Charles Louis Joseph de Gau de Frégeville

 Charles de Frégeville
Charles Louis Joseph de Gau de Frégeville
Le colonel de hussard Charles de Frégeville

Naissance
Teillet (Tarn)
Décès (à 78 ans)
Ancien 1er arrondissement de Paris
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Cavalerie
Grade Général de division
Années de service 1774 – 1833
Distinctions Grand officier de la Légion d'honneur
Chevalier de Saint-Louis
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile, 34e colonne.

Charles Louis Joseph de Gau de Frégeville, né le à Teillet[1], mort le à Paris, est un général et homme politique français de la Révolution et du Premier Empire.

Biographie

Le général Charles de Frégeville est né en 1762 au château de Grandval, aujourd'hui dans la commune de Teillet (Tarn).

Il est le demi-frère de Jean Henri de Frégeville, né en 1748 et qui finit lui aussi sa carrière comme général de division.

Son père, Jean de Frégeville (1708-1775), seigneur de Grandval et de Plegades, est issu d'une famille noble de Castres d'origine protestante. Officier de cavalerie, il termine sa carrière comme lieutenant général dans l'armée de Louis XV.

La mère de Charles de Frégeville, Suzanne Périé (1727-1801), est la fille de Pierre Périé, négociant à Bédarieux, et de Magdeleine Suzanne de Lavit. Elle est devenue en 1753 à Paris, la seconde épouse de son père.

Un des frères aînés de Charles, Pierre, né en 1759, a été cadet au régiment de Condé dragons peu avant de périr accidentellement à Teillet en 1774. Charles de Frégeville, âgé d'à peine 12 ans, lui est substitué et rejoint son régiment sur les côtes de Bretagne. Jeune soldat, Charles fait son service dans les grades subalternes pendant deux ans, puis il est nommé sous-lieutenant le .

En 1781, il achète une compagnie et est nommé capitaine au régiment de Condé dragons. Il emploie dès lors une partie de ses semestres à voyager en Prusse et en Allemagne ; il apprend la langue allemande et étudie principalement la stratégie des armées de Prusse et d'Allemagne. De retour en France, il se met le à la tête de la garde nationale à cheval de Montpellier pour réprimer des troubles à Nîmes et à Beaucaire.

Charles de Frégeville est nommé le capitaine au 3e régiment de chasseurs à cheval et le suivant, lieutenant-colonel du 2e régiment de hussards. Charles de Frégeville participe à la campagne dans les Ardennes sous les ordres de La Fayette (alors général en chef de l'armée du Centre) et y gagne une réputation d'officier courageux.

Le colonel baron Jean Conrad von Malsen et le premier lieutenant-colonel Hock, tous deux hostiles aux idées nouvelles, sont résolus de passer à l'ennemi avec l'ensemble du 2e régiment de hussards qui se trouve alors sur la frontière des Ardennes. La Fayette étant absent, Malsen et Hock ont éloigné Frégeville dont ils connaissent la fidélité à la République, mais celui-ci, averti à temps, accourt et fait tant que le régiment, un instant ébranlé, refuse de partir et de suivre au camp autrichien son colonel, le lieutenant-colonel en premier et huit officiers qui émigrent seuls[2].

En récompense, Charles de Frégeville est nommé colonel du régiment. Il ne tarde pas à se signaler par sa conduite : ainsi sous les ordres de Dumouriez, lors de la retraite de Grand-Pré, peu avant Valmy, il conduit habilement ses hussards et se bat en soldat intrépide. Dumouriez a, en cette occasion, 20 000 hommes en retraite devant une armée de 100 000 Prussiens et Autrichiens. Frégeville, qui forme l'arrière-garde, charge plusieurs fois la cavalerie ennemie et la tient en échec. Puis il se couvre de gloire à Valmy () de même qu'à Jemmapes (), à Hal, à Bruxelles, à Tirlemont (20 et ) et devient un exemple pour l'armée.

Peu de temps avant sa fuite, Dumouriez va le trouver au camp de Maulde et lui confie ses desseins : son plan consiste à enlever le Dauphin emprisonné au Temple, à le proclamer roi au milieu de son armée et à confier la régence au duc de Chartres, futur Louis-Philippe Ier. Le colonel Frégeville consent à se prêter à ses vues. Il est convenu que le colonel se rendra à Cambrai, puis à Pont-Sainte-Maxence, sous prétexte de rééquiper son régiment et de le renforcer avec des réservistes. À peine est-il en marche qu'il reçoit un deuxième ordre de Dumouriez pour l'arrestation de Bouchotte, alors officier supérieur des hussards et depuis peu commandant (pro-révolutionnaire) de la place de Cambrai.

