Cigaretière
Les cigaretières (appelées aussi cigaretteuses) et cigarières sont les noms donnés aux femmes qui fabriquent les cigarettes et les cigares au sein des manufactures de tabacs en France. Les appellations correspondantes pour les hommes sont respectivement cigarettier et cigarier.
Majoritaires dans l'industrie du tabac, les ouvrières des manufactures représentent jusqu'à 91% de la main-d'œuvre au début du XXe siècle.
Syndicalisation
80% des ouvrières sont syndiquées, notamment au sein de la Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (SEITA).
Il existe une représentante syndicale pour chaque section de la manufacture[1].
Le syndicat permet l'ouverture d'un écosystème autour des ouvrières : à la manufacture de Nantes, par exemple, la création d'une crèche, d'une société de fonds de secours, des cours du soir voient le jour[2].
Différents types de métiers
En 1900, 80 métiers différents[3] sont recensés au sein des manufactures qui produisent : cigares, scaferlatis, cigarettes, allumettes et tabac à mâcher.
Au sein de ces 80 métiers, les ouvrières les plus jeunes ou les plus âgées travaillent à la préparation du tabac : ces tâches demandent le moins de compétences. Pour cette seule préparation, est recensée une vingtaine de métiers, dont :
- L'écabochage : métier physique ; avec un grand hachoir, les femmes doivent couper la base de la tige des grosses feuilles de tabac. L'écôtage : les femmes retirent la côte centrale de la feuille de tabac ;
- L'atelier de mouillade : où le tabac est mouillé ;
- L'atelier de séchage : où les feuilles de tabac sont séchées ;
- Le capsage qui consiste à prendre plusieurs feuilles de tabacs pour les assembler ;
- L'époularder : travail pénible qui consiste à séparer les feuilles les unes des autres ;
- L'étalage : sélectionner les meilleures feuilles destinés à la fabrication des capes des cigares et des cigarillos.
L'âge d'or se situe au XIXe siècle. Le travail manuel sera peu à peu remplacé par un travail mécanisé au XXe siècle[4].
Le métier de cigaretière
Constantin Meunier, après 1883
Louvain, Musée M.
Les cigaretières, ou cigaretteuses, effectuent trois types de travaux.
Avant l'apparition des machines, les ouvrières confectionnent les cigarettes à la main, à l'unité. Cela demande des qualités de dextérité, d'habileté et de vitesse. Pour les cigarettes les plus luxueuses, chaque cigarette doit être ébarbée aux ciseaux.
Après l'apparition des machines, dès les années 1880, les cigaretteuses contrôlent l'homogénéité de la couche de tabac sur un tapis roulant.
L'étape finale est l'empaquetage des cigarettes à la main dans une petite feuille de papier vélin.
Le métier de cigarière
A l'inverse des cigaretières, les cigarières doivent cumuler plusieurs qualités des cigaretières : habilité, force et dextérité dans les doigts. Elles doivent produire des cigares homogènes et bien calibrés. Par sa technicité et le luxe des produits fabriqués, c'est un métier très valorisé. Il reste artisanal jusque dans les années 1960.
Les conditions de travail
En France, les ouvrières restent majoritairement des femmes, jusqu'à 80 %. Elles sont surveillées par les chefs d'atelier, souvent des hommes, anciens militaires reconvertis. Ceux-ci imposent leur discipline au sein des équipes. Le travail est souvent organisé en sections, sur le modèle militaire.
Les ouvrières se sont syndicalisées essentiellement pour se défendre contre les chefs d'ateliers.
Des cloches indiquent le début et fin de travail. Pendant le travail, des lectrices faisaient la lecture aux travailleuses, afin de les distraire et imposer le silence.
Une femme obtient un poste selon l'ancienneté, l'efficacité, la vitesse et son rapport avec ses chefs. Cela peut dépendre de la filiation : si la mère ou la grand-mère travaillait déjà dans les tabacs, l'ouvrière pouvait obtenir une meilleure place. Il y avait donc beaucoup de manoeuvres internes afin de trouver et conserver les meilleures places.

Les conditions de travail, d'hygiène et de sécurité restent difficiles[5]. De nombreuses maladies sont causées par les matières toxiques du tabac (notamment des maladies pulmonaires comme la phtisie) ; elles causent la moitié des décès dans cette industrie[6].
Les syndicats se sont battus dès 1897 pour faire reconnaître ces maladies comme des maladies professionnelles.
Avec le développement des machines, les conditions de travail s'amélioreront au XXe siècle.
La représentation des ouvrières

Les ouvrières du tabac sont représentées sur des cartes postales ou sur des albums institutionnels édités dans la première moitié du XXe siècle.
Notes et références
- ↑ « Google », sur www.google.com (consulté le )
- ↑ Laurent Fièvre, Les Manufactures de tabacs et d'allumettes Morlaix,Nantes, Le Mans et Trélazé (XVIIIe – XXe siècles), Presses Universitaires Rennes, 1011 p., p46
- ↑ « Les Manus après tabacs : 30 ans de reconversion de lieux industriels » [PDF], sur archives de Nantes, (consulté le )
- ↑ Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard, « Les ouvrières d'Etat (Tabacs-Allumettes) dans les dernières années du XIXe siècle », Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale, no 105, , p. 88-92 (lire en ligne
)
- ↑ Mathilde Ramadier et Elodie Durand, La Belle de Mai : fabrique de révolutions, Paris, Futuropolis, (ISBN 978-2-7548-3439-1)
- ↑ Francis Jacques, De l'intoxication par le tabac dans les manufactures, Paris, A. Derenne, , 41 p. (lire en ligne)
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