Collections du musée et de la bibliothèque de Winterthur
Cet article détaille l'historique et la composition des collections du musée de Winterthur.
Les collections du musée de Winterthur sont composées d’une grande variété d’objets d'arts décoratifs américains. Exposées au public depuis , elles comprennent des céramiques, de l’ameublement, des peintures et des gravures, des objets en verre, des œuvres en métal ou encore des travaux d’aiguilles et des textiles.
Ces œuvres sont principalement exposées sous forme de period rooms. Il existe également des galeries thématiques et des expositions temporaires créées à partir d’éléments de la collection.
En tout, l’institution conserve aujourd’hui 90 000 objets. Le musée accueille également une grande bibliothèque, présentant des ouvrages datant du XVIIe siècle au XXe siècle et des documents d’archives.
Historique des collections
Les collections du musée de Winterthur rassemble des objets collectés par Henry Francis du Pont avant l'ouverture du musée en et des pièces qu'il continue d'acheter jusqu'à sa mort en . Elle continue ensuite à s'agrandir par des acquisitions et des dons.
Les collections constituées par Henry Francis du Pont
Henry Francis du Pont collectionne les objets d’arts depuis les années [1]. Parmi les premiers objets qu’il compte dans sa collection se trouvent majoritairement des travaux textiles et des peintures, qu’il complète avec des objets d’arts et des pièces d’ameublement[2],[3].
À l’ouverture du musée, créé au sein de sa demeure familiale dans le Delaware en , la collection continue de s’étendre, toujours sous l’impulsion de Henry Francis du Pont et avec l’accompagnement de Charles F. Montgomery (en), premier directeur du musée[4]. La politique d’acquisition se tourne alors vers les objets manquants dans les collections, visant à la rendre la plus complète possible[3].
Les collections ne sont alors visitables que lors de visites guidées, en petits groupes et selon des parcours très longs, par exemple de quatre heures pour la visite des period rooms. La médiation des œuvres est alors très subjective et basée sur l’interprétation et les connaissances de Henry Francis du Pont[5].
Les collections depuis le décès de Henry Francis du Pont
Après la mort de Henry Francis du Pont en [6], les collections continuent d’être enrichies et sont aujourd’hui complétées à travers des dons et des achats. Les objets sont toujours acquis selon des critères établis dès les prémices de la collection par le collectionneur : leur rareté, leur beauté, leur historicité et leur provenance[7].
Jusque dans les années , la collection de Winterthur est présentée comme un modèle de goût et de raffinement, alors considéré comme le propre de la haute société. L’historicité des œuvres exposées permet alors de maintenir un discours selon lequel l’art décoratif serait un marqueur de distinction sociale[5].
Avec la volonté de changer ce discours et face à des problèmes de conservation[Notes 1], le mode d’exposition de la collection change: une nouvelle galerie est ouverte en pour permettre aux visiteurs de découvrir les œuvres «de près et à leur propre rythme», dans une volonté de renouveler l’expérience du musée[5]. La nouvelle muséographie se base sur les points du connoisseurship selon Charles F. Montgomery (par exemple comme l’attribution à un artiste, la technique de fabrication ou le style). Les objets sont organisés selon ces critères au sein des nouveaux espaces d’exposition[5].
Actuellement, la collection du musée de Winterthur est considérée comme la meilleure collection d’arts décoratifs américain aux États-Unis et a notamment fait l’objet d’une rétrospective célébrant le travail de Henry Francis du Pont à la National Gallery of Art de Washington DC en [7].
Les différentes collections du musée
Les céramiques
Les collections de céramiques au sein du musée de Winterthur comportent environ 19000 objets de différentes typologies et de différentes techniques.
Les céramiques de type Liverpool
Le musée présente des faïences de couleur crème de type Liverpool (en anglais: «Liverpool-type»). Fabriquées en Angleterre et importées aux États-Unis, ces œuvres furent populaires entre et . Le nom donné à cette production est celui du lieu principal d’exportation de l’époque: Liverpool[8].
