Compagnie des métaux précieux

Compagnie des Métaux Précieux
logo de Compagnie des métaux précieux

Création 1935
Fondateurs Samuel Silberfeld
Forme juridique Société anonyme
Siège social Drapeau de la France France
Actionnaires Société de Banque Suisse Drapeau de la Suisse (actionnaire historique)
Produits Or, argent, platine, lingots, nitrate d'argent
Site web https://www.cmp.gold

Fonds propres 200 millions de francs (1953)

La Compagnie des Métaux Précieux (CMP) est une entreprise historiquement active en France dans le raffinage, le négoce et la transformation des métaux précieux. Fondée à Paris dès 1935[1], elle a occupé une place centrale dans la filière industrielle, bancaire et commerciale de l’or, de l’argent et du platine. Elle exerce aujourd’hui une activité en Suisse[2].

Histoire

La CMP est créée à Paris en 1935[1]grâce à une alliance stratégique entre la Société de Banque Suisse (SBS), S. Silberfeld & Cie, et la maison londonienne Mocatta & Goldsmid[3]. Le siège social est établi au 7, rue Louis-le-Grand[4], puis 1 rue Taibout, 42 rue Dareau, et 56 rue de Turbigo, Paris. La SBS détient près de 50% du capital[5], permettant à la CMP de devenir un relais discret des intérêts suisses sur le marché français de l’or et de l’argent.

Dès sa fondation, la CMP est agréée par la Banque de France pour l’affinage et le négoce d’or et d’argent[6]. L’entreprise fonde son développement sur la modernisation de ses procédés industriels : raffinage électrolytique de l’or, titrage de lingots à 999,9 ‰, laboratoire d’essais et de contrôle[5].

Activités et rayonnement

Lingot d'or CMP

La CMP exerce trois activités majeures :

  • le négoce international (achat, vente, arbitrage sur l’or, l’argent, le platine) ;
  • l’affinage industriel pour le compte de tiers (banques, joailliers, industriels) ;
  • la transformation en produits chimiques (nitrate d’argent pour l’industrie photographique, notamment Kodak[5]) et alliages industriels.

La société est reconnue comme «fondeur-affineur officiel» par le Trésor français et figure parmi les rares entreprises françaises inscrites à la liste “Good Delivery” des marchés de Londres et Zurich[7].

L’affaire espagnole et les flux internationaux

En 1939, la CMP joue un rôle central lors de la guerre d’Espagne : elle est sollicitée pour traiter des cargaisons de plusieurs dizaines de tonnes d’or et d’argent évacuées par la République espagnole. En , 80 tonnes d’argent sont expédiées vers la CMP, qui refuse finalement la livraison, entraînant leur séquestre à Ivry et une importante procédure judiciaire[3],[8],[9],[10],[11]. Cette affaire, abondamment commentée dans la presse et la diplomatie internationale, confirme la position de la CMP comme pivot stratégique entre les marchés français, suisse, britannique et espagnol.

Leadership industriel et innovations

En 1946, la CMP réceptionne 550 kilos d’or sous escorte policière pour le compte de la Banque de France[12]. Elle traite chaque année plusieurs dizaines de tonnes d’or et d’argent, produit des lingots certifiés et fournit le nitrate d’argent pour les besoins de Kodak et de l’industrie photographique française[5].

Lingot d'or de 1 kg à 997% fabriqué par la Compagnie des Métaux Précieux (CMP), avec son certificat officiel daté du 15 décembre 1967
Quatre lingots d'argent de 1kg, CMP, pour différentes institutions financières. De gauche à droite : Engelhard (USA), Swiss Bank Corporation (Suisse)

Relations institutionnelles et financières

La CMP a entretenu une coopération constante avec la Banque de France (affinage et fonte de lingots monétaires après 1945[13]), la SBS (co-actionnaire et partenaire industriel), Mocatta & Goldsmid (Londres) et de nombreux établissements financiers européens.

Ses résultats financiers témoignent de sa prospérité : en 1950, elle affiche un bénéfice de 64,7 millions de francs, verse un dividende de 250 francs nets par action et porte son capital à 150 millions de francs[14].

Affaires judiciaires et notoriété

  • En 1939, Samuel Silberfeld, administrateur-délégué, est expulsé de France pour opérations spéculatives contre la monnaie, événement très médiatisé[15],[16],[17].
  • En 1940, la CMP est victime d’un cambriolage majeur (300 kg d’or et 280 kg d’argent dérobés), impliquant son chef affineur, révélant l’ampleur des flux traités[18],[19],[20].

