Chroniques des temps obscurs

Chroniques des temps obscurs
Image illustrative de l’article Chroniques des temps obscurs
L'intégralité de la série Chroniques des temps obscurs de Michelle Paver

Auteur Michelle Paver
Pays Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Low fantasy
Version originale
Langue Anglais britannique
Titre Chronicles of Ancient Darkness
Éditeur Orion Children's Books
Head of Zeus
Lieu de parution Londres
Date de parution 20042009 (saga originale)
20202022 (suite)
Ouvrages du cycle Série romanesque :
1. Frère de Loup
(2004)

2. Fils de l'eau
(2005)

3. Les Mangeurs d'âme
(2006)

4. Le Banni
(2007)

5. Le Serment
(2008)

6. Chasseur de fantômes
(2009)

7. Viper's Daughter (en)
(2020)

8. Skin Taker (en)
(2021)

9. Wolfbane (en)
(2022)
Version française
Traducteur Bertrand Ferrier
Blandine Longre
Éditeur Hachette Livre
Lieu de parution Paris
Date de parution 20052010 (saga originale)
Ouvrages du cycle Série romanesque :
1. Frère de Loup
2. Fils de l'eau
3. Les Mangeurs d'âme
4. Le Banni
5. Le Serment
6. Chasseur de fantômes

Chroniques des temps obscurs (titre original : Chronicles of Ancient Darkness) est une série de livres de fantasy commencée en 2005 par Michelle Paver. L'action des livres tourne autour du jeune héros, Torak et se passe en 4 000 ans av. J.-C. dans une région du Nord-ouest européen qui n'était encore qu'une vaste forêt.

La série de neuf romans raconte les aventures d'un jeune garçon de 12 ans, Torak, dont le père est tué par un ours possédé par un démon. L'intrigue principale de la série met en scène le combat de Torak pour sa survie, dans un environnement hostile – la Scandinavie du VIe millénaire avant Jésus-Christ telle qu'imaginée par Michelle Paver – aidé de deux compagnons de route : un jeune loup et une fille nommée Renn. Le héros évolue dans un monde où chaque individu est rattaché à un clan totémique. Rejeté par ses semblables, Torak combat un groupe de mages corrompus qui, à l'origine, agissaient en tant que guérisseurs, mais qui ont mal tourné et souhaitent étendre leur pouvoir sur l'ensemble des clans : les mangeurs d'âmes.

Présentation

En France, les six romans ont été publiés entre 2005 et 2010.

L'histoire, se situant à l'époque mésolithique dans le Grand Nord, raconte la jeunesse de Torak[1], un garçon de 12 ans dont le père est tué par un ours possédé par un démon. Avant de mourir, l'homme révèle au jeune garçon qu'il est « Celui-qui-écoute », celui qui peut communiquer avec les loups, et lui demande de trouver la Montagne de l'Esprit du Monde afin de rétablir l'harmonie entre les hommes, la nature et les animaux. Il est accompagné dans son voyage par Renn, une jeune fille du clan du Corbeau, et d'un jeune loup orphelin[2].

Chacun des romans se déroule dans un milieu naturel particulier : l'intrigue du quatrième tome se déroule autour d'un lac, celle du cinquième, dans la forêt profonde, et celle du sixième, en haute montagne[1].

Frère de Loup

L'aventure commence il y a 6 000 ans. Un démon s'est emparé d'un ours, qui tue le père de Torak. L'enfant, âgé de douze ans, doit le défier et le vaincre avant qu'il ne détruise la Forêt. La prophétie est formelle : il est Celui-qui-écoute. Il doit trouver la Montagne de l'Esprit du Monde, la gravir, et doit apporter les trois parties du Nanuak, avec pour seul indice pour les trouver cette énigme : « La plus profonde est un regard noyé ; Dent de pierre est la plus ancienne ; Et il n'est pas lumière plus noire que la plus froide », pour rétablir l'harmonie entre les hommes, la nature et les animaux. Accompagné d'un jeune loup qui lui ressemble comme un frère, de Renn, une fille du clan du Corbeau, et du chef du clan du Corbeau, Fin-kedinn qu'il rencontrera par la suite, Torak s'engage dans la Forêt. Alors commence un étonnant périple au cœur d'une nature magique, à la fois fascinante et hostile.