Les décors qui sont retrouvés sur les faïences de type Liverpool au musée de Winterthur sont de diverses natures. On peut observer des thèmes historiques et commémoratifs américains (comme des figures nationales, des événements marquants ou des hommages), des thèmes symboliques et allégoriques, des décors secondaires et motifs complémentaires (des fleurs et paysages, des scènes domestiques) ou encore des personnalisations selon les acheteurs[8].
Le musée de Winterthur a acquis sa collection de céramiques de type Liverpool par l’intermédiaire de dons majeurs tels que celui de B. Thatcher Feustman qui a fait don de 73 pichets à l’institution[8].
Les porcelaines chinoises
La collection de porcelaine du musée reflète aussi la « passion pour la porcelaine ancienne » de Henry Francis du Pont. Entre 1925 et l’ouverture du musée en 1951, le collectionneur a acquis à lui seul près de 5000 exemplaires de porcelaine chinoise fabriquée pour les marchés européen et américain[9].
Lorsque le marché américain s’est ouvert au commerce direct avec la Chine en 1784, des productions de porcelaines aux décors adaptés ont commencé à être importées[9]. Sur les objets se trouvent alors des symboles patriotiques (comme l’aigle américain), des portraits de héros nationaux, des scènes commémoratives (comme celles de la Déclaration d’Indépendance ou les victoires navales de 1812). Dans la collection de Winterthur se trouvent également des services portant le chiffre de riches personnalités américaines[9].
Les collections de porcelaine chinoise dont le noyau central avait été constitué par Henry Francis du Pont ont été complétées après l’ouverture du musée afin de pallier les manques[9].
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Bol en porcelaine chinoise conservé au musée de Winterthur
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Bol en porcelaine chinoise conservé au musée de Winterthur
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Vitrine d'exposition de porcelaines chinoises conservées au musée de Winterthur
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Pot à chocolat chaud en porcelaine chinoise conservé au musée de Winterthur
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Pichet en porcelaine chinoise avec un portrait de George Washington conservé au musée de Winterthur
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Assiette en porcelaine chinoise conservée au musée de Winterthur
L'ameublement et les décors architecturaux
Henry Francis Du Pont commence à collectionner des meubles en 1924 car il trouve que le monde de l’art ne leur porte pas assez d’attention. Il pense alors à rassembler un maximum d'exemples d'ameublement, d’architecture et de décor américains en un seul endroit afin de créer une émulation autour de ces sujets[1].
La majeure partie de la collection du Winterthur Museum provient de l’initiative personnelle de Henry Francis du Pont, avant l’ouverture du musée en 1951. Outre les efforts du collectionneur qui ont continué après l’ouverture du musée, la croissance de la collection a été aussi soutenue par l’intermédiaire de dons[3].
Les pièces d’ameublement et de décor du musée de Winterthur sont la partie la plus visible des collections. Elles sont notamment présentées au sein de period rooms.
Les meubles des périodes « Chippendale » et « Queen Anne »
Cette collection de meubles constitue un exemple de l’artisanat des colonies américaines au XVIIIe siècle. Les styles « Chippendale » et « Queen Anne » sont les styles principaux de l’ameublement américain à cette période[1]. La période de production des meubles de ces styles ne correspond ni à la vie de Thomas Chippendale, ni au règne de la Reine Anne mais, puisque leurs formes trouvent leur inspiration dans l’ornement anglais de ces périodes, les noms de ces personnalités leur sont donnés[1].
La collection rassemble des pièces provenant de divers états américains. En effet, des différences régionales existent dans la fabrication de ces meubles et multiplier les provenances permet une vision plus globale de la production américaine[1]. La dénomination des meubles ayant fortement évolué depuis le XVIIIe siècle, les usages précis des meubles exposés au musée de Winterthur sont connus grâce aux inventaires pouvant être consultés à la bibliothèque, donnant des indications sur chaque pièce présente dans les salles[1].
La majorité des 625 meubles du style Chippendale ont été produits avant 1835 et sont, pour la plupart, fabriqués en bois d’acajou[10]. Les pièces de ce style présentées dans le musée sont des exemples de trois foyers de production: New York, Philadelphie et le sud des États Unis[10]. La collection présente peu de marques de fabricants ou de signatures, ainsi, leur provenance est connue par la documentation externe, comme les inventaires, souvent acquis avec les meubles et conservés à la bibliothèque du musée[10].
