en 1990, il ne restait rien de la toiture. Le haut des murs et plusieurs arcatures de fenêtres étaient effondrés et l’ensemble de l’édifice disparaissait sous la végétation.
Le petit herbage qui entoure l’édifice était, jusqu’à la fin du XIXe siècle, un cimetière ; il était planté de pommiers et entouré d’une haie constituée de différentes essences d’arbres, dont des chênes. Un calvaire de granit en ornait l’entrée : il a été dessiné par Albert Laprade, architecte en chef des Monuments historiques lors de son passage à Saint-Quentin en 1966, qui note dans ses carnets de croquis : « La chapelle près du château vient de s’écrouler : la croix hosannière ci-dessous est brisée et gît en trois morceaux »[26]. Ce calvaire a été restauré et transféré à proximité de l’église de Bérigny en 1985. Enfin, une étude archéologique des tombes a été proposée, la dédicace à saint Quentin indiquant qu’il pourrait s’agir d’un site carolingien[27].
Une autre origine de la dédicace à saint Quentin pourrait être envisagée ; elle serait postérieure de quelques années à la période carolingienne, qui prend fin avec la mort de Louis V en 985. Dans les deux dernières années de son principat (994-996), Richard Ier, duc de Normandie, reçut Dudon comme ambassadeur du comte de Vermandois, dont dépendait la ville de Saint-Quentin où étaient conservées les reliques de saint Quentin. Dudon revint à la cour de son successeur, Richard II, et devint l’historiographe des ducs de Normandie. Très apprécié à la cour, il reçut des biens en Normandie. On peut imaginer qu’en remerciement, il offrit une relique de saint Quentin : un bras est signalé à la cathédrale de Bayeux en 1474[28]. Il existe toujours une rue Saint-Quentin à Bayeux. Une paroisse créée à cette époque dans le diocèse de Bayeux aurait pu être placée sous le patronage de ce saint.
-
Chapelle de St Quentin vers 1990 - La nature reprend ses droits. -
Chapelle de St Quentin vers 1990 - La nature reprend ses droits dans la nef. -
Chapelle de St Quentin - Face Sud-Est - Toit effondré. -
Chapelle de St Quentin - Face Nord-Est - Toit effondré.
Fin du XXe siècle : le temps de la restauration

En 1990, la chapelle de Saint-Quentin se trouvait à l’état de ruine : la toiture et une partie des murs s’étaient effondrés, et elle disparaissait en grande partie sous la végétation.
Fin 1991 fut créée l’Association des Amis de la Chapelle de Saint-Quentin-d’Elle, dont l’objectif était double : préserver de la chapelle ce qui pouvait l’être encore et l’animer.
Les premiers travaux de déblaiement commencés en 1991 furent poursuivis en 1992. Il apparut vite que l’on ne pouvait en rester là : les murs étant maçonnés à la terre et une grande partie du sol étant en terre battue, la végétation repartait de plus belle à chaque fois qu’elle avait été arrachée.
La réparation des murs et la reconstruction des arcs de fenêtres effondrés furent donc réalisées en 1992. Cela n’était qu’une demi-mesure : l’intérieur de l’église devenait un jardin clos, chaud et humide, à l’abri du vent, dans lequel pouvaient prospérer en toute tranquillité toutes les plantes sauvages de la région !

La possibilité d’obtenir un financement par des aides publiques (État et département) et privées (dont une fondation américaine) fit entreprendre la reconstruction de la toiture. Cela se fit en deux étapes : d’abord celle du chœur en 1994, puis celle de la nef en 1995.
Le problème du « couvert » étant réglé, il fallut penser à celui du « clos ». Un membre de l’association, originaire de Bérigny et menuisier en retraite, mena à bien, dans la droite ligne des huchiers de Saint-Quentin, la reconstruction des trois portes en 1995. Une nouvelle aide financière, publique et privée, permit en 1996 la création des sept vitraux.

Le sol de la nef était en terre battue, celui du chœur en grandes dalles d’ardoise (avec deux pierres tombales) pour une partie, et en briques et carrelage dépareillé pour l’autre. En 1997, un dallage de réemploi donné par un membre de l’association fut posé dans la nef. Le dallage du chœur fut remis de niveau et les joints refaits ; là où il était dépareillé, il fut remplacé par un carrelage de terre cuite ancien en 1999.