Fils de l'eau

Torak, jeune orphelin de 13 ans, a trouvé refuge au sein du clan des Corbeaux. Malgré ses efforts d'intégration, il se sent différent, investi d'une mission. Quand une terrible maladie, envoyée par les Mangeurs d'Âme, s'abat sur la forêt, il décide de partir seul à la recherche de l'antidote. Ses amis Renn et Loup le rejoignent dans l'aventure et l'épaulent. Sa quête le conduit de l'autre côté de la mer, vers les mystérieuses îles du Phoque. Là-bas, Torak va braver un invisible danger et découvrir un terrible secret. Un secret qui changera sa vie à tout jamais.

Les Mangeurs d'âme

Loup a disparu. Il chassait avec Torak et Renn, son frère de meute, quand d'inquiétants mages l'ont enlevé. Torak et Renn se sont alors lancés à sa poursuite, sans se soucier des périls qui les attendent. Ils devront quitter la Forêt. Se perdre dans le désert de glace. Affronter des tempêtes de neige. Se jeter dans l'œil de la Vipère pour défier les démons. Et combattre, enfin, les redoutables assassins de son père : les Mangeurs d'âme. Des mages si puissants qu'aucun être ne peut les menacer sans risquer sa vie. Même l'Esprit-qui-marche. Même Torak.

Le Banni

Voilà deux lunes que Torak a rejoint le clan du Corbeau. Même s'il a retrouvé son ancienne vie, il ne peut ignorer le tatouage, imposé par les Mangeurs d'âmes, qui lui brûle à jamais la poitrine. Honteux, effrayé, il s'efforce de dissimuler ce terrible secret. Mais il est bientôt trahi, et les Anciens rendent leur terrible jugement : Torak est banni de tous les clans. Il porte désormais la marque de la Mort, car le destin d'un banni est d'être abattu. Et en plus Il découvre aussi qu'il n'appartient à aucun clan. Torak s'enfuit alors dans la Forêt. Survivra-t-il à cette nouvelle épreuve, séparé des siens ?

Le Serment

Bale est mort. Il montait la garde lorsque Thiazzi l'un des derniers Mangeurs d'Âme l'a assassiné, Torak se sent coupable. Il n'aurait pas dû se disputer avec Bale. Il n'aurait pas dû le laisser seul. Fou de remords et de tristesse, Torak jure de venger son ami. Traquer le terrible Mage ne lui fait pas peur. Il doit honorer sa parole. Il doit tuer Thiazzi. Avec Renn, sa meilleure amie et apprentie-mage, Fin kedinn le chefs du clan du corbeau et Loup, son frère de meute, il entre dans la Forêt Profonde à la recherche du monstre. Mais les lieux sont dangereux. Le Mangeur d'Âme fait tout pour que les Clans qui y vivent se déchirent. Et il n'est pas loin d'y parvenir.

Chasseur de fantômes

Eostra contrôle tout. Elle rend les Clans malades et s'est cachée dans les montagnes. Torak décide d'aller la combattre seul, mais Renn et Loup le suivent. Ils rencontrèrent les Clans des montagnes qui leur apportèrent leur aide, mais Eostra est très puissante et a pour but de séparer Torak de ses amis. Seul, contre les créatures obéissant à la Mangeuse d'Âme, Torak devra essayer de pénétrer dans la Montagne des Morts, où se cache Eostra.

Analyse

Structure et genre

Les romans Chroniques des temps obscurs appartiennent au genre de la fantasy, bien que l'auteur ancre le récit dans un environnement aussi réaliste que possible[3]. Selon Mária Kiššová, le premier tome partage des caractéristiques communes avec les œuvres d'heroic fantasy : le jeune héros, Torak, lutte contre le mal, incarné par un ours possédé par un démon, dans un monde où la magie existe et influence la vie des êtres humains, des animaux et des plantes. Dans son voyage pour vaincre les forces démoniaques, qui est une métaphore du cheminement que le protagoniste doit accomplir pour se révéler, il reçoit une aide extérieure, et notamment d'une figure tutélaire[4].

