Colonia (Californie)
La Colonia est un quartier du centre de la ville américaine d'Oxnard, en Californie. Ses limites vont, du nord au sud, de Camino del Sol à la Troisième rue, et, d'ouest en l'est, d'Oxnard Boulevard (Highway 1) à Rose Avenue. La plus grande part des limites nord, bordant des lotissements récents construits pour des populations à revenu élevé, sont assez bien maintenues, les frontières occidentales suivent, elles, le tracé de la voie ferrée.
Depuis longtemps quartier latino, la Colonia est habité de familles pauvres. Des monuments à l'honneur de César Chávez s'y trouvent de même que La Colonia Youth Boxing Club (en), une salle d'entrainement populaire d'où sont sortis des combattants notables tels que Fernando Vargas, Roberto Garcia, Miguel Angel Garcia, Victor Ortiz, Brandon Rios et Mia St. John. Le quartier comprend une école primaire privée et deux écoles publiques. La bibliothèque publique d'Oxnard gère un petit département dans le nord-est de La Colonia, où l'accès Internet est gratuit et où on peut trouver une riche collection de livres.
Ce quartier est célèbre pour sa forte criminalité rivalisant avec le village d'El Rio, au nord d'Oxnard.
Histoire
Débuts
La région faisait partie de la région Chumash, qui s'étendait de Point Conception jusqu'à Santa Monica. Le , les 182 km2 du territoire d'El Rancho Rio de Santa Clara o la Colonia est accordée aux anciens soldats Presidio de Santa Barbara : Cota Valentin, Leandro Gonzalez, Rafael Gonzales, Salvador Valenzuela, Pico Vicente, Rafael Valdez et Vincent Feliz.
En 1850, la Californie est officiellement déclarée État américain et dans les années 1860, la plupart des terres de la Colonia sont vendues à des hommes d'affaires de la côte Est qui étaient principalement intéressés par la prospection du pétrole. En 1873, le comté de Ventura est officiellement créé amputant la section sud-est du comté de Santa Barbara. En 1874, la municipalité portuaire de Hueneme est fondée par Thomas R. Bard.
En 1897, la Colonia Oil Company vend un lot de terrain à la toute nouvelle Colonia Land Improvement Company, pour l’implantation d'un grand complexe de lotissement urbain autour d'une usine de production de sucre à betteraves en cours de construction qui deviendra bientôt célèbre la Colonia Beet-Sugar Factory qui deviendra par la suite l'Oxnard Factory, qui donnera naissance à la ville d'Oxnard.
1898–1960
La Colonia est l'un des plus anciens quartiers d'Oxnard. Il est aménagé par la Colonia Land Improvement Company, juste à l'est du quartier central d'Oxnard et à proximité de l'usine de sucre et des champs de betteraves pour pouvoir loger les travailleurs[1].
Au début du XXe siècle, plusieurs fermiers blancs commencent à vendre des parcelles de terre à des familles latinos[2]. La région, grâce à son climat propice à l'agriculture, était autrefois connue comme « le jardin de la Colonia », la moitié de la population de la ville d'Oxnard travaillait dans le secteur de l'agriculture. En 1948, la population s'accroit fortement pour atteindre environ 8 000 personnes. La Colonia avait même son propre journal La Voz del La Colonia (en français : « La voix de la Colonia »), qui parraine de multiples fêtes et des défilés de tous genres.
Les betabeleros
C'est la mort suspecte de deux immigrants mexicains en 1900 dans une prison d'Oxnard ayant mystérieusement pris feu qui instaure un climat de tension entre les travailleurs et les autorités. Dans ce contexte, en 1903, les travailleurs immigrés mexicains rejoignent les travailleurs immigrés japonais pour former la Japanese Mexican Labor Association (JMLA), réponse à la réduction des salaires de moitié instaurée par l'usine d'Oxnard l'American Beet Sugar Company. Cela donne lieu à la grève d'Oxnard de 1903 (en). Les grèves et manifestations suivantes seront marquées par la brutalité policière et l'affrontement atteint son paroxysme le , lorsque des contre-grévistes escortés par la police sont bloqués dans la rue par des membres armés de la JMLA. Cinq personnes furent blessées à la suite de la fusillade qui en résulta des deux côtés, la responsabilité des événements sera plus tard portée sur la JMLA. Après plusieurs années de brutalités policières et de manifestations acharnés, la JMLA réussi à obtenir ce qu'il voulait de la part l'American Beet Sugar Company d'Oxnard puis disparait.
En 1933, la main-d'œuvre latino travaillant dans l'arrachage de betteraves décide de rejoindre la Cannery and Agricultural Workers Industrial Union (en) (CAWIU) pour obtenir une augmentation de 50 % des salaires (35 cents de l'heure), l’élimination des intermédiaires pour gérer l'emploi, des transports gratuits vers les lieux de travail, une paie hebdomadaire, et des journées de travail de huit heures. Le rejet de ces demandes par l'American Beet Sugar Company déclencha un élan solidarité dans toute la Colonia ; les Latinos marchent avec les arracheurs de betteraves (les betabeleros) pour former une grève. Puis l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) et l'International Defense Council rejoignent les grévistes. L'industrie, dont le chiffre d'affaires était de plus de 42 millions de dollars annuels, économiquement paralysée, répond en utilisant la police locale contre les grévistes et la communauté. Le gouvernement d'Oxnard riposte en fondant l'Organisation des propriétaires, en vérité le gouvernement d'Oxnard espérait ainsi inciter les travailleurs à mettre fin à la grève en leur garantissant le statut officiel de citoyen d'Oxnard.