L’environnement extérieur nécessitait aussi quelques aménagements. En décembre 1992, une rangée de jeunes pins fut plantée en bordure de la route. L’ancien accès piétonnier à la route fut rétabli ; un escalier de pierre y fut construit en 1999 et une petite barrière de bois installée au début de l’année 2000. Enfin, deux anciennes croix tombales en fer forgé furent placées contre le mur nord de la chapelle pour rappeler la destinée originelle de l’endroit.
La nouvelle vie de la chapelle
En conformité avec le second objectif que s’était fixé l’association, l’animation de la chapelle s’est mise en route. Elle a d’abord retrouvé sa vocation initiale en accueillant deux mariages, en juillet 1995 et juillet 1996.
Un concert de musique classique ou sacrée a ensuite commencé à y être donné chaque année, en juin. Depuis 1996, elle a ainsi accueilli successivement :
- la chorale De cour en chœur,
- l’ensemble classique Briovère,
- Marie-Andrée Morisset-Balier et Michel Morisset pour un concert d’orgue et trompette,
- l’Avant-Garde de Saint-Fromond,
- la chorale Chante Briovère.
En septembre 1993, elle a participé aux Journées du patrimoine.
L’habitude a été prise, chaque année au moment de l’assemblée générale, d’inviter un conférencier à faire une petite présentation sur un sujet en rapport avec le patrimoine régional. Ont ainsi été abordés :
- le rôle des Archives départementales dans la vie culturelle (Yves Nedelec),
- l’épopée de la famille de Saint-Quentin outre-Manche après la conquête de l’Angleterre en 1066 (travaux de George Haynes[29]),
- les ifs funéraires de la Manche (Thierry Leverrier),
- les retables du Calvados (Jacques Pougheol).
En 1999, la chapelle de Saint-Quentin a été retenue par le Conseil général pour participer, avec 49 autres monuments du département, au concours Les sept merveilles de la Manche.
Enfin, la chapelle est devenue un lieu de promenade et d’excursion pour de nombreux visiteurs, individuels ou en groupe, sensibles à la préservation de notre patrimoine régional.
De Saint-Quentin-d'Elle au trône d'Angleterre


Il existe au Pays de Galles, dans le comté de Glamorgan, derrière le corps de garde du château de Clare, une motte féodale représentant les restes d’une fortification qui, selon la tradition locale, aurait été bâtie par des Saint-Quentin.
Il existe par ailleurs dans les archives du Pays de Galles et d’Angleterre des documents témoignant de la présence d’une famille de Saint-Quentin au Pays de Galles au XIIe siècle. George Haynes a pu reconstituer l’histoire de cette famille jusqu’à son point de départ en Normandie : Saint-Quentin-d’Elle.
Tout commence avec Guy de Saint-Quentin et ses deux fils : Alvred et Hugues. Tandis que Guy et Alvred, après avoir fait des donations à l’abbaye voisine de Cerisy, s’y font moines, Hugues embarque pour l’Angleterre avec Guillaume le Conquérant en 1066. Son nom apparaît sur les listes de Dives et de Falaise. En récompense de ses loyaux services, Hugues reçoit d’importantes terres outre-Manche.

Hugues a trois fils. Le premier est Richard (ou Robert ?). Le troisième est William, qui rentre en Normandie en 1120 ; c’est peut-être lui que l’on voit faire l’inventaire des fiefs de l’église de Bayeux pour Henri Ier Beauclerc[15]. Le deuxième, celui qui nous intéresse ici, Herbert Ier, participe à la conquête du pays de Galles avec un compatriote normand : Robert Fitzhamon, baron de Creully. Il apparaît dans de nombreuses dotations ecclésiastiques.
De l’union d’Herbert Ier avec Agnès d’Arches, naissent deux fils : William et Richard. Richard a, à son tour, deux fils : William et Herbert II, à l’origine de deux lignées différentes.
Herbert II, le cadet, accompagne le roi John dans la campagne de pacification de l’Irlande en 1210, et lors de la tentative infructueuse de reconquête du Poitou en 1214. On le retrouve dans la liste des conjurés contre ce même roi en 1215 ! Herbert II a pour fils John, le probable bâtisseur du château Quintin en Irlande, et est à l’origine, par un autre fils, de la branche la plus longue de la famille de Saint-Quentin en Angleterre, celle qui s’éteint avec Violet de Saint-Quentin. L’importance des biens fonciers de cette famille était telle qu’au moment de sa disparition en 1943, Violet de Saint-Quentin laissait encore 470 hectares à Thornholme. Son exécuteur testamentaire en vendit 62 hectares au ministère de l’Air pour y installer l’aérodrome de la Royal Air Force de Thornehill : de là sont peut-être parties des escadrilles pour libérer la Normandie en juin 1944 !