Univers

Au nombre de sept, chacun d'un clan différent, les Mangeurs d'Âmes sont d'anciens mages avec un grand pouvoir[5]. Ils ont d'abord aidé leur clan en tant que guérisseurs[6], « [se convaincant] qu'ils agissaient pour le mieux ; que leur but était de guérir les malades et de protéger les humains des démons »[7]. Toutefois, en réalisant l'étendue de leur pouvoir[6], « ils ne tardèrent pas à sombrer dans le Mal, guidés par la seule faim de puissance »[7]. Au lieu d'aider leur prochain, ils se lancèrent dans une quête effrénée de puissance, et, brisant le pacte avec l'Esprit du Monde, ils invoquèrent le Mal :

« Les Mangeurs d'Âmes avaient conjuré un démon de l'Autremonde. Lâché un monstre dans la Forêt. Brisé le pacte. Pourquoi l'Esprit aiderait-il les clans ? Certains de leurs membres s'étaient révélés si mauvais ![8] »

Le monde créé par Michelle Paver est peuplé de créatures surnaturelles, comme les démons, le Peuple Caché du fleuve ou les Veilleurs. Puissances les plus destructrices de l'univers de Chroniques des temps obscurs, les démons incarnent le mal[9], leur nature diabolique se fondant dans leur haine des « êtres vivants. Sans exception. Parfois, ils s'échappent de l'Autremonde. Ils font trembler la terre. Ils déclenchent la maladie et la famine »[10]. Les démons apparaissent lorsqu'un humain perd son âme-du-clan. Le Marcheur explique ainsi :

« Celui qui meurt en perdant l'âme-du-nom, celui-ci devient un fantôme, celui-ci oublie qui il est [...]. Mais si on perd l'âme-du-clan, alors, ce qui reste s'appelle... un démon ! [...] Pas d'âme-du-clan, démon. La toute-puissance du Nanuak... et aucun clan pour la dompter en toi. Juste la rage de sentir quelque chose qui manque. Qu'on a pris. Voilà pourquoi les démons détestent tant les vivants[11] »

Le Peuple Caché du fleuve et les Veilleurs protègent le Nanuak. Si le lecteur les pense maléfiques, ils ne représentent pas de danger tant que personne ne tente de s'en approcher. Selon Mária Kiššová, les mots utilisés pour les décrire suscitent le dégoût chez le lecteur, mais pas autant que les démons[6] : les membres du Peuple Caché du fleuve sont décrits comme ayant des « cheveux semblables à des algues vertes, [...] des visages cruels [et] des yeux blancs sans pitié »[12], tandis que les Veilleurs, qui vivent sous terre, sont ubiquistes et voient tout : « Des Veilleurs partout. Ils vous voient. Vous ne les voyez pas. Et, quand vous les voyez, trop tard »[13].