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Le parloir chinois présente des meubles des styles « Chippendale »et « Queen Anne ». -
La salle Marlboro présente des meubles des styles « Chippendale » et « Queen Anne ». -
Le hall d'entrée Port Royal présente des meubles des styles « Chippendale » et « Queen Anne ». -
Le hall Readbourne présente des meubles des styles « Chippendale » et « Queen Anne ».
Les meubles de la période fédérale
La collection de Winterthur présente environ 500 meubles de la période fédérale (de 1780 à 1830), dont 383 ont été acquis par Henry Francis du Pont de son vivant[3].
Cette collection permet de mettre l’accent sur les mutations économiques et sociales se produisant aux États-Unis entre 1788 et 1828[3]. Le style fédéral des meubles marque alors une rupture avec le passé, portée par une révolution du goût initiée dès les années 1760 par Robert Adam, privilégiant les formes linéaires, la délicatesse et l’ornementation classique au détriment du mobilier massif de l’époque précédente. Le terme fédéral est aussi lié aux symboles patriotiques intégrés dans les créations, comme l’aigle américain[3].
Les décors architecturaux de George Andrews
George Andrews était un des premiers fabricants de « Composition ornament (en) » aux États-Unis. Le « composition ornament » est une technique de fabrication de décor liant de la poudre de craie, du collagène, de la résine et de l’huile de lin, formant ainsi un matériau thermoplastique pouvant être moulé ou travaillé à la main. Ce procédé est utilisé notamment pour remplacer les bas-relief en bois dans les intérieurs domestiques[11].
Au musée de Winterthur, les décors de George Andrews sont rassemblés au sein de trois period rooms : la Phyfe Room, le Federal Parlor (en français : salle Phyfe et le parloir fédéral), ainsi que dans la salle de billard[11].
Dans la Phyfe Room, il s’agit d’un manteau de cheminée imitant l’aspect du métal et de deux chambranles de portes provenant de la Maison de James Watson (Manhattan) (en), marchand New Yorkais[11]. Dans le Federal Parlor et la salle de billard, les œuvres de Andrews visibles sont un chambranle de porte, des encadrements de fenêtre et une arche provenant de la Maison Phelps-Hatheway (en) dans le Connecticut[11].
L’attribution des ces décors à George Andrews est postérieure à leur acquisition par le musée de Winterthur. Celle-ci a été possible grâce à des factures signées de la main d’Andrews conservée dans les collections de la bibliothèque du musée. Un catalogue de motifs ayant appartenu à l’artiste a également permis l’identification du sujet présent sur le manteau de cheminée : d’abord pensé comme étant une représentation allégorique de la terre ou de l’abondance, il s’agirait en vérité de Cybèle sur son char[11].
Les éléments architecturaux de Montmorenci
Dans les années 1930, Henry Francis du Pont cherche des éléments d’architecture pour rénover l’aile nord de sa demeure. Il repère alors avec l’aide d’Adelaide Howell (marchande du Connecticut) la maison Montmorenci en Caroline du Nord[12].
Après sa visite de l’endroit en 1935, il acquiert divers éléments dont des boiseries, des ornements en plâtre et des matériaux bruts qui arrivent ainsi à Winterthur. Les objets sont alors restaurés, adaptés ou reproduits avant d’intégrer la structure de la maison de Henry Francis du Pont. L’objectif était de privilégier le beau et l’harmonie en mélangeant librement les éléments de l’architecture de cette maison du début du XIXe siècle et ceux de sa propre demeure[12]. Il est à noter que si au départ, la démarche de Henry Francis du Pont était avant tout esthétique, sa correspondance avec l’architecte Thomas T. Waterman montre une transition vers des traitements architecturalement plus cohérents[12].
Parmi les éléments rapportés de la maison de Caroline du Nord, l’escalier fait partie des plus monumentaux (« Montmorenci Stair Hall »), s’étendant sur 3 niveaux. Pour son installation, une cage en acier invisible a été installée afin de permettre la bonne tenue de l’ensemble[12]. Sont également présent au sein des collections du musée de Winterthur des boiseries et des lambris provenant de la cuisine et du hall d’entrée ainsi que des ornements en plâtre dont des corniches décoratives, des rosettes et des détails sculptés[12].