William est à l’origine de la branche qui mène au trône d’Angleterre. William a pour fils Herbert III, qu’on voit servir sous les armes au pays de Galles, en Écosse et en Gascogne, puis siéger au Conseil militaire en 1287 et en 1297, et au Conseil du roi en 1294. Il épouse Laura de Fauconberg. De cette union naît Herbert IV, qui meurt jeune en laissant un fils : Herbert V.
Herbert V succède à son grand-père à l’âge de 17 ans. De 1302 à 1342, il est signalé comme protecteur de l’église de Staton-Saint-Quentin dans le Wiltshire. Il participe à la bataille de Crécy, en 1346, au début de la guerre de Cent Ans. Au cours de cette bataille, Philippe VI de France est défait par Édouard III d’Angleterre. Herbert V épouse Margery de l’Isle, dont il a deux filles : Elizabeth et Lora, née en 1342. Lora épouse successivement son cousin John de Saint-Quentin Harpham, puis Thomas Poole (dont la famille porte une lourde responsabilité dans la guerre des Deux-Roses), ensuite John Clinton et enfin Robert Grey. Des trois premiers mariages, il n’y eut pas d’enfant, mais du quatrième il y en eut treize !
- L’aîné, Robert, devient archevêque de Londres.
- La neuvième, Elizabeth, épouse Lord Henry Fitzhugh, de la famille la plus puissante et la mieux pourvue en terres du Nord de l’Angleterre.

Elizabeth et Henry ont un fils, William, qui a, à son tour, un fils Henry, lequel épouse Alice Neville, fille de Richard Neville, comte de Salisbury. De ces derniers naît Elizabeth, qui épouse William Parr.
De cette union naissent deux enfants. Le second, Thomas Parr, épouse Maude Green, dont il a trois enfants : William, Catherine (1514-1548) et Anne.
Catherine Parr se marie quatre fois :
- avec Edward Borough, qui la laisse veuve,
- avec John Neville, qui fait de même,
- avec le roi Henry VIII, dont elle devient la sixième et dernière épouse (et donc reine d’Angleterre),
- enfin avec Thomas Seymour, frère de Jeanne Seymour (troisième femme d’Henry VIII).
Catherine Parr n’eut pas d’enfant d’Henry VIII. En moins d’un an (1547-1548), Catherine Parr, veuve d’Henry VIII, épouse Thomas Seymour, met au monde sa fille Mary et meurt à son tour à l’âge de 34 ans.
Saint-Quentin : sa vie et son culte en Normandie

Quinctinus est un nom latin venu de quintus ou quinctius (cinquième), désignant l’enfant né après quartus (quatrième) et avant sextus (sixième). Quentin (Caius Quinctius) était d’origine romaine, issu d’une famille sénatoriale. Il vint en Gaule en compagnie de saint Lucien de Beauvais et évangélisa Amiens avec pugnacité et succès à la fin du IIIe siècle[30],[31],[32].
Lors de la campagne de pacification ordonnée par Maximien, Quentin fut suspecté, emprisonné et torturé. On le fit évader de nuit. Il en profita pour organiser une réunion publique à laquelle le rejoignirent les responsables de la prison qu’il avait convertis et qui se cachèrent avec lui. Après ce coup d’éclat, il fut de nouveau arrêté, torturé et envoyé à Rictiovare.
Rictiovare était alors préfet militaire d’auxiliaires barbares, chargé en 287 de pacifier les routes et en particulier la route stratégique Reims–Amiens–Boulogne. Rictiovare tortura de nouveau Quentin à l’insu des Amiénois, le fit décapiter et enterrer secrètement dans une île du marécage de la Somme. Grégoire de Tours rapporte, lui, que Quentin fut noyé. Quoi qu’il en soit, son corps fut retrouvé cinquante-cinq ans plus tard par une femme aveugle nommée Eusébie, qui recouvra alors la vue. Il fut enterré au sommet de la colline voisine d’Augusta. Devant l’arrivée des Huns, en 451, on cacha ses reliques dans un caveau secret où, deux siècles plus tard, saint Éloi, évêque du Vermandois, les retrouva. Saint Éloi lança alors le pèlerinage de saint Quentin pour les siècles suivants.
