Choisir la cause des femmes
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Choisir la cause des femmes, en abrégé Choisir, est une association de défense des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ créée dans le cadre des luttes féministes pour la dépénalisation de l'avortement en France en 1971. Elle est actuellement présidée par Ana Cuesta et dirigée par Violaine Lucas.
Histoire
L'association est déclarée à la préfecture de police de Paris le [1]. Elle est fondée par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir peu après la publication du « manifeste des 343 »[2].
En , lors du procès de Bobigny, Choisir est très active dans le soutien à la cause de Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans défendue par Gisèle Halimi. La jeune fille est accusée ainsi que sa mère et deux de ses collègues d'avoir avorté à la suite d'un viol, son violeur -qui ne sera pas inquiété pour ce crime- l'ayant dénoncée pour cet avortement clandestin. L'association décide avec l'accord de Marie-Claire Chevalier d'en faire une procès médiatique. L'idée de Gisèle Halimi est de parler, "par dessus la tête des juges" à la société française et au législateur pour que l'hypocrisie autour de l'avortement cesse. En effet, la loi de 1920 qui pénalisait l'avortement était en réalité une loi de classe qui pénalisait toujours les femmes les plus pauvres. La forte mobilisation populaire autour du procès de Bobigny, le relais médiatique et les personnalités venues témoigner à la demande de Gisèle Halimi (Simone de Beauvoir, le professeur de médecine catholique Paul Milliez ou encore les actrices Delphine Seyrig et Françoise Fabian), vont peser dans l'issue du procès et favorise une prise de conscience de l'opinion publique sur les conditions de détresse des femmes qui souhaitent interrompre une grossesse non choisie.
Jusqu'en , date d'adoption de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) défendue par Simone Veil, Choisir est en première ligne de la mobilisation pour le droit à l'avortement.
En 1978, l'association a mené le combat pour la re-criminalisation du viol lors du procès d'Aix-en-Provence. Gisèle Halimi qui intervient en défense de Anne Tonglet, et sa collaboratrice Agnès Fichot qui défend Araceli Castellano (les deux femmes ont été violées avec des actes de barbarie dans les calanques de Marseille) vont à nouveau tenter de faire un procès médiatique pour dénoncer la culture du viol et sa banalisation. Choisir obtiendra ainsi que le viol soit à nouveau jugé comme un crime aux Assises et que le huis-clos ne soit possible qu'à la seule demande de la victime majeure.
En 1981, Choisir la cause des femmes travaille à la dépénalisation de l'homosexualité, Gisèle Halimi devenue députée, étant la rapportrice du projet de loi.
Dans les années 2000, l'association s'est également mobilisée pour la parité en politique. La présidente de l'association, Gisèle Halimi, a d'ailleurs co-créé et été membre de l'Observatoire de la parité.
A partir de 2005, Choisir travaille au projet d'harmonisation par le haut des droits des femmes et personnes LGBTQIA dans l'UE avec le projet de la Clause de l'Européenne la plus favorisée, suivant l'idée de Gisèle Halimi qui en (lors de la première élection au suffrage universel du Parlement européen[3]) avait imaginé constituer un ensemble législatif constitué des meilleurs lois en vigueur dans l'un ou l'autre des pays de l'Union Européenne. Ce principe vise à appliquer à toutes les citoyennes européennes ou personnes migrant dans l'UE, les lois les plus avancées et effectives concernant les droits sexuels et la justice reproductive, la droit de la famille, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l'indépendance économique des femmes et leur participation politique. La Clause de l'Européenne la plus favorisée, paraît alors aux éditions des femmes en mai 2008 et est suivi d'un colloque avec le label de la Présidence française de l'UE à Paris en novembre 2008.
Le est adoptée par le Parlement français, en présence de Gisèle Halimi, une résolution européenne sur le principe de la « clause de l'Européenne la plus favorisée[4] »
En 2020, après la disparition de Gisèle Halimi, l'équipe de Choisir alors présidée par Violaine Lucas reprend l'actualisation de ce projet en menant un tour européen des associations féministes débuté en juillet 2022 ; l'actualisation de l'ouvrage de 2008 sous le titre Le Meilleur de l'Europe pour les femmes (traduit en anglais) et l'organisation de "Rencontres féministes européennes" à Nantes en décembre 2023 qui réunit plus de 50 féministes européennes et un large public.