Certains décors architecturaux au sein du musée ont même été adaptés pour des aspects fonctionnels lors de leur installation dans les salles : des éléments modernes ont été camouflés (comme des grilles de haut-parleurs de radio dissimulées dans les ornements du plafond au dessus de l’escalier)[12].
Les meubles Mid-Century Modern
Cette collection de meubles n’a pas été constituée pour être exposée dans le musée mais pour meubler les bureaux des employés et les espaces d’accueil du public de Winterthur[13]. De ce fait, elle n’avait pas été inventoriée avant le travail de Carrie Greif en 2019. L’inventaire non exhaustif que C. Greif dresse, liste 174 pièces dignes d’un intérêt patrimonial[13].
Le musée de Winterthur se concentre sur les témoins de l’art décoratif américain de l'ère pré-industrielle mais cette collection de meubles Mid-Century modern (style) (en) peut être comprise comme un élément de comparaison, une continuité des collections principales du musée[13].
Les peintures et les gravures
Dès les prémices de sa collection, Henry Francis Du Pont considère que les images font partie intégrante des intérieurs américains et leur porte donc une grande attention dans la reconstitution des décors de Winterthur[14]. Il rassemble ainsi une collection de gravures, de peintures et d’impressions diverses produites de l’époque coloniale au début de l’époque nationale des États-Unis, dans une volonté d’approfondir la connaissance propre à ce type de production et à son rôle dans les arts décoratifs américains[14].
Les peintures
Chaque peinture de la collection acquise par Henry Francis du Pont a été choisie en prenant en compte la place à laquelle elle serait exposée au sein du musée. Certains des tableaux visibles dans les pièces de Winterthur ont été achetés lors de ventes de la collection de J.P. Morgan[15].
Henry Francis du Pont décide au début de sa collection qu’il n'achètera que des œuvres antérieures à 1840. À l’ouverture du musée, les conservateurs inventorient et étudient la collection déjà constituée et décident d’orienter les acquisitions futures vers les styles, les écoles et les périodes sous-représentées dans le musée[15].
Grandement basée sur les goût de Henry Francis du Pont, cette collection de peintures n’a pas pour vocation de donner une appréciation exhaustive de la peinture aux États-Unis mais d’être un aperçu des images que les citoyens américains utilisaient pour décorer leurs intérieurs[15].
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Peinture conservée au musée de Winterthur -
Peinture conservée au musée de Winterthur -
Peinture conservée au musée de Winterthur -
Peinture conservée au musée de Winterthur -
Peinture conservée au musée de Winterthur
Les gravures
En 1969, un nouveau bâtiment, le « Louise du Pont Crowninshield Research Building » (en français : bâtiment de recherche Louise du Pont Crowninshield), est ouvert et dédié à la collection de cartes et d’estampes du musée, forte alors de plus de 5000 pièces[14].
Les salles du musée rassemblent quant à elles plus de 700 gravures anglaises et américaines représentant le type d’images qui était offert au public du XVIIe siècle au XIXe siècle[14]. Si, à l’époque coloniale, le savoir-faire des graveurs est situé en Europe, et particulièrement à Londres, la production du continent américain vient répondre à une demande grandissante, dans une volonté de réduire les délais de commande, notamment en supprimant ceux liés à l’importation[14]. À l’orée de la guerre civile américaine, les techniques de production présentes en Amérique évoluent et les goûts divergent de ceux des européens. Ainsi, les sujets privilégiés deviennent les paysages et la commémoration d'événements récents[14].
Les collections de gravures de Winterthur cherchent à montrer cette évolution en présentant au public des œuvres de provenance et de sujets divers. Les œuvres datant d’avant 1770 sont toutes importées d’Europe, la préférence pour ces images face à la production américaine persistant jusqu’à la fin du XVIIIe siècle[14]. Cette partie de la collection de Winterthur présente des cartes, des mappemondes, des paysages, des portraits, des sujets historiques, satiriques, des scènes de genres et des allégories. La partie de la collection constituée d’images produites en Amérique du Nord reprend ces mêmes types de représentation en y ajoutant les vues de monuments américains, les actualités, l’illustration scientifique et technique, la publicité et la monnaie[14].
