Congrès international des femmes de La Haye

Congrès international des femmes en 1915. De gauche à droite : 1. Lucy Thoumaian – Arménie, 2. Léopoldine Kulka – Autriche 3. Laura Hughes – Canada, 4. Rosika Schwimmer – Hongrie, 5. Anika Augspurg – Allemagne, 6. Jane Addams – États-Unis, 7. Eugénie Hamer – Belgique, 8. Aletta Jacobs – Pays-Bas, 9. Chrystal Macmillan – Royaume-Uni, 10. Rosa Genoni – Italie, 11. Anna Kleman – Suède, 12. Thora Daugaard – Danemark, 13. Louise Keilhau – Norvège.

Le congrès international des femmes de La Haye s'est tenu à La Haye, aux Pays-Bas, en . Plus de 1 200 déléguées y participent et créent un Comité international des femmes pour la paix permanente (CIFPP), à l'origine de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL).

L'objectif du congrès est de protester contre la guerre et de militer pour le droit de vote des femmes.

Contexte

Le congrès de l'Alliance internationale pour le suffrage féminin de devait se tenir à Berlin. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le Deutscher Verband für Frauenstimmrecht (Union allemande pour le suffrage féminin) se retire de l'organisation. Un avis est publié dans le numéro de de Jus Suffragii annonçant cette annulation.

En réponse à cet avis, la féministe et suffragiste néerlandaise Aletta Jacobs propose que la conférence se tienne aux Pays-Bas, pays neutre[1].

Préparations

L'organisation de cette conférence ayant lieu dans un contexte de guerre entre pays européens, Aletta Jacobs invite des représentantes des deux camps du conflit[2] et des femmes neutres à une réunion de planification tenue à Amsterdam au début de .

Un programme préliminaire est élaboré lors de cette réunion, puis les Néerlandaises sont missionnées pour prendre en charge l'organisation et lancer les invitations.

Les dépenses du congrès sont garanties par les femmes britanniques, néerlandaises et allemandes présentes, qui acceptèrent toutes de réunir un tiers de la somme requise[3].

Des invitations à participer au congrès sont envoyées aux organisations féminines et mixtes, ainsi qu'à des femmes à titre individuel, partout dans le monde. Chaque organisation est invitée à désigner deux déléguées.

Une réponse positive à l'invitation implique la conviction que les conflits internationaux doivent être réglés par des moyens pacifiques et que le droit de vote parlementaire doit être étendu aux femmes[3].

Déroulement du congrès

Le congrès s'ouvre le [4] et réunit 1 200 participantes de 12 nations neutres et belligérantes[5].

Il se déroule selon deux règles importantes :

  • Il n'est pas permis de discuter de la responsabilité d'une nation ou d'une autre relativement à la guerre en cours,
  • Les résolutions traitant des règles selon lesquelles la guerre sera menée à l'avenir ne relèvent pas du champ d'application du congrès[3].

L’objectif est de contribuer à établir la paix immédiatement après la fin du conflit et de développer des mesures de maintien de la paix durables[6].

Le congrès reprend une grande partie du programme du Parti des femmes pour la paix qui a été adopté lors d'une convention tenue en à Washington, D.C. Ce programme inclut une limitation des armes, une médiation diplomatique de la guerre, le développement d'une législation et de politiques économiques pour prévenir la guerre, et la création d'une force de police internationale au lieu des armées nationales[7].

Parmi les résolutions adoptées par les participantes du congrès de La Haye figurent la nécessité de la paix et l’interdiction de tout transfert territorial sans le consentement de la population concernée[8].

D'autres résolutions impliquent la création d'un conseil international permanent pour régler pacifiquement les différends entre les nations, l'implication des femmes dans les processus de paix et la mise en place du droit de vote des femmes.

Les participantes à la conférence créent également le Comité international des femmes pour la paix permanente, connu par la suite sous le nom de Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL)[9] avec Jane Addams, comme présidente[7].