Personnages

  • Torak : Personnage principal du livre, il est le « frère de meute » de Loup. C'est un « Esprit-qui-Marche », c'est-à-dire qu'il peut se transférer temporairement dans le corps d'un animal ou d'un autre humain. Il parle partiellement le langage des loups car il a été élevé par une louve quand il était qu'un bébé pendant 3 lunes. Pratiquement toujours accompagné de Loup, son « frère de meute », et de Renn, sa meilleure amie (et peut-être plus), il a pour objectif en tant qu'Esprit-qui-Marche de détruire l'ensemble des Mangeurs d'Âmes.
  • Renn : Jeune fille rousse, meilleure amie de Torak aussi un peu amoureuse de lui et « sœur de meute » de Loup. Fin-Kedinn, le chef du clan du Corbeau est son oncle. Son père est mort quand elle était petite. Elle est extrêmement douée au tir à l'arc. Sa mère, Seshru, qui est une mangeuse d'âme a tenté de transformer Renn en tokoroth lorsqu'elle était petite. Elle suit l'enseignement de l'Art des Mages de Saeunn. À part Torak et Loup, elle n'a pas d'amis. Les gens la craignent pour ses dons étranges et ses yeux noirs.
  • Saeunn : Mage du clan du Corbeau. Elle apprend l'Art des Mages à Renn, qu'elle sauva lorsqu'elle était tout bébé. Elle mourra de vieillesse dans le 6e tome Chasseur de Fantômes.
  • Loup : Il est le « frère de meute » de Torak et de Renn. C'est un jeune loup que Torak a rencontré au début du premier tome. Loup est le plus fidèle des compagnons de Torak. L'Animal saît reconnaître les démons et a pour destiné de les chasser du monde des vivants. Les parents et les frères et sœurs de Loup ont été tués lors de la crue du fleuve. Le nom que donne Loup à Torak est « Grand Sans Queue ». Dans le 5e tome, Le Serment, Loup trouvera une compagne, Fourrure Noire, et ils donneront naissance à trois louveteaux, dont deux mourront dans le 6, l'un tué par le hibou d'Eostra et l'autre de maladie.
  • Bale : Cousin de Torak. On le rencontre pour la première fois dans Fils de l'eau. Il apparaîtra également dans Le banni, où il tuera Seshru à la place de Renn et il mourra dans Le serment, tué par Thiazzi. Il était amoureux de Renn et comptait même lui demander de rester vivre avec lui.
  • Les Mangeurs d'Âmes : Ce sont des anciens mages qui ont mal tourné. Ils viennent chacun d'un clan différent et sont au nombre de sept. Ils cherchent continuellement la puissance, et veulent prendre le contrôle. Les Mangeurs d'âmes sont Eostra, Thiazzi, Seshru, Tenris, et Nef. Initialement, alors qu'ils étaient appelés les Guérisseurs, ils étaient accompagnés de Narrander (le Marcheur) et du père de Torak. Ce dernier a tenté de briser leur pouvoir quand ils ont commencé à faire du mal. Pour se venger, les autres l'ont tué. Dans le dernier tome, on apprendra que le Marcheur est Narrander, le septième Mangeur d'Âme qui était supposé être mort dans l'incendie provoqué par le père de Torak.
  • Eostra : La plus dangereuse des sept Mangeurs d'Âmes. Mage du clan de l'Aigle des Mers, elle peut invoquer la mort. Elle est la plus crainte des Mangeurs d'Âmes qui la craignent également. Elle meurt dans le tome 6. Elle apparaît également dans le tome 5 où elle provoque la mort de Thiazzi pour récupérer l'opale de feu et dans le tome 3 où elle enlève Loup avec Thiazzi, Seshru et Nef. Elle est tuée par Narrander dont elle a causé la mort du fils lors du grand feu.
  • Fin-Kedinn : Chef du Clan du Corbeau. Dans sa jeunesse, il a connu le père et l'oncle de Torak et il fut amoureux de la mère de Torak mais celle-ci l'aimait seulement « comme un frère ». C'est un homme très respecté par les Clans et même Loup respecte Fin-Kedinn car d'après lui, « Fin-Kedinn dort comme un loup ». Il est l'oncle de Renn et dans Le banni, il adopte Torak.
  • Rip et Rek : Corbeaux de la même famille, apparaissent dans le tome 4 Le Banni où Torak les aide. Ils essayeront de poursuivre le hiboux de Eostra à la suite des décès des louveteaux dans le tome 6. Loup fut jaloux envers eux quelque temps mais se révélant fort utiles Loup finit quand même par les accepter.

Géographie du monde de Chroniques des temps obscurs

Quatre régions sont particulièrement présentes dans les Chroniques des temps obscurs, il s'agit de la Forêt, des îles du Phoque et du Grand Nord et la vraie forêt : la forêt profonde.

Écriture

Origine

Pendant ses études de biochimie à l'université d'Oxford entre 1979 et 1983[14], Michelle Paver tente une première aventure dans l'écriture et propose plusieurs manuscrits[N 1] à la maison d'édition Mills & Boon. Ils sont tous refusés[16]. En 1985, titulaire d'une maîtrise en biochimie, elle rejoint un cabinet d'avocat à la City en tant que stagiaire, puis obtient en 1987 un diplôme de droit spécialisé dans les litiges scientifiques. Elle exerce pendant une dizaine d'années dans un cabinet d'avocats expert dans le droit scientifique et les brevets d'invention, étant promue associée en 1993[1],[17]. En 1996, elle prend une année sabbatique et voyage à travers le monde[18], et notamment en Finlande, en Laponie, au Groenland et aux États-Unis[19]. Lors d'une randonnée en Californie, elle tombe sur une ourse noire et ses deux petits, une rencontre qui lui laisse une forte impression[20] et lui inspire la scène d'introduction du premier tome des Chroniques des temps obscurs, dans laquelle le père de Torak est tué et le héros doit fuir un ours possédé par un démon[18].

