Commission des dépêches
La Commission des dépêches est créée le . Sa création est une des premières décisions prises par le Comité de salut public, lui-même ayant été établi deux jours plus tôt.
Elle absorbe l’ancien Bureau des renvois et des correspondances. Sa mission consiste à examiner, filtrer et analyser tous les courriers adressés à la Convention nationale.
Alors que l’ancienne structure était dirigée par les girondins, la nouvelle compte cinq membres dont trois sont des montagnards, qui peuvent ainsi superviser et contrôler toutes les opérations.
La Commission est placée sous la responsabilité du citoyen Aubusson qui dirige une équipe composée d’une vingtaine de commis. Simultanément, celui-ci assume la fonction de secrétaire général du Comité de salut public, ayant été choisi par Robespierre qui le qualifie d’homme « de grand mérite ». Au sein des deux structures, il est chargé du contrôle, du tri et de la distribution de toute la correspondance, ce qui fait de lui un personnage essentiel dans le traitement des flux d’information.
À la suite de la chute de Robespierre le , la Convention nationale réorganise les Comités mis en place durant la Convention montagnarde. Un mois plus tard, le , la Commission des dépêches est intégrée dans le Comité des pétitions, de correspondance et des dépêches qui vient d’être créé.
Contexte historique

À la suite de la suspension de Louis XVI le , l’abolition de la royauté est proclamée le [1]. Le même jour, la Première République est instaurée sans qu’il s’agisse d’une proclamation au plein sens du terme[a],[b]. Celle-ci succède à la monarchie constitutionnelle le , sous la dénomination de Convention nationale[2],[c].
Création de la Commission des dépêches
Contexte
Le Comité de salut public est créé le . Il engage aussitôt une réorganisation des flux de l’information[3],[4],[5].
Dès le lendemain, une de ses premières décisions est de prendre en charge la correspondance avec les représentants en mission, ceci au détriment du Comité des pétitions qui les gérait jusqu’alors.
Le surlendemain, le , la Commission des dépêches est créée. C’est un organe autonome[6].
Compétences
La création de la Commission des dépêches entraîne le transfert des compétences précédemment détenues par le Bureau des renvois et le Comité de pétitions et de correspondance, lesquelles incluent, outre la gestion des courriers reçus, celle des dons patriotiques qui pouvaient consister en :
« … des sommes considérables, que des bons citoyens veulent remettre sur l’autel de la Patrie[7]… »
Sa mission initiale consiste à examiner et filtrer les lettres des ministres, des généraux et des représentants en mission. Le , soit deux jours après sa création, ses prérogatives sont étendues à la gestion de tous les courriers adressés à la Convention, absorbant ainsi le Bureau des renvois et des correspondances.
Après avoir été triés, filtrés et analysés, les courriers sont : soit distribués aux destinataires désignés, soit transmis au Comité de salut public, dans leur intégralité ou sous forme de résumé. Sa fonction est donc essentielle[8].
Composition politique et rôle stratégique
Composition
La création de la commission marque une rupture avec les comités précédents (Comité des pétitions et de correspondance et Comité de défense générale), qui étaient dominés par les girondins et la Plaine. Elle reflète la volonté politique des montagnards d’avoir la mainmise sur les flux d’information dont le contrôle leur échappait depuis .
Elle est composée de cinq membres : 3 montagnards : René Levasseur, Claude-Antoine Rudel, Simon-Nicolas Guyardin, 1 girondin : Jacques Périès et 1 de la Plaine : Marc-Frédéric-Henri Christiani[9].
Rôle
Son rôle est de filtrer toutes les informations entrantes, afin de permettre au Comité de salut public de renforcer sa surveillance et son contrôle. Étant désormais majoritaires, les montagnards sont ainsi en mesure d'organiser les débats parlementaires comme ils le souhaitent[10].
Ressources humaines
Lors de sa création en , la Commission engage l'ensemble du personnel qu'employait le Comité des pétitions, soit vingt-deux membres (chefs, sous-chefs, commis, garçons de bureau), afin que la continuité administrative soit assurée[11].