Un recueil de miracles, jusqu’à 827, mentionne, en appendice, une translation de ses cendres en 835, dans une église neuve que l’abbé Fulrad avait fait bâtir. Le 4 novembre 1950, la ville de Mayence reçut avec solennité une relique de saint Quentin.
Saint Quentin est ou était titulaire de quinze églises paroissiales normandes, dont deux dans la Manche : Saint-Quentin-d’Elle et Saint-Quentin-sur-le-Homme (canton de Ducey). Comme saint « guérisseur », saint Quentin a une double spécialité :
- les toux quinteuses (particulièrement celles de la coqueluche),
- et les douleurs térébrantes comme celles de certaines névralgies ou algies rhumatismales.
La première a surtout été retenue dans la partie occidentale de la Normandie, en particulier à Saint-Quentin-d’Elle ; elle est due au rapprochement phonétique des mots « Quintin » et « quinte ». La seconde spécialité a plutôt été retenue dans la partie orientale de la province : elle est en rapport avec une des versions du supplice de saint Quentin. Avant d’être décapité, on lui aurait enfoncé des broches de fer dans les épaules, dans la tête et sous les ongles des pieds et des mains.
La statue de saint Quentin, présente initialement dans l’église de Saint-Quentin et maintenant dans celle de Bérigny, le représente avec une bible dans une main et une croix (manquante) dans l’autre, symboles de son action évangélisatrice. D’autres statues sont plus banales, impersonnelles, le représentant simplement avec une palme. D’autres enfin le représentent en supplicié ou bien décapité, la tête entre les mains (comme à Allouville-Bellefosse, canton d’Yvetot en Seine-Maritime), ou bien torturé par des broches (comme à Chartres, à Poses dans l’Eure ou à Fourches dans le Calvados), ou enchaîné (comme à Saint-Quentin-sur-le-Homme, Manche).
On fête saint Quentin le 31 octobre.
Son état en l'an 2000
Après dix années de travaux de restauration, la chapelle a retrouvé un aspect qui, pour reprendre les termes du procès-verbal du 3 janvier 1762[18], permet d’y « célébrer les divers offices et y administrer les Saints sacrements et y exercer autres fonctions curiales ordinaires et pastorales avec décence ».
Les éléments décoratifs et le mobilier ont été choisis de façon à respecter l’esprit du lieu. Le sol a été restauré avec des pierres et des carreaux de terre cuite de récupération. Le sol du baptistère (en galets blancs provenant de la plage de Saint-Laurent — Saint Laurent étant le second protecteur de la paroisse) est une évocation des eaux du Jourdain ; il a été inspiré, avec ses trois poissons et sa vague, par ce qu’a fait Yves Froidevaux, architecte en chef des Monuments historiques, à l’abbatiale de Lessay.
Vitraux
Les huit vitraux, créés par Sylvie Liégeois, sont consacrés à quelques fortes personnalités des périodes pré-médiévale et médiévale, actuellement un peu oubliées mais qui, en témoignant des grands courants d’idées et d’hommes de ces périodes, ont contribué au rayonnement de la Normandie.
La représentation de saint Quentin (une croix dans la main gauche et une bible dans la main droite) et de saint Laurent (avec le gril, instrument de son supplice) s’inspire des deux statues qui étaient autrefois dans la chapelle et qui sont maintenant restaurées et exposées dans l’église de Bérigny[4].
Saint Vigor, fondateur puis père abbé au VIe siècle de l’abbaye de Cerisy-la-Forêt (qui reçut, au Xe siècle, des terres de la famille de Saint-Quentin[14]]) et évêque de Bayeux en 511, est représenté ramenant le dragon de la forêt avec son étole, selon l’iconographie de la statue de l’abbatiale de Cerisy.
Le bienheureux Lanfranc (1005-1089), originaire de Parme en Italie, venu à Avranches pour y poursuivre ses études de théologie, entra chez les bénédictins du Bec (Seine-Maritime). Il y fonda une école de théologie renommée dans toute la chrétienté. Proche conseiller de Guillaume le Conquérant pour les affaires ecclésiastiques et civiles, il réconcilia le duc-roi avec le pape Nicolas II, fut nommé abbé de Saint-Étienne de Caen puis archevêque de Cantorbéry en 1070. Sa représentation s’inspire d’un dessin conservé à la bibliothèque d’Oxford[33].