De retour en Angleterre, Michelle Paver reprend un temps son métier d'avocat, puis décide finalement de renoncer à sa carrière dans le droit. En 1998[14], elle se lance comme auteure à plein temps sans avoir signé de contrat avec un éditeur. C'est lors de son préavis de démission qu'elle signe un contrat avec la maison d'édition Transworld[16] pour une série de romances historiques destinés aux adultes. Son premier livre, Without Charity, une romance qui se déroule au XIXe siècle, est publié en 2000[18]. Après avoir rédigé cinq romans, son agent, Peter Cox, lui propose de s'essayer à d'autres genres littéraires. Parcourant ses notes, elle retrouve un ancien manuscrit, écrit en 1982[19] lorsqu'elle était à l'université, et qui raconte l'histoire d'un jeune garçon, d'un loup et d'un ours en Norvège à l'époque viking[18]. Bien que refusé 20 ans plus tôt par les éditeurs, elle déniche le potentiel du récit et décide de le transposer à l'âge de pierre[16]. Elle en rédige un résumé d'une page et demi, qu'elle soumet à son agent. Ce dernier valide dès le lendemain le projet de roman par téléphone[18].

Publication

Pendant six semaines, durant la canicule de 2003[19], elle peaufine son roman[16], à raison de six heures d'écriture par jour[18]. En octobre 2003[21], lors de la foire du livre de Francfort, la maison d'édition Orion Children's Books achète les droits de la série de six livres avec une avance d'un million et demi de livres sterling[21],[19], après avoir lu les six[15] ou sept premiers chapitres de Frère de Loup et un résumé des cinq titres suivants[22]. Entre 2003 et 2004, elle signe des contrats avec des maisons d'édition françaises, japonaises et américaines et de dix autres pays pour une diffusion à l'étranger, ce qui accroît son à-valoir sur les droits d'auteur à près de deux millions de livres sterling[22], voire à trois millions[19].

Influences de Michelle Paver

Dès le début de la conception du premier roman, elle s'est rendue au UK Wolf Conservation Trust (en), une fondation de défense et de protection du loup se situant dans le Berkshire, pour comprendre, au contact des louveteaux, la manière dont les loups communiquent[3].

Pour écrire Chroniques des temps obscurs, Michelle Paver a puisé son inspiration dans la mythologie nordique. L'histoire se déroule dans le nord de la Scandinavie à la fin de l'âge de pierre. Le nom du personnage de Thiazzi, un des mangeurs d'âmes, est inspiré du géant Thjazi[23].

Dans une volonté de réalisme, elle a souhaité expérimenter ce que ses héros vivent : pour décrire le quotidien du clan du Phoque, qui apparaît dans le deuxième tome de la série, le Fils de l'eau, elle a voyagé sur les îles Lofoten, au nord-ouest de la Norvège, et au Groenland, où elle a étudié le mode de vie traditionnel des Samis et des peuples Inuits, depuis la fabrication d'un kayak jusqu'à la chasse aux phoques. Elle s'est également initiée aux traditions culinaires des peuples du Grand Nord, comme la viande de phoque ou de renne à la sauce aux baies de genièvre ou aux airelles rouges[20]. Pour le sixième tome, Chasseur de fantômes, Michelle Paver a appris à suivre les traces des élans et des rennes en raquettes, sous -18 degrés, au cœur de l'hiver de la Laponie finlandaise[3].

Bien que les religions de la Préhistoire soient difficiles à reconstituer, Michelle Paver s'est appuyée sur des études anthropologiques concernant diverses cultures traditionnelles pour construire une image plausible de ce à quoi les peuples paléolithiques pouvaient croire : dans les livres, pour avoir du gibier en abondance, les Humains ont conclu un pacte avec l'Esprit du Monde – un puissant esprit, proche d'une divinité – dans lequel ils s'engagent à respecter les animaux qu'ils tuent, notamment en utilisant toutes les parties de la carcasse. L'idée s'inspire des croyances des Nunamiut (en), une tribu Iñupiat d'Alaska qui vit de la chasse aux caribous[20]. Elle a également étudié d'autres sociétés de chasseurs-cueilleurs contemporaines, comme les San dans le sud de l'Afrique, les Igbo et les Kwaio (en) en Afrique centrale, les Aïnous et les Aborigènes d'Australie. Dans le deuxième tome, le Fils de l'eau, lorsque Torak possède l'esprit d'un phoque, Michelle Paver s'inspire des expériences des chamans inuits et amérindiens[24].