Le congrès, auquel ont assisté de nombreux visiteurs ainsi que les membres, est un franc succès. Les travaux se sont déroulés avec la plus grande bienveillance et les résolutions qui l’accompagnaient ont été adoptées lors des séances de travail.

Délégations

Six women wearing long winter coats and hats standing in front of a building
Délégation belge de 1915

Le congrès se déroulant en période de guerre, certaines délégations connaissent des difficultés à se déplacer à travers l'Europe.

Une seule Italienne parvient à se rendre au congrès, et le gouvernement britannique refuse que ses ressortissantes y participent[10].

Ni la France ni la Russie n'ont envoyé de délégation en raison de la guerre et du risque que leur présence puisse paraître déloyale[7].

Les pays finalement représentés sont

  • les Pays-Bas (pays organisateur) avec 1 000 membres ;
  • les États-Unis, avec 47 membres ;
  • l’Allemagne avec 28 membres ;
  • la Norvège, avec 12 membres ;
  • la Suède, avec 12 membres ;
  • la Hongrie, avec 9 membres ;
  • l’Autriche, avec 6 membres ;
  • le Danemark, avec 6 membres ;
  • la Belgique, avec 5 membres ;
  • et la Grande-Bretagne, avec 3 membres ;
  • le Canada, avec 2 participantes ;
  • l’Italie avec 1 participante.

180 autres ressortissantes sont empêchées de venir en raison de la fermeture de la mer du Nord pour des raisons militaires[7].

Voir aussi

Notes et références

  1. ↑ « Bericht-Rapport-Report » () (lire en ligne)
    —International Congress of Women, The Hague, April 28th to May 1st 1915
  2. ↑ (en) « Deutscher Verband für Frauenstimmrecht (German Association for Women’s Suffrage, DVF) (1902-1916) | Towards Emancipation? », sur hist259.web.unc.edu (consulté le )
  3. (en) Jane Addams, Emily Greene Balch et Alice Hamilton, Women at the Hague: The International Congress of Women and Its Results, Macmillan, (ISBN 978-0-524-05888-6, OCLC 1074574, lire en ligne)
  4. ↑ (en) « International Congress of Women opens at The Hague », History.Doc (consulté le )
  5. ↑ Évelyne Morin-Rotureau, « Avant-propos », dans Combats de femmes 1914-1918, Autrement, (lire en ligne), p. 5-13
  6. ↑ (de) Lembke, « Der Frauenfriedenskongress 1915 - auch ein Beitrag zur Geschichte des Pazifismus als Völkerrechtsidee », Archiv des Völkerrechts, Tübingen, Germany, Mohr Siebeck GmbH & Co. KG, vol. 53, no 4,‎ , p. 424–460 (ISSN 0003-892X, lire en ligne Inscription nécessaire)
  7. (en) Harriet Hyman Alonso, Peace as a Women's Issue: A History of the U.S. Movement for World Peace and Women's Rights, Syracuse, New York, 1st, (ISBN 978-0-8156-2565-0, lire en ligne)
  8. ↑ Daniel Laqua, Être citoyen du monde. Entre destruction et reconstruction du monde: Les enfants de Babel XIVe–XXIe siècles, vol. 2, Paris, France, Éditions Université Paris Diderot, , 135–150 p. (ISBN 978-2-7442-0198-1), « Belgian Internationalists, the Great War and the Quest for Peace »
  9. ↑ Paull, John (2018) The Women Who Tried to Stop the Great War: The International Congress of Women at The Hague 1915, In A. H. Campbell (Ed.), Global Leadership Initiatives for Conflict Resolution and Peacebuilding (p. 249-266). (Chapter 12) Hershey, PA: IGI Global.
  10. ↑ « Les femmes, surexploitées, réclament la paix - 1915 - 8mars.info », sur 8mars.info (consulté le )
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