Clarté (mouvement)
Le mouvement Clarté est un groupe d'intellectuels fondé par Henri Barbusse et Raymond Lefebvre afin de défendre le pacifisme en Europe. La revue Clarté qui en émane prend un tour révolutionnaire et communiste, d'abord proche mais indépendante du PCF avant de s'en écarter vers une ligne trotskyste.
Un rassemblement d'intellectuels humanistes
Officiellement fondé en , le mouvement Clarté, dont l'idée initiale revient à Raymond Lefebvre, tente d'organiser sous la direction de Henri Barbusse la protestation contre la guerre et le rassemblement des intellectuels en faveur d'une société égalitaire, pacifique et démocratique[1]. Adoptant au départ une ligne pacifiste et internationaliste, ses membres critiquent rapidement la bourgeoisie tenue responsable de la Première Guerre mondiale et adoptent une rhétorique anticapitaliste teintée d'admiration pour la Révolution russe[2]
Une revue communiste
Henri Barbusse rompt officiellement avec la revue en 1923, son nom disparaissant du comité, mais ses réserves témoignent d'une divergence initiale avec l’orientation communiste de la revue. En , sous l’impulsion de Marcel Fourrier, Clarté devient une revue d’éducation révolutionnaire prônant la lutte insurrectionnelle en Europe. Ses animateurs œuvrent pour l’avènement d’une société communiste et l’élaboration d’un langage proprement prolétarien. Malgré la désillusion provoquée par l’échec de la révolution allemande, les influences de Georges Sorel, Pierre-Joseph Proudhon, Édouard Berth ravivent leur volonté de combattre la civilisation bourgeoise[2].
En 1925, outre ses difficultés financières, la revue traverse une crise liée à l’échec des perspectives révolutionnaires en Europe et la désillusion qui en découle. En raison de divergences sur l'appréciation de la situation historique, un conflit idéologique éclate entre Georges Michaël et Jean Bernier, aboutissant au départ de ce dernier[3]. Parmi les tentatives de renouvellement, la revue tente une collaboration avec les surréalistes réunis autour d'André Breton. Pour ces derniers, rejoindre la revue est un moyen d'affirmer le caractère politique et non uniquement littéraire du surréalisme. Fin 1925, il est annoncé la transformation de Clarté en une revue commune, La guerre civile, mais ce projet ne voit pas le jour [4]. A partir de 1926, Pierre Naville impulse une nouvelle direction, en délaissant la recherche d'un art prolétarien pour les défis du communisme international. En 1927, les thèses de Trosky sont de plus en plus mises en avant. Le Testament de Lénine est publié à l’occasion des 10 ans de la Révolution d'octobre. Afin de marquer sa rupture avec les différentes orientations de la revue, Naville la renomme La Lutte de classe en 1928[5].
Bibliographie
Ouvrages
- Alain Cuénot, Clarté : itinéraire politique et culturel, t. 1 : 1919-1924, du pacifisme à l'internationalisme prolétarien, Paris, L'Harmattan, coll. « Historiques. Série Travaux », , 255 p. (ISBN 978-2-296-55496-2, BNF 42496468, présentation en ligne).
- Alain Cuénot, Clarté : itinéraire politique et culturel, t. 2 : 1924-1928, du surréalisme au trotskisme, Paris, L'Harmattan, coll. « Historiques. Série Travaux », , 259 p. (ISBN 978-2-296-55496-2, BNF 42496468).
Articles
- Alain Cuénot, « Clarté (1919-1928) : du refus de la guerre à la révolution », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 123, , p. 115-136 (DOI 10.4000/chrhc.3522, lire en ligne, consulté le ).
- Annie Kriegel, « Naissance du mouvement Clarté », Le Mouvement social, no 42, , p. 117-135 (lire en ligne, consulté le ).
- Nicole Racine, « Une revue d'intellectuels communistes dans les années vingt : « Clarté » (1921-1928) », Revue française de science politique,, vol. 17, no 3, , p. 484-519 (DOI 10.3406/rfsp.1967.393019, lire en ligne, consulté le ).
- Nicole Racine, « Du mouvement à la revue Clarté : jeunes intellectuels "révolutionnaires" de la guerre et de l'après-guerre 1916-1925 », Les Cahiers de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, no 6 « Générations intellectuelles. Effets d'âge et phénomènes de génération dans le milieu intellectuel français », , p. 19-28 (DOI 10.3406/ihtp.1987.1999, lire en ligne, consulté le ).
Références
- ↑ Racine 1987, p. 484.
- Cuénot 2014.
- ↑ Racine 1987, p. 502-504.
- ↑ Racine 1987, p. 510-516.
- ↑ Racine 1987, p. 517-518.
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