En la présidente de l'association, Violaine Lucas, indique dans une lettre ouverte[5] au Président de la République Emmanuel Macron que l'organisation d'un hommage national pour Gisèle Halimi, en pleine contestation contre la réforme des retraites, relève d'une "instrumentalisation politique". Serge Halimi, l'un des fils de Gisèle Halimi, soutiendra cette prise de position[6] et ne sera pas présent à l'hommage.
Durant la campagne des élections européennes de 2024, Choisir continue à promouvoir le projet du Meilleur de l'Europe pour les femmes et les personnes LGBTQIA.
À partir de 2025, Choisir change ses statuts et se dote d'une directrice générale qui a pour mission de :
- diffuser l'histoire des luttes de Choisir et de sa fondatrice Gisèle Halimi ;
- poursuivre la réflexion juridique féministe et participer à l'élaboration des lois lors d'auditions au Parlement français ou européen ;
- faire vivre les archives de l'association confiées aux Archives du féminisme d'Angers en 2020, classées en 2025 et cotées "PAF11"[7];
- créer un Secrétariat permanent pour une Europe féministe, queer et intersectionnelle.
Elle s'associe à de nombreuses associations pour poursuivre son travail législatif : notamment comme membre du "Cercle 1" (https://consentementfeministe.fr/) pour une définition pénale du viol fondée sur la notion de consentement ou encore pour poursuivre le travail mémoriel et d'archives sur la lutte en faveur de l'avortement avec l'association "Aux avortées inconnues" (https://www.instagram.com/aux_avortees_inconnues/) fondée par la réalisatrice Mariana Otero qui porte le projet d'un Monument aux mortes d'avortement clandestin. Les deux associations créent ensemble la lecture des "Lettres pour un avortement illégal (1971-1974)", jouée une première fois à la Maison de la poésie en septembre 2025 par 17 comédiens et comédiennes bénévoles en présence de la Nobel de littérature, Annie Ernaux (https://www.youtube.com/watch?v=9mj_qafNkEA) puis au Théâtre de la Concorde à partir d'avril 2026.
Contexte social et politique
Le mouvement Choisir apparaît dans un contexte de mutation des mentalités en France. Depuis le Mouvement français pour le planning familial propose la maîtrise de la fécondité à travers une meilleure information et l'utilisation, alors illégale, de contraceptifs comme la pilule. La loi Neuwirth du autorise le libre recours à la contraception dans le but de diminuer le nombre des avortements, ce qui s'avère rapidement illusoire[8].
Le Mouvement de libération des femmes (MLF) cristallise à partir de la fin des années soixante une pensée féministe très radicale pour l'époque, distinguant rigoureusement sexualité et procréation et revendiquant pour les femmes le droit de décider souverainement sur leur corps. Enfin, le mouvement de ne s'est pas encore essoufflé ; il dispose de militant·es à la recherche de causes et d'une presse d'extrême gauche capable de donner un écho aux revendications de la jeunesse et des femmes.
En , paraît un manifeste signé par 343 femmes connues ou anonymes, qui déclarent publiquement avoir eu recours à l'avortement. Ce manifeste des 343, vite appelé Manifeste des 343 salopes pour parodier les réactions offusquées de la droite catholique, met au défi le gouvernement d'entamer des poursuites judiciaires contre des femmes qui admettent avoir enfreint une loi qu'elles récusent. Gisèle Halimi, avocate, propose la création d'un groupe qui pourra prendre en charge la défense de ces femmes le cas échéant. Ce mouvement a le soutien de Simone de Beauvoir, qui devient la première présidente de l’association, mais aussi de l'académicien Jean Rostand, de la romancière Christiane Rochefort, du prix Nobel de physiologie ou médecine Jacques Monod.
Publications
- Sténotypie intégrale des débats du procès de Bobigny, :
- Avortement, une loi en procès : l'affaire de Bobigny (préf. Simone de Beauvoir), Paris, Gallimard, coll. « Idées / Idées actuelles » (no 283), , 254 p. (ISBN 2-07-035283-8).