Le verre
Les objets en verre font partie des premières collections acquises par Henry Francis du Pont[16]. Les typologies d'œuvres en verre au sein du musée actuel sont variées : des flacons, des vases, des bols à sucres, etc. La période de production des objets présentés s’étend majoritairement de la fin du XVIIe siècle jusqu’au XIXe siècle[16].
Une des pièces importantes de ces collections en verre est le « Schley Goblet » (en français : le gobelet Schley). Cet objet du XVIIIe siècle a été fabriqué par la manufacture de John Frederick Amelung (active entre 1785 et 1795 dans le Maryland). Il tire son nom de son ancien propriétaire, George Jacob Schley, aubergiste allemand qui s’était établi à Frederick dans le Maryland. Le gobelet est entré dans les collections du musée en 1959[17].
Le métal
La collection du musée regroupe environ 21 000 objets en métal (or, argent, étain, cuivre…). Les pièces présentées sont de l’argenterie, des couverts ou encore d’autres petits objets du quotidien, comme les deux jetons de communion en étain provenant de New York et de Philadelphie[18]. Constituée par Henry Francis du Pont et le premier directeur du musée, Charles F. Montgomery, elle a aussi été complétée par la suite grâce à des donateurs tels que Stanley B. Ineson, M. et Mme. Alfred Elliot Bissell (grand mécène et trésorier du musée de Winterthur de 1958 à 1974), ou encore Richard Tousey[19].
La collection Ineson-Bissell
Dès 1930, le collectionneur Stanley B. Ineson a commencé à constituer une collection importante d’argenterie (principalement des cuillères), s’intéressant aux premiers artisans américains (1670-1870)[4].
En 1959, Charles F. Montgomery, à la tête du musée de Winterthur, reconnaît l’importance de la collection Ineson. Apprenant qu’elle pourrait être disponible à l’achat, il attire alors l’attention d’Alfred Elliot Bissell sur cette opportunité. Ce dernier a alors acquis les objets, avant de les offrir au musée en 1962. Si le collectionneur avait demandé à ce que son don soit anonyme, la collection a été pourtant été nommée « Collection Ineson-Bissell » en reconnaissance de son soutien[4].
Les cuillères à décor d'oiseaux
Les cuillères à décors d’oiseaux aux États-Unis sont une production liée à une mode s’étendant de 1750 à 1830. La production débute en Angleterre vers 1750, avec une grande variété de motifs (coquillages, animaux, fleurs…)[19]. Aux États-Unis, cette production évolue après la Révolution, pour refléter l’indépendance américaine : apparaît alors le motif de l’aigle (directement inspiré des pièces de monnaie frappées par la Monnaie des Etats-Unis à partir de 1794)[19].
La collection de cuillères de ce type du musée de Winterthur provient majoritairement de la succession de Constance A. Jones (un ensemble documenté par un manuscrit dactylographié, laissé par ce collectionneur sur l’histoire et les motivations de ses collections). D’autres grands noms ont également participé à la constitution de cet ensemble de cuillères et d’objets, tels que Richard C. Weiss et Sandra R. Harmon-Weiss, ou encore Miss Marion E. Wilson[19].
Les textiles et les travaux d'aiguilles

La collection textile de Winterthur est commencée par Henry Francis du Pont par amour du matériau et par intérêt pour son utilisation dans les arts décoratifs. Le collectionneur avait une passion pour les Americana : dès qu’il a commencé à rassembler des objets d’art populaire américain, il s’est également intéressés aux textiles[20].
Souhaitant enrichir les pièces de sa demeure dans lesquelles il exposait ses meubles anciens, il a alors décidé d'acquérir des textiles, le poussant à constituer une collection de plus en plus vaste. Au moment où le musée ouvre ses portes au public en 1951, M. Du Pont avait déjà une des collections textiles les plus importantes des États-Unis[21].