En , les betabeleros organisent un défilé multiculturel marchant de La Colonia à travers la ville jusqu'au siège de la police d'Oxnard où les dirigeants du mouvement grévistes rencontrèrent en privé les dirigeants de la police, ensemble ils tentèrent de trouver un arrangement demandant à la police de ne plus intervenir contre les travailleurs en grève. Cette réunion ayant échoué à rétablir le calme, les dirigeants de la grève décidèrent de tenir un débat public sur les forces de police. À la suite de ce débat une dizaine de dirigeants betabeleros seront détenus dans la prison du comté sans aucune raison légale. Cet événement suscite une attention sans équivoque de la part des membres de l'ACLU qui déposeront rapidement des requêtes auprès du ministère du travail pour demander une intervention immédiate. Les dix hommes sont donc immédiatement jugés puis acquittés, ce qui ramène une relative situation de paix dans la région et les ouvriers obtiennent une augmentation de salaire, ce qui n'était qu'une de leurs nombreuses demandes. Il semble que, même dans les années 2020, la relation entre la communauté et la police reste tendue, séquelle de cette grève[3].
Arrestations des Zoot
Ce conflit entre le Département de la police d'Oxnard et la population ouvrière continue dans les années 1940 quand la culture zoot émerge. Les jeunes individus suivant la culture zoot était souvent arrêtés, dépouillés, rasés et leurs vêtements confisqués que ce soit de jeunes hommes ou femmes[4].
En 1942, un groupe d'hommes et de femmes écoutant de la musique en plein air sont gazés au lacrymogène et brutalement arrêtés. Cet événement entraine un renforcement du ressentiment négatif que la population à envers la police[4].
Forte hausse de la criminalité
Au cours des années 1970 et 1980, les propriétaires commencent à louer leurs propriétés. Le taux de criminalité explose avec l'arrivée de la drogue et la constitution des premiers gangs, renforçant fortement la mentalité anti-police de la communauté, police qui historiquement ne patrouille pas dans le quartier en dehors des appels d'urgence. Les voitures de patrouilles entrant dans le quartier durant cette période, et toujours par deux, essuyent souvent des jets de pierres, de bouteilles et autres objets. Ce n'est que dans les années 1990 que la police d'Oxnard fera de grands efforts pour abaisser le taux de criminalité et gagner la confiance de la population. Cependant, en 1997, le tir d'un officier de police sur Oliverio Martinez à cinq reprises et l'obstruction par la suite des procédures d'urgence pour mener un interrogatoire à l'hôpital réanima les tensions dans la communauté[4].
Néanmoins, après l'ouverture en 1993 d'une antenne des services de police dans le quartier, et ce en dépit de plusieurs tentatives d'incendies criminels, la population commence à revenir vivre dans le quartier. Des subventions fédérales permettent d'apporter des programmes de formation professionnelle, des ordinateurs, de financer la rénovation des parcs, la démolition de lieux connus pour la vente de drogues, et d'encourager l'amélioration des propriétés.
Réhabilitation
Au début des années 2000, la Colonia entame un grand projet de rénovation pour donner une meilleure image à la ville d'Oxnard. De nouvelles constructions sont engagées dans le sud du quartier sur d'anciens terrains vagues ou contenant des maisons délabrées. La bulle immobilière stimule alors le développement et le réinvestissement. Plus de 59 millions de dollars seront alors investis pour contribuer à la rénovation de 260 logements et de l’école Cesar Chavez.
Le rétablissement de l'école Ramona est un autre exemple de cette rénovation. L'école primaire de la Colonia établie en 1940 est la clé de voûte de l'éducation de nombreux habitants de la Colonia. Malheureusement, celle-ci tombe en ruine et cesse d’être utilisé au milieu des années 1990. En 2000, le ministère de l'éducation décide de nettoyer le site original et de reconstruire une nouvelle école.
Loi anti-gang
En , le Département de Police d'Oxnard impose une ordonnance anti-gang sur un territoire de 17,09 km2[4].
Notes et références
- ↑ (en) Wendy Leung, « New Book Details Memories of Struggle, Beauty in Oxnard's La Colonia », Ventura County Star, (consulté le ).
- ↑ (en) Charles Levin, « LA Colonia Casting Off Negative Reputation », Ventura County Star,
- ↑ (en) « History Cooperative - A short history of nearly everything! », sur historycooperative.org, .
- (en) Frank P Barajas, « An Invading Army: A Civil Gang Injunction in A Southern California Chicana/O Community », Palgrave Macmillan, .
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