- Le procès de Bobigny (préf. Simone de Beauvoir, postface Marie-Claire, l'inculpée de Bobigny) (précédé de Désobéir pour le droit d'avorter, avant-propos inédit de Gisèle Halimi), Paris, Gallimard, , 274 p. (ISBN 2-07077515-1).
- Viol : le procès d'Aix-en-Provence (préf. Gisèle Halimi) (compte rendu intégral des débats, - ), Paris, Gallimard, coll. « Idées » (no 398), , 415 p. (ISBN 2-07-035398-2).
- Le Programme commun des femmes, Paris, Grasset, , 358 p. (ISBN 2-246-00572-8).
- Choisir de donner la vie (colloque international organisé par Choisir, Maison de l'UNESCO, Paris, - ; précédé de La liberté des libertés par Gisèle Halimi), Paris, Gallimard, coll. « Idées » (no 420), , 566 p. (ISBN 2-07-035420-2).
- Quel président pour les femmes ? : Réponses de François Mitterrand (préf. Gisèle Halimi) (rencontre avec François Mitterrand, Palais des congrès, Paris, , organisée par Choisir), Paris, Gallimard, coll. « Idées / Idées actuelles » (no 448), , 146 p. (ISBN 2-07-035448-2).
- Fini le féminisme ? (colloque international Féminisme et socialismes, Maison de l'UNESCO, Paris, - , organisé par Choisir ; précédé de Perdre plus que nos chaînes par Gisèle Halimi), Paris, Gallimard, coll. « Idées » (no 494), , 497 p. (ISBN 2-07-035494-6).
- Femmes : moitié de la Terre, moitié du pouvoir (colloque international, Maison de l'UNESCO, Paris, - , organisé par Choisir ; présenté par Gisèle Halimi), Paris, Gallimard, , 288 p. (ISBN 2-07-073789-6).
- La Clause de l'Européenne la plus favorisée (colloque, Centre des conférences internationales Kléber, 16e arrondissement de Paris, - , organisé par Choisir ; précédé de Le meilleur de l'Europe pour les femmes par Gisèle Halimi), Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, , 361 p. (ISBN 978-2-7210-0582-3).
- Le meilleur de l'Europe pour les femmes (préf. Gisèle Halimi), Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, , 316 p. (ISBN 978-2-7210-1230-2, 978-2-7210-1231-9 et 978-2-7210-1233-3, lire en ligne).
- (en) The best of Europe for women [« Le meilleur de l'Europe pour les femmes »] (trad. Philippa Bowe, Hannah Doyle, Justin Hillier et Marta Scott, préf. Gisèle Halimi), Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, , 302 p. (ISBN 978-2-7210-1299-9, 978-2-7210-1300-2 et 978-2-7210-1302-6, lire en ligne).
- Lettres pour un avortement illégal (1971-1974), Paris, Libertalia, 2025, 207p.
Références
- ↑ Annonce no 134 du , Journal officiel de la République française, no 145, , p. 6112.
- ↑ Olivier Faye, « À Gisèle Halimi, la patrie peu reconnaissante », M, le magazine du Monde, (consulté le ).
- ↑ Thomas Legrand, « Il ne faut pas toujours désespérer de la politique... », sur Slate.fr, (consulté le ).
- ↑ Assemblée Nationale : Harmonisation des législations européennes et clause de l’Européenne la plus favorisée
- ↑ Violaine Lucas, « Lettre au Président Macron », sur Choisir la cause des femmes,
- ↑ AFP, « Hommage national à Gisèle Halimi : l'un de ses fils, Serge Halimi, refuse de participer à la cérémonie », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ France Chabod, Répertoire numérique détaillé - Fonds Choisir la cause des femmes - PAF 11, (lire en ligne)
- ↑ Sophie Chauveau, « Les espoirs déçus de la loi Neuwirth », Clio, no 18 « Mixité et coéducation », , p. 223–239 (DOI 10.4000/clio.623, lire en ligne
).
Liens externes
- Site officiel
- Archives conservées par : Centre des archives du féminisme
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