Charles van den Broek d'Obrenan

Charles van den Broek d'Obrenan
Biographie
Naissance
Décès
(à 46 ans)
Tahiti
Activités
Père
Frantz van den Broek d'Obrenan (1880-1944)
Mère
Anna van den Broek d'Obrenan (1887-1945)
Conjoint
Autres informations
A travaillé pour

Charles van den Broek d'Obrenan, né le à Paris et décédé le à Tahiti, est un explorateur, écrivain, amateur d’ethnographie, résistant et figure de la vie culturelle polynésienne du XXe siècle[1].

Membre de l'équipage de La Korrigane lors d'une expédition pionnière dans le Pacifique entre 1934 et 1936, il est notamment connu pour sa participation à ce qui constitut l’un des derniers grands voyages maritimes français d’exploration ethnographique.

Résistant aux côtés du Général de Gaulle dès février 1941, il est l'un des membres fondateurs du Musée de l'Homme[2].

Biographie

Origines familiales

Charles van den Broek d'Obrenan appartient à une ancienne famille patricienne et non noble des Pays-Bas[3]. Cette famille est originaire de Geulle (Zuid-Limburg).

Il est le fils unique de Frantz et d'Anna van den Broek d'Obrenan, tous deux déportés en 1944 pour "complicité dans l’hébergement de Yvette Baumann". Frantz meurt le au camp de Compiègne, tandis qu'Anna est déporté le à Ravensbrück et décède le [4],[5].

Charles van den Broek d’Obrenan épouse en 1931 Régine de Ganay, artiste et voyageuse, avec qui il partage une passion durable pour l’Océanie. Ils ont deux fils : François (1932-2016) et Alain (1936-2020[6]).

La Korrigane

En 1934, il embarque avec sa femme, Étienne et Monique de Ganay, ainsi que Jean Ratisbonne, pour une expédition dans le Pacifique à bord de La Korrigane, un ancien morutier reconverti en yacht. Le navire, racheté par Étienne de Ganay et réaménagé pour l’occasion, prend le nom de Korrigane, donné par ses jeunes propriétaires surnommés eux-mêmes les "Korrigans"[7].

L’expédition, placée sous les auspices du Musée d’ethnographie du Trocadéro, vise à recueillir des objets ethnographiques dans les archipels du Pacifique (Marquises, Fidji, Salomon, Loyalty, Nouvelle-Guinée, etc.). Charles van den Broek joue un rôle central dans les collectes, troquant et achetant des objets auprès des populations locales, parfois dans des contextes délicats et aujourd’hui controversés. À leur retour en 1936, les membres de l’expédition rapportent à Paris plus de 2 800 objets, ainsi qu’une importante documentation visuelle et graphique. Une partie de cette collection est offerte au musée de l'Homme[8], et plusieurs pièces sont aujourd’hui conservées au musée du quai Branly – Jacques Chirac[9].

En 1939, Charles van den Broek d’Obrenan publie Le Voyage de La Korrigane, un récit détaillé de l’expédition mêlant observations ethnographiques et anecdotes de voyage, salué à l’époque, notamment par Paul Valéry dans sa préface, pour sa sensibilité et sa qualité littéraire[10].

Résistance

En décembre 1939, Charles van den Broek collabore au dernier numéro de la revue antiraciste Races et Racisme, publiée sous la direction de Paul Rivet, Célestin Bouglé, Maurice Leenhardt et René Maunier, afin de contrer scientifiquement l'idéologie nazie[11].

En février 1941, tandis que son ami Paul Rivet, directeur du Musée de l'Homme, quitte Paris pour la Colombie pour échapper à la vague d’arrestations visant les membres du réseau du musée de l’Homme[12] qui viennent d’être dénoncés aux autorités allemandes, Charles van den Broek quitte Tahiti via la Nouvelle-Zélande pour rejoindre le général de Gaulle à Londres[13].

Charles van den Broek a travaillé avec le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), tandis que son père fut lié au Réseau Adolphe/SOE[14].

D'après la Fondation de la France Libre, Charles van den Broek était enregistré avec le grade de Commandant (32.018) sous le pseudonyme "O'DRANGE"[15].

Engagement en Polynésie française

Charles van den Broek d’Obrenan joue un rôle déterminant dans le développement des études océaniennes au sein du Musée de l’Homme. À la suite de la réorganisation du musée en départements, il prend la tête du nouveau Département Océanie entre 1936 et 1939, d’abord à titre bénévole, puis en tant que chargé de département. Il participe ainsi à la structuration scientifique et institutionnelle de cette discipline naissante[16].

Séduit par l’Océanie, Charles van den Broek y retourne en 1939, où la Seconde Guerre mondiale le surprend. Missionné pour des études ethnographiques et archéologiques à Tahiti et aux îles Marquises par le ministère des Colonies, en tant qu’attaché au Muséum national d’Histoire naturelle et chargé du département d’Océanie au Musée de l’Homme, il s’installe à Mahina, sur les hauteurs de Tahiti, où il initie des projets de reboisement (eucalyptus, aito), donnant son nom aux plateaux Van den Broek[17].

Son projet scientifique est alors soutenu par diverses autorités : Paul Rivet, directeur du Musée de l’Homme ; Max Brusset, membre du cabinet du ministre des Colonies Georges Mandel ; Philippe Stern, conservateur au musée Guimet ; mais aussi le colonel Edouard de Martonne, secrétaire général de la Société de Géographie[18]. Il entretient en parallèle une longue correspondance avec la directrice du musée d'ethnographie de Genève, l'ethno-musicologue suisse Marguerite Lobsiger-Dellenbach[13].