Les courtepointes
La collection de courtepointes se compose de pièces datant du XVIIIe siècle et du XIXe siècle[22]. La fabrication de courtepointes est une activité très répandue chez les jeunes filles de ces époques, on retrouve donc de nombreux exemple de cette technique dans les intérieurs américains[22]. Les premières courtepointes achetées par M. du Pont ne le sont pas dans un but muséal mais pour la décoration de ses résidences personnelles du Delaware et de Long Island. S’il est attesté que le collectionneur se restreignait sur les achats d’objets, en évitant de collecter des pièces qui seraient des doublons ou qui ne trouveraient pas de place définie au sein du musée, cette restriction n’a pas été appliquée à la collection de courtepointes : Henry Francis du Pont considérait que Winterthur devait être en premier lieu un musée de textiles[22].
Les types de tissus utilisés diffèrent selon les époques, les modes et le lieu de production. La collection de Winterthur, dénombrée à environ 285 pièces, est représentative de cette diversité[22].
Il s’agit d’une collection qui s’agrandit encore aujourd’hui, notamment via les donations de visiteurs du musée et par des acquisitions. Les conservateurs de la collection suivent les limites chronologiques instaurées par Henry Francis du Pont et ne collectent ainsi que des pièces produites de 1640 à 1860[22].
La collection Ann Warder
Ann Warder (en) (1824-1866) était une femme de Philadelphie, issue d’une famille de marchands aisés. Souffrante tout au long de sa vie, son état de santé l’a contrainte à vivre dans un certain isolement et l’empêchant de sortir de chez elle. Elle meurt à l’âge de 42 ans[23].
Grâce à la richesse de sa famille et à ses propres actions dans les chemins de fer, Ann Warder a pu vivre aisément, et a réalisé de nombreux travaux d’aiguilles. Elle avait une collection de 140 objets liés à la broderie, aujourd’hui conservés au musée de Winterthur, dont 95 modèles de « Berlin wool work (en) », des fragments d’ouvrages, des dévidoirs de fil en ivoire marqués à ses initiales et un livre contenant des instructions pour divers travaux d’aiguilles[23].
Les cotons et lins imprimés américains et anglais
Ces productions de cotons et de lin imprimés ont été réalisées entre 1700 et 1850. De nombreux exemplaires ont survécu en Amérique, précieusement conservés dans des coffres familiaux, alors qu’ils ont disparu en Angleterre[20]. Les objets présents dans ces productions textiles sont des vêtements, mais aussi des tissus d’ameublement (garnitures de lits, rideaux de fenêtres ou encore housses de meubles)[20].
Charles F. Montgomery a activement recherché et acheté des textiles pour enrichir le fonds de l’institution : c’est ainsi que certaines pièces ont été acquises, telles que le dessus de lit de John Hewson, ou le livre de modèles d’Archibald Hamilton Rowan[20].
En 1959, le musée de Winterthur cède des pièces du XVIIIe siècle au Victoria & Albert Museum de Londres pour recevoir en retour soixante exemples documentés de textiles imprimés au rouleau de 1815 à 1840. Enfin la collection a aussi été complétée grâce à des dons de particuliers[20].
Les collections de la bibliothèque
La bibliothèque de Winterthur rassemble une collection de documents, manuscrits, dessins, photographies, livres et périodiques dont les sujets se rapprochent de ceux traités par les expositions du musée et du jardin : l’ameublement, la mode, l’horticulture, etc.[24]
La bibliothèque commence son histoire en tant que bibliothèque familiale privée en 1839. Elle rassemble alors des ouvrages de généalogie, d’horticulture et de l’histoire des guerres aux États-Unis. Du vivant de Henry Francis du Pont, elle s’enrichit de nombreux ouvrages d’art décoratif. Depuis 1952, après l’ouverture de Winterthur au public, les conservateurs s’intéressent également à l’histoire sociale de la décoration américaine[24].
On distingue notamment quatre collections au sein de la bibliothèque de Winterthur, auxquelles s’ajoute un fonds de bibliothèque autonome. Ces collections sont les livres imprimés et les périodiques, la bibliothèque de manuscrits Joseph Downs et les microfilms, les photographies et les diapositives, la collection de recherches Waldron Phoenix Belknap Jr. dont le fonds est offert en 1956 par Mme Waldron Phoenix Belknap[24].
