Charles Walther

Charles Armand Gabriel Walther
Biographie
Naissance
Décès
(à 80 ans)
Paris
Nationalité
française
Activité
Autres informations
Distinctions

Charles Armand Gabriel Walther, né le à Rochefort et mort le à Paris, est un chirurgien français.

Ancien chef de service à l'Hôpital de la Pitié, il a été président de l'Académie nationale de médecine en 1934. Il est l'auteur de travaux fondateurs sur l'asepsie et la traumatologie pelvienne[1],[2].

Biographie

Origines familiales et jeunesse

Charles Walther naît dans une lignée de serviteurs de la Marine. Son père, Charles Louis Walther (1819-1902), mène une carrière comme médecin-inspecteur général de la Marine nationale. Son grand-père paternel, Guillaume René Charles Walther (1780-1841), ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1796), était lieutenant de vaisseau ; il termina sa carrière à Rochefort[1].

Sa famille maternelle est également liée à l'administration coloniale et maritime : sa mère, Marie Adélaïde Gabrielle Cadéot, est la fille de Jean-Baptiste Bertrand Armand Cadéot, commissaire de la Marine en Guadeloupe et gouverneur par intérim de la Guyane française de 1845 à 1846[1].

Il passe toute son enfance en Guadeloupe avant de revenir en métropole à treize ans. Il reste profondément attaché à la région de la Touraine, séjournant régulièrement dans la propriété de ses grands-parents maternels La Trochoire (Saint-Germain-sur-Vienne). En 1897, il acquiert une propriété à Chinon, où il installe son père[3].

Formation

Il étudie chez les Oratoriens de Juilly puis au Lycée Condorcet. Sa vocation est scellée par sa rencontre avec le chirurgien Paul Tillaux.

Reçu 6e au concours de l'externat en 1875, il effectue son volontariat d'un an (service militaire) de 1875 à 1876 avant d'intégrer l'Internat des hôpitaux de Paris en 1878 (reçu 25e). Son parcours de formation s'effectue auprès de maîtres illustres : Sigismond Jaccoud, Paul Brouardel à l'Hôpital Saint-Antoine (1877), Paul Tillaux à l'Hôpital Beaujon (1878 et 1880), Jean-Pierre Falret à Bicêtre (1879), Aristide Le Dentu à l'Hôpital Saint-Louis (1881), Odilon Lannelongue à l'Hôpital Trousseau (1882) et Simon Duplay à l'Hôpital Lariboisière (1883)[1].

Son bulletin de scolarité témoigne de l'estime exceptionnelle de ses professeurs qui soulignent son « intelligence sérieuse », son « soin minutieux » et son dévouement[4]. Dès sa première année d'internat, Paul Tillaux prédit qu'il « occupera, s'il travaille, les premiers rangs de notre profession ».

En 1882, alors qu'il est interne dans le service de Lannelongue, il est appelé au chevet de Léon Gambetta après sa blessure accidentelle par arme à feu. Il assiste ses maîtres durant l'agonie de l'homme d'État à Ville-d'Avray. La mort de Gambetta d'une appendicite pérityphlitique non diagnostiquée marquera profondément le jeune interne et sera à l'origine de ses travaux ultérieurs sur l'intervention chirurgicale précoce[2]. Plusieurs témoignages de contemporains confirment l'importance de cet événement dans sa vocation[5]. Il devient prosecteur en 1884 et soutient en 1885 sa thèse intitulée Recherches anatomiques sur les veines du rachis[6].

Carrière hospitalière et universitaire

Nommé prosecteur en 1884, puis chef de clinique de la Faculté en 1888, il devient chirurgien des hôpitaux en 1890.

En 1898, il accède au titre de professeur agrégé et prend la direction de son premier service à l'hospice des Incurables d'Ivry. Il est ensuite nommé à la Maison municipale de santé (Maison Dubois) en 1899, avant de rejoindre définitivement l'Hôpital de la Pitié en 1901. Il y dirigera un service réputé pour son enseignement clinique jusqu'à sa retraite en 1919[7].

Son influence institutionnelle s'affirme par sa nomination au Conseil de surveillance de l'Assistance publique en 1904, puis en tant que secrétaire général de l'Association française de chirurgie à partir de 1905.

Élu membre de l'Académie nationale de médecine en 1913, il en devient le président en 1934, l'année précédant son décès. Grand pédagogue, il forme 73 chirurgiens, parmi lesquels 19 chirurgiens des hôpitaux de Paris et 9 professeurs agrégés[1].

Parcours militaire

Des débuts au grade de médecin-major

La carrière militaire de Charles Walther débute le comme engagé conditionnel d'un an à Paris (8e arrondissement). Intégré à la 1re section d'infirmiers militaires comme soldat de 2e classe, il est nommé caporal de visite en 1876[8].

Son évolution suit ses progrès médicaux au sein de la réserve et de l'armée territoriale :

  • 1885 : Nommé médecin aide-major de 2e classe, affecté à l'hôpital de campagne n°10 du 5e corps d'armée.
  • 1888 : Promu médecin-major de 2e classe.
  • 1891 : À la tête de l'hôpital de campagne n°2 du 25e corps d'armée.
  • 1902 : Promu médecin-major de 1re classe, il officie à l'hôpital militaire Saint-Martin à Paris[1].