Parmi eux, figurent deux secrétaires expérimentés, Thibault et Aubusson. Ce dernier est reconnu pour être un citoyen modèle, intelligent et compétent. Son parcours révolutionnaire a commencé le en qualité de secrétaire, d'abord au sein des Assemblée constituante de 1789 et législative de 1791, puis à la Convention nationale[12],[13],[14]. Reconnu pour son patriotisme, la Commission le nomme chef du secrétariat le , lui confiant :
« …le soin et la garde de toutes les pièces et la surveillance du travail de ses confrères[15]… »
Mais cette promotion ne sera pas la dernière. En effet, le zèle et le savoir-faire du citoyen Aubusson n’ont pas échappé à Robespierre qui quelques mois plus tard, en , le nomme au poste de secrétaire général du Comité de salut public en ces termes :
« Il faut un secrétaire général d’un grand mérite[16]. »

Suppression
Après la chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (), la Convention nationale décide de réorganiser les comités. La Commission des dépêches perd son autonomie. Elle est intégrée dans la nouvelle entité nommée Comité des pétitions, de correspondance et des dépêches créée le 7 fructidor an II (), sur proposition du député montagnard Théophile Berlier, dont le projet de décret stipule :
« - Article XIX. Le Comité de pétitions, correspondance et dépêches est divisé en 2 sections. La 1re recueille les pétitions et surveille la composition, l’impression et l’envoi du Bulletin de correspondance. La seconde est chargée de l’ouverture des dépêches, de leur analyse et de la lecture à la tribune[17]. »
La Commission des dépêches aura duré un peu plus de 16 mois, ce qui est à la fois peu et beaucoup en cette période de tourmente révolutionnaire.
Exemples de notes de la Commission lues à la Convention
Les notes rédigées par la Commission des dépêches qui ont été lues, mentionnées ou citées durant les séances de la Convention nationale, ainsi que les procès-verbaux, sont conservés dans le recueil des Archives parlementaires de 1787 à 1860. Elles sont consultables en ligne. En voici deux exemples.

- Séance du , l’an deuxième de la République française une et indivisible.
- Le rapporteur de la commission des dépêches observe que les appointements du chef de bureau de cette commission n’ont pas reçu une augmentation progressive à celle des chefs des comités des décrets et procès-verbaux : il propose le projet de décret suivant qui est adopté :
« La Convention nationale décrète qu’à compter du dernier, les appointements du citoyen Aubusson, chef de bureau de la commission des dépêches, lui seront payés à raison de 2400 livres par an[18]. »
- Séance du 15 floréal an II () - nos 55 A 58
- -57- Note de la commission des dépêches relative aux communes qui ont changé de noms.
« La commission des dépêches expose que parmi le grand nombre de communes qui ont changé de noms, il en est beaucoup qui se trouvent avoir pris le même ; en sorte que la correspondance de la commission avec ces communes reçoit quelquefois des entraves, parce qu’elle ne peut toujours distinguer le lieu où elle doit adresser ses réponses. La commission invite les communes qui ont pris de nouveaux noms, à y joindre celui qu’elles portoient (sic) avant, jusqu’à ce que le Comité de division ait présenté son rapport sur les noms républicains, que doivent porter les communes à la place de ceux qui rappellent des idées monarchistes ou féodales[19]. »
Sources consultées
- Maria Betlem Castellà i Pujols, « Métamorphoses d’un comité : le Comité des pétitions et de correspondance sous la Convention nationale », sur La Révolution française, (consulté le ).
- Michel Biard, Philippe Bourdin, Hervé Leuwers, Pierre Serna (dir.), 1792. Entrer en République, Armand Colin, Paris, , 330 p. (EAN 9782200287719), lire en ligne le passage cité : [1], présentation par Jean-Baptiste Le Cam, revue Cahiers d'histoire du . Consulté le .
- Patrice Gueniffey, Robert Belot (dir.), Tous républicains ! Chapitre : La Première République, 1792-1804 : de la République des Lumières à la République impériale, p.9-16, Armand Colin, Paris, , 320 p. (ISBN 9782200272821), mis en ligne sur Cairn.info le , lire : [2] Consulté le .
Autres sources
Il s’agit des sources mentionnées par Maria Betlem Castellà i Pujols, auxquelles renvoient des notes de « Métamorphoses d’un comité » mais non consultées dans le cadre de cet article.
