Commerce électronique en Tunisie

Le commerce électronique en Tunisie est en constante évolution. Depuis le début des années 2000, la Tunisie est le premier pays de la rive sud de la Méditerranée à s'intéresser au commerce en ligne. Ce développement s'accélère grâce à l'amélioration de la connectivité, à la généralisation des smartphones ainsi qu'à la pandémie de Covid-19, qui renforce les achats en ligne[1].

En 2020, la Tunisie se classe troisième en Afrique selon l'indice du commerce électronique B2C de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement[2].

Histoire

  • 1997 : Création d'une commission nationale sur le commerce électronique
  • 1999 : Conseil interministériel sur l'économie numérique
  • 2000 : Promulgation de la loi sur les échanges et le commerce électroniques et création de l'Agence nationale de certification électronique

Cadre juridique

Les échanges effectués à travers le commerce électronique sont réglementés par les textes de lois suivants :

  • la loi no 2000-00083 du relative aux échanges et au commerce électroniques ;
  • la loi d'orientation no 2007-13 du relative à l'établissement de l'économie numérique ;
  • la loi no 2007-69 du relative à l'initiative économique.

D'autres lois complètent ce dispositif juridique, notamment[3] :

  • la loi no 92-117 du relative à la protection du consommateur ;
  • la loi organique no 63-2004 du relative à la protection des données à caractère personnelles ;
  • le décret-loi no 2022-54 du , relatif à la lutte contre les infractions se rapportant aux systèmes d'information et de communication.

État des lieux

En 2012, le nombre des sites web marchands est de 700 environ. Près de 300 000 transactions sont générées via SPS (serveur de paiement sécurisé) par an, avec un chiffre d'affaires de 27 millions de dinars[4].

Depuis, le paysage du commerce électronique tunisien a connu une transformation notable. En 2020, on dénombre 2 452 sites marchands, représentant une croissance annuelle moyenne de 15 % depuis 2015. Dans la même période, le nombre de transactions électroniques a bondi de 1,5 million à 6,4 millions, soit une multiplication par quatre. 99,3 % des transactions s'effectuent entre acteurs nationaux. La valeur totale des paiements électroniques a plus que triplé, passant de 111,6 millions de dinars à 342,4 millions de dinars[5].

En dépit des efforts, le paiement à la livraison, majoritairement en espèces, demeure le mode de paiement dominant du commerce en ligne. En effet, environ 50,6 % des acheteurs tunisiens paient exclusivement à la livraison. Ce choix est motivé par la faiblesse de la protection des consommateurs, notamment en matière de qualité des produits, de droit à la réparation et de garanties[6].

Le , Noomane Fehri, le ministre des Technologies de l'Information et des Communications, annonce que la Tunisie est prête pour que PayPal ouvre ses transactions depuis et vers la Tunisie[7]. Cependant, en , PayPal annonce qu'en raison d'un différend entre la Banque centrale de Tunisie et la société, cette introduction est impossible[8].

Techniques utilisées

Trois solutions s'offrent aux commerçants souhaitant vendre à distance :

  1. La solution ClicToPay est une plateforme de paiement gérée par la Société Monétique Tunisie pour le compte des banques. Elle domine le marché avec 1 800 sites marchands affiliés, générant 4,8 millions de transactions annuelles pour un volume de 275 millions de dinars en 2020[5]. Les cartes bancaires acceptées par la Société Monétique Tunisie sont la Visa, la Mastercard et la carte interbancaire nationale.
  2. La solution e-dinar, Llncée en 2000, est une plateforme gérée par la Poste tunisienne. En 2020, elle compte 652 sites marchands affiliés, 1,6 million de transactions pour un montant de 65 millions de dinars[5]. La Poste tunisienne accepte comme moyen de paiement les cartes e-dinar, la VISA Electron, la VISA International et la Mastercard International[9].
  3. La solution Mastercard Payment Gateway Services (MPGS) est mise en place en 2020 par la Poste tunisienne en partenariat avec Mastercard. Cette plateforme accepte les cartes nationales et internationales ainsi que les wallets PayPal et MasterPass[10]. Plusieurs entreprises sont affiliées à cette plateforme, notamment Tunisair et la Compagnie tunisienne de navigation[11].

La solution PayPal, qui ne nécessite pas un contrat VAD, est possible en Tunisie, à condition d'avoir un compte bancaire en dinars convertibles ou en devises[12].

Commerce en ligne transfrontalier

Le développement du commerce électronique transfrontalier en Tunisie reste limité (0,7 % du volume global des transactions) en raison des difficultés liées aux solutions de paiement international. Les e-commerçants tunisiens peuvent proposer à leurs clients étrangers le paiement par carte bancaire internationale via les passerelles ClicToPay ou MPGS. Toutefois, ces systèmes peinent à inspirer confiance aux acheteurs étrangers, car ils impliquent une redirection vers ces passerelles pour saisir les données de carte, ce qui provoque souvent l'abandon de la transaction[5].

À ces limites techniques s'ajoutent des contraintes réglementaires. La réglementation des changes en Tunisie impose un contrôle strict sur l'utilisation des devises, limitant ainsi l'accès des citoyens et entreprises aux comptes en devises et aux cartes bancaires internationales. La Carte technologique internationale, lancée en 2015 par les banques tunisiennes, constitue l'un des rares moyens de paiement disponibles sur les sites marchands étrangers. Néanmoins, ses plafonds annuels restent relativement faibles 1 000 dinars pour les particuliers, 10 000 dinars pour les entreprises et jusqu'à 100 000 dinars pour les start-ups labellisées par le ministère des Technologies de la communication[13].

Notes et références

  1. ↑ Mohamed Ben Abderrazek, « Le commerce électronique en Tunisie : analyse et perspectives », sur tunisienumerique.com, (consulté le ).
  2. ↑ Myriam Ben Yahia, « L'indice 2020 du e-commerce classe la Tunisie au 77e rang mondial et 3e en Afrique », sur ilboursa.com, (consulté le ).
  3. ↑ (en) « Global Cyberlaw Tracker », sur Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, (consulté le ).
  4. ↑ « Présentation de l'environnement du e-commerce en Tunisie », sur Ministère du Commerce (consulté le ).
  5. « Tunisie : évaluation de l'état de préparation au commerce électronique » [PDF], sur Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, (consulté le ).
  6. ↑ « Le baromètre du e-commerce en Tunisie vague 04 : décryptage des tendances », sur tunisienumerique.com, (consulté le ).
  7. ↑ « La Banque centrale supprime le blocage de Paypal en Tunisie », sur thd.tn, (consulté le ).
  8. ↑ Wafa Samoud, « Il n'y aura pas de service Paypal en Tunisie affirme la direction de Paypal », sur HuffPost Maghreb, (consulté le ).
  9. ↑ « Guide du promoteur de projets de commerce électronique » [PDF], sur Ministère du Commerce (consulté le ).
  10. ↑ « Mastercard et la Poste s'associent pour développer des solutions digitales et favoriser l'inclusion financière », sur thd.tn, (consulté le ).
  11. ↑ « La Poste partenaire de Tunisair et de la CTN pour développer les paiements électroniques », sur africanmanager.com, (consulté le ).
  12. ↑ « Paiement en ligne : la mésentente avec Paypal a déçu les Tunisiens », La Presse de Tunisie,‎ (ISSN 0330-9991, lire en ligne, consulté le ).
  13. ↑ « La Carte technologique internationale désormais commercialisée par les banques », sur ilboursa.com, (consulté le ).

Liens externes

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