La bibliothèque de manuscrits Joseph Downs
Le fonds de cette collection, composée d’inventaire, de manuscrits et d’archives relatifs à la collection matérielle de Winterthur, porte le nom de Joseph Downs (en), historien de l’art américain et spécialiste de l’art décoratif ayant été conservateur au musée de Winterthur[24].
Il est proposé à son décès en 1954 de conserver ses documents de travail au sein d’une collection afin de perpétuer sa mémoire et son approche de la recherche. En effet, il pensait que l’art décoratif ne pouvait s’étudier que par le prisme des documents externes (manuscrits, factures, livres de modèles et inventaires) pour être pleinement compris. Le but de ce fonds est de servir de base de recherche pour les études sur l’art décoratif américain et est souvent utilisé par les étudiants du programme universitaire de Winterthur[24].
Henry Francis du Pont enrichit lui-même ce fonds en donnant les pièces de sa collection personnelle. Les amis et la famille de Joseph Downs font également dons de livres et de documents lui ayant appartenu[24].
À sa création, la collection est inventoriée et organisée par Elinor Betts, assistante et secrétaire de Joseph Downs, qui a donc une compréhension profonde de la manière de travailler de celui-ci et de la façon dont il aurait lui-même organisé cette bibliothèque[24].
La «Memorial Library»
Cet espace était la pièce favorite de Henry Algernon du Pont, père de Henry Francis du Pont. Après sa mort en , Henry Francis du Pont transforme l’espace en un véritable mémorial, mettant en avant la présence de son père. Il installe ainsi son portrait réalisé par Ellen Emmet Rand au dessus de la cheminée et son buste en marbre à l’entrée de la pièce[25]. Pendant longtemps la bibliothèque n’a été utilisée par la famille du Pont que le jour de Noël, renforçant son caractère mémoriel. La salle fut aussi pour Ruth du Pont, fille cadette de Henry Francis du Pont, un refuge à l’écart des activités de la maison de Winterthur[25].
À l’origine, la bibliothèque était d'un style européen affectionné par Henry Algernon du Pont. À partir de 1934, son fils réaménage les décors dans un style français, en installant des boiseries et des meubles. En 1942, la salle connaît une américanisation, accompagnant l’intérêt grandissant de Henry Francis du Pont pour les arts décoratifs américains, incluant des chaises de style « Chippendale » de Newport et de nouvelles moulures[25]. C’est en 1950 que l’architecte F. Burall Hoffman installe des vitrines dans la bibliothèque pour y exposer les distinctions de Henry Francis du Pont, ses diplômes honorifiques et les documents liés au travail qu’il avait pu mener lors de la restauration de la Maison Blanche[25].
Depuis l’ouverture d'un nouveau bâtiment de recherche en 1969, la « Memorial Library » ne sert plus d'espace de travail pour les chercheurs : l'absence de climatisation ou de postes informatiques freine leurs recherches[25]. On peut aujourd'hui encore percevoir les intérêts de Henry Francis du Pont au sein de cette pièce : l’histoire familiale, l’agriculture, l’horticulture et les antiquités américaines[25].
Aujourd’hui, la « Memorial Library » est un objet de collection à part entière. Physiquement, la pièce se situe à l’écart des flux principaux du musée : il faut monter six étages et traverser de nombreux couloirs pour y entrer : elle est ainsi peu fréquentée par le grand public[25].
Pour aller plus loin
Une base de données en ligne recense les collections du musée de Winterthur. On y trouve des informations sur chaque objet ainsi que des photographies documentaires.
Les exposition ayant eu lieu autour des collections
Quelques exposition ayant eu lieu au musée de Winterthur
Le site du musée de Winterthur rassemble des informations sur les expositions temporaires ayant eu lieu au sein de l'institution[26].
- « Eye for Excellence : Masterworks from Winterthur », 1994. Il s'agit de la première exposition prenant place dans les nouvelles galeries du musée[26].
