Congrès de Jéricho

Le congrès de Jéricho (en arabe : مؤتمر أريحا) se tient en décembre 1948 afin de décider de l'avenir de la partie de la Palestine contrôlée par la Jordanie à l'issue de la guerre israélo-arabe de 1948, sous la direction du cheikh Mohammad Ali al-Jabari[1]. Lors de ce congrès, des notables cisjordaniens appellent à l'annexion de la Cisjordanie par la Jordanie[2].

Histoire

En octobre 1948, le roi Abdallah Ier prend des mesures visant à faire avancer l'annexion des territoires palestiniens que les forces arabes ont conquis lors de la guerre israélo-arabe de 1948.

La première étape est un congrès organisé à Amman à l'initiative du gouvernement transjordanien, au cours duquel les délégués appellent à la tenue d'un congrès palestinien élargi afin de proclamer l'unité palestinienne et de reconnaître le roi Abdallah comme roi de Palestine. Le 1er décembre 1948, une conférence à Jéricho appelle à l'annexion de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. De nombreuses délégations participent à cette conférence, notamment les maires d'Hébron, de Bethléem et de Ramallah, le gouverneur général militaire de la Légion arabe, les gouverneurs militaires de tous les districts et d'autres personnalités. Le public est estimé à plusieurs milliers de personnes[3].

Six résolutions sont proposées, mais seules quatre sont adoptées. Elles contiennent les dispositions suivantes :

  1. Les Arabes de Palestine souhaitent l'unité entre la Transjordanie et la Palestine arabe et font donc part de leur souhait que la Palestine arabe soit immédiatement annexée à la Transjordanie. Ils reconnaissent également Abdallah comme leur roi et lui demandent de se proclamer roi du nouveau territoire.
  2. Les Arabes de Palestine expriment leur gratitude envers les États arabes pour leurs efforts en faveur de la libération de la Palestine.
  3. Remerciements aux États arabes pour leur aide généreuse et leur soutien aux réfugiés arabes de Palestine.
  4. Décision de transmettre immédiatement cette résolution au roi[3].

Le gouvernement et le parlement de Transjordanie donnent leur accord dans les deux semaines qui suivent[4].

Réactions à la résolution

Soutien

Un congrès palestinien tenu à Ramallah, auquel le roi Abdallah assiste en personne le 26 décembre 1948, déclare son soutien à la résolution du congrès de Jéricho, tout comme le fait une conférence ultérieure à Naplouse, appelant à l’unification des deux rives du Jourdain sous la couronne hachémite.

La fin du mandat pour la Palestine donne aux Arabes de Palestine l'occasion d'exercer leur droit à l'autodétermination. Cela signifie qu'ils peuvent déterminer leur propre statut politique et former ou dissoudre des unions entre eux ou avec d'autres États.

En décembre 1948, le secrétaire d'État autorise le consul américain à Amman à informer le roi Abdallah et les responsables de la Transjordanie que les États-Unis acceptent les principes énoncés dans les résolutions du congrès de Jéricho, et qu'ils considèrent l'intégration à la Transjordanie comme la solution logique pour la Palestine arabe[5]. Les États-Unis accordent ensuite leur reconnaissance de jure au gouvernement de la Transjordanie et au gouvernement d'Israël le même jour, le 31 janvier 1949[6]. Le rapport du département d'État des États-Unis de 1950 sur la Jordanie indique que le roi Abdallah a pris des mesures successives pour intégrer la région de la Palestine centrale à la Jordanie et décrit la résolution du parlement jordanien concernant l'union de la Palestine centrale avec la Jordanie. Le rapport précise que les États-Unis ont informé en privé les ministres des Affaires étrangères britannique et français qu'ils ont approuvé cette action, et que « cela représentait une évolution logique de la situation résultant de la libre expression de la volonté du peuple »[7]. Les principales préoccupations des États-Unis concernent l'établissement de relations pacifiques et amicales entre Israël et la Jordanie, ainsi que l'intégration réussie, au sein de la structure politique et économique jordanienne, de la Palestine arabe, de ses habitants et de la majeure partie des réfugiés qui s'y trouvent alors[8].

Opposition

La Ligue arabe condamne le congrès de Jéricho, et la presse syrienne qualifie sa résolution de violation du droit à l'autodétermination. Le Premier ministre irakien Nouri Saïd appelle le roi Abdallah à suspendre ses initiatives en faveur de l'annexion, ce qui permet de retarder de près d'un an et demi la mise en œuvre des projets d'unification de la Transjordanie. Hadj Amin al-Husseini proteste contre les mesures du roi Abdallah, les déclarant nulles et non avenues et appelant à leur boycott, mais sa position est ignorée.

Unification

Des notables, particulièrement de Ramallah et de Jérusalem, sont réticents à donner carte blanche au roi Abdallah. Bien qu’ils soient prêts à le reconnaître comme monarque, ils ne sont pas disposés à renoncer à leurs revendications sur l'ensemble de la Palestine et refusent d’approuver sa politique visant à consolider la partition[9].

Le gouvernement transjordanien prend progressivement en charge les fonctions civiles de la Cisjordanie, en versant les salaires des fonctionnaires et en intégrant les gouverneurs locaux dans ce qui s’appelle désormais le Royaume hachémite de Jordanie. En février 1949, la loi jordanienne sur la nationalité est modifiée pour accorder la citoyenneté jordanienne à tous les Palestiniens.

Voir aussi

Références

  1. ↑ (en) « MOHAMMED ALI (SHEIKH) JA’ABARI » Accès libre, sur Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (consulté le )
  2. ↑ (en) Walid Salem, « Palestinian Contemporary Political Performance: A Bitter Harvest » Accès libre, sur Palestine-Israel Journal, (consulté le )
  3. FRUS, rapport du US State Department
  4. ↑ NAKBA, The Process of Palestinian Dispossession, Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs
  5. ↑ Foreign relations of the United States, 1948. The Near East, South Asia, and Africa volume V, partie 2, page 1706
  6. ↑ Foreign relations of the United States, 1948. The Near East, South Asia, and Africa volume VI, page 713
  7. ↑ Foreign relations of the United States, 1948. The Near East, South Asia, and Africa volume V, page 1096
  8. ↑ Foreign relations of the United States, 1948. The Near East, South Asia, and Africa volume V, page 1095
  9. ↑ (en) Philip Robins, A History of Jordan, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-108-60537-3), p. 72
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