Accueil

Succès commercial

Dès le premier tome, la série littéraire rencontre un petit succès. Au Royaume-Uni, Frère de Loup s'écoule à près de 110 000 exemplaires en 2005. Entre 2005 et 2007, 75 000 exemplaires du premier tome sont vendus en France[1]. En 2007, les trois premiers tome sont vendus à plus de 250 000 copies, et le quatrième tome, publié en France en 2008, s'impose dans les meilleures ventes de livre jeunesse[2]. En 2012, la série, dont plus de 2,5 millions d'exemplaires ont été vendus dans le monde[18], est traduite dans 35 langues différentes[14].

Honneurs et récompenses

En 2010, le sixième tome, Chasseur de fantômes, est nommé pour le Guardian Children's Fiction Prize (en)[25],[3].

Critiques littéraires

À la sortie du premier tome, Michelle Paver est régulièrement comparée à J. K. Rowling dans la presse anglophone, notamment dans The Times[21], The Guardian[17], ou The Sydney Morning Herald[26].

Claire Armitstead (en) juge passionnante la lecture du premier tome, Michelle Paver proposant un décor bien détaillé et suffisamment d'éléments pouvant intéresser les lecteurs, mais juge un peu faible la mythologie proposée par l'auteure, en comparaison avec celle développée par Philip Pullman dans sa série A la croisée des mondes[27]. Pour The Times, les connaissances de Michelle Paver en archéologie constituent la force du récit du premier tome, de même que la manière dont l'auteure partage sa propre expérience de la vie sauvage en Finlande. Le quotidien britannique apprécie également le style d'écriture de Michelle Paver, qu'il considère clair et captivant, évitant les faux archaïsmes[28]. L'écrivaine Christina Hardyment (en), dans un article pour The Independent, affirme que la fin du sixième tome est aussi intense que le récit de la chute du Mordor dans le troisième volume du Seigneur des Anneaux : « avec des chiens démoniaques, des enfants possédés et des Mangeurs d'Âmes ressuscités d'entre les morts »[C 1]. Elle apprécie la conclusion apportée à l'histoire entre Torak et Renn, qu'elle juge sans mièvrerie[29].

En France, Jacques Baudou qualifie la saga Chroniques des temps obscurs d’œuvre de rétrocipation, comparant le travail de Michelle Paver à celui de J.-H. Rosny aîné, auteur de La Guerre du feu[1]. Pour le critique, la rétrocipation s'oppose au genre littéraire de l'anticipation[30]. La journaliste Marie Rogatien, dans une critique pour le Le Figaro Magazine, affirme que Michelle Paver parvient à mêler « habilement un suspense et des rebondissements dignes des meilleurs romans d'aventures et une restitution des mythes inuits au coeur d'une époque épique »[2].

Adaptations

Film et série

En 2004, 20th Century Fox achète les droits de la saga pour l'adaptation du premier tome et de cinq suites au cinéma, et en confie la production à la société Scott Free Productions, fondée en 1995 par Ridley et Tony Scott. En tant que producteur exécutif, Erin Upson supervise le développement du projet[31],[32],[33]. Le projet n'aboutit pas et en 2013, les droits sont rachetés par Nick Hirschkorn et la société de production britannique Feel Films. Le scénario du premier film est confié à Will Davies (en), scénariste de Dragons[34]. En 2020, la société Kindle Entertainment (en) récupère les droits de la saga pour une adaptation en série télévisée des six premiers livres[35].

Livre audio

Dans le monde anglophone, les neuf tomes de Chroniques des temps obscurs ont été adaptés en livre audio. Sortis entre 2004 et 2022, les romans sont lus par l'acteur britannique Ian Mckellen[36]. Le premier tome est disponible en podcast sur le site du quotidien britannique The Guardian dans une série de 14 épisodes[37]. Pour The Times, la narration de Ian McKellen apporte une réelle plus-value au roman[38]. Sa prestation en tant que narrateur du septième tome est également jugée convaincante, en particulier lorsqu'il incarne le personnage de Loup[39]. Le quotidien britannique apprécie la manière dont l'acteur parvient à moduler sa voix selon les besoins de la narration : « animale lorsqu'il joue Loup, et terriblement menaçante quand il incarne un démon piégé, menant les héros à leur perte »[C 2],[40]. Si Julia Eccleshare (en), rédactrice en chef du journal The Guardian et spécialiste des livres pour enfants, juge brillante la prestation de Ian McKellen en tant que narrateur des six premiers romans de la saga[41], la journaliste Sue Arnold (en) souligne, dans sa critique de la version audio du troisième tome, l'écart d'âge entre l'acteur et le héros du roman. Toutefois, elle affirme que la maturité du jeune héros efface ses doutes sur la pertinence de Ian McKellen comme narrateur[42].