- « Outside In: Nature-inspired Design at Winterthur », du au
- « On Tour: Lafayette, America’s Revolutionary Rock Star », du au
- « Transformations: Contemporary Artists at Winterthur », du au
- « Ann Lowe: American Couturier », du au
- « Jacqueline Kennedy and H. F. du Pont: From Winterthur to the White House », du au
D'autres expositions sur la collection
Le travail de Henry Francis du Pont fait aussi l'objet d'expositions dans d'autres institutions.
- « An American Vision : Henry Francis du Pont's Winterthur Museum », du au au Mint Museum of Art à Charlotte, Caroline du Nord
- « An American Vision », du au à la National Gallery of Art de Washington D.C.
Articles connexes
Bibliographie supplémentaire
Les ouvrages suivant donnent des informations supplémentaires sur la collection. Il ne sont pas cité dans les références de l'article.
- (en) David Bosse et Joan Irving, « From the Collection “Not Bred a Painter”: Pigment Analysis and the Making of Winterthur Library’s First Edition of Mark Catesby’s Natural History of Carolina, Florida and the Bahama Islands, 1731–1743 », Winterthur Portfolio, vol. 56, no 4, , p. 229-276 (lire en ligne
) - (en) Christie, Manson and Woods Ltd., Off print from the catalogue of Fine English and French furniture and objects of art from the private residence of Henry Francis du Pont at Winterthur : auction, New York, Friday, 14 October, 1994, New York, Christie's,
- (en) Arlene Palmer, Glass in early America : Selections from the Henry Francis du Pont Winterthur Museum, Winterthur, New York, Londres, Henry Francis du Pont Winterthur Museum, W. W. Norton, , 425 p. (ISBN 978-0393036602)
- (en) Jessica J. Eldredge, "In themselves a textile museum": The formation of the textile collection at the H. F. du Pont Winterthur Museum, Newark, Delaware, University of Delaware,
- (en) Donald L. Fennimore, Metalwork in Early America: Copper and Its Alloys from the Winterthur Collection, Winterthur, Delaware, Henry Francis du Pont Winterthur Museum,
Liens externes
- Le site du musée (en anglais)
- La base de données des collections du musée
- La base de données des collections numériques de la bibliothèque
- La liste des ouvrages contenus dans la bibliothèque disponibles en ligne
Notes et références
Notes
- ↑ Les objets exposés en permanence dans les period rooms du musée se dégradent rapidement et il est difficile de les ôter de la pièce pour les restaurer. Cf référence 5.
Références
- (en) Joseph Downs, American furniture : Queen Anne and Chippendale periods, in the Henry Francis du Pont Wintherthur Museum, New York, Macmillan, , 450 p.
- ↑ (en) Susan Burrows Swan, A Winterthur Guide to American Needlework, Winterthur, Delaware, Henry Francis du Pont Winterthur Museum, (lire en ligne)
- (en) Charles F. Montgomery, American furniture, the Federal Period, in the Henry Francis du Pont Winterthur Museum, Atglen, Pennsylvanie, Schiffer, , 497 p. (ISBN 978-0764314063, lire en ligne)
- (en) Louise Conway Belden, Marks of American Silversmiths in the Ineson-Bissell Collection, Winterthur, Delaware, Henry Francis du Pont Winterthur Museum, (lire en ligne)
- (en) Susan Williams, « The Galleries at Winterthur », American Quarterly, vol. 47, no 2, , p. 309-329 (lire en ligne
)
- ↑ (en) « Henry Francis du Pont, 88, Dies; Art Collector and Horticulturist; Great-Grandson of Chemical Concern's Founder Set Up Winterthur Museum », The New York Times, 1é avril 1969 (lire en ligne)
- (en) Wendy A. Cooper, An American Vision: Henry Francis du Pont's Winterthur Museum, Washington D.C., National Gallery of Art, , 214 p. (ISBN 0894682946, lire en ligne)
- (en) Christina H. Nelson, A Selected Catalogue of the Liverpool-type Historical Creamwares and Pearlwares in the Henry Francis du Pont Winterthur Museum, Newark, Delaware, University of Delaware, , 148 p.
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