- Archives nationales de France (AN).
- Archives parlementaires de 1787 à 1860, Paris, Paul Dupont, , recueil complet des débats législatifs et politiques des chambres françaises, première série (1787 à 1799).
- Marc Bouloiseau, Le Comité de salut public (1793-1795), Presses universitaires de France, Paris, , 126 p. (ISSN 0768-0066, lire en ligne). Consulté le .
- François Furet et Denis Richet, La Révolution française, Éditions Fayard, Paris, , 544 p. (EAN 9782213019666), réimpression en 1987 et 2002.
Notes et références
Notes
- ↑ « La Première République n’est pas un régime, mais une histoire dont les bornes chronologiques sont par ailleurs incertaines. Elle ne fut en effet ni proclamée ni abolie. Lors de sa première séance, le 21 septembre 1792, la Convention nationale proclama solennellement l’abolition de la royauté, mais sans rien dire de la nature du régime qui devait lui succéder. ». Source : Patrice Gueniffey, « Tous républicains ! Chapitre : La Première République, 1792-1804 : de la République des Lumières à la République impériale, p. 9-16. » (voir références complètes section « Sources consultées »).
- ↑ « Si la République voit le jour à la Convention, sa naissance est discrète et progressive. Ainsi, tandis qu’ils viennent de voter l’abolition de la monarchie le 21 septembre, les députés présents à la Convention le lendemain, soit tout juste la moitié de l’ensemble des 749 conventionnels élus, décrètent que « tous les actes publics porteront dorénavant la date de l’an premier de la République française ». Trois jours plus tard, un nouveau décret est voté, affirmant que « la République française est une et indivisible ». Pourtant, comme le souligne Michel Biard, ces séances n’ont donné lieu à aucun débat d’envergure sur le contenu du nouveau régime qu’il convient de bâtir. Dans les semaines qui suivent, le mot « république » est rarement prononcé par des conventionnels qui discutent avant tout des questions militaires, du rôle et de la légitimité de la Commune de Paris et des troubles intérieurs. ». Source : Michel Biard, « 1792. Entrer en République » (voir références complètes section « Sources consultées »).
- ↑ La Convention nationale sera divisée en trois périodes : la Convention girondine, du au ; la Convention montagnarde, du au ; la Convention thermidorienne, du au .
Références
- ↑ Assemblée nationale. Révolution française. . La Convention nationale et la fin de la royauté. Consulté le .
- ↑ Assemblée nationale, « Révolution française. Août-septembre 1792 » (consulté le ).
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., passage cité, p. 23.
- ↑ Archives parlementaires de 1787 à 1860, Tome LXI, p.378.
- ↑ Raphael Matta Duvignau, « Le Comité de salut public (6 avril 1793 - 4 brumaire an IV) », sur journals.openedition.org, (consulté le ).
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 23.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p.23, note 55.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 23, 24.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 25, note 60.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 25.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 31.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 23, 24, 32, 33.
- ↑ Maria Betlem. Monsieur André Aubusson, l’homme qui sait tout, ou gérer la correspondance sous les assemblées parlementaires (1re partie). Consulté le .
- ↑ Maria Betlem. Monsieur André Aubusson, le secrétaire de grand mérite du Comité de salut public ou gérer la correspondance sous la première année de la République (2e partie).. Consulté le .
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p.32.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p.33.
- ↑ Maria Betlem. Métamorphoses d'un comité., p. 38 (l’auteure indique sa source, note 116 : Archives parlementaires de 1787 à 1860, Éditeur : Paul Dupont, Paris, , recueil complet des débats législatifs et politiques des chambres françaises, première série (1787 à 1799), tome XCIV, p.37).
- ↑ Archives parlementaires de 1787 à 1860, « Augmentation, sur proposition de la commission des dépêches, des appointements du chef de bureau de la commission des dépêches, lors de la séance du . », sur persee.fr (consulté le )
- ↑ Archives parlementaires de 1787 à 1860, « Note de la commission des dépêches relative aux communes qui ont changé de noms, en annexe de la séance du 15 floréal an II (4 mai 1794) », sur persee.fr (consulté le ).
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