Cloche à battant chinoise

Ling en bronze d'Erlitou, musée d'Hefei, province de l'Anhui.

La cloche est un instrument de musique créé par l’homme pour communiquer avec le divin.

La cloche à battant chinoise ou ling, dont l'idéogramme est 鈴, la transcription phonétique líng, connu en anglais sous le nom de clapper-bell, est une forme de petite cloche à battant, trouvée sur les sites archéologiques du Néolithique et de l'Âge du bronze en Chine. Elle se compose d'un corps de cloche creux et d'un battant suspendu à l'intérieur, qui produit un son lorsqu'il frappe le bord interne de la cloche.

Les cloches les plus anciennes trouvées par les archéologues sont des petites cloches à battant fabriquées en terre cuite, accompagnant les morts dans leurs tombes, auxquelles ont succédé des cloches fabriquées à partir du cuivre, puis rapidement en bronze. Les cloches ling figurent parmi les premiers objets en métal créés dans l’histoire chinoise.

Initialement fabriquées en céramique par la culture de Yangshao (c. 5000 – c. 3000 av. J.-C.) et les cultures voisines du nord de la Chine, des ling en cuivre ont été produites dès la fin de la culture de Longshan (3000 - 1900 av. J.-C.), avec un exemplaire trouvé sur le site de Taosi dans le Shanxi (phase tardive de la culture de Longshan de 2300 à 1900 av. J.-C). Des ling en céramique et en bronze ont également été trouvées sur le site archéologique de l'Âge du bronze d'Erlitou (1900 - 1500 av. J.-C.), dans le mobilier funéraire des tombes.

Bien que relativement rares d'environ 1500 à 1200 av. J.-C., elles réapparaissent au cours de la fin de la période Shang (1250 – 1046 av. J.-C). On les trouve couramment autour du cou des animaux enterrés comme gardiens du mort, en particulier les chiens. L'utilisation des ling s'est poursuivie pendant les Zhou occidentaux (1046 - 771 av. J.-C.)[1].

Description

Les cloches à battant chinoises dénommées ling (鈴), ou aussi xuanling (懸鈴; 'cloches suspendues') et clapper-bell en anglais, sont de petites cloches à battant en céramique ou en métal.

Il convient de les distinguer des « cloches à carillon », telles que le nao (鐃) et le zhong (鐘), des instruments de musique qui étaient sonnés en frappant l'extérieur.

Les ling fabriquées en métal ont été divisées en trois types selon leur forme. Le type A, la forme la plus ancienne, a des trous de suspension situés dans le haut des cloches. Les cloches de type B ont le battant attaché directement à un joug utilisé pour suspendre les cloches, tandis que les cloches de type C ont les battants suspendus à une boucle moulée à l'intérieur de la cloche. Les battants pouvaient être fabriqués, soit à partir de matériaux organiques, tels que le bois, un coquillage ou de l'os, soit à partir de métaux, tels que le bronze et le plomb, ou soit à partir de minéraux, tels que le quartz, le jade et la néphrite[2].

La métallurgie du bronze qui se développe à la période d'Erlitou est avant tout attestée, en plus des ling, par divers types de vases rituels, reprenant des formes expérimentées dans la céramique, et produisant également des outils et des armes. Il s'agit déjà d'une métallurgie reposant sur la technique de la fonte dans des moules.

Histoire

Apparues vers 4500 avant notre ère, les plus anciennes cloches ling connues sont de petites cloches en céramique datant de la culture de Yangshao (仰韶) (vers 5000 – vers 3000 AEC). Ces cloches précoces se sont répandues dans toute la plaine de la Chine du Nord. Au moment de la culture de Longshan (3000 - 1900 AEC), ces petites cloches s'étaient répandues dans l'est de la Chine et avaient été adoptées par la culture Shijiahe (石家河) du fleuve Yangtzé (2500 – 2000 AEC) et la culture Laohushan (老虎山), située en Mongolie intérieure (2700 – 2200 AEC).

Sur le site de Taosi de la culture de Longhsan au Shanxi, d'une superficie d'environ 300 hectares, sept ou huit ling en terre cuite et une en cuivre ont été récupérées. La cloche en cuivre, coulée à partir de bronze arsénié, ne mesure que 2,15 centimètres de haut. Il a été constaté qu'il s'agissait d'un bien funéraire dans une tombe autrement non meublée. Cette sépulture inhabituelle a conduit les archéologues à théoriser que l'occupant de la tombe était soit un religieux utilisant la cloche dans les cérémonies rituelles (mais qui est mort sans que ses héritiers puissent fournir des offrandes), soit qu'il était impliqué dans la fabrication des cloches.