Suite

Régulièrement interrogée par les fans de la saga sur les possibilités d'une suite[43], elle décide de se remettre à écrire sur cette série à la suite d'un voyage de quelques jours en Norvège[16] en janvier 2015, où elle observe des aurores boréales lors d'une randonnée en forêt[44].

Le , Michelle Paver annonce une suite de trois livres à cette première série, après la signature d'un accord avec l'éditeur indépendant Head of Zeus[43], propriété du groupe d’édition Bloomsbury Publishing depuis 2021[45].

Le septième tome de la série, Viper's Daughter, paraît le [36],[46], le huitième tome, Skin Taker, le [47] et le neuvième et dernier tome, Wolfbane, le [48].

Notes et références

Notes

  1. Durant ses études universitaires à Oxford, elle propose à la maison d'édition Mills & Boon deux romans pour enfants, dont la première version de Frère de Loup, et deux romans d'amour[15].

Références

  1. Jacques Baudou, « Michelle Paver : rétrocipation chez les chasseurs-cueilleurs », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. Marie Rogatien, « Préhistoriquement correct », Le Figaro Magazine,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) Michelle Pauli, « A wolf in the hand luggage », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. Kiššová 2008, p. 89.
  5. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 328.
  6. Kiššová 2008, p. 92.
  7. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 329.
  8. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 348.
  9. Kiššová 2008, p. 91.
  10. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 52-53.
  11. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 196.
  12. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 161.
  13. Chroniques des temps obscurs, t. I, 2005, p. 200.
  14. Alice O'Keeffe, « Michelle Paver : "You can tell an almost mythic story and deal with the big issues - life, death, freedom, fate, free will" », The Bookseller (en),‎ (lire en ligne, consulté le ).
  15. (en) Damian Whitworth, « Michelle Paver: Cold, dark journeys of the lone wolf », The Times,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  16. (en) Alison Flood, « Ice caves, orcas and eating blubber : how Michelle Paver returned to the stone age », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  17. (en) Stephen Moss, « Queen of the stone age », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  18. (en) Alison Flood, « Michelle Paver : a life in writing », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  19. (en) Jonathan Brown, « Lawyer who turned to children's books earns record £3m advance », The Independent,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  20. (en) Michelle Pauli, « The stone age diaries », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. (en) Dalya Alberge, « Potter magic rubs off as author signs £1.5m deal », The Times,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  22. (en) John Ezard, « £2m advance for new children's author », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  23. (en) Michelle Paver, « My inspiration : Michelle Paver on Odin and Odysseus », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  24. (en) « An Interview With Michelle Paver », The New York Times,‎ (lire en ligne Accès limité, consulté le ).
  25. (en) Benedicte Page, « Michelle Paver wins Guardian children's fiction prize », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  26. (en) « The new J.K. Rowling? », The Sydney Morning Herald,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  27. (en) Claire Armitstead, « A yucky feast for many a tailless cub », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  28. « Wolf Brother by Michelle Paver », The Times,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  29. Christina Hardyment, « Ghost Hunter By Michelle Paver », The Independent,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  30. Jacques Baudou, « Science-fiction : excursion en fantasy », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
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Citations originales

Les traductions des citations sont des traductions libres, parfois réalisées avec l'aide de services de traduction dont Google Traduction ou DeepL.
  1. Citation originale : (en) « with demonic dogs, fiendish one-time children, and Soul-Eaters summoned from beyond the grave ».
  2. Citation originale : (en) « doglike as Wolf and chillingly menacing as the trapped Demon enticing our heroes to their doom ».

Annexes

Bibliographie

Romans

Études

  • (en) Mária Kiššová, « The Importance of Fighting Evil in the Novel Wolf Brother by Michelle Paver », dans National Literatures in the Globalised World, (lire en ligne), p. 88-95.
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Liens externes

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