Saint Thomas Becket (1118-1170), né à Londres dans une famille normande, étudia à Merton (Grande-Bretagne), à Paris, à Bologne (Italie) et à Auxerre. Chancelier du royaume en 1155, puis archevêque de Cantorbéry en 1162, il s’opposa à Henri II Plantagenêt qui voulait soumettre l’Église au pouvoir royal. Assassiné dans sa cathédrale par les hommes du roi, il fut longtemps vénéré en Normandie. Le vitrail reprend un fragment de la scène de son assassinat, inspiré d’un vitrail du XIIIe siècle de l’église de Parfouru-l’Éclin (Calvados).
Sainte Sophie (IIe siècle), personnage de la tradition chrétienne portant le nom grec de « sagesse », aurait donné à ses trois filles martyres les noms de Foi, Espérance et Charité. Ici, c’est sainte Sophie de Novgorod qui est représentée, avec l’église de Novgorod en arrière-plan, rappelant les origines de l’État russe.
Le vitrail consacré aux huchiers de Saint-Quentin rappelle les origines de la paroisse. Ses personnages sont extraits de la tapisserie de Bayeux : le bateau d’origine s’y est transformé en coffre, faisant de ces charpentiers de marine d’authentiques huchiers.
Enfin un vitrail consacré à Saint-Hubert a été posé en 2018, patron des chasseurs depuis le IXe siècle[4].
-
Saint Quentin. -
Saint Laurent. -
Bienheureux Lanfranc. -
Saint Thomas Becket. -
Sainte Sophie. -
Saint Hubert. -
Les Huchiers.
Statues
Les deux statues du chœur sont en pierre reconstituée, peintes dans le ton des restes de polychromie médiévale. Celle de droite est une Vierge à l’Enfant. Celle de gauche, appelée saint Quentin, représente en fait un saint indifférencié avec sa palme, comme le décrivent les récits apocryphes chrétiens[34].
-
Statue de St Quentin - Statue chapelle. -
Statue Vierge à l’Enfant.
Meubles

Le mobilier provient de diverses origines :
- les bancs de la nef viennent du temple désaffecté de l’Église réformée de France de Goderville (Seine-Maritime),
- les chaises du chœur appartenaient au curé de l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel ; offertes à la chapelle par ses héritiers après sa mort,
- les stalles du chœur (XIXe siècle) proviennent de l’église romane de Vouilly (Calvados), où elles avaient perdu leur usage après restauration.
- L’autel et le retable ont été offerts par la municipalité de Torigni-sur-Vire. Ils ont été découverts, un peu par hasard, dans les combles de l’Hôtel de Ville où ils étaient entreposés, à l’état de ruines, depuis une cinquantaine d’années. Ils proviennent en réalité du château de la Brisette, dans le nord de la Manche. Ils furent un temps la propriété du chanoine Pinel, qui les légua à la ville de Torigni.
- L’autel, en chêne, est de forme tombeau et de style Louis XV. Il conserve des restes de polychromie (faux marbre) et de dorures.
- Le retable est composé de quatre pilastres encadrant un panneau central concave sculpté de croisillons. Ses motifs décoratifs permettent de le dater de la première moitié du XVIIIe siècle[35]. Les pilastres surmontent quatre petits panneaux qui encadrent, par paires, le tabernacle. Sur ces panneaux sont sculptées, avec des traces de polychromie, quatre têtes d’anges ailées, toutes différentes, lointains descendants « des chérubins d’or qui couvrent de leurs ailes déployées le coffre de l’alliance du Seigneur »[36].
L’autel et le retable ont fait l’objet de très importants travaux de restauration en 1998 et 1999. Le retable a été installé le . Enfin, le palier qui supporte l’autel a été construit à partir de trois carrés de parquet « Versailles », récupérés en 1974 dans le château de Saint-Quentin alors en ruine.
Notes et références
- ↑ Géoportail
- ↑ « BÉRIGNY, CHAPELLE SAINT-QUENTIN-D’ELLE ».
- Notice no PA00110335, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- Constat visuel sur place.
- ↑ Atlas de Trudaine, Archives nationales, CP/F/14/*8469, 1745-1780, pl. 48.
- ↑ Jean-Baptiste Patrick, « L’astrolabe et son clocher », Sciences et Avenir, no 617, , p. 104-107.