Six pièces ling moulées en bronze ont été trouvées dans des tombes à Erlitou (1900 - 1500 AEC). Elles sont beaucoup plus grandes que les clochettes de Taosi, allant de 7 à 9,3 cm de hauteur. Une des cloches ling déterrée était enveloppée dans plusieurs couches de textiles, et un battant en jade se trouvait à l'intérieur de la cloche. Ce type de cloche en bronze, bien que simple dans sa forme, revêt une importance particulière parmi les premières œuvres en bronze, car elle constitue le plus ancien exemple en Chine d'un instrument de musique en bronze avec un battant. Sa forme elliptique découle de celle des cloches en poterie de la Chine centrale ancienne[3].

Très peu de cloches ling ont été trouvées entre 1500 et 1200 avant notre ère, soit la période située entre la culture d'Erlitou et l'émergence de la période Shang. Les ling sont redevenues communes dans les archives archéologiques à la fin des Shang (1250-1046 AEC), avec 350 exemplaires récupérés sur le site de Yin xu, dernière capitale de la dynastie Shang (1300 - 1046 AEC). Elles n'étaient plus trouvées seules comme objets funéraires. Au contraire, la grande majorité (environ 90 %) se trouve autour du cou de chiens qui ont été enterrés dans les tombes en tant qu'assistants funéraires. On suppose qu'elles ont été utilisées pour entrer en contact avec les esprits des ancêtres alors que le mort était guidé par son chien dans le monde souterrain.

À la fin de la fin des Shang et au début des Zhou occidentaux (1046 à 771 AEC), ces cloches figuraient dans le mobilier funéraire des nobles, aux côtés des vases rituels en bronze (verseuse à alcool he (盉), vase calice gu pour l'alcool (觚), récipients à nourriture). Un autel zu (俎) pour les sacrifices de viande, datant de cette période, comportait également deux petites cloches à battant suspendues à chaque extrémité du support. La présence des cloches pourrait indiquer qu'elles étaient destinées à être un moyen de communiquer avec les esprits des ancêtres, peut-être pour les alerter sur les offrandes en boisson et nourriture effectuées à leur attention.

Luminosité et spiritualité

Les archéologues pensent que l''importance religieuse des ling à Erlitou résidait dans le son particulier produit lorsque les deux matériaux lumineux composant la cloche, le jade 玉 et le bronze 青銅, sont réciproquement frappés. Ainsi, les chamans d'Erlitou les utilisaient pour contacter les esprits des ancêtres[1].

Plus tard, dans la période Yin xu (殷墟) de la Dynastie Shang (1300 - 1046 AEC), les petites cloches avec un battant en bronze étaient portées par des chiens enterrés dans des tombes. Les archéologues suggèrent que le rôle de la cloche était là un développement de la précédente tradition ; c'est-à-dire qu'elle était utilisée pour communiquer avec les ancêtres. Ainsi, pendant que le chien guidait son maître à travers les sources jaunes (地獄), Diyu, le bruit de sa clochette alertait les ancêtres qui l'avait précédé dans la mort de son arrivée.

Ils suggèrent aussi que l'association de métaux lumineux et de pierres translucides avec le monde spirituel est l'expression d'une métaphore. Cette métaphore peut être rendue en Chinois classique comme : ming zhe shen ye 明者神也, «ce qui est brillant est numineux». Cette métaphore est compréhensible dans le cadre de l'étude étymologique des caractères chinois anciens. Les deux termes, shen et ming, ont des histoires philologiques. Ming, « brillant », est une description conventionnelle des esprits des ancêtres dans les textes anciens et les inscriptions en bronze. Le caractère Shen est un pictogramme de la foudre, qui signifie également par extension « Esprit »[1].

Cette pratique spirituelle ancienne se retrouve de nos jours exprimée dans le culte des ancêtres en Chine, qui est basé sur la conviction de la présence des ancêtres décédés sous forme d’esprit (shen 神), résidant dans le ciel mais en mesure de descendre sur l’autel familial pour se nourrir de l’essence spirituelle (le qì 气) des offrandes. Car les ancêtres décédés sont des humains qui sont devenus des êtres divins (shen 神 « esprit »).

Les ling chinoises font également penser aux carillons japonais ou fūrin, suspendus aux avant-toits, en particulier dans les temples bouddhistes, comme talismans pour éloigner les mauvais esprits, ainsi qu'aux clochettes fixées au bas de la robe du grand prêtre d'Israël.

Notes et références

  1. (en) Sarah Allan et Ding Han, « Luminosity, Spirit, and the Role of Clapper-Bells in the Formation of Ancient China », Early China, vol. 27,‎ (DOI 10.1017/eac.2023.8)
  2. ↑ (en) Lingling Deng, « New perspectives on the function of “clapper-bells”: Metal lings in the Early Bronze Age of China », Archaeological Research in Asia,‎ (lire en ligne Accès payant)
  3. ↑ (en) Musée du Hennan, « Winged Ling bell » Accès libre, sur chnmus, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

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