Frégeville s'apprête à s'acquitter de cette mission lorsqu'un courrier extraordinaire instruit les autorités que Dumouriez a émigré, qu'il est déclaré traître à la patrie, mis hors la loi, et que tout officier qui exécuterait des ordres de lui serait condamné à mort. Frégeville se contente de déchirer le mandat d'arrestation qu'il a reçu. Mais un colonel qui a eu connaissance de cet ordre fait part à Bouchotte des dangers qu'il a courus. Ce commandant de place se borne à écrire au général Dampierre, successeur de Dumouriez, de délivrer Cambrai d'un régiment qu'il considère comme très suspect. Dampierre, qui compte sur le patriotisme du 2e hussards, confie à Frégeville le commandement de toutes les troupes qui couvrent Valenciennes.

Frégeville se conduit à Valenciennes de la manière la plus distinguée ; mais son supérieur, le général Dampierre, lui communique un ordre qui lui prescrit de l'envoyer à Paris pour rendre compte de sa conduite. On sait ce que sont alors ces ordres de rejoindre Paris : c'est l'échafaud en perspective, et cependant Frégeville se rend à Paris. Heureusement le Comité de salut public a été prévenu avantageusement par les représentants du peuple, il renvoie Frégeville à son régiment.

Le , Frégeville est nommé général de brigade à l'avant-garde de l'armée des Pyrénées orientales. Cette avant-garde est de 3 000 hommes et l'armée des Pyrénées orientales compte à peine 11 000 hommes. Avec des forces inférieures, le général Frégeville tient souvent tête aux troupes espagnoles. Il participe à la Bataille de Peyrestortes remportée par les troupes françaises. Mais un jour, n'ayant avec lui que 400 hommes, il est encerclé par environ 3 000 hommes et fait prisonnier avec ses aides de camp. Après deux ans d'une dure captivité en Espagne, il est libéré et part résider à Montpellier en attendant un ordre de service. À peine arrivé dans cette ville, une insurrection y éclate, le général parvient à l'apaiser à force de sagesse, cherchant les voies de la conciliation. La ville reconnaissante le nomme député de l'Hérault au conseil des Cinq-Cents, assemblée parlementaire créée sous le Directoire en 1795, ancêtre de l'actuelle Assemblée nationale.

Le 18 brumaire An VIII () et dans les jours qui suivent, le général Frégeville joue un rôle actif en faveur du coup d'État qui marquera le début du Consulat. Le 19 brumaire, on le voit, aidé de deux de ses collègues, enlever le président Lucien Bonaparte de son fauteuil et le porter dans la cour pour le soustraire aux violences dont plusieurs députés le menacent. Le même jour, c'est Frégeville qui décide Napoléon Bonaparte à paraître devant environ 150 membres du conseil des Cinq-Cents réunis dans une salle. C'est lors cette réunion qu'on décide qu'un décret nommant trois Consuls – parmi lesquels le général Bonaparte – sera soumis à l'approbation du conseil des Anciens. Séance tenante, on nomme une commission de 25 membres pris dans chaque conseil, et on la charge de rédiger une constitution. Frégeville est du nombre de ceux que choisit le conseil des Anciens. La Constitution de l'An VIII qui instaure le Consulat est promulguée au début de l'année 1800. Le général Frégeville passe au Corps législatif, dont il reste membre jusqu'en .

Frégeville préfère cependant le service actif plutôt que le Corps législatif. Nommé général de division le , il reçoit la mission d'organiser 25 régiments dans un rayon de 38 lieues (soit environ 150 kilomètres) de Paris. Toutes ces forces promptement réunies sont dirigées vers l'Italie.

Pendant la campagne d'Italie de 1800, le général de Frégeville prend le commandement des troupes légères du général Brune, et se distingue par des charges brillantes contre les régiments autrichiens au passage de la rivière Mincio en Lombardie (la rivière Mincio était la ligne défensive des Autrichiens qui s'étendait des Alpes à l'Adriatique).

Frégeville est ensuite gouverneur de la 9e division militaire, puis commande une division sous Masséna. En , une armée française (40.000 hommes sous les ordres du Maréchal André Masséna) entame une campagne militaire éclair depuis le nord de l'Italie et pénètre dans le royaume de Naples. Frégeville commande la cavalerie composée de quatre divisions. Pendant que le Maréchal Masséna fait le siège de Gaète entre février et , Frégeville réussit à s'emparer de la forteresse de Civitella del Tronto, située sur une position inexpugnable dans les Abruzzes.