La Première Guerre mondiale

Durant la Première Guerre mondiale, bien qu'ayant dépassé l'âge de la mobilisation active, il assume des responsabilités majeures. Il dirige un service chirurgical au Val-de-Grâce tout en maintenant son activité à la Pitié. Nommé chirurgien consultant de la 2e armée, il effectue des missions au plus près du front, notamment lors de la bataille de Verdun[1]. Sa présence sur le terrain est documentée par des photographies de mission datant de 1915[9].

Il reçoit la Croix de Guerre remise directement sur le front. Il termine son service en 1919 avec le grade de médecin principal de 1re classe (réserve).

L'action de Walther durant le conflit est éclairée par le témoignage de l'infirmière major Gaby Mézergue. Ses récits soulignent l'exigence du chirurgien en matière d'asepsie et son respect pour la professionnalisation du soin infirmier. Walther considérait l'infirmière comme une « collaboratrice éclairée », indispensable à la sécurité des interventions en conditions de guerre[10].

L'asepsie et la teinture d'iode

Walther est le principal introducteur en France de l'usage de la teinture d'iode pour la désinfection de la peau avant opération. Sa rigueur obsessionnelle sur l'asepsie marque ses contemporains et lui vaut d'être caricaturé à plusieurs reprises. Il apparaît notamment sous le trait du caricaturiste Vila dans la revue Chanteclair (1911)[11], ou encore dans la revue Le Rictus (1913), le représentant armé d'un pinceau et d'un seau de teinture d'iode[12].

Chirurgie abdominale et appendicite

Charles Walther joue un rôle de pionnier dans le traitement chirurgical de l'appendicite. À une époque où la prise en charge est encore l'objet de vifs débats, il se fait l'avocat de l'intervention précoce pour prévenir les péritonites. Henri Mondor souligne dans son éloge que Walther a été l'un des premiers en France à apporter une rigueur technique et une assurance opératoire dans ce domaine, contribuant à faire passer cette opération dans la pratique courante[2].

Ses autres contributions majeures incluent :

  • Traumatologie : Description en 1891 de la « fracture de Walther » (ischio-acétabulaire)[13].
  • Innovations : Travaux sur l'orchidopexie, la chirurgie conservatrice des ovaires et l'anesthésie combinée scopolamine-morphine[1].

Liens avec Marie Curie

Membre du cercle médical de Marie Curie, il opère la physicienne avec succès en pour une infection rénale grave. En signe de reconnaissance, elle assiste personnellement à la remise de son jubilé en 1923[3].

Vie privée et entourage

Le , il épouse Amélie Segond, fille d'Alexandre Stanislas Segond. Le couple a trois enfants : Paul (né en 1888), Alice (née en 1891) et Gabrielle (née en 1894).

Charles Walther était un homme de culture, collectionneur d'art japonais et chinois dont la collection fut dispersée lors d'une vente remarquée en 1924[14].

Il entretenait une amitié profonde avec le docteur Antoine Béclère, pionnier de la radiologie française. Cette "union fraternelle", basée sur une estime professionnelle réciproque, s'exprimait au sein des cercles de l'Académie de médecine. Avec d'autres savants comme le docteur Siredey, ils formèrent un cercle protecteur autour de Marie Curie lors de ses problèmes de santé[3],[15].

Il s'éteint à son domicile du 8e arrondissement de Paris le [16]. Il est inhumé au cimetière de Candes-Saint-Martin[3].

Distinctions

Notes et références

  1. Martine François, « WALTHER Charles Armand Gabriel », sur CTHS (consulté le )
  2. Henri Mondor, Charles Walther (1855-1935), Masson,
  3. « Hommage au Dr Walther par le Dr Marcel Leonet », sur Gallica - Bulletin de la Société d'histoire de Chinon (consulté le )
  4. « Certificat de scolarité et placements – Charles Walther », sur Archives de l'AP-HP (consulté le )
  5. « Recueil de témoignages : Charles Walther », sur Numerabilis
  6. « Thèse de Charles Walther (1885) », sur BIU Santé
  7. « Photographie du Dr Walther opérant à la Pitié », sur Archives de l'AP-HP (consulté le )
  8. « Dossier de Légion d'honneur - Charles Walther », sur Base Léonore (consulté le )
  9. « Charles Walther en mission (1915) », sur FranceArchives
  10. « Un ange blanc dans la Grande Guerre : Gaby Mézergue », sur Histoire-Généalogie
  11. « Caricature du Dr Walther par Vila », sur Numerabilis
  12. « Caricature du Dr Walther dans Le Rictus (1913) », sur Numerabilis
  13. « Note sur une fracture de l'ischion », sur Gallica
  14. « Catalogue de vente de la collection Walther (1924) », sur INHA
  15. « Antoine Béclère et ses contemporains », sur Centre Antoine-Béclère
  16. Acte de décès n° 1281, Archives de Paris (vue 8/11)

Liens externes

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