Charles s’investit activement dans la vie intellectuelle et sociale locale. Il donne plusieurs conférences à la Société des études océaniennes de Papeete, introduisant aux techniques de l’ethnographie, participe au reclassement des collections du musée de Papeete et en fait don de vitrines muséographiques[17].

De 1951 à 1955, il préside le Syndicat d’initiative de Tahiti, où il contribue à la première classification des sites et monuments de Polynésie française et lance des publications touristiques. Pendant son absence, la direction du département d'Océanie est confiée à Maurice Leenhardt (1940–1945), spécialiste de la Nouvelle-Calédonie[19].

Grand amateur de chevaux, il fonde la Société hippique de Tahiti, importe des pur-sang et promeut la création de l’hippodrome de Pirae, dont il est l’un des principaux instigateurs[20].

Décès

Charles van den Broek d’Obrenan meurt à Tahiti, le 15 mars 1956, où il s'était durablement installé, après avoir quitté femme et enfants en France[17].

Hommage

En 2025, le Muséum national d’Histoire naturelle a inauguré un nouveau navire de recherche bas carbone, baptisé la Korrigane en hommage à cette expédition emblématique conduite sous l’égide du Musée de l’Homme[21],[22].

Écrit

  • Charles van den Broek d'Obrenan, Le Voyage de « La Korrigane », préface de Paul Valéry, Payot, Paris, 1939

Notes et références

  1. ↑ « Charles Van Den Broek D'Obrenan (1909-1956) », sur data.bnf.fr (consulté le )
  2. ↑ Christine Laurière, « Le jeune musée de l’Homme à l’épreuve de la guerre et de l’Occupation (1938-1949) », Encyclopédie Bérose des histoires de l'anthropologie,‎ (ISSN 2648-2770, DOI 10.70601/4k9fkkc, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ Philippe du Puy de Clinchamps rapporte que Michel Dugast Rouillé a écrit dans son ouvrage Les Notables ou la « Seconde noblesse » (1978) que la famille van d'en Broek est originaire d'Amsterdam. Il ajoute qu'elle a pour blason D'or à l'aigle d'azur, qu'elle ne porte pas de titre, enfin qu'elle n'a jamais appartenu à la noblesse des Pays-Bas ou de Belgique (Source : Charondas, Un juge d'armes au Jockey-Club (famille classée dans la bourgeoisie de ce club), ICC, 2000, non paginé). Autre source : Annuaire mondain High-Life. Elle a possédé des sucreries.
  4. ↑ « L' affaire Baumann », sur TharvA (consulté le )
  5. ↑ « Les femmes déportées. », sur TharvA (consulté le )
  6. ↑ « In memoriam Régine van den Broek d’Obrenan (1909-2014) », sur journals.openedition.org (consulté le )
  7. ↑ « Charles van den Broek d'Obrenan : Le voyage de La Korrigane », sur www.vers-les-iles.fr (consulté le )
  8. ↑ « Musée de l'Homme : le musée qui ne voulait pas mourir », sur Le Figaro, (consulté le )
  9. ↑ Christian Coiffier, « In memoriam Régine van den Broek d’Obrenan (1909-2014) », sur Journal de la Société des Océanistes, (consulté le )
  10. ↑ Patrick O'Reilly, « Van den Broek d'Obrenan, Charles. Le voyage de la Korrigane. Préface de Paul Valéry », Journal de la Société des Océanistes, vol. 1, no 1,‎ , p. 145–146 (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ (en) « In the Museum of Man: Race, Anthropology, and Empire in France, 1850–1950 9780801469046 », sur dokumen.pub (consulté le )
  12. ↑ « Le réseau de Résistance du Musée de l’Homme », sur www.museedelhomme.fr, (consulté le )
  13. Christian Coiffier, « Les bambous gravés kanak et Marguerite Dellenbach », Journal de la Société des Océanistes, vol. 126127, no 1,‎ , p. 320–325 (ISSN 0300-953X, DOI 10.4000/jso.1912, lire en ligne, consulté le )
  14. ↑ « L' affaire Baumann », sur TharvA (consulté le )
  15. ↑ Revue de la France Libre, « Annuaire des membres de l'Association des Français libres et des amis de la France Libre » [PDF], sur Fondation de la France Libre, (consulté le )
  16. ↑ Patrick O'Reilly, « Le Centre d'Études océaniennes du Musée de l'Homme, durant la guerre », Journal de la Société des Océanistes, vol. 1, no 1,‎ , p. 129–132 (DOI 10.3406/jso.1945.1502, lire en ligne, consulté le )
  17. admin TH, « L'aventure de La Korrigane de Charles Van den Broek », sur Tahiti Heritage, (consulté le )
  18. ↑ « Bulletin de la Société des Etudes Océaniennes » [PDF], sur lireenpolynésie, (consulté le )
  19. ↑ « Inventaire des archives du Laboratoire d'Ethnologie du Musée de l'Homme - Département Océanie », sur FranceArchives (consulté le )
  20. ↑ admin TH, « L'aventure de La Korrigane de Charles Van den Broek », sur Tahiti Heritage, (consulté le )
  21. ↑ « La Korrigane, le nouveau navire de recherche du Muséum, arrive à Paris », sur www.mnhn.fr, (consulté le )
  22. ↑ « La Korrigane, la science embarquée », sur enseignementsup-recherche.gouv.fr (consulté le )

Articles connexes

Liens externes

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