Après la prise de Civitella del Tronto et celle de Gaète, le général de Frégeville est nommé gouverneur d'une partie de l'Italie qui longe la Mer Adriatique, depuis les États Romains jusqu'aux côtes de la Calabre,

Après la paix de Tilsitt en 1807, Frégeville tombe dans la disgrâce de l'Empereur et reste sans emploi jusqu'en 1814. Il partage alors son temps entre son domaine de Gramont, à quelques kilomètres de Montpellier, et une vie mondaine à Paris, ce qui lui permet un retour en grâce auprès des Bourbons lors de la Première Restauration.

Louis XVIII le nomme le chevalier de Saint-Louis, et le grand officier de la Légion d'honneur dont il était commandeur depuis 1804. Il doit sa faveur aux Tuileries à sa conduite en 1793 ; conduite qu'il a eu soin de faire constater par le duc d'Orléans et par Dumouriez, alors à Londres.

Pendant les Cent-Jours, Napoléon Ier le met à la tête de la cavalerie du 2e corps d'observation des Pyrénées-Orientales, poste qui ne correspond pas précisément à une promotion,

À la Seconde Restauration, ce commandement lui est ôté par le duc d'Angoulême irrité par le fait que Frégeville refuse de licencier son corps de cavalerie. Le ministre de la guerre, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr à qui Frégeville se plaint, lui donne l'inspection générale de 25 régiments de l'armée de la Loire. Puis, à la suite de la réorganisation de l'armée et du licenciement d'une grande partie des régiments après 1815, le général de Frégeville est mis à la retraite.

En 1830, après l'arrivée au pouvoir du roi Louis-Philippe 1er, le général de Frégeville est remis en disponibilité, et en 1833, il est admis définitivement à la retraite. Il est à Paris en 1835, et se trouve à la revue du , à cinq pas du roi Louis-Philippe et derrière le général La Chasse de Vérigny. Le , lors de l'attentat boulevard du Temple, il est blessé par l'explosion de la machine de Giuseppe Fieschi et a son cheval tué sous lui.

Entre 1796 et 1821, Frégeville est propriétaire du château de Gramont, à quelques kilomètres du centre de Montpellier, dans l'Hérault. Dans ce château qu'il a acheté en , il organise avec faste des réceptions mémorables[3]. Le château de Gramont est aujourd'hui la propriété de la mairie de Montpellier.

En 1833, le général de Frégeville vend son château de Grandval à son avocat de Montpellier Hippolyte Charamaule. Il passe la fin de sa vie modestement à Paris où il décède en .

Le nom du général de Frégeville est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Étoile, côté Ouest, dans la 34e colonne.

Famille

La baronne Barbara Juliane von Krüdener, femme de lettres allemande née à Riga dans l'actuelle Lettonie, mariée en 1782 avec le diplomate russe Burchard Alexis Konstantin von Krüdener, inspire en 1790 à Frégeville une très vive passion. Ils se rencontrent à Montpellier en 1790, tombent amoureux l'un de l'autre, puis partent vivre à Copenhague. Au début de 1792, Frégeville doit partir à la guerre et un modus-vivendi est arrangé au sein du couple von Krüdener. Frégeville et Barbara Juliane von Krüdener conserveront longtemps une relation épistolaire.

Après un premier mariage avec Mademoiselle Rodier de Manilargues, Frégeville épouse le à Béziers Claire Sicard, née en 1781 dont il a plusieurs enfants dont :

  • Caroline Henriette Suzanne, née à Paris en 1800 qui épouse en 1821 à Montpellier, Ambroise-Jacques Bricogne (1784-1847), haut fonctionnaire, Receveur général des Finances entre 1825 et 1847.
  • Louis Hortensius Henry, né à Montpellier en 1803 qui épouse en 1828 à Pont-à-Mousson, Ernestine Adélaïde Joséphine Bourcier née en 1805.
  • Henriette, mariée au baron von Roll von Emmenholz.

Carrière militaire

Décorations

  •  : Commandeur de la Légion d'honneur
  •  : Grand officier de la Légion d'honneur

Sources

Service Historique de la Défense, Armée de terre, sous-série GR Y Officiers généraux de l'Armée de Terre et des services (de l'Ancien Régime à 2010), Dossier individuel du général de Frégeville, Grade GDI, Cote 7 YD 348

« Charles Louis Joseph de Gau de Frégeville », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]

Notes et références

  1. ↑ Archives départementales du Tarn, baptêmes de la paroisse Saint-Étienne de Terrabusset, registre 1E_203_004_13_018 et 1E_203_003_12_025
  2. ↑ Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 18 rue Neuve de l'Université, Paris, Poignavant et Compagnie Éditeurs, (lire en ligne)
  3. ↑ Albert Leenhardt, Quelques belles résidences des environs de Montpellier, Paris, Champion-Slatkine, (ISBN 2-85203-140-X), p. 63-68

Liens externes

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