Héritage

En 1984, la CMP est rachetée par le groupe américain Engelhard, qui continue la production sous la marque « CMP-Engelhard ». La société cesse son activité de production en 1989 et est radiée en 2009 [21],[7],[5]. Ses lingots sont désormais recherchés par les collectionneurs[22].

Dirigeants notables

  • Samuel Silberfeld – Administrateur-délégué, fondateur
  • Pierre Bellanger – Président du conseil d’administration
  • M. Boivin – Directeur technique
  • Jacques Loiseau - Président directeur général
  • Hilaire de Francqueville - Administrateur [23]

Sièges sociaux

  • 7, rue Louis-le-Grand, Paris Ier (1927–1939)
  • 1, rue Taibout, Paris IXe (années 1930)
  • 42, rue Dareau, Paris XIVe (années 1940–1950)
  • 56, rue de Turbigo, Paris IIIe (années 1960–1970)

Voir aussi

  • Affinage de l’or

Notes et références

  1. Avis de constitution – Compagnie des Métaux Précieux, L’Usine, 15 juillet 1927, [1].
  2. ↑ « COMPAGNIE DES MÉTAUX PRÉCIEUX® – Site Officiel | Achat et Stockage d'Or depuis 1935 », sur Compagnie des Métaux Précieux (consulté le )
  3. Cédric Humair, « La place financière suisse et les transactions internationales sur l’or », Cahiers d’histoire, n°4, 1998, p. 70–92, [2].
  4. ↑ Compagnie des Métaux Précieux – Achat et vente or, argent, platine, fonte, affinage, L’Information Financière, Économique et Politique, 10 avril 1937, [3].
  5. Orobel, « Un grand fondeur de lingots d’or, CMP Paris, la compagnie des métaux précieux ! », 2015, [4].
  6. ↑ Liste des négociants en métaux précieux agréés, Journal Officiel de la République Française, 25 mai 1940, [5].
  7. London Bullion Market Association, « Former Listed Refiners », [6].
  8. ↑ Fondo Conde de los Andes, note diplomatique espagnole sur la CMP et l’or espagnol P.12 "MENSAJES EN LOS QUE SE INFORMA DE QUE YA ESTÁN PASANDO A FRANCIA LOS PRISIONEROS NACIONALES Y DE QUE LA COMPAGNIE DES METAUX PRÉCIEUX NO HA ACEPTADO UN ENVÍO DE ORO Y PLATA PROCEDENTE DE LA ESPAÑA REPUBLICANA" (février 1939), [7].
  9. ↑ Quatre-vingts tonnes d’or et d’argent, d’une valeur de 40 millions, abandonnées dans une gare parisienne, sont mises sous séquestre, La Petite Gironde, 26 février 1939, [8].
  10. ↑ Quatre-vingts tonnes d’argent venant de Barcelone sont en souffrance à la gare d’Ivry, Journal des Débats Politiques et Littéraires, 26 février 1939, [9].
  11. ↑ A qui sont les 80 000 kilos d’argent abandonnés en gare d’Ivry ?, La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 26 février 1939, [10].
  12. ↑ 550 kilos d’or arrivent aux Métaux précieux, L’Aube, 2 août 1946, [11].
  13. ↑ Archives Banque de France, Inventaire “Gestion des réserves d’or (1930–1950)”, dossier or affiné par la CMP pour la Banque de France (1948–1950), [12].
  14. ↑ Compagnie des Métaux Précieux – Comptes 1949, L’Information Financière, Économique et Politique, 28 septembre 1950, [13].
  15. ↑ « Mesure d’expulsion », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  16. ↑ L’Écho de Paris Titre : LA DEFENSE DU FRANC — Une expulsion : 9 mai 1939
  17. ↑ « La Croix », Expulsion d’un financier,‎ (lire en ligne)
  18. ↑ Trois millions cinq cent mille francs d’or et d’argent avaient été dérobés par des cambrioleurs, La Petite Gironde, 15 janvier 1940, [14].
  19. ↑ Nouvelles arrestations dans l’affaire de vol de lingots d’or, Le Figaro, 20 janvier 1940, [15].
  20. ↑ La bande des voleurs d’or – c’est le chef affineur de la Compagnie des Métaux Précieux, Le Petit Parisien, 20 janvier 1940, [16].
  21. ↑ Pappers.fr, « ENGELHARD » (consulté le )
  22. ↑ Gazette Drouot, « Or en barres : les lingots français les plus recherchés », 2020, [17].
  23. ↑ (en) « Compagnie des Métaux Précieux SA in Genève », sur Moneyhouse (consulté le )
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