- ↑ Marcel Lelegard, « Les perques de crucifix dans les églises du Cotentin », Art de Basse-Normandie, vol. 5, , p. 16-23.
- ↑ Yves Nedelec, Communication personnelle.
- ↑ Alain Ferdière, « Les petites routes de Gaule », L'Archéologie, no 28, février mars 1997, p. 23-24.
- ↑ Daniel Roche, Histoire des choses banales, Paris, Fayard, , p. 163.
- ↑ François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, Picard, , p. 114, 211.
- ↑ Alain Roquelet, « Le coutumier d’Hector de Chartres », dans La vie de la forêt normande au Moyen Âge, Rouen, Société de l’histoire de la Normandie, , p. 79.
- ↑ Jean Le Melletier, « De la Manche vers l’Angleterre au temps de la conquête », Cahiers de l’ODAC, no 3, .
- Paul de Farcy, Abbayes de l’évêché de Bayeux, t. 1, Laval, Moreau, , p. 83-84.
- Archives départementales de la Manche, 125 J 35, Fonds Baudre, , n° 1 à 32.
- ↑ Michel Nortier, « Contribution à l’étude de la population de la Normandie au bas Moyen Âge (XIVe – XVIe siècle) », Cahiers Léopold Delisle, no 11, , p. 128, 129, 217
- ↑ Bernard Beck, Quand les Normands bâtissaient des églises, Coutances, Éditions OCEP, , p. 45, 60-
- Notes rassemblées par Pierre Leberruyer et Michel Levard, Saint-Quentin, 50810 Bérigny.
- ↑ Jacques Guillaume Thouret, « La décentralisation - Premier discours sur la nouvelle division du royaume », (consulté le ).
- Hugues Levard, « 2012 : le bicentenaire du rattachement de Saint-Quentin-d'Elle à Bérigny », Bulletin de la Société d'Archéologie et d'Histoire de la Manche, Saint-Lô, .
- ↑ Georges Six, Dictionnaire des généraux et amiraux français de la Révolution et de l’Empire, Paris, Georges Saffroy éditeur, , p. 397.
- ↑ Edmond Lemonchois, « Conscrits de la Manche. An XI-1814 », Société d’Archéologie et d’Histoire de la Manche, Saint-Lô, , p. 2.
- ↑ Edmond Lemonchois, « Conscrits de la Manche. An XI-1814 », Société d’Archéologie et d’Histoire de la Manche, Saint-Lô, , p. 35.
- ↑ Frantz-Xaver Kraus (trad. Élisabeth Davry), Journal, Cologne, Bachem éditeur, , p. 123.
- ↑ Octave Feuillet, Mémoires de Madame Octave Feuillet, Extrait cité.
- ↑ Albert Laprade, Architectures de France à travers les carnets d’Albert Laprade, Paris, Berger-Levrault, .
- ↑ Pierre Gouhier, Commission régionale du Patrimoine historique, archéologique et ethnologique de Basse-Normandie, procès-verbal de la séance du 7 décembre 1992, Caen, DRAC, p. 26.
- ↑ François Neveux, « Les reliques de la cathédrale de Bayeux, dans Les saints dans la Normandie médiévale », Presses universitaires de Caen, Caen, , p. 114.
- ↑ George Haynes, Le château de Saint-Quentin à Llanblethian (Pays de Galles) et la famille de Saint-Quentin, monographie disponible au château de Saint-Quentin.
- R.R.P.P. bénédictins de Paris, « Saint Quentin martyr », Vies des saints, Paris, t. 10, , p. 1007-1008
- « Saint Quentin », Famille chrétienne, no 719, , p. 4.
- Jean Fournée, Annuaire des cinq départements de la Normandie, « Notes sur le culte de saint Quentin en Normandie », Congrès de Pont-l’Évêque, , p. 105-107.
- ↑ « Les siècles romans en Basse-Normandie », Art de Basse-Normandie, no 92, , p. 142.
- ↑ Évangile du pseudo-Matthieu (Écrits apocryphes chrétiens), t. 1, Paris, La Pléiade, Gallimard, , p. 139.
- ↑ Jacques Pougheol, « Répertoire des autels et retables du Calvados », Art de Basse-Normandie, Caen, no 46, , p. 48
- ↑ Ancien Testament, Chroniques I, 28:18.
- Portail des monuments historiques français
- Portail du département de la Manche
